LE CARDINAL XIMENES
Depuis l'an 1516 jusqu'à l'an 1518.
Cependant tous ces royaumes que Ferdinandle-Calholique et Isabelle avaient régis avec autant de gloire que de bonheur, ne pouvaient être gouvernés par une reine insensée et incapable de tout autre sentiment que la douleur, et les Certes de Castille (c'est le nom que l'on donnait dans ce royaume aux grandes assemblées des seigneurs, des évêques et des bourgeois, qu'en France on nonnnait des états généraux, et en Angleterre des parlemens) résolurent d'appeler au trône d'Espagne le jeune Charles d'Autriche, ^fils aîné de l'infortunée Jeanne et de rarchiduc Philippe, qui, en ce moment, se trouvait dans les Pays-Bas, que son père en mourant lui avait laissés pour héritage.
Charles d'Autriche, mes jeunes amis, tout jeune qu'il était encore à cette époque, puisqu'il n'avait que seize ans, armonçait déjà les qualités remarquables qui le rendirent plus tard un des plus grands princes dont il soit question dans l'histoire.
lE CARDINAL XI3IENES, 93
Privé dès sa plus tendre enfance de l'exemple de son père, puisqu'il n'avait que sis ans lorsque Philippe-le-Beau mourut, et frappé du tristespectacle de la démence de sa mère Jeanne, cejeune prince avait été soigneusement élevé par Marguerite d'Autriche, sa tante, l'une des femmes les plus illustres de cette époque, qui se plaisait à retrouverdanscetenfanl quelques traitsdu fameux Charles-le-Téniéraire, son bisaïeul. Lorsque ce jeune prince ap[)rit à Bruxelles, où ii habitait alors, la mort deFerdinaîid-le-Caiho!ique etsa propre élévation au irone de Caslille, il n'accepla cette couronne, qui n'aurait dû lui appartenir qu'après la mort de sa malheureuse mère, qu'à condition que le nom decette princesse serait joint au sien dans tous les actes publics tant qu'elle serait vivante; et ce juste respect pour cette mère infortunée fit concevoir les plus heureuses espérances aux peu- ))les qu'il allait gouverner. Néanmoins, comme il ne pouvait encore s'éloigner des Pays-Bas à cause de la guerre qui continuait encore contre François I", et que termina bientôt après la paix de Noyon, il fit choix, pour gouverner l'Espagne pendant son absence, d'un sage et vertueux ministre castillan nommé le cardinal Ximenès, qui, parvenu alors à un très grand âge (il n'avait pas moins de quatre-vingts ans), conservait encore une vigueur de corps et d'esprit, qu'il devait sans doute aux vertus qu'il n'avait cessé de pratiquer toute sa vie.