‹ L'histoire par le théâtre, 1789-1851 (volume 2)Chapitre 15 sur 48 · LA RÉVOLUTION DANS LES THEATRES AUTRES QUE LE THEATRE-FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION DANS LES THEATRES AUTRES QUE LE THEATRE-FRANÇAIS

Le Cousin Jacques. — Ses pièces politiques. — Nicodème dans la Lune. — Sa vogue prodigieuse. — Combien cette pièce valut à l'auteur. — Le Club des bonnes Gens. — Les deux Nicodèmes. — Le vaudeville. — L'Auteur du Moment. — La Chaste Suzanne. — Application qui fut faite dans cette pièce, et ses résultats. — Rançon payée par les auteurs et le théâtre. — L'Opéra. — Le Camp de Qrandpré, le Siège de Thionville, la Fête de l'Égalité. — La Papesse Jeanne. — Une Journée du Vatican. — Le théâtre de la Cité. — Les Salpétriers républicains. — L'Époux républicain. — La Folie de Georges. — Le sang et l'eau de rose. — Le répertoire delà réaction thermidorienne. — L'Intérieur des Comités révolutionnaires. — Le Souper des Jacobins. — Martainville. — Le Concert de la rue Feydeau. — Le mouvement électoral royaliste. — Les Assemblées primaires ou les Élections. — Interdiction de cette pièce. — Singulière protestation de l'auteur. — Le dix-huit fructidor. — État de la société sous le Directoire. — Les nouveaux riches. — Les déclassés de l'ancien régime. — Les deux Ségur. — Une leçon de politesse. — Ségur sans cérémonie. — La guerre théâtrale aux spéculateurs, aux parvenus, aux fournisseurs. — L'Agioteur. — Les Modernes enrichis. — Madame Anyot. — L'Entrée dans le Monde. — Les indications d'époque et le costume théâtral. — L'exercice du culte et une citation de comédie. — Barras. — Le dix-huit brumaire. — Pièces relatives à cette journée.

J'ai voulu suivre l'histoire de la Révolution au Théâtre-Français, sans in écarter de ce drame qui s'y dé-

roule, drame complet, drame vigoureusement accidenté, puisqu'il alla jusqu'aux luttes intestines les plus violentes, jusqu'au démembrement, jusqu'aux canons et aux baïonnettes occupant les abords , jusqu'à la fermeture de la salle, jusqu'à l'emprisonnement des acteurs, et presque jusqu'à leur supplice. Mais on peut aussi, dans les autres théâtres, suivre pas à pas la marche des faits, et, pour ainsi dire, tâter le pouls à la Révolution, depuis la période de la simple excitation jusqu'à celle de la fièvre chaude.

De toutes les pièces politiques du temps, celle qui obtint, sans contredit, la plus grande vogue, fut Nicodèrne dans la Lune, ou la Révolution pacifique, comédie en trois actes mêlée de vaudevilles. Elle tut jouée sur le Théâtre-Français comique et lyrique de la rue de Bondy (il était situé au coin de la rue de Lancry), le 7 novembre 1790. L'auteur était un homme d'un esprit original, qui fil du bruit pendant quelque années et dont on ne se souvient plus guère maintenant. Louis- Jacques Beffroy de Reigny, plus connu sous le nom de Cousin Jacques dont il signa ses productions, était né à Laon en 1757. Il avait eu pour camarades au collège Louis-le-Grand Camille Desmoulins et Robespierre. Tandis que ses deux condisciples adoptaient la carrière d'avocat, le premier au barreau de Paris, le second au barreau d'Arras, Beffroy de Reigny entrait comme professeur au collège de Cambrai, puis, revenu bientôt à Paris, il commençait, en 1785, la publication d'un recueil littéraire mensuel intitulé les Lunes. Les livraisons s'appelaient des quartiers. Il le continua jusqu'en 1790 ; puis il le reprit sous le titre des Nouvelles Lunes, pour y faire de cette politique facétieuse qui ne laisse

pas de tenir une assez grande place dans ce temps où les événements étaient si sérieux.

Ce personnage de Nicodème, que Beffroy de Reigny mit à la mode, est un paysan tout naïf et tout franc, dont le gros bon sens est assaisonné d'une certaine dose de malice, et qui tient un peu de Sancho Pança. Le Cousin Jacques, par l'organe de son Nicodème, se montre partisan de la Révolution, mais de la Révolution telle que la saluèrent les esprits éclairés et généreux. Il en adopte toutes les réformes et tous les principes, sans excès et sans violences, comme l'indique le second titre de la pièce dont Nicodème est le héros. S'étant embarqué dans un ballon, Nicodème s'élève si haut dans les airs qu'il arrive jusque dans la lune, jusqu'à cette planète dont le Cousin Jacques avait fait son domaine. Là, il trouve un peuple qui se plaint avec raison de bien des abus; il trouve des courtisans comme il y en a, comme il y en aura toujours sur la terre; un souverain qui a les meilleures intentions du monde, mais qui est circonvenu par tous ces gens intéressés à le tromper. Une partie de chasse doit l'amener dans un canton dont les habitants auraient grand besoin d'en appeler à la haute justice du prince. Leur seigneur tient, au contraire, à ce que Sa Majesté Lunatique ne voie autour d'elle que l'apparence et l'expression du bonheur. Il voudrait que le curé de l'endroit le secondât dans ce mensonge; mais le digne pasteur, tout dévoué à ses paroissiens, s'y refuse formellement, et fait au seigneur des remontrances dont la franchise n'est pas bien accueillie :

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