S0 LE MEURTRE
dont ils s'acquittèrent avec tant de prudence, que personne dans le camp de Wallenstein n'en conçut le moindre soupçon.
Pendant ce temps, mes bons amis, le duc de Friedland , comme il arrive toujours à ceux qui ont la conscience troublée par quelque mauvaise pensée, était agité des plus sinistres pressentimens; ses plus fidèles serviteurs lui étaient devenus suspects, et il lui semblait que chacun de ceux qui l'approchaient , devinaient ce qui se passait au fond de son ame. Cependant , ne jugeant point encore le moment favorable pour se déclarer, il se flatta d'échapper à cette inquiétude involontaire, en se retirant, suivi d'un petit nombre de ceux qu'il croyait ses plus sincères amis , dans une ville de Bohème appelée Egra, où il possédait aussi un palais magnifique. Là, environné d'une troupe de gardes fidèles, il espérait encore que de loin comme de près , son armée serait un instrument docile à ses volontés , lorsqu'une terrible catastrophe vint le détromper, et précipiter sa ruine.
A peine le duc de Friedland eut-il quitté cette armée sur laquelle il fondait toutes ses espéran ces , que Gallas et Piccolomini , assemblant les chefs et les soldats , leur firent connaître en peu de mots le complot formé par leur général , eten J même temps l'ordre donné par l'empereur de le ^ saisir vivant pour le conduire à Vienne. La plupart de ces hommes farouches, qui jusqu'alors