‹ L'histoire par le théâtre, 1789-1851Chapitre 18 sur 23 · SUPPL£M£NT · texte numérisé non relu

SUPPL£M£NT

etàialégalité.Aussi cette ailaire de quelques acteurs de province devint-elle une question de principes^ où tout le barreau de Caen protesta pour les comédiens arbitrairement frappés. Celui de Paris se joignit à ses confrèreSy et MM. Coitiuières, Dupia jeune, Isambert* etc., appuyèrent de leur nom des consultations fortement motivées contre un acte si exorbitant.

Quelques années auparavant, les tribunaux avaient eu à se prononcer, par un arrétimportant, sur l'autorité attribuée à MM. les gentilshommes de la Chambre.

Une charmante actrice, Mlle More, qui fut depuis Mme Pradher, était en grande laveur auprès du public rooennais. Sa réputation fil désirer au duc d'Aumout de rattacher au théâtre royal de l'Opéra-Gomique, et un ordre de début lui [ut envoyé. Mlle Morenecrul pas possible de décliner ce haut appel» d'ailleurs si avantageux et si séduisant» et elle prit avec empressement le chemin du théâtre Feydeau. Mais le directeur de Rouen, M. Gorréard, ne reconnut pus, avec raison, la légitimité de cette intervention souveraine, et il attaqua sa gracieuse pensionnaire devant les juges de Paris. Pour défense et pour ahri, Mlle More invoqua Tordre de la cour comme étant un cas de force majeure. Dans ce conflit* le tribunal de la §eine donna gain, de cause au directeur et à Tordre légal. Vainement Tintendant des Menns-Pidisirs, le duc de la Perté, intervint sur l'appel pour soutenir la validité de Tordre de début. Le lâ mai 1820, la cour royale de Paris confirma le jugement de première instance. La scène parisienne n'en a pas moins joui deTaimable talent ainsi disputé; mais ce futaprès satis&ction pleine et entière donnée aux engagements et aux principes, après constatation qu*il n'y avait pas

de force majeure contre le droit, de si haut qu'elle vienne.

Une autre affaire^ dans une question d'ordre différent* témoigna de ces prétentions à mettre les gens de

théâtre en dehors du droii commun. Elle est rapportée en ces termendans un recueil Intéressant de documents judiciaires et d*arrèts, le Code des Théâtres^ par Yul pian

et Gauthier:

« M. Delestrade , recteur de Téglise Saint-Jérôme à Marseille, avait loué le premier étage d'une maison. Le bail portait que tes autres étages ne pourraient être

loués qu'à des personnes tranquilles, d'une conduite irréprochable, et à la convenance de M* Delestrade. Bientôt le propriétaire de la maison trouve à louer son second étage à M. Saint-Alme, basse-taille noble du grand théâtre de Marseille. Aussitôt M. Delestrade demande la résiliation du bail ou le renvoi du comédien. On répond que Satnt-Alme est un homme honnête et de mœurs régulières, qui vit paisiblement avec sa temme légitime et ses enfants. Il exerce au dehors la profession de comédien ; chez lui c'est un citoyen tranquille dont personne n'a jamais eu à se plaindre.

« Cependant, par son jugement du 15 décembre 1826, le tribunal de Marseille a décidé qu'il y avait imcompàtibilité dans les deux professions et inconvenance dans le voisinage, et a adjugé les conclusions du î>ieur Delestrade.

< En regrettant que ce jugement n'ait pas été déféré à la Cour royale, nous nous abstiendrons d'autres

réflexions. »

Si cette affaire eût appartenu aux juges de Paris, il est probable que, dans cette circonstance comme dans

360 SUPPLÉMENT

Fautre, ils auraient refusé d'admetti e une prétention fihiîsive et de constituer une exception non prévue ni reconnue par la loi.

Page 1