EXTRAIT DU YOTAQE A BRUXELLES ET A COBLENTZ
PAR LOUIS XVUl I.
< En arrivant à la Capelle, nous demandâmes à foi et à serment, à la maiUesse de poste, si nous arriverions à Avesnes avant les portes iérmées. Ëlle nous assura que nous pourrions non-seulement entrer, mais même sortir, ce qui nous lit graiid p'aîsir, car nous étions bien assurés que nous n*avions que cet endroit à craindre. Bientôt j*entendis une dispute s'élever entre elle et Peronnet, qui descendait à chaque poste pour payer, et en voici le sujet : Nous couiions à trois chevaux que nous payions généreusement trente sous. Elle prétendait (et en cela elle avait raison) que, comme nous étions trois dans la voiture, nous devions payer quatre chevaux. Peronuei soutenait le contraire, et elle menaçait de nous donner quatre chevaux et deux postillons. Il nous parut plaisant de jouer un moment notre vie coaUe dix sous, car il n y a que celte difié-
1. Peronnet, dont il est pazlé dans ce récit, était un garçon de prarde-robe du comte de Provence; Sayer était un domestiiiae anglais de M. d'Avaray.
lence ende trois chevaux h trente sous et quatre à vingt-cinq sous. D'Avaray lui dit que c'était parce que nous étions étrangers qu'elle nous traitait ainsi. «Non, dit-elle, je serais en droit de vons en faire mettre six, si je voulais. — Eh bien! lui répondis-je (certain par les rires que tous les postiilonsà qui j'avais parlé avaient faits de mon accent, qu'on me prenait pour nn véritable Anglais), mette six chevaux, je paye que cinq. » Elle se mil à rire. Alors, m'adressant très-sérieusement à Peronnet : « M. Perron» lui dis-je, paye ce que ma*- « dame demande ; il ne sera pas dit que Michel Foster , « il ait une dispute avec une dame poui Tintérêt. » Le ton que je prenais, le sérieux, les gestes, Taccent, enOn mille choses qu'on ne peut écrire» rendaient cette scène la plus plaisante du monde ; mais nous n'avions garde de rire. Nous nous informâmes quel élaitle régiment en garnison à Avesnes. On nous dit que c'était celui de Vintimille. Gela déplut à d'Avaray, qni préciséfncnl avait donné à dîner, deux ans auparavant, aux otûciers de ce régiment. Il fut convenu qu'il se tapirait le plus qu'il pourrait dans la voiture, et nous partîmes. En chemin, le soleil, qui n'avait pas paru de la journée, se fit voir assez pour m*obliger de lever la jalousie pour m'en garantir. Cette circonstance paraît peu importante; mais on verra bientôt les conséquences qu'elle eut.
>» Ou nous demanda, suivant Tusage, à la porte d*Avesnes, nos noms^ et si nous restions dans Ja ville : nous répondîmes que nous étions deux Anglais et que nous passions notre chemin. Nous présentâmes nos passe-ports, qu'on ne regarda seulement pas, et nous arriv&mes à la poste; mais Sayer, qui était extrème*-