‹ L'histoire moderne, racontée aux enfans ;Chapitre 9 sur 69 · LE CONNÉTABLE DE BOURBON · texte numérisé non relu

LE CONNÉTABLE DE BOURBON

Depuis Tan 1522 jusqu'à l'an 1525.

Quoique la rivalité de Charles-Quint et de François I^"^ fût connue de toute l'Europe, mes jeunes amis, ces deux ])rinces ne s*étaient point encore mesurés l'un contre l'autre, lorsque le roi de France, que les revers de Lautreo dans le Milanez avaient indigné , résolut de passer luimême en Lorabardie avec une année, pour chasser les Impériaux du duché de Milan, dont Charles avait investi François Sforce, peu d'années aupal ravant. Le monarque français se mit donc en marche pour cette expédition, suivi des plus braves et des plus fameux capitaines de son temps , et il se disposait à passer les Alpes, lorsqu'il apprit avec douleur qu'un complot avait été formé par un des plus grands seigneurs de France, pour livrer plusieurs provinces de ce royaume à ses ennemis, pendant qu'il serait occupé à guerroyer en Italie.

Le seigneur qui avait eu le malheur de se laisser séduire par les promesses de l'empereur, pour

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commettre celte trahison, se nommait Charles, duc de Bourbon; il était à la fois le proche parent j du roi et le connétable du royaume , c'est-à-dire | le général de toutes les armées françaises; mais f son caractère était hautain, turbulent et ambitieux, et sous prétexte que François lui avait fait une injustice, en conPiant à un autre capitaine un \ poste qui aurait dû lui appartenir, il haïssait mor- | tellementcemonarque, et surtout sa mère, Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême, à qui François avait confié la régence du royaume pendant son absence.

Dès que le roi fut averti que le connétable avait consenti à trahir sa patrie pour servir les ennemis de la France, il en ressentit une peine amère ; mais comme il avait troj) de loyauté et de franchise pour croire qu'un prince de son sang fût'i capable d'une telle infamie, il se rendit aussitôt! lui-même auprès de Bourbon, et lui fit connaître de quel crime il était accusé : cependant celui-ci, qui feignait en ce moment d'être malade et alité, pour n'être point obligé de suivre le roi en Italie, lui jura avec tant tle sermens que jamais il n'avait conçu cette coupable pensée, que François, confiant comme le sont toujours les aines généreuses, ne douta point que son cousin n'eût été victime de quelque calomnie, et le quitta pleinement rassuré sur sa sincérité.

C'était pourtant une lâche et honteuse perfidie, mes enfans, que venait de commettre alors le

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connétable ; car à peine le roi Teut-il quitté, que sortant précipitamment de son lit, il appela un de ses serviteurs nommé Pompérant, dont il connaissait le dévouement, et se faisant apporter des habits qui le rendaient méconnaissable, il monta à cheval, suivi de ce seul compagnon, et prit la route d'Italie, par des chemins détournés, pour arriver dans le Milanez avant l'armée française, et joindre les Impériaux qui l'attendaient. Ce ne fut pas pourtant sans avoir couru de fjrands dangers que Bourbon accomplit cette fuite honteuse, et sans l'adresse de son fidèle serviteur, il eiit été reconnu plusieurs fois par les soldats français qu'il rencontrait sur les routes. Quoi qu'il en soit, les deux fugitifs échappèrent à toutes les poursuites, et atteignirent bientôt l'armée impériale, dont Charles, appelé alors en Espagne pour réparer les malheurs de la guerre civile, avait confié le commandement au vice-roi de Naples, nommé Lannoy, qui passait avec raison pour un des meilleurs capitaines de cette époque.

Peu de jours après la fuite du duc de Bourbon, François ï'^^', qui avait appris en chemin l'odieuse trahison de son cousin, arriva lui-même dans lo Milanez, où il trouva son armée rassemblée sous les ordres d'un général français, appelé Bonnivet, dans lequel il avait mis toute sa confiance. Ce n'est pas, mes jeunes amis, que Bonnivel fût plus habile à la guerre que d'autres capitaines,, quoiqu'il eût un grand courage et un vif désir d'ac-

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