LE RETOUR DE PIERRE P
Depuis l'an 1693 jasqu'à l'an 1698.
Mais tandis que le czar Pierre, mes jeunes amis, par ses travaux et son exemple, préparait ainsi , dans sa chaumière de Sardam, la grandeur et la prospérité de son empire, il apprit tout à coup qu'une nouvelle mutinerie des ^trélitz, excités par les secrètes menées que la czarine Sophie , du fond de son cloître, entretenait encore parmi eux, venait d'éclater à Moscou, et que déjà cette soldatesque indisciplinée avait été mise en fuite par le brave Lefort. Cette nouvelle lui fit hâter son retour en Russie , où sa présence répandit la terreur et la consternation parmi les rebelles.
Le prétexte de cette dernière révolte des strélitz , mes enfans , vous fera mieux comprendre que tout ce que je pourrais vous dire, quelle était ï alors l'ignorance de la nation russe. Pendant son voyage en Hollande , quelques marchands anglais avaient obtenu du czar la permission de porter en Russie du tabac , dont l'usage était devenu commun en Europe , depuis un grand nombre d'an-
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nées. Mais quelques prêtres ignorans ayant prétendu que la religion défendait de fumer celte plante aromatique, il n'en fallut pas davantage pour exciter parmi les strélitz un soulèvement , encore signalé par d'incroyables traits de férocité. Heureusement cette rébellion fut la dernière qui ensanglanta l'empire et la capitale : le même jour, àlamêmebeure,et avant qu'aucun des mutins eût pu chercber son salut dans la fuite , Pierre fit saisir leurs principaux cbefs et leurfit trancher la tête en sa présence. On dit même que tirant son sabre, il ne craignit pas de frapper de sa propre main les plus coupables ,afm d'effrayer les autres par l'exemple de leur supplice.
Ne vous semble-t-il pas bien odieux, mes jeunes amis, de voir le czar, se couvrant ainsi du sang de ses sujets, remplir lui-même le terrible office de bourreau, et se faire l'exécuteur des sentences de mort qu'il vient de prononcer? Cette action , n'est-il pas vrai? vous parait celle dun tyran féroce et sanguinaire , que vous ne pouvez vous empêcher de comparer à ces prmces dont l'histoire nous apprend à abhorrer la cruauté ; mais vous cesserez de porter un jugement aussi sévère sur cet homme extraordinaire, lorsque vous saurez que s'il put se résoudre à punir luimême les coupables , c'était pour imprimer une terreur salutaire à ceux qui seraient tentes de les imiter. Depuis cette époque, le règne de Pierre ne fut plus troublé par de semblables séditions • '!
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la milice des strélitz fut à jamais abolie ; la plupart de ces soldats turbulens , bannis de Moscou, furent transportés en Sibérie, l'une des provinces les plus froides et les plus éloignées de laRussie, et les nouveaux régimens disciplinés parle czar, prirent leur place dans la capitale et sur les frontières de l'empire.
Cependant l'exemple donné par Pierre I'"' avait déjà profité à sa nation ; par son ordre , une foule de jeunes Russes parcouraient les divers états de l'Europe pour s'instruire comme leur souverain ; un grand nombre de Français , d'Allemands , de Hollandais, venaient en Russie exercer les arts de leur patrie, ou propager les connaissances utiles qui distinguent les nations policées. Descomnierçansde tout pays s'empressaient d'apporter le produit des fabriques d'Angleterre et des Pays-Bas danscetempire, où ilsétaient certains d'être favorablement accueillis. Des navires russes, tous construits sous les yeuxde Pierre, etdont quelques-uns avaient été commencés par ses mains, sillonnaient la mer Noire , où ils combattaient avec avantage les flottes du sultan Mabomet IV, auquel les officiers russes , formés à l'école du czar, enlevaient Azopb , l'une des forteresses les plus importantes de cette contrée, bâtie sur ce rivage lointain, mais fertile, que les anciens peuples nommaient les Palus-Méotides. En un mot, cette nation nouvelle , dont le nom était à peine connu cinquante ans auparavant , se montrait glorieuse
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etretoutaHe,etpourtant tout cela était l'ouvrage d'un seul homme.
A la vérité, mes enfans, le czar ne négligeait aucun moyen d'exciter chez ses sujets cet élan généreux qui rend les nations fortes et florissantes. Ses navires avaient-ils remporté quelque victoire sur les flottes ottomanes, il décernait les honneurs d'un triomphe au général qui venait d'obtenir cet avantage, et voulait qu'il entrât dans Moscou au milieu des acclamations du peuple, comm^autref ois les triomphateurs romains, dont il est si souvent question dans l'histoire. Lorsque les premiers Russes que le désir de s'instruire avait conduits dans les pays étrangers revinrent dans leur patrie, il monta lui-même dans la plus belle de ses voitures , vêtu de ses habits de cérémonie , et s'avança à leur rencontre , pour honorer, disait-il à ses courtisans étonnés de voir les distinctions qu'il accordait à ses propres sujets, le savoir et les bonnes mœurs que ces illustres Russes étaient allés chercher chez les nations de l'Europe, et qu'ils rapportaient en Russie.
Enfin, pour frapper sans cesse les yeux de sa nation de tout ce qui pouvait lui mieux faire comprendreles avantages quelaRussie tirerait un jour de chacun des progrès dont il était l'auteur, il iraagina,après une victoire que ses vaisseaux venaient de remporter, de monter lui-même sur cette chaloupe anglaise qui lui avait autrefois donné ridée de fonder une marine russe : ce petit na-