‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 57 sur 69 · LA FONDATION DE SAINT-PETERSBOURG · texte numérisé non relu

LA FONDATION DE SAINT-PETERSBOURG

Depuis l'an 1703 jusqu'à l'an 1709.

Tandis que Charles Xlf semblait assurer ses conquêtes par une paix que l'on pouvait croire durable, le czar Pierre, sans se rebuter du mauvais succès de ses premiers combats , était parvenu à aguerrir son armée en livrant chaque jour, en Livonie et en Pologne , de nouvelles batailles aux troupes suédoises que Charles y avait laissées. Par ce moyen les Russes s'accoutumèrent enfin à lutter contre les Suédois , qu'ils avaient cessé de regarder comme des magiciens et des sorciers, et cette nation brave, qui commençait à devenir moins ignorante, s'exerça ainsi par de petits avantages à ne plus craindre les meilleurs soldats de l'Eu-rope.

L'une dès premières opérations de Pierre , en reprenant l'offensive , fut d'assiéger de nouveau cette même ville de Narva , qui avait été si fatale aux Moscovites peu d'années auparavant; mais cette fois , quoiqu'elle fût encore vaillamment

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défendue , le czar s'en rendit maître après un combat sanglant , où les Russes , exaspérés sans doute par la résistance opiniâtre qu'ils venaient d'éprouver, souillèrent leur victoire par des cruautés inutiles et par leur avidité pour le pillage. Après avoir vainement tenté par ses paroles d'arrêter la rage de ces forcenés , Pierre se vit forcé de percer de son épée plusieurs de ces furieux qui méconnaissaient sa voix , et ce ne fut qu'à ce prix qu'il parvint à sauver de leurs mains un grand nombre de victimes innocentes qu'ils étaient près d'égorger. Lorsqu'il entra , tout couvert de sang et de poussière , dans l'hôtel-deville de Narva, où une foule d'habitans s'étaient réfugiés, il posa sur une table son épée toute sanglante, et voyant les assisians frappés de terreur : « Ne craignez rien, leur dit-il avec douceur , ce a n'est point de votre sang que cette arme est » trempée, mais de celui des Moscovites que j'ai M frappés pour sauver la vie de vos femmes et n de vos enfans. )»Ces paroles rassurèrent entièrement ces infortunés, auxquels il fit aussitôt restituer ce qu'on leur avait pris de plus précieux ; il ordonna que les maisons qui avaient été détruites pendant le siège fussent rebâties à ses frais, et se fit ainsi bénir de ce peuple autant qu'il en avait été redouté.

Mais ce n'était point assez pour Pierre , mes enfans, de prendre des villes, et tandis que Charles XH , enivré de ses victoires , forçait le roi Au-

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guste d'implorer une paix humiliante , Pierre s'oerupait à fonder , à peu de distance de Narva même, et sur les bords de la mer Baltique , une grande cité à laquelle il donna le nom de Saint- Pétersbourg, ce qui vetix dire la ville de Saint* Pierre, dont il résolut de faire la nouvelle capitale de son empire.

Le lieu que le czar choisit pour bâtir cette capitale, mesjeuncs amis, qui est aujourd'hui l'une des plus belles villes du monde, n'était alors qu'un vaste désert, où les eaux de la Newa , grande rivière qui se jette dans le golfe de Finlande , formaient des marais impraticables. Mais Pierre , comme vous savez, ne se laissait rebuter par aucune difficulté , et faisant venir une multitude d'ouvriers de toutes les parties de son empire , il eut bientôt entièrement changé l'aspect de ce lieu, en faisant creuser des canaux profonds pour écouler les eaux des mérécages et construire des ponts pour lier entre eux les différens quartiers de la nouvelle cité. Eu peu d'années , par cette volonté toute-puissante qui se plaisait à vaincre la nature , comme elle avait vaincu naguère la barbarie de sa nation , on vit s'élever , par une sorte d'enchantement, une forteresse , des palais, des églises et des milliers de maisons commodes et élégantes , bientôt habitées par une multitude de seigneurs et de peuple accourus de Moscou et de toutes les provinces de Russie. Des manufactures d'abord fondées par des étrangers sous la prêtée-

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tion[du czar ,<s'y établirent ; des écoles y attirèrent une foule déjeunes Russes, que leurs parens voulaient former à cette civilisation nouvelle que Pierre leur avait fait connaître ; des navires de toutes les nations du globe vinrent y aborder , et le fondateur eut la satisfaction de voir prospérer cette création de son génie en moins de temps , peut-être, qu'il n'en eût fallu à un prince ordinaire pour en concevoir la pensée.

Cependant la guerre sanglante qui divisait la Russie et la Suède n'était point encore terminée ; la Pologne continuait d'être le théâtre d'agitations sans cesse renaissantes , et Stanislas Leczinski , malgré ses vertus et son courage , luttait avec peine contre ses propres sujets déjà fatigués du présent, inquietsde l'avenir, et dont le voisinage du czar entretenait la turbulence et le mécontentement. Ce prince avait été forcé d'implorer de nouveau le se<30urs de Charles XII qui, ramenant en Pologne cette armée victorieuse qui venait de conquérir la Saxe, avait résolu de mettre enfin un terme à celte longue guerre, en allant lui-même combattre le czar dans ses propres états.

Si vous avez sous les yeux , mes jeunes amis, une carte de l'Europe actuelle, vous remarquerez aisément que l'empire de Russie , dont l'étendue occupe presque le tiers de cette partie du globe , n'offre cependant qu'un petit nombre de villes et de villages, si on le compare à la France, à l'Allemagne , à l'Angleterre , à l'Italie , où de-

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