LE CARDINAL XIMENÈS
En effet, mes bons amis, ce cardinal Xiinenès à qui Charles d'Autriche venaitdeconfiersa royauté en Espagne, était digne de toute la confiance de son nouveau souverain. Né dans une classe obscure, et entré toutjeune encore dans un couvent de moines pauvres qui faisaient vœu de sesoumettre pendant toute leur vie aux austérités etaux privations les plus dures, il s'était élevé successivement, par son seul mérite, aux plus hautes dignités de l'Église et de l'État, puisqu'il se trouvait à la fois archevêque de Tolède (capitale de la Castille), cardinal, et régent de ce royaume pendantl'absence du jeune monarque.
Tout autre que Ximenès, n'est-il pas vrai, mes enfans, eût pu concevoir de l'orgueil d'une position si éminente, qu'il ne devait qu'à ses seules vertus; mais vous apprécierez mieuxla noble modestie de cet homme de bien, lorsque vous saurez que de peur d'oublier de quel rang obscur il était sorti, il ne cessa jamais de porter, sous ses riches habits de cardinal et de prince, son grossier vêtement de moine, qu'il se plaisaità raccommoder de ses propres mains, lorsqu'il était déchiré. Pour ne point s'accoutumer à la mollesse qu'il avait fait vœu d'éviter, il donnait tout habillé sur la terre ou sur un lit de planches ; et quoique sa table fût toujours servie avec la recherche et l'abondance qui conviennent au chef d'un grand État, il ne touchait jamais aux mets délicats dont elle était chargée, et se contentait de la nourriture la