‹ L'histoire par le théâtre, 1789-1851Chapitre 13 sur 23 · CHŒUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CHŒUR GÉNÉRAL

Léonidas 1 Léonida»!

HIÉROS.

Répondons à ce cri de victoire.

Méritons un trépas immortel :

Nous verrons dans les champs de la gloire Le tombeau se changer en auteL

280 L'HraTOIRB PAR LE THÉÂTRE.

Dans ce moment-là même» il y aYait une ville de Grèce qui offrait le spectacle d*une résistance désespérée, comme celle qui était représentée sur la scène de rOpéra. Missolongbiy déjà immortalisé en 1822 par Fbeureuse défense qui vit Bolzaris renouveler le dé- Youemt r)l des Tliermopyles, Missolonghi où lord Byron avait exhalé son dernier soupir en réparant noblement les torts de sa vie, Missolonghi était de nouveau pressé par une armée nombreuse. Le sultan ordonnait que cette fois la ville condamnée fût anéantie, dût-il précipiter sur elle toutes les hordes de son empire. Une héroïque élite» éclaircie de jour en jour, épuisée de sang et de forces, luttait pied à pied sur ses murailles à moitié détruites, repoussant tous les assauts comme toutes les sommations : elle mourait, elle aussi, et ne se rendait pas. Un magnitique sacrifice allait

s'accûuiplii" le 2ÛLivrii 1827. (^es Lraves s'crivi'lo|:i[)è!'cnl dans leur drapeau muliiéi puis» quand les Turcs, s élanganl sur la brèche, croyaient n*avoir plus qu'à saisir leur proie, une explosion terrible, enveloppant PassailiaiU et Tassa illi, ne laissa aux barbares que des décombres fumants.

Cet épisode immortel fut traduit sur le théâtre de rOdéon le 10 avril 1828, et sans titre d'emprunt, dans toute sa réalité. Ozaneaiix, l'auteur du Dernier Jour de Missolonghiy s'y montre poêle plus qu'auteur dramatique. L'action qu'il a imaginée pour la forme se perd dans les accents patriotiques, dans les détails ^uerriei s, dans le bruit de la fusillade et du canon ; mais le palpitant intérêt du fait historique, de ce fait de la veille, supplée aux défauts de Tagencement et de la focture théâtrale. L'ofûcier Gérard, qui s'associe à ce

LA RBSTâDRATION.

sublime sacrifice, personnifiait le philbeliénisme fran* çais avec sa vaillante ardeur, et le colonel anglais Fel*

Ion, qui s'offre pour négociateur auprès d'Ibrahim, représentait assez bien le caractère britannique, dont Byron se détacha comme une exception peu commune. Le Suisse Meyer, rédacteur des Chroniques de MissoUm^ ghiy n'était pas oublié dans ce tableau, avec sacasciuelte à ralleinande. L'auteur eut raison de consacrer le nom du journaliste intrépide qui maria la plume au fusil, et qui se fit, dans ce grand dévouement, le délégué do la presse européenne. Le slyie est chaud, coioré; il l'emporte même beaucoup, pour la physionomie, sur le Jeum Grec de Béranger et les Messéniennes helléniques de Casimir Delavigne^ œuvres qui manquent essenliellenienl de caractère, et où la réminiscence classique se fait plus apercevoir que le sentiment vrai des mœurs et du pays. La véritable Crrèce moderne, la Grèce de celte guerre de rindépendance, elle esi dans les chants de, sesKlepbtes, que fauriei a traduits, dans ceronumcero sans art, comme le ramaneero espagnol, mais comme lui tout nourri de la séve native, tout animé de l'inspiration populaire. L'auteur du Dernier Jour de Missolonghi avait réussi à faire passer dans son œuvre un souffle de cette poésie locale : on en jugera par la ballade suivante, qui se chaulait au premier acte :

D'une marche si rapide

Qui descend dans nos cantons?

^ Enfants de la SeUéide,

(Test le doux printemps. Chantons!

Voioi le signal de guerre ;

Prenons le lourd eimeterre,

Prenons Uatagan joyeux*

L'HISTÛIRfi PAR LE THÉÂTRE

Que de têtes emportées Vont voler, précipitées Dans FAchéron furieux* !

L'enfer vous demande,

Turcs, accourez tous !

Sainte Vénérande,

D'une marche si rapide

Qui descend dans nos cautons?

— Enfants de la Selléide, C'est la liberté.-— Chantons l Eiie revient, l'exilée,

Et la Grèce consolée Bénit son geste et sa voix.

Sa voix, un seul cri lui reste :

«Vaincre ou mourir! > etsougeste C'est le signe de la croix.

l 'eafar vous demande.

Turcs, accourez tonsl

Sainte Vénérande^ Plies pour nous!

D'une marche si rapide

Qui descend dans nos cantons?

— Enfants de la Selléide,

C'est la mort! — Eh bien, chantons I Pour échapper à Poutrage, Au sapplice, à l'esclavage.

Martyrs, montres le ehemin !

Gloire à. Dieu, notre seul maître 1 , Sur ces monceaux de salpôtre, Allons t la flamme à la inainl...

L*enfer vous demande,

Tores, accoures tous I

Sainte Vénérande, Pries poar 11008 1

U L*Aèhéion dont il iTagit ici est rAchéron féritaUe, qui se jette dans la mer, près de Missolonglii.

Uk RESTAURATION.

La musique de cette ballade, celle des autres chants et chœurs jetés dans la pièce, ainsi que l'ouverture, ne démentaient pas le talent d'Hérold, et ne doivent pas

être oubliées parmi ses œuvres. Le princiiyal rôle, celui du chef Capsali, était rempli par Boca^^e, et Provost portait la barbe et le turban de Tahir-Pacha» lieute** nant d'Ibrahim. Un petit rôle de jeune Grec n'était pas dédaigné par Mlle Ânaïs, bientôt après sociétaiie au Thé&tre-Français. Un chanteur encore obscur, dont le nom devait retentir bien haut, se foisait entendre dans la partie iiiusicale, sous le costume d'un guerrier : ce chanteur n'élait autre que Duprez, sujet secondah*e dans ia troupe lyrique de TOdéon. Il alla ensuite débuter à rOpéra*Gomique sans y produire grand effet, partit pourrilalie, et en revint armé deson f nut uxui de poi^ine, l'instrument de sa célébrité. Mme Du prez chantait auprès de son mari la partie d'une jeune Grecque.

Entre la catastrophe héroïque de Missolonghi et la pièce qui la célébra, la journée de Navarin (20 octobre 1827) avait été saluée par une immense acclamation. Les escadres réunies de la France, de l'Angleterre et de la Russie, les trois puissances intervenues eniin dans cette lutte si énormément inégale, laissèrent les Turcs engager le combat en tirant sur une embarcation parlementaire, et une nouvelle bataille de Lépanfe vengea la civilisalioii et l'humanité qui gémissaient depuis trop longtemps. Ce fut un beau jour pour la marine française, dont le pavillon reparaissait victorieui^t et au lendemain de Navarin^ le 6 novembre 1827, un acte particulier de dévouement vint l'honorer encore. L'enseigne de vaisseau Bisson« placé avec quinze hommes à bord du brick pirate le PanayùtiSf que les

284 L'HlSTÛlKli: PAU L£ THÉATAË.

Français avaient capturé, lui forcé par la tempête de mouiller près de llie de Slampalie, un de^ repaires de ces forbans qu'aucune nalionaltié ne reconnaissait. Bientôt assailli par eux» accablé sous le nombre, mais déterminé à ne pas voir son pavillon abattu pai- de tels ennemis, Bisson renouvela la résolution magnanime et déiespérée des assiégés de Missolonghi* Six de ses hommes avaient péri dans le combat ; il ordonna aux survivants de se sauver k la nag"e, s'il était possible, puis, resté seul, il mit le feu aux poudres et se lit sau* ter avec les pirates qui» montés à l'abordage, couvraient le pont du n.ivirc. Le dévouement de Bisson, acclamé par Tadmiralion publique, eut ses célébrations ihéitrales, au Cirque et au Vaudeville. Là pièce de la rue de Chartres, PEnseigne le PUote^ avait pour auteurs Jules Dulong, Saint-Amand et Valoi y (Mourier, plus tard directeur des Foiies-Dramatiques) . La gloire de Navarin y était chantée, avec le dévouement de Bisson.

Sur l'Océan, 6 ma belle patriel De tes succès le retoor est certain.

Plus que jamais ta marine affermie S*est retrempée aux eaux de Navarin, Soyons-en fters. Au temple de mémoire, Pour nos héros toujours prêt à s'ouvrir, Jeune Bisson, le vaisseau de Thistoire Ira porter ton noble souvenir.

On ne saurait dire que ce couplet et les autres soient des monuments aussi durables que la statue érigée à Bisson dans la ville de Lorient; mais Tintention était bonne, et de plus, un des personnages de la pièce, à

qui U; théâtre offrit une de ses plus belles logies, vint assister à une des représentations. C'était le brave pi-

LÀ RESTAURATION

lote Trémintin, compagnon de fiisson e( échappé à la mort bien miracttleusemenr, car il était encore sur le

pont du Pamyotis à l'instant de l'explosion, et lancé en Tair» il retomba dans les iluts, tout contusionné d'une pareille secousse. La présence du digne marin, un peu étonné peut-être de tout ce qu'on lui faisait faire et dire, fut une réalité qui l'emportait sur la copie*.

Navarin n'avait pas encore achevé pour la Grèce l'œuvre libératrice. Si le pavillon du Croissant était balayé des côles ilu PélojKxièse, l'année d'Ibrahim continuait sur cette malheureuse terre ses affreuses dévastations. Il fallait une autre forme d'intervention pour mettre un terme à ces horreurs, et ce fiit la France seule (jui en eut la gloire. Devant le corps expéditionnaire commandé par le général Maison, Ibrahim et ses Égyptiens lâchèrent enfin leur proie, presque sans coup férir; car le cbAteau de Morée, que les agas mutinés refusaient de quitter, opposa seul une résistance un peu sérieuse. Après sept ans d'une lutte acharnée , le sang cessa de couler, et il y eut définitivement une Grèce libre. A la Saint-Charles de cette année-là (1828), le bouquet de fête des Variétés (par MM. d'Houdetot et Jacquemart) eut pour titre Lm Français m Moréêi c*était un tableau militaire dans lequel un des guerriers libérateuro s'expriiuaii ainsi :

Celui qui commande à nos braves Me réve qoe votre bonheur;

1. Trém:iîtin eut la croix d'honneur et le grade d'enseigne, avec lequel il se retira du service. Je l'ai vu, seize ou dix-huit ans après, dans l'Ile de Batz, en Bretagne, où il demeurait. Son uniforme d*enseigpie était son habit des jours de fête , et il recevait avec sa modeste simplicité Je vieux mitelot les complimeals qui lui éta^eut adressés.

%M L'HISTOIBE PAR L£ THÉATRfi.

Il veutijue vous soyez esclaves,

Mais de la gloire et de Thonneur.

Du Maure, saisi d'épouvante,

Va finir le règne inhumaiii.

Et la liberté chancelante *

Voit im roi qpi lui tend la loain*

Heureuse la royauté, quand elle sait mériter cet éloge-là, quand tes opprimés peuvent avec confiance

se lounier vers ellel

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