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nom du fils de Napoléon, convié à Tenger les malheurs
de son père, et à guider les vieux soldats d'Aiislerlitz * et de la Moskova. Au moins^ les pièces comme le Roi et la Ligue ou Charks de France étaient données tout franchement comme des productions de circonstance, où le présent ne songeait pas à se déguiser sous la gaze diaphane dont il se revêtait pour la terme. Le public était prévenu d'avance qu*il ne fallait pas chercher là une étude d'histoire , et que Tactualité toute vive allait s'offrir à lui sous un voile transparent. Mais introduire ce système de Tallusion contemporaine à tout prix dans le domaine de Corneille et de Racine, dans des œuvresj où la critique avait droit de chercher exclusivement l'art sérieux, c'était un fàclieux abus, un abus anlilittéraire. Les auleiu:s qui courtisaient ainsi le présent n'avaient guère à compter sur Tavenir»
Quelques semaines après la première représentation de ce Régulus où l'Angleterre était si malmenée sous le pseudonyme de Carthage , une autre immolation anti-* britannique, et qui eut beaucoup plus de gravité, vint montrer jusqu'où pouvait se porter la violence de la passion. C'est un tait qui mérite d'être raconté avec détail» car aucun ne fut plus caractéristique.
En 1822, quoiijuu loib cl la lurme trayiijues régnassent encore sans contestation sur nos tiiéàlres» f|uelques symptômes annonçaient déjà les tendances qui devaient éclater à grand bruit peu d'années plub
LA RESTAURATION
tard, quand ïùcoie dite romantique Jèverriit ouvertement sou drapeau. L ancienne traduction de Sbakspeare, par Letourneur, Tenait de reparatlre» revisée et corrigée par M. Goizot. M. de Barante publiait sa traduction du Théâtre de Schiller, La collection des Chefs^'csuvre des Théâtres étrangers^ en vingt-cinq volumes^ mettait en lumière d'autres productions de la scène anglaise et de la scène allemande, avec celles de Lope de Vega, de Galderon et d'auteurs de plusieurs nations chez lesquelles on soupçonR^i^ ^ peine, jusqu'alors, une littérature dramatique. Les romans de Walter Scott, traduits au fur et à mesure de leur apparition, créaient à l'illustre écrivain écossais une réputation qui approchait de celle dont il jouissait au delà du détroit.
C'est dans ces circonstances que fut conçue l'idée d'offrir pour la première fois au public français des représentations anglaises. On croyait pouvoir compter sur la curiosité qu'exciterait une primeur de ce genre, sur l'attrayant sujet de comparaison qu'elle iournirait aux amateurs de l'art théâtral ; en un mot, celte nouveauté devait être de nature à conjurer l'effet que pro« duit ordinairement dans les théâtres la saison d*été, si redoutable [ioui le caissier, qui a, comme la uatuie, horreur du vide.
Parmi les scènes parisiennes, il en était une qui semblait se prêter plus particulièrement à cette tentative : c'était le IhéàUe de la Porle-Saint-Marlin, cette salle bâtie en soixante-quinze jours pour l'Opéra, et qui, toute provisoire qu'elle fût, n'est pas bien loin d'être centenaire. Grandiose par ses dimensions, pou* vaut, par ha qualité de théâtre du boulevard, risquer
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184 L'HISTOIHE PAR LE TiiEATHJE.
ce qu'on n'aurait pas permis à une scène de-baut pa*
rage, et cependant plus rapprochée du monde artistique et liltéraue que Ja Gaîté ou TAmbigu, le théâtre de la Porte-Saint-Harlin avait d'ailleurs pour directeur un homme de lettres tout disposé à un pareil essai : c'était Merle, associé avec M. Deserre, et que cette entreprise, quoique généralement heureuse* ne rendit pas plus riche, tant Tordre et la prévoyance lui man* quaient. La légèreté insouciante de son caractère* dans les affaires ordinaires de la vie, n'aurait pas fait deviner une constance de sentiments politiques comme celle qu'il garda toujours à la Restauration. Chez le vaudevilliste qui n'éleva pas ses visées dramatiques au* dessus du Ci-devant Jeune Hommes de Préville et Taconetj et autres petites pièces fort gaies* fort Jolies, mais sans prétentions littéraires* on n'aurait pas deviné davantage Tinstruclion sérieuse que Merle possédait, et qui se montra surtout dans ses feuillelons de la Quotidienne. Le théâtre anglais , entre autres , lui était familier* et il crut au succès d'une tentative doublement intéressante pour l'art du poêle eL pour celui dii cuiiiédien. Un arrangement fut conclu avec M. Peniey, directeur des théâtres de Windsor et de Brighton* acteur lui-même* et dont la femme jouait les premiers rôles, tant dans la tragédie que dans la comédie. La troupe britannique passa la Manche, et la première représentation* composée d^OihsUo et de la petite comédie des RendeZ'Vous^ fut annoncée pour le mercredi 31 juillet 1822.
Mais on avait compté sans les passions politiques alors si vives* et qui cherchaient partout une occasion de se manifester. Les conspirations n'avaient pas dit
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LA K£STÂUKATIÛN. 185
leur derniei' mol, car celte seule année 1822 vil celles de Saumnr, de Belfort et de la Rochelle. La caricature et le couplet luttaient avec la plume du publiciste dans cette guerre aux Anglais, qui était un des thèmes populaires de ropposition, et où souvent le ]}alriotisnie ( lait plus ardent qu impartial et éclairé. On allait en avoir la preuve à la Porte- Saint-Martin. Là où se présentait simplement une question d*art, et où l'on pouvait espérer que personne ne verrait MUtre chose, la [iolitKjue intervint avec toute sa véhémence. Une aveugle animosité, blâmée, sans aucun doute, par tous les hommes sages de Fopinion libérale, jura de prendre la revanche de Waterloo sur de pauvres acteurs qui n'y étaient pour rien, et de frapper lord Wellington sur leur dos ; elle les proscrivit d'avance et sans miséricorde, comme s'ils avaient à ié[)oiidre pour su- lludson Love et pour l'oligarchie britannique, ou comme s'ils étaient Tavant-garde d'une nouvelle armée d'in* vasion.
Afin de colorer, s'il était possible, cet arrêt anticipé, un prétexte de représailles fut exhumé dans une bis-» toire déjà bien ancienne. Soixante-treize ans auparavant, Monnet, le directeur du primitif Opéra-Gomi^ que de la Foire, avait essayé d'éfal>!ir à Londres un spectacle français. La populace, animée par de vieilles baines nationalesi se rua brutalement sur les nouveaux venus; mais les lords, les membres de la haute société, prenant les étrangers sous leur protection, allèrent jusqu'à mettre l'épée à la main pour les défendre. Cette honorable conduite du monde anglais éclairé compensait assurément le procédé violent de la classe inculte et grossière. D'ailleurs, un grief remontant à
trois quarts de siècle, où Ton devait supposer quelques progrès accomplis dans les idées et les rapports internationaux, était par trop rétrospectif. Il est vrai que,
l écern nient, une troupe de comédiens français n'avait pu, par suite de quelques circonstances particulières» obtenir à Londres la salle à*ArgiWs Rooms pour y donner des représentations, et ce fait fut également invoqii6 contre M. Penley et sa troupe, qui n'en étaient pas moins innocents que des actes du congrès de Vienne et de la Sainte-Alliance. D'ailleurs , plusieurs artistes des théâtres de Paris avaient fait depuis peu à Londres des voyages brillants et fructueux, et Mlle Noblet, entr'autres, Télégante danseuse, nous en était revenue chargée de couronnes et de guinées.
Or, ce jour-là, 31 juillet, une foule considérable, une toule impatiente, animée, se pressait longtemps avant Fouverlure des bureaux devant le théâtre de la Porte-Saint-Hartin, et la yaste salle, pleine }usqu*aux combles, fut loin do pouvoir admettre tous ceux qui l'assiégeaient. Si la curiosité d'un spectacle nouveau en attirait beaucoup, beaucoup aussi étaient amenés par une tout autre intention que celle de comparer Sbaks<» peare avec Corneille ou Raeine, et les comédiens d'outre-Manche avec les nôtres : ils venaient bien résolus à frapper sans écouter. Il est vrai que cette troupe de M. Penley n'était qu'une troupe très-secondaire : Tari Ihéàlral anglais aui'ait été miteux représenté par les acteurs de Drury-Lane ou de Covent- Garden ; mais Jà n'était pas la question. Le talent le plus éminent n'aurait pu fléchir ces farouches proscripte urs.
Dans cette salie regorgeant de monde, au milieu de
LA RESTAURATION
la canicule, le public s'agitait et bruissait en attendant le lever du rideau. Des sifflets se naélaient à ce murmure d*une mer tumultueuse. Toutefois, ils pouvaient n'être qu'un signe d'impatience, une manière d'abréger le temps et de tromper le malaise, usitée les jours de grande presse dans les spectacles de rang secon*daire. Enfin, la toile se lève, Othello et Yago entrent en scène et saluent ; mais ils ont à peine prononcé quelques phrases, que l'hostilité commence à se manifester. Même dans des conditions plus favorables» ces acteurs étrangers auraient pu éprouver une certaine crainte; jugez donc de leur posilion avec les rires moqueurs, les sifflets, les mauvaises plaisanteries, qui ne cessaient d'accompagner le dialogue ! Les gestes, les inflexions de voix, la prononciation un peu gutturale de la langue britannique, tout était saisi par ce parti pris de la malveillance, et il y avait des gens qui se fâchaient de ne pas comprendre, comme s'ils avaient dû, en prenant leur billet, ac(}iiérir du même coup la connaissance de la langue de Shakspeare. Encore ces aménités n'étaient-elles qu'un prélude, en attendant mieux.
Ainsi se passa le pi eniier acte. A peine était-il fini, que l'.eilervescence des passions hostiles trouva dans la salle même un aliment nouveau, un but supplémentaire, sur lequel fondit Torage avec la violence la plus extrême de la personnalité. « Marlainville ! » crièrent des voix qui n'étaient rien moins qu'amies, et plus d'un doigt s'étendait pour montrer le fameux polémiste du Drapem BUme.
Dans le concert général dont fut salué le berceau du roi de Home, on a vu que Martain ville n'avait pas re-
fusé son tribut. Néanmoins, il accueillit le retour des Bourbons avec une chaleur de zèle que son énercpque royalisme, dans les temps les plus périlleux de la Ré-
volulion, doit faire regarder comme sincère, et il se dédommagea amplement de sa concession aux circonstances. Le retour de llle d'Elbe et les Gent-Jours ne firent qu'exalter encore davantage la véhémence de ses opinions. Toutefois, on ne saurait considérer comme fondée une grave accusation dont il fut Tobjet. Pendant le second et court règne de Napoléon, U s'était retiré dans une petite maison de campagne qu*il possédait au Pecq, près de Saint-Germain. On prélendit plus tard qu'après la bataille de Waterloo, quand l'armée prussienne s'approcha de Paris, Martainville lui avait livré le pont du Pecq, où elle opéra le passage de la Seine. Il est de fait que Martaiavillo, simple particulier, n'était pas plus en position de livrer ce pont que de le défendre, et qu'il ne fut pas traité en allié par les soldats prussiens, car ils ne ménagèrent nullement sa maison.
Le second retour de Louis XYIII, salué par Martainville avec un nouvel enthousiasme, ne tarda pas à le
voir rangé parmi ies méconlenls, el cela en raison de sa terveur même. Toujours h Favant-garde, Martainville fut, dans la presse, le champion attitré des ultrabourbonniens, et il s'ensuivit pour lui plus d*un assaut. Lors de l'aiïaire de GermanicuSj il rédigeait le feuilleton dramatique du Journal de Paris* Il avait rendu compte littérairement de la pièce avec impartialité ; mais il publia ensuite quelques lignes assez vives sur les manifestations bruyantes des amis poliliques de Fauteur, et il justifia Tinterdit iulligé à l'ouvrage. Un des ûls
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LA RESTAURATION
d'Arnault, non pas Lucien Arnault, l'élève tragique de son père, mais Étienne-Pierre» officier à demi-solde» s'emporta contre MartainYÎIIe jusqu'à des voies de fait. Le journaliste outragé voulut double réparation ; il attaqua M. Arnault iils devant la police correctionnelle, qui prononça seulement une condamnation à un jour de prison et 50 fr. d'amende. Le lendemain, il y eut entre eux un duel au pistolet, dans lequel MartainviUe fut effleuré d*une balle.
M. Decazes, que les uItra*royalisles poursuivaient d'une haine égale à la faveur assez mal placée, il faut l'avouer, dont il jouissait près de Louis XYIII, n'eut * pas d'adversaire plus violent que MartainviUe. Deux mois après l'entrée du favori royal au ministère, laquelle eut lieu le 29 décembre 1818, soix.intc et un pairs furent créés. Cette nomination parut uu jour de carnaval, le 5 mars 1819. Marlainville, reprenant ses armes chansonnières, salua les nouveaux pairs par des couplets très-inordants et très-épicés, comme il en savait faire ; car, dans cette nouvelle phase de sa carrière, il ne se piquait pas d*une réserve de ton et d'habitudes plus sévère qu'autrefois, et c'était à la muse de Vadé que ce déterminé champion du trône et de l'autel empruntait ses cantiques. Ces couplets sur le renfort ministériel qu'avait reçu la pairie, il ne craignit pas de les chanter lui-iiiùme au ca(é Valois. Situé au Paiais-Royal, dans la galerie de ce nom, et près du dentiste Desirabode, ce café était le rendez-vous des plus exaltés royalistes, tandis que le café Lemblin, dans h galerie opposée, servait de quartier général au parti autibourbonnien. MartainviUe était l'un des piliers du café Valois ; un verre de liqueur ou de punch
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à la main, il pérorait, il déblatérait à cœur-joie contre le ministère, complice, suivant lui, des hommes de la
Révolution, ei souvent il n'épargnait pas même la personne royale.
Pour de telles opinions, le Journal de Paris était trop modéré, trop anodin. II fallait à Martainville un organe à lui, et il fonda le Drapeau Blanc, en société avec Timprimeur-libraire ûeutu, nom commercial qui en est aujourd'hui à sa troisième génération ^ Le Drapeau Blanc, dont le premier numéro parut lo 16 juin 1819, portait pour vignette un officier de la garde royale, tenant déployée la symbolique bannière, et pour devise : < Vive le roi, quand même! b C'était le cri des paysans vendéens, après un échec, pour dire que ce revers ne décourageait pas leur dévouement. Dans la bouche et sous la plume des monarchistes à outrance^ le quand mime s'appliquait aux idées et au régime conslitutionnel, dont ils ne voulaient pas. Au-dessous de sa vignette, le Drapeau Blanc étalait un cordon de Heurs de lis.
Là, Martainville était ^chez lui, il avait pleine franchise, et il en usa. Le Drapeau Blanc fut comme un vaisseau qui, des deux bords, fait feu à la fois sur deux adversaires. Tout en bataillant sans rel&che contre les libéraux, contre les Jacobins^ Tancienne cible de ses coups, Martainville fit à M. fiecazes la
1. Le grand-père de M* Denta, ractif éditeur de la galerie d'Orléans, était étai>lî« au eommeneement de ce siècle, dans la rue du Pont-de*Lo(Ji, et vint ensuite au Palais-Royal. Il eut pour successeur, en 1824, son fils M. Gabriel-André Dentu, ainsi que lui libraire attitr<5 de l'opinion royaliste, et qui eut à subir plusieurs procès, coittiae tel, sous le gouvernement de Juillet.
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TA RBSTÂTIRATION
guerre la plus vive. Il est probable que, si le ministre attaqué avec tant de violence avait pu acheter le concours ou le silence d'un tel casseur de vitres, il n'y aurait pas manqué. Martainvilie avait des goûts dispendieux, et, par conséquent, de fréquents besoins d'argent; mais il tenait avant tout à son franc parler. Le lendemain de la mort du duc de Berry, il osa formellement accuser M. ûecazes de complicité dans le crime de Louvel. M. Decazes porta urie plainte personnelle contre Paudacieux journaliste; mais raffatre n'alla pas plus loin, sans doute à cause de la cliule ministérielle du plaignant. Aussi bien que Beaumarchais, l'infatigable lutteur pouvait dire iMaweestun combat, et non pas seulement, comme on l'a vu, un combat à la plume. Poursuivi plus d'une fois devant les tribunaux par ses adversaires, il eut des procès à Paris, il en eut dans les départements. Le plus marquant fut celui que lui in* tenta la veuve du maréclial Brune, contre lequel il avait évoqué d'anciennes accusations relatives à la période révolutionnaire. Loin de les rétracter, Marlainville, qui plaida lui-même sa cause, en ajouta de nouvelles, et lut cependant acquiué à l'unanimité par le jury, auquel la législation d'alors attribuait cette affaire. Ck)rome il allait à Bourg se défendre contre une autre plainte en difiàmation, il passa par Ghâlons-sur-Sa6ne, où avait eu lieu, quelque temps auparavant, une mascarade que le Drapeau Blanc avait dénoncée comme insultante pour la religion : ayant été reconnu, Martainyi\le Alt assailli par un attroupement furieux et faillit être jeté dans la rivière. Après ce procès de Bourg, où il subit une légère condamnation, il fut plus heureux à Riom, à Saint-Omer, à Toulouse. Il allait ainsi du
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nord au midi, de Test à Touest» espadonnaDl à tort et à travers, quelquefois exposé à de fftebeuses aventures,
fêté par les ultra-royalistes, mais non pas indemnisé des trais que lui coûtait cette espèce de chevalerie errante. Les grosses bourses du parti étaient plus disposées à vanter son dévouement et ses articles qu'à payer pour lui.
Ce fut à peine si le ministère Yiiièie parut au rédacteur du Drapeau BUmc assez fermement royaliste. Cependant, en 1825, quand le privilège de la Galté fut . donné àPixérécourt et<i Marly, l'auloi ité leur adjoignit d*office Martainville comme codirecteur. C'était » eu réalité» une rente qui lui fut allouée sur la caisse du théfttre, une pension indirecte accordée par le pouvoir à un ami tant soit peu compromettant.
On ne saurait s'étonner si, dans ces temps d'ardentes luttes, un tel homme était en butte à i'animadversion la plus violente du parti opposé. L'occasion de la manifester contre sa propre personne dut être ardemment saisie dans une soirée comme celle de la Porte-Saint- Martin.
Ainsi que nous l'avons dit, le [premier acte d'Othello venait de finir. Martainviile occupait, avec des personnes de sa connaissance, une loge au-dessus de la première galerie. S'adressant à ces personnes, il exprimail un bJâtne assiirèmenl londé sur ce déchaînement arrêté d'avance contre d'innocents comédiens; il faisait bon marché de leur talent, qui était médiocre, mais il trouvait inique et cruel qu'on les sifflât, qu*on les huftt ainsi de parti pris, sans les juger ; il aurait voulu qu'on les écoutAt, ne fùl-ce que pour n'avoir pas l'air de les condamner uniquement comme Anglais et abstraction
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LA RESTAURATION
faite de leur mériie. A celte réce[Uion Iji ul.ile il opposait raccudl tout différent que les artistes irançais ' trouvaient en Angleterre.
En ce moment, voici que tout à coup un spectateur, placé au-dessous de la loge de Marlainville, intervient sans plus de façon, et s'adressant à lui :
c II n*7 a qu*un Anglais qui paisse parler ainsi» dit-il.
— Non-seulement, répond Martain ville, je ne suis pas Anglais, mais encore je regrettais tout à Theure d'être trop novice dans la langue anglaise pour suivre le débit des acteurs.
— Moi, reprend le monsieur avec violence, en frappant du poing, je veux siffler. « A bas les Anglais ! » Je leur en veux ; j*ai été insulté et j'ai failli être assassiné à Londres, parce qu'on m'avail reconim pour Français.
^ Si vous avez reçu comme Français des insultes et des mauvais traitements, ce ne peut être que de la plus
vile et de la plus lâche populace ; c*est une raison de plus de désirer qu'il ne se trouve pas chez nous de pareille canaille* »
Déjà les gestes très-animés du quidam anglophage avaient attiré l'attention sur ce colloque. Les derni( i s mots : pareille camUle^ sont entendus du parterre, qui croit sans doute en être Tobjet. Des cris s'élèvent; on a reconnu récrivain du Drapeau Blanc. Son nom jeté dans Tardante arène soulève aussitôt une véritable tempête. Les apostrophes, les insultes pleuvent contre lui sans le faire sortir du froid silence qu'il leur oppose. Toutefois on Ta vu hausser les épaules, et ce nioiiveinent rend les menaces et les cris encore plus furieux.
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194 L'&ISTOIRB PAR LE THfiATBE*
« A la porte! à la porte l » C'est son expulsion ifiit est réclamée, qui est exigée. Des gendarmes (c'éiaii la gendarmerie qni frisait alors le service des spectacles;
viennent se placer dans le corrirlor, devant la porte «e la loge où était Marlainville. Le coruinissaire de police et le chef de la force armée l'engagent à sortir, pour Ater prétexte an tnmnite, mais il s'y reftase. « Je sais sous la sauveg.'irde de Tautorité, répond-il; si je SUIS assassiné, j'aurai fail mon devoir, vous n'aurez pas fait le T«tre. > Enfin, il consent seulement à se placer moins en vne. bailleurs la toile se relèTe. et rouragan, reprenant son premier cours , se retoome vers le théâtre.
C'est seulement an second acte qu'entrent en scène les deux femmes qui figurent dans la pièce, Desdemona
et Emilia. « J espère encore, disait dans la coolîsse un des pauvres acteurs; nous connaissons les Français, et nos femmes vont paraître.» Vain espoir 1 illusion trop flatteuse ! Il était bien question de galanterie on seulement de pitié ! Ces Françals-là étaient à Tétat de chacals dévorants, de tigres féroces. Les actrices ne furent pas mieux reçues que leurs partenaires masculins.
Cependant les malheureux luttaient contre ce part! pris implacable avec un courage vraiment di jne d*an meilleur sort. Barton, qui remplissait le rôle d'Othello, et qui avait peu prévenu en sa faveur même les spectateurs impartiaux, eut d'assez beaux moments d'énergie pour se faire applaudir deux fols et à triple salve. Ces bravos ne tir< rit qu'exaspérer l'acharnement du public hostile. Malgré une voix qui crie ; «Ne vous battez pas pour des Anglais i » une rixe à coups de poing éclate
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LA RESTAURATION. 195
dans le parterre. Les geos paisibles prennent réponyante, bon nombre escaladent le théâtre pour y chercher un refuge. Des feoimes (elles étaient admises à rorchestre dans les théâtres du boulevard, comme elles le sont encore maintenant), des femmes pressées et renversées poussent des cris de détresse. On baisse le rideau, une haie de gendarmes vient garnir Tavantscène, comme une rampe supplémentaire* Un acteur du théâtre, an acteur français, Pierson» les engage et les décide à se retirer, et de vifs applaudissements saluent leur retraite. Le même acteur demande an public s'il faut continuer la pièce. « Oui, oui ! > répond la majorité, quelques-uns dans une intention favorable, les autres pour ne rien perdre de la cruelle exécution. Afin d'arriver plus vite au dérioûment, les Anglais passent le surplus du troisième acte et le quatrième en entier. La scène hardie du lit et de l'oreiller était susceptible d'effarouclKT , à celte époque, les habitudes réservées et classiques de tout auditoire français : on juge de ce qu'il en dut être dans une soirée comme celle-là. Dindécents quolibets se mêlent au vacarme, et c*est ainsi que la tragédie se termine.
Néanmoins, on essaya de Jouer la petite pièce, qui était une imitation^ presque une traduction de Topéracomique des Rendez-'vous bourgeois ; mais les infortunés acteurs y furent encore plus maltraités que dans Ja tragédie. Ce que les femmes avaient d*anomal et d'étranger dans la démarche, dans les manières, fut robjet de rires sans pitié, de parodies grossières. L'une, missGaskill, qui jouait la suivante, avait deux couplets à chanter : l'air anglais, avec son eiLOtîque saveur, fut accompagné par un impitoyable orchestre de sifOets
et de mirlitons. Ce ne fut pas tout, et Tacharnement alla jusqu'à des violences qu'on se figure à peine : des pommes» des fourneaux de pipes» des croûtons de pain ftirent lancés sur le théâtre. Miss Gaskiil, atteinte an* dessus de l'œil par un gros sou, tomba cvanouie, et le rideau se baissa sur ce déplorable épisode, sur ce digne complément d'une pareille soirée.
Accueillis de la sorte, les acteurs anglais allaient-ils risquer une seconde tentative? Ils se décidèrent, ainsi que Tadmlnistration, à tenter Taventure. Le prix des places fut augmenté. On espéra que, dans ces conditions, les tapageurs ne viendraient pas, et que Ton aurait un auditoire épuré, choisi, tranquille. Le lendemain, vendredi 2 août, on afficha : r École de la Médisance (the School far Scandai)^ de Sberidan, et une petite comédie en un acte, la Route de Bath,
Mais les ennemis acharnés qui avaient juré mort à l'Angleterre, dans la personne de ses acteurs, ne regardèrent pas au sacrifice pécuniaire. Ils assiégèrent les bureaux, ils prirent leurs billets, coûte que coûte, et dès les premiers mots il fut évident que la combinaison était vaine. Au charivari infernal des huées, des cris, des sifflets, se joignit tout d'abord l'emploi des armes brutales, qui avait couronné la soirée précédente, et ce fut pis encore, s'il est possible : œufs, pommes de terre, caillouZi plurent comme grêle sur la scène. Cette fois aussi, une actrice en fnt atteinte, et on l'emporta évanouie. Le régisseur vint demander s'il fallait continuer la représentation (commencer était plutôt le mot). • Non, non ! à bas les Anglais I » répond l'ouragan humain. En conséquence, il fut annoncé qu'on allait jouer deux pièces françaises, deux vaudevilles, les
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Lk RESTAURATION.
Ensorcelés el Kabry le Sabolier. « Bravo! bravo! » Les Ensorcelés cl Kabry le Sabolier au lieu de Shakspeare et de Sheridan l Le patriotisme de ces ultra-Français avait satisfaction, l'Iionneur du pays était sauf, et la colonne Vendôme restait ferme sur sa base.
Mais il fallait que rien ne manquât à la répéiition des tempêtes de l'avaut-veille. Martainville s'était bien gardé de faire défaut à cette représentation. Pour un honuiie de son caractère, l'attaque dont il avait été l'objet, bien loin de l'empêcher de revenir, était au contraire une raison de plus d'être à son poste. Toutefois il s'était mis dans une loge sombre ; mais pendant i'enU'dcle, en attendant le vaudeville qui allait personnifier et venger si heureusement la littérature naUoiiale» le rédacteur du Drapeau BUme n'en fut pas moins découvert avec deux amis. Aussitôt injures, cris, rugissements, le programme au complet, sans combler les
projectiles , dont la provision n'avait pas eu le temps de s'épuiser. Une pierre atteint légèrement au visage une des personnes qui étaient avec le journaliste. Martainville, exaspéré, s'avance en dehors jusque sur la galerie. « Vous êtes, crie-t-il» des brigands et des assassins I» Cette apostrophe, assez concevable , du reste, n'était pas propre à calmer les esprits. « A l'assaut! à l'assaut I » vocifèrent les furieux, tandis que les assiégés se hâtent de lever la grille de la loge pour se garantir du bombardement. On entraîna Martainville pai une porte de derrière, une vingtaine de personnes raccompagnant pour le protéger. 11 ne fut possible de commencer les Ensorcelés qu'après l'assurance qu'il avait quitté la salle. Hais les Ensorcdés étant ilnisy les tapageurs, qui se sentaient encore en iiaieme,
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occupèrent Fentr'acte à leur façon. ITayant plus à
s'escrimer contre personne, ils se prirent aux instruments des musiciens et aux banquettes, qu'ils brisèrent. Alors la gendarmerie fit évacuer la salie, et des groupes s'étant formés sur le boulevardi elle les força de se
dissiper.
Après cette seconde épreuve, il aurait été plus qu'inutile d'en tenter une troisième. Par une lettre publiée dans les journaux, les directeurs de la Porte-
Saint-MarMn annoncèrent que, va l'opinion manifestée par la majorité du public, les représentations anglaises ne continueraient pas. La troupe de M. Penley en donn^ quelques-unes par souscription au petit théâtre de la rue Chantereine (la me de la Victoire), qui servait pour des exercices dramatiques particuliers. Là, elle put se produire devant quelques amateurs sous Tabri de cette espèce de huis clos.
Voilà ce qui se passa en 1822, A peine cinq ans après, quel revirement I Ën 1827, une nouvelle troupeanglaise, sans être effrayée de ce souvenir, venait débuter à Paris^ et elle obtenait un succès triomphant. Les idées avaient pris un autre cours. L'opposition n'avait pas donné sa démission, tant s'en faut, mais elle a*était plus anglophobe, elle était plutôt anglophile. La nouvelle attitude de Ganning, jadis adversaire violent de la France, mais devenu l'appui des idées libérales, depuis sa rentrée au pouvoir, avait changé le mot d'ordre de la gauche à l'égard de l'Augleterre. Elle eut de pompeuses oraisons (uni bres pour Thomme d'État britannique, mort en cette année 1827, et elle alla jusqu'à frapper une médaille en son honneur. Shakspeare et ses interprètes n'étaient plus rendus comptables de 1815. Bien
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ul restauration. m
plus, grâce aux nouvelles doctrines littéraires ^ un
extrême en remplaça un autre : au lieu de rhostîlîté acharnée, ce fut une faveur qui alla jusqu'à l'engouement. Il n'y a rien de tel que d'arriver à propos. Le petit cénacle de la rue Ghantereine s'était grandement élargi, augmenté d'ailleurs de tout ce monde qui va là où est la mode, et par cela seul qu'elle est là. On voyait courir aux représentations anglaises quantité de gens qui s'y amusaient fort peu, mais qui tournaient religieusement les pa^es de la pièce traduite, en suivant le spectacle comme une leçon, et les enthousiastes se livraient à des explosions de bravos et de trépignements contre lesquelles personne ne songeait à protester. Il faut dire que, cette fois, les représentants de l'art ■ anglais étaient mieux choisis, et qu'ils ne se risquèrent pas dans les régions du boulevard populaire. Après avoir débuté (septembre 1SS7) à POdéon, ils passèrent dans les premiers jours d'octobre au Théâtre-Italien (salle Favarl), scène tout aristocratique. Néanmoins, ce fiit, entre les deux résultats^ un curieux et remarquable contraste.
On se rappelle, en particulier, Timmense succès de miss Smithson, la principale actrice tragique. De Fautre côté du détroit, miss Smithson n^avait guère eu qu'un succès médiocre : Irlandaise, elle avait contre elle, dit-on, un accent de terroir désagréable aux oreilles anglaises. Pour un auditoire français, ce défaut, s'il existait, demeurait inaperçu; le jeu fiévreux, le pathétique violent de la nouvelle tra^^ôdienne, obtinrent une vogue presque égale à celle dont l'époque actuelle a vu jouir Mme Aistori. Macready, noble, savant et beau tragédien; Kean, talent désordonné
dont H ne restait plus que les ruines, vinrent aussi se
montrer au public parisien Le premier avait pour triomphe le rôle de Vir^inius, le second celui de Ricliard III. Un jour qu'il devait le jouer et que la présence de la duchesse de Berry était annoncée, l'heure de commencer le spectacle était arrivée; la princesse, toujours ponctuelle, occupait sa loge, et Kean n'était pas encore là. Présumant qu*il pouvait bien être au café Anglais , à côté du théâtre, on va pour l'y chercher. En effet, on l'y trouve, bouteilles et verre devant lui, et fort échauffé, ce qui, daus ses habitudes, n'avait rien d'exceptionnel. L'employé de Tadministration le presse de se rendre immédiatement ot son devoir l'appelle; il invoque le public et la princesse qui attendent ; mais Kean, qui avait le vin brutal, ne tient aucun compte de l'ambassade ni de l'ambas^ sadeur. Message sur message se tuccèdenl auprès de lui, toujours plus instants. Enfin, à grand'peine, on rarrache à ses Qacons. Il s'habille, il entre en scène à moitié ivre; mais une fois là, devant la rampe et les spectateurs, l'inspiration lui vient, une sorte d'électricité le saisit, et il retrouve toute la puissance de ce talent qui souffrit, malheureusement, d'une vie trop fougueuse et trop irrégulîère. Le désordre n'ajoute rien au génie, bien plutôt il lui est nuisible, n'en déplaise au second titre de la pièce jouée depuis par Frédérick*Lemaitre, et dont Kean était le héros.
Cependant, cette grande vogue des acteurs anglais ne fui |)as longue. Dès la seconde année, on la vit diminuer sans aucune réaction déterminée, mais d'ellemême, peu à peu. De la salle Fayart, ces acteurs retournèrent à rOdéon, où le beau monde ne les suivit
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guère, et i! n'en était plus question lors de la révolution de Juillet. La nouvelle école, devenue victorieuse, eut ses comédiens qu'elle porta sur le pavois; mais quant aux artistes étrangers qui n'avaient pas été sans servir ses progrès, ils avaient eu leur moment, et ce moment était passé. iMiss Smilhson resta fixée en France par son mariage avec M. Hector Berlioz, mais elle ne parut plus sur la scène, et elle est morte oubliée.
Ou ue revit plus d'acteurs anglais à Paris que longues années après, vers 1855, mais ils n'y troavèreni qu'un public très-indifTérent, aussi éloigné de Tenthousiasme de 1827 que des brutalités de 1822.
Quant à Marlainviile, lui et son journal avaient vu baisser aussi leur importance et leur bruit dans les dernières années de la Restauration, et le Drapeau Blanc en était venu à ne vivre qu'avec peine. Vous jugez si le ministère Martignac, avec ses tendances libérales, fut du goût du journaliste ultra par excellence. H. de Polignac seul put réaliser coiiiplélcnient un niinii>trc selon son cœur. Quoique rongé par la gouile, il s'escrima pour lui de toutes ses forces, triste campagne qui devait être sa dernière. M. de Polignac n'avait pas besoin, pour tomber, d ôUe soutenu par un allié comme celui-là, et Marlaiaviiie ne pouvait sauver un pouvoir que ne sauva pas la plus belle conquête des temps modernes. Naturellement, le Drapeau Bkme resta enseveli sous les barricades de Juillet. Presque perclus, le malheureux Martainville lut achevé par ce coup de foudre. Il survécut un mois à peine à la chute de la branche aînée des Bourbons. Sa femme, cantatrice de la uuisi(iue du roi, mourut quelques jours après lui.
Singulière existence que celle de cet homme, type
remarquable de courage et d'énergie politique, mais à qui les violences de sa plame et les exc^ de son langage, trop souvent empreint du cachet de la halle, enfin, sses habitudes de vie, ne permirent pas d'obtenir ce que d'autres hommes ont demandé vainement aussi à la plus grande fortune : la considération.
De même que la troupe anglaise, il y eut de malheureuses pièces immolées sur Tautel de la politique autant et plus que sur celui de Tart. Ce fut surtout par les
inains du redoulabie parterre de i'Odéon que se consommèrent ces sacrifices.
Tel fut le sort de VOmte de Mély-Janin dans la soi* rée plus qu*orâgeuse du 16 juin 1821. L*auteur, attaché à la rédaction delà Quotidienne, et connu par une publication périodique dans le même sens, les Lettres champmokeSf était entaché de royalisme au premier chef. Sans doute on n'éprouvait pas très-vivement le besoin de voir reprendre en sous-œuvre cette histoire suffisamment dramatisée de la triste famille des Atrides, à moins d'un degré de talent suffisant pour la rajeunir un peu, et Soumet eut cet avantage dans sa Clytemnes- (re, jouée au Théâtre-Français Tannée suivante. Toutefois» ÏOreste de l'ûdéon n'était pas pire que bien des tragédies qui ne sont pas mortes d'un trépas si violent ; mais il était ai rêt6 ([ue Tauceur et la pièce seraient sacrifiés aux mânes de Lalleniand, irritant souvenir que le triste anniversahre venait encore de raviver. Dans le
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LA RESTAURATION
parlerre circulaient de petils bulletins portant ces mots : Us Écoles de droit êt de médecine sont menacées : union et force. On se moiiti ait les instruments aigus dont les batteries meurtrières allaient bientôt commencer leur [eu. L'infortuné fils d'Aganaemnon retrouva» poar s*acbarner contre lui, les Furies implacables qui lui avaient fait passer jadis tant de uiauvais quaits d'heure, et il put dire, avec une légère variante :
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur ma tête?
La réponse était facile, et les serpents ne dissimulaient guère à qui et à quoi s'adressaient leurs sifflements. Au dernier acte, le tapage incessant arriva jus* qu'à un tumulte où les gens paisibles se sauvèrent du parterre dans l'oi chestre, de Torchestre sur le théâtre, selon l'usage en toute occasion pareille, sans préjudice de l'accompagnement obligé de la force armée. Cependant, la seconde représentation se passa mieux : Thostiijté fut contenue, et le bruit n'éclata que vers la fin ; mais la perte d'Oreste était trop bien jurée. La troisième représentation le fit assez voir, et il n'y en eut pas une quatrième.
Un trépas non moins digne de mémoire, ce fui celui de l'Or^lm de Bethléem. Le i'' février 1825 est la date du martyre de cette tragédie dans le calendrier
odéonien.
Ici le cas n'était pas le même que pour Orestc. L'auteur, jeune homme à son début, n'avait aucun antécé^-* dent politique ; mais la pièce accusait trop une complète inexpérience théâtrale. Ajoutez que la nature du sujet n'était pas propre à disposer tavorablement le parterre philosophe de l'Odéon. Guiraud dans ses ifo-
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chabéeSf Soumet dans son iS(»tU,avaieiit| il est vrai^puisé aussi dans Pélément biblique et religieux, et le même
|iiil)lic n'en avait pas moins applaudi les beautés de ces deux ouvrages; nfiais f Orphelin de Belhléem ne se présentait pas, malheureusement^ avec un pareil passeport. Quelques bons vers, quelques éclairs ne rachetaient pas les défauts du roman mal dijzéré qnî se grelïailsur le Massacre des Innocents. L'ouvrage renfermait donc en lui-même les conditions d'une chute trop légitime; mais la couleur du sujet venait encore les aggraver. Le pauvre orphelin trouva dans la salle des Hérodes aussi impitoyables que celui de la pièce» et des instruments de mort qui valaient bien les coutelas des satellites du tyran.
On en était au troisième acte; la tempête aiguë faisait mugir et grincer toutes ses fureurs. La mère de rorpheiin avait à faire une pathétique entrée avec son enfant. L'instant venu, ractrice, Mlle Gerhay,qui jouait la mère, saisit vigoureusement la petite tille chargée du rôle de Torphelin, pour s'élancer en scène avec elle; mais ne voilà-t-il pas que la malheureuse enfant, effrayée de cette brusque étieinte, peut-être aussi du vacarme de la salle, refuse absolument de sortir de la couUssei Ën vain on essaye la douceur, les injonctions, la menace; je ne sais même si Ton n'employa pas, séance leaanle, certains arguments en action usités chez nos pères. Cet enfant réeiiemeal terrible s'obstina dans son refus. L*actrice fut obligée d'entrer seule, vaille que vaille. Pour pallier cet accroc, facteur Bric- Bernard annonça que l'enfant s'était blessé en se prenant le pied dans un Irapiiion, ce qui ne toucha pas les cœurs» et ne fit qu'ajouter au brouhaha.
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LA KESTAURATION. 205
Par compensation pour la scène ainsi accrochée, il
s*en joua dans la salle une autre dont raction fut des plus animées et des plus vives. Le parterre avait, à rOdéon comme ailleurs, sa phalange de romaim. Ce soir-là , les daqoeurs se débattaient de leur mieux contre un arrêt trop bien prononcé* Ils y mettaient même une iougue, une violence de zèle qui» dans Tétat des choses, était une grosse maladresse et ne pouvait qu^exaspérer le public Indépendant. Â la lutte des applaudissements et des sitilels se mêlaient les apostrophes peu parlementaires, préludes et symptômes d*une explosion. Tout à coup ce cri redoutable se lait entendre : les cartes am chapeaux! Il faut savoir qu*à KOdéon, alors, les spectateurs qui prenaient un billet de parterre au bureau recevaient en inùme temps un numéro sur la présentation duquel on leur délivrait des contre-» marques de sortie; les daqueurs n*en avaient pas. Les numéros servaient donc au besoin de marque distinctive entre les spectateurs payants et les autres. C'est un détail particulier de mœurs et coutumes thé&traies qui n'est pas inutile, pour faire connaître le caractère tout local qa'otli ait l'Odéon dans ses fréquents orales. Au cri de ralliement qui est proféré, les cartes sont aussitôt arborées ; la bataille s'engage, les coups de poing pieu vent comme grêle. Il y eut des chapeaux enfoncés, des redingotes déchirées ; niais l'issue de la lutte ne resta pas longtemps indécise ; les ciaqueurs furent mis en déroute, culbutés, expulsés, et les vainqueurs repri-* rent leurs places, haletants et triomphants. Sur leur sommation, ie directeur Bernard dut venir faire la promesse formelle que les ciaqueurs étaient bannis à tout jamais. Cette suppression éternelle ne dura pas
longtemps ; les claqueurs sont comme les orlies : on ne les déracine pas facilement dans un parterre* ils y repoussent toujours. Mais, à ce théâtre, le métier était i ude; aussi disait-on que les diefs de ces nobles bandes, quand un de leurs subordonnés manquait à son devoir, condamnait le délinquant à huit ou à quinze jours d'Odéon.
Pour la pauvre tragédie, elle était restée pendant ce temps comme une victime pantelante sous le couteau. Le combat fini, elle reprit péniblement sa marche douloureuse. La mère éplorée adressa au souffleur ou à la coulisse la tirade destinée à l'objet absent de sa tendresse, et il ne manqua rien , rien que le malencontreux enfant, à la cruelle gaieté du sacrifice. Cette re* présentation fut la première et la dernière, et elle resta fameuse dans les annales de l'Odéon sous le nom de bataiUe d$ BeMéem.
J*ai beaucoup connu, quelques années plus tard, le poète dont le début avait été si malheureux. M. Ledreuiile, qui possédait quelque fortune, demeurait avec sa sœur, personne aimable et instruite ; il s'occupait d'enseignement et n*avait pas abandonné la culture des lettres; mais ii n'a fait imprimer qu'une traduction en vers de V Enfer du Danie : le mauvais succès ù^l* Orphelin l'avait dégoûté d'aborder de nouveau la scène, bien que Joanny, l'un des interprèles de TcBuvre si maltraitée, fûtrami de la maison, où je l'ai rencontré souvent. Dans la maturité del'âge, M. Ledreuiile se fit prêtre. Malgré le sujet de sa tragédie^ il n'avait pas sans doute ce dessein quand il aborda le théâire, et les préventions du parterre ne purent aller non plus jusqu'au ûon de seconde vue. Au surplus, quand M. Ledreuiile,
LA RESTAURATION
homme d*opinîQU$ éclairées et élevées, embrassa la
carrière ecclésiastique, ce fut pour s'y consacrer surtout à des œuvres sociales, notauunent aux œuvres ouvrières. Il a même fait retentir dans la chaire des idées que les antilibéraux ont dû trouver beaucoup trop progressives; et qui sait si, par contre, quelques anciens libéraux du parterre de fOdéon n'auront pas applaudi aux paroles du prédicateur qu'ils avaient siiflé jadis comme auteur dramatique?
Le directeur Bernard, qui dut, dans la soirée orageuse de BeUUéem^ s'expliquer en personne devant le tribunal du parterre, était coutumier de ces sortes de comparutions. Il s*en troublait d'autant moins qu'il . avait, comme acteur, rhahitiide des planches. Il avait débuté dans la tragédie au Théàtre-f'rançais; àrodéon, U remplissait au besoin quelques rôles. Sur Tappel du parterre, il se présentait de bonne grâce, et il répondait aux 01 aleurs avec une aisance et un aplomb parfaits. Une fois, on jouait un drame mêlé de chant, intitulé PréGtosaj imité de l'allemand» musique de Weber. Cette sœur du glorieux FrmfseMHz n*avait pas eu le môme bonheur. Le public ayatU btajsquf^ment inlcr» rompu cette histoire assez embrouillée de bohémiens et de fille enlevée, Bernard» par une attention délicate, vint conter la fin de la pièce en faveur des spectateurs (iL'sirenx de la connaître. « Messieurs, dit-il, Prét iosa retrouve son père, elle épouse son amant, et toiit s'arrange pour le mieux. » De la sorte, personne n'alla se coucher inquiet sur le sort de Théroïne.
Il y avait à peine trois mois depuis la bataille de Bethléem^ lorsqu'une nouvelle victime fut immolée sur ce théfttrede TOdéon, qui était comme unautel expiatoire.
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Cette foiSi il s*agissait encore d'une tragédie, la Mort de César^ dont Tautear n*était pas mieux noté que Mély- Janin. Jacques- Corentin Royou, né à Quimper, vers 1745, était un vétéran de la presse et du royalisme. Beau-frère de Fréron, dont il avait épousé la soeur, il avait des opinions en harmonie avec cette alliance antivoltairienne. Pendaiit la Révolution, réducteur de l'Ami du Roif puis du Véridiqm, il avait défendu la cause mojiarchique au péril de sa vie, avec un courage qui mérite toujours Testime. Depuis, il avait publié des ouvrages sur rhistoire ancienne etThisLoii e i oinaine,sur celle du Ras-Empire, et une Histoire de France. Sous la Restauration, Royou avait accepté la place de censeur, fonctions qui étaient loin de le recommander devant le public qu'il affroiUait. Au Théâtre-Français, il avait donné une petite comédie, le Frondeur y et deux tragédies, Phoeion (1817) et Zénobie (1821)* PhocUm, qui n'était pas sans mérite, avait eu quelques représentations; Zénote, trois ou quatre seulement, toutefois sans esclandre et sans orage ; mais à i'Odéon, les choses ne se passaient pas de même, et la Mort de César était des^ tiuée à eu faire ré[)rt'ave. De la [)art du beaii-tVère de Fréron, c'était d'ailleurs une façon un peu hardie et un peu imprudente de combattre Voltaire que de refaire une de ses tragédies, une de celles qui n'ont pas besoin d'être refaites, et la nouvelle Mort de César ne pouvait soutenir la comparaison, quoiqu'elle ne fût pas littérairement une de ces œuvres qui appellent les sifflets et les huées.
Cet ouvrage, déjà condamné parle seul nom de l'auteur, était en outre empreint d'une couleur peu susceptible de mettre le parterre en meilleure disposition*
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LA RJSSTÀUHATION
I! fut bientôt évident que Bt utus était loin d'avoir le beau rôle, et que le monarchique César était une victime de Tesprit révolutionnaire. Les bravos qui accueillaient Tallusion libérale, bien qu'elle formât souvent d*étranges disparates avec le sujet, l'époque et les personnages, donnent la mesure du genre d'eiïet que durent produire les intentions opposées. Dans la première scène du troisième acte, César prononce un discours loi Iciiient marqué de cet esprit, eloù surtout ces vers, que les juges impartiaux trouveront énergiques et bien frappés, excitèrent un soulèvement furieux :
Encor trois ans de goerre,
Il n'existera plus qu'un peuple sur la terre ; Mais pour le gouverner il faut un souverain, Et non pas un Forum sans pudeur et sans frein. Foyer toujours brûlant de discorde civile :
Il laui avoir un roi pour n'en avoir pas mille.
Cette soirée du 9 mai 1825 ne fut pas seulement la reproduction de celles d'Oreste et de CùrpheKn : elle offrit un incident qui, sans doute, était nouveau dans les annales des théâtres. Au quatrième acte, tandis que les acteurs» vaincus par les sifflets, étaient à peu près réduits à la pantomime, voilà que tout à coup sort des coulisses un petit vieillard habillé de noir, en culottes courtes. Il passe entre César et Brutus qui étaient en scène, se dirige rapidement vers le souffleur, lui arrache le manuscrit des mains, fait un geste de menace au parterre, et disparaît comme il était venu. Ce vieillard était l'auteur, qui n'avait pu soutenir plus longtemps son supplice* Une manière si peu usitée de retirer une pièce redouble le tapage. Le parterre avait désormais le rôle d'insulté» et il en usa sans merci. Pour saiisiac-
210 L*HIST01R£ P^R LË THÉÂTRE.
tion, il exi^2^ea que l'ouvrage ne perdît rien des avanies, des moqueries, des huées auxquelles il lui plut de le sonmettre. La Mort de César ne fut jouée qu*ane fois» mais elle le fut jusqu'à la fin, et, contre l'habitude, en dépit de l'auteur. Heureusement, ceux que l'on asifflés avant et depuis la Mm de César (et la liste en serait longue) se sont contentés de maudire leurs juges, et ne sont pas venus, comme le vieux Royou, leur montrer le poing. L'irascible auteur ne se refusa pas le dédommagement ordinaire. Dans la préface de sa pièce qu'il fit imprimer, il malmena vigoureusement les tits Mahomets du libéralisme ; il déchargea son ressentiment comme un homme qui n'avait plus la moindre envie de se présenter devant leur tribunal; il se plaignit de n'avoir pas été jugé, de n'avoir pas été entendu, et là-dessus, franchement, il disait vrai.
Le théâtre avait ses feuilles spéciales , les journaux
de spectacles, dont la plupart faisaient intervenir activement, comme le public, la politique dans la littérature. Le royalisme voulut avoir aussi les siens ; mais le terrain lui était moins favorable qu'aux feuilles de l'opposition, qui se mettaient de moitié dans l'immolation des pièces condamnées d'avance, telles qu'Oreste ou la Mort de César ^ et dans la glorification des ouvrages adoptés par l'opinion dominante, comme SyUa ou A^* gulus. Ces journaux, que leurs conditions légales renfermaient dans le domaine littéraire, procédaient par
LA RESTAUBATION. 21 1
allusions, par mois à double entente, par citations qui, prises en elles-mêmes, étaient inoâensives, mais qui empruntaient, par les rapprochements et les circonstances, un sens facile à comprendre. Cet art de rendre l'idée politique parfaitement claire pour le lecteur, tout en la déguisant assez pour que la loi n*eût rien à dire, ne fut jamais mieux mis en pratique. Le Yoiledont Fintention était enveloppée ressemblai! à ces loups, à ces demimasques de bal, sous lesquels vous êtes très-bien reconnu, mais qui signifient que vous ne voulez pas rètre, et qu*on n'a pas le droit de tous nommer. Entre CCS journaux, le Miroir était en pieiiHère li;;ne par sa rédaction à laquelle concouraient, avec Fauteur de SyUa et le tragique Arnault,Dupaty,Cauchois-Lemaire, Gosse, ial, etc. Assurément, ce n'était pas là pour un petit journal une rédaction vulgaire. Le Miroir, journal des 6pectacUSt des Lettres^ des Mœurs et des Arts, telle était l'enseigne; mais il n'y avait pas un de ses numéros où il ne se glissât autre chose, et le moindre grain de sel politique ne passait pas sans être senti. Les lecteurs n'avaient pas le palais émoussé par Tusage des grosses épiées et de l'alcool, et la presse, sous aucune de ses formes, même la moins grave, n^empruntait l'argot des bas-fonds sociaux. Elle aimait mieux puiser ses plaisanteries à des sources qui leur donnaient un parfum de littérature, et qui étaient ignorées de peu de lecteurs, en ce temps de culture classique. « On a remis à la mode, disait le Miroir^ ces deux vers de Boileau :
t Et chacun mal^é soi runsurFautre porté, a Faisait un tour a gauche, et mangeait de côté,
Voilà un hémistiche bien innocent de la satire du F es* tin ridicule^ que le génie de rallusion trouvait fnojen d'appliquer à Topposition, à la gawhe libérale.
Un des faits pour lesquels le Miroir fit le mieux jouer son arliiierie volante, fut r*ex|)ulsion de Manuel.
Dans la séance du 86 février 1883, la Chambre dis-*
culîiit les crédits supplément lires demandés pour la guerre d'Espagne, qui se préparait. Ce texte avait en* gagé un débat à fond sur l'expédition même, où les principes politiques, de part et d'autre, étaient si profondément intéressés, et qui agitait au plus haut point les esprits. Manuel, qui la combattait de toutes ses forces, fit valoir cet argument que l'intervention étrangère, par Texaspération qu'elle causerait en Espagne, pourrait être fatale à iferdinand VII, comme elle le fut à Louis XVI, et il s'exprima en ces termes : « Ai-je be- « soin de dire que le moment où les dangers de la fa- « mille royale, en France, sont devenus plus irraves, « c'est lorsque la France.... la France révolutionnaire, c a senti qu'elle avait besoin de se défendre par une «force nouvelle, et par une énergie toute nou*
« velle? »
£n cet endroit, la plus violente interruption, de la part de la droite, coupa la parole à l'orateur, et ne lui
permit pas de la re()rendre. Il avait prononcé, criaient ses adversaires furieux, lapoiogie du régicide. Privé du droit incontestable de s'expliquer et de se défendre, Manuel adressa, séance tenante, au président, une leUre où il affirmait que sa phrase devait se terminer ainsi : « La France révolutionnaire, sentant le besoin de « se défendre par des forces et une énergie nouvelle*.
LA RESTAURATION
< mit en mouvement toutes les masses, exalta toutes les
« passions populaires et amena ainsi de teiril)les excès « et une déplorable catastrophe au milieu d'une géné- « reuse résistance. » Manuel ajoutait ensuite cette déclaration : c Je ne veux point qu'il soit permis, même « à la mauvaise foi, de me supposer l'absurde pr(^j( t « d'insuiler lâchement , sans molif , sans intérêt, aux
< malheurs d'augustes victimes, dont la destinée affli- « gea tons les cœurs généreux. » Le président, M. Ravez, voulul doniK r lecture de cette lettre: la majorité retusa de Tentendre. Le Moniteur, à qui elle fut envoyée, la publia; mais il prétendit qu'au lieu de force nouvelle, son sténographe avait entendu forme nouvellSy et c'est le mot forme qui se trouve, en conséquence, dans la feuille officielle, en contradiction avec presque toutes les autres. Ce mot forme ne sîgni** fierait, dans tous les cas, que la république, et noû l'échafaud.
La déclaration si explicite et si positive de Manuei contre l'apologie du régicide, qui lui était imputée,
resta comme non avenue. Le 3 mars, au bout de cinq jours, par Tarrét d'une majorité qui agissait, de son propre aveu, en dehors du règlement, l'exclusion du député de la gauche fut prononcée. Le lendemain, malgré cet oslracisme extra-légal, il se présenta, il entra dans la salle, solennellement escorté par ses collègues de l'opposition. Le président Fayant fait sommer de sortir par le chef des huissiers, il s'y refusa d'une manière iormelle. La force armée fut requise, vétérans et gardes nationaux de service à la Chambre ; ces derniers appartenaient à la première compagnie du troisième bdlaillon de la quaU ième légion, et étaient commandés
par le capitaine Frêmont. Après nne nouvelle et inutile sommation du chef de bataillon de vétérans, et sur rinvitatiou de cet ofûcier supérieur, le capitaine donna ordre au sergent et aux hommes composant son piquet de précéder à Texpulsion. Dans ce moment solennel, sous les yeux des deux camps attentifs, des Iributies frémissantes, le sergent resta immobile, ainsi que les gardes nationaux. Sur ce refus passif, mais bien décidé, les applaudissements éclatèrent. Les vétérans ne paraissaient pas mieux disposés. Pour dernier recoui's, le vicomte de Foucauld, colonel de la gendarmerie de Paris, intervint avec ses soldats à grosses bottes. Manuel continnanL de se retrancher dans une résistance inébranlable, le colonel prononça la fameuse parole : c Empoignez-moi M. Manuel, — c'est la version que î*ai trouvée, entre autres, dans le CtmtUutionnel; — ou, suivant celle qui courut dans le tein[)s : a Empoignezmoi cet iiomme-Ià. » Manuel fut &ïnpoignéf entraîné au milieu de ses amis qui sortirent tous avec lui, et les fougueux viUrà restèrent avec leur triste victoire ; — bien triste, en eflet, bien maladroite, car si Manuel était l'ennemi des Bourbons, on ne pouvait les servir plus mal qu*en lui donnant le beau rôle et en lui dressant le piédestal de la violence et dé la persécution.
Il était nécessaire de rappeler tous ces détails pour rîntelligence de l'article qu*on va lire, et que le Miroir publia dès le lendemain 5 mars, soi-disant compte rendu d'un livre bien réel, qui bénéficia, par cette occasion, d'une excellente annonce :