‹ L'histoire par le théâtre, 1789-1851Chapitre 2 sur 23 · ISAURE · texte numérisé non relu

ISAURE

Pour moi, j*aime beaucoup la gloire, Et j'aime surtout mon pays ; Mais tenez : du champ de victoire U nous vient fort peu de maris.

Pour ie bonheur de la patrie, Grftce à la paix, on se marie :

Voilà pourquoi

J'aime le roi.

GAlilUKLLE.

Grand par soq nom, par sa naissance.

Respectable par ses malheurs.

Rien n'est égal à sa clémence.

Il veut régner sur tous les cœurs.

Je sais qu'il doit, par sa présence, Rendre le repos à la France :

Voilà pourquoi

J'aime le roi.

Théaulon et Darlois, deux noms fraternellemenl imiâ dès leurs débuts dans la cari ière« furent par exceltence les auteurs royalistes de la première et de la seconde Restauration. On peut ne pas partager leurs opinions; mais on leur doit cette justice qu'ils ne forent pas, comme tant d'autres, des marchands de louanges k tout venant. La croix de la Légion d'Honneur, dont ils furent décorés, fut au moins pour eux la récompense d'un dévouement vrai. Armand Darlois entra dans les gardes du corps, ainsi que ses deux frères, Théodore et Achille. On 7 a encore compté d'autres auteurs de vaiidevillcs : Adolphe Jadin, Théodore Anne et Clioquart, ce tjf pe de tapageur, de bourreau des crânes^ dont la duchesse d'Angoulëme avait la trop grande bonté de payer les dettes, et qui eut une fois Theureuse aubaine de faire, avec Théaulon, Monsieur Jovial. Jadin, Théodore Anne et Choquart sont restés dans les gardes du corps jusqu'à la iin ; mais les frères Dar« lois n*y ont servi que passagèrement, comme d*autres jeunes gens du uiondc royaliste, en ces premiers temps de ferveur; M. de Lamartine, par exemple.

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La musique du Roi et la Ligue étalLde Boc lisa, qui avait eu déjà, en ce genre, la bonne fortune des Héri- Uers Michau. Bocbsa était un des compositeurs les plus féconds du moment, car il a encore donné plusieurs ouvrages à Feydeau, de 1813 à 1816. Il avait é^jousé 3111e tieorgette Ducrest, nièce de Mme de Genlls. C'é« tait un très-habile harpiste, et, en outre, un élégant cavalier, un beau, comme on disait alors, fort recherché, fort applaudi dans le graud monde. Par malheur, les désordres de sa vie le précipitèrent jusqu'à un triste dénoûment. Dans une soirée musicale qu'il donna chez lui, et uii se prcssaieni les femmes les plus brillantes, il s*éclipsa au milieu de la soirée, emportant les riches cachemures — le cachemire était alors dans sa grande faveur — dont le gracieux auditoire avait cru pouvoir se séparer sans crainte aucune.

Une fugue en znuaîqoe est un morceau bien fort,

ditCrispin dans les Folies amoureuses. La fugue de ce concert-là ne fut que trop bien exécutée. Bochsa put se réfugier en Angleterre (l'extradition pour les crimes et délits ordinaires n'existait pas encore), et il retrouva dans les salons de Londres les succès dont il avait joui dans ceux de Paris. La réserve britannique ne voulut voir que son talent, et lit semblant d*ignorer ou d'oublier la cause de son expatriation. Que ce soit par ostentation ou par goût, la nobility anglaise paye largement les artistes ; mais Bochsa n'était pas devenu plus réglé dans sa vie, et cette vogue fructueuse ne lui pro- Ula guère. 11 passa plus tard aux États-Unis, puis en Californie, puis en Australie, quand les mines d'or appelèrent dans ces deux contrées les déclassés et les

aventuriers de tous les pays^ C'est en Australie qu'il est mort, en 1856, frappant exemple d'une existence d*artiste si favorisée, que Finconduite a compromise et perdue.

Certes, il s'en est fallu de beaucoup que, chez Tliéaulon, les habitudes désordonnées aient eu le même genre de conséquences que chez Bochsa ; mais son histoire n'en montre pas moins combien il est regrettable pour tout le monde de gaspiller sa vie, et, pour un homme de lettres, de gaspiller son talent.

Né en 1787 à Aigues-Mortes, ccItc pittoresque petite ville des ci oisades, qui se chauffe au soleil dans sa ceinture de tours et de remparts crénelés , sur le bord des lagunes de la Méditerranée, Théaulon avait toute la vivacité de l'imagination méridionale la plus bouillante. C'était, en fait d'esprit et en fait d'argent, un dépensier comme il y en a peu, un de ces hommes de la famille de Dufresny, que le plus puissant monarque ne viendrait pas à bout de rendre riches. En voici un exemple des plus marqués. C'est de lui qu'est te PetU Chaperon rouge^ dont Timmense succès dut être presque une fortune, pensez-vous, ])our l'auteur des paroles comme pour le musicien. Si vous avez cette idée, détrompez-vous. Théaulon, à qui l'argent coulait entre les doigts comme de Teau, avait vendu d^avance le poème du Chaperon rouge à Iluet, l'acteur de l'Opéra- Comique^ il l'avait vendu pour mille écus une fois payés. Jugez quel marché pour l'acheteur, d'après le nombre presque incalculable de représeiitalions que ce charmant ouvrage a obtenu l Les douze ou quinze premières durent, à elles seules, rapporter les trois mille francs, d'après le taux des droits d'auteur et le

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chiffre des recettes, avec un succès tel que celui du Chaperon,

Ce n'est pas la seule affaire de ce genre que Théaulon ait faite. Une fois, il avait aliéné à M. Prin, a^ent des ailleurs draiiiatiqucs, tous ses droits à percevoir dans UQ certain temps, moyennant une somme ciiétivoy quelque chose comme douze cents francs. Dès le premier mois, M. Prin se trouva rentré dans cette avance. C'él;ut un homme loyal et délicat : aussitôt qu'il se vit remboursé, il tint Tarrangement pour nul et non avenu. Malheureusement les prêteurs, les escompteurs, les usuriers, les faiseurs d'affaires, tous les vampires auxquels le pauvre Théaulon avait sans cesse recours» n'avaient pas des procédés si honnêtes ; il était comme une proie créée tout exprès pour leur usage.

Ce n'était pas que Théaulon eût une existence luxueuse; mais il était victime du coulage, du désordre, et parfois aussi de certaines fantaisies nées de la vivacité excessive de sa cervelle. Un jour, il s'en va voir quelqu'un à Montmartre. Il est frappé du beau panorama dont on jouit du haut de ce plateau. A Finstant, son iuiagiiiatioii s'alluiiio. Ce serait admirable d'avoir une pareille vue pour travailler! Il apprend qu'un terrain est à vendre en cet endroit; sans plus réfléchir^ il rachète; il s'arrange avec un architecte pour mettre immédiatement les maçons à l'œuvre. La maison était tout au plus achevée quand il la vendit le tiers de ce qu'elle lui avait coûté.

Par un autre caprice, je ne sais à quel propos, Théaulon s'était avisé d'enti eprendre sur une grande échelle l'éclosion des œufs de poule par le moyen d'un

four^ procédé renouvelé de l'antique Ëgy pte. Un ami qui vient un jour le voir, le trouve ravi, enthousiasmé,

oublhiiil vaudevilles et théâtre, ne songeant qu'a son invention ou plutôt à sa réinveuiion. Le leudeinaîny le même ami revient ; changement de scène : Tbéaulon était toutdéconflty tout désolé; la femme chargée par lui de surveiller ropération avait li op cliaulTé le four, la malheureuse! et Théauion avait des œufs durs de quoi en vivre pendant six mois*

Ardent et prompt en toutes choses, il était amoureux, une fois parmi bien d'autres. Pour con e.spoiidre avec l'objet de sa ûamme, il se mit à publier tout ex près un journal littéraire intitulé PApollon^ paraissant plus ou moins régulièrement, messager galant qui aurait pu mieux encore s'appeler le Mercure, et qui portait à la belle la prose ou les vers dont elle était la mystérieuse héroïne. Ce port de lettre exceptionnel coûtait assez cher à Théauion, mais il n'y rei?ardait pas de si près. L'Apollon parut tant que i'impruneur fut payé, ou tant que dura cette flamme éternelle. Dans l'un ou l'autre cas, il n'eut pas une longue existence.

Les tristes embarras dont Théauion était sans cesse obsédé n'étaient pour lui que de petits détails dont il ne s'inquiétait guère. Un jour, il était chez lui en séance de tiavail avec un collaborateur. Un visiteur se présente — un huissier : — c'était aventure commune* « Monsieur, dit l'officier ministériel, je viens sabir. — C'est saisi, » répond le débiteur sans se déranger. Et comme l'huissier insi^l<iit : « C'est insupportable, dit Théauion à son collaborateur ; on ne peut pas travailler tranquille ici : allons au café des Variétés. <• En même temps, il ramasse ses papiers, il sort sans

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s'émouvoir davantage de cet incideiil, et va continuer son scéaario de vaudeville au bruit des carafons et des dominos.

Cet étrange cabinet de travail n*avait, pour Théaulon,

rieti d'inusité. J'ai collaboré à deux pièces en tiers avec lui et Frédéric de Gourcy, cet aimable esprit qui, outre ses succès dramatiques, a fait des paroles de romances dignes du nom de petits poèmes. Ce fut Courcy, mon ami déjà d'assez longue date, qui me mit en relations avec Théaulon, que je ne connaissais pas encore. Il me proposa d*aller le trouver au café de la Rotonde, Palais^ Royal. En effet, Théaulon se tenait là, dans un coin, ayant devant lui, sur la table de marbre, une écritoire et un petit verre, et travaillant sans se mettre aucunement en peine des allants et venants. Ses collaborateurs savaient qu'on le rencontrait là quand il n*était pas chez lui, et ils venaient Ty chercher. Je ne fus pas peu surpris de ces singulières habitudes.

Il fallait une organisation comme celle de Théaulon pour des procédés de composition pareils. Sa laciiilé était étonnante : il avait des facultés créatrices sans cesse en activité. Il lui arrivait d'écrire une pièce en deux ou trois jours. On prétend même qu'il en a ébauché en quelques heures. Un ouvrage de lui était refusé ou tombait : il s'en mettait peu en peine, tout charmé des autres idées qui miroitaient à ses yeux et bouillaient dans sa tête. Aune répétition, le directeur lui faisait*il une observation, lui proposait-il un changement : Théaulon, qui n'avait pas dû tout Tamourpropre irritable, prenait le manuscrit, pour faire ce qui lui était demandé* Quelquefois, le lendemain, c'était toute une autre pièce qu'il rapportait : une idée en

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avait amené une autre; il avait non-seulement modifié,

mais changé presque entièrement son édifice, en le reprenant par le rez-de-chaussée, sinon même par la cave. G*était bien chez lui que Timagination méritait d*ôtre appelée la FoUe du logis. Dans la foule des conceptions qu'elle enlantail, il y en avait d'aimables et piquantes» il y en avait de bizarres et impossibles. Aussi, quoique Théaulon ait fait jouer un très-grand nonihre de pièces — deux cent cinquante à trois cents — ce chiffre doit-il êti^e loin de représenter tout ce qui a jailU de son cerveau et de sa plume.

On doit se figurer si, avec une lêle comme la sienne, Théaulon était fait pour le mariage. Il fut cependant marié deux fois, et il eut un fils qu'il perdit à dix-sept ans. Sa première femme, qui était une demoiselle de Bury, charmante personne, mourut à la fleur de Tagc. Remarié avec la fille de Mlle Desmares, actrice du Vaudeville, Théaulon trouva en elle une affection et un dévouement doublement précieux, dans la situation où le pauvre homme était réduit sur la fin de sa carrière. Il avait tant et si bien dépensé sa vie, que son état de santé était déplorable. Lui qui avait dû être un cavalier de fort agréable tournure, il ressemblait à un cadavre ambulant, à un échalas surmonté d'un vieux citron. Ce n'était pas qu'il fût vieux, car il n'avait que cinquante-quatre ans lorsqu'il est mort, en 1841. Sa femme possédait un petit avoir en propre; autrement, les derniers jours de Théaulon auraient été livrés aux mêmes embarras que le reste de son existence. Pour* tant, il avait gagné assez d'argent pour se faire de belles rentes, et, indé[)CDdaiiuiicnt de ses ouvrages restés au théâtre, il travaillait encore et toujours. On

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le trouvait le nez sur son papier — car sa vue aussi était bien a(ïaiblie — noircissant feuillets sur feuillets d'un barbouillage presque indéchiffrable, qui repré-> sentait des plans et des scènes. Tout ce qui lui restait de vie s*était concentré dans le cerveau.

J'étais aux obsèques de Théaulon. De sincères regrets les accompagnèrent. Si Théaulon s'est fait beaucoup de tort et de mal à lui-niôme, il était incapable d*en faire volontairement à autrui. Avec son excessive facilité de caractère, il était fait pour être exploité, mais non pas pour être exploiteur* Exempt de fiel et d'envie, il avait, coTiime on dit, le cœur sur la main, et Ton n'avait avec lui que des relations douces, polies et faciles.

Théaulon a fait deux comédies en cinq actes et en vers. Tune et l'autre jouées à TOdéon : la première, l'Artiste ambitieux ou V Adoption^ en 1820; la seconde, PIndiscretf en 1825. Cette dernière fut traitée avec une rigueur à laquelle il parait bien qu*une cabale ne flit pas étrangère; rouvrage méritait, dans tous les cas, d'être écouté et apprécié sérieusement. Le succès de t Artiste ambUieuXt complet pour les quatre premiers actes, fut compromis par les graves défauts du cinquiènje; mais cette comédie offre, avec le mérite de ridée, qui est forte et prise de haut, des vers et des scènes remarquables. A TOpéra-Gomique, Théaulon a été, pendant un temps, l'un des auteurs les plus heureux. Parmi ses nombreux vaudevilles, je rappellerai: Mlle et iMi, h PtégCy la Mère au Bal et la FUle à laMaison, h Binifieiairej le Chiffonnier, les InconvéniefOs de la IWligence, le Père de la Débutanle, Sans Nom, la Comtesse du TonneaUf etc* Dans ceux qui sont laits en société, Théaulon, avec sa prodigalité et sa facilité de travail, a

dû apporter sa large part. Qu'il eût travaillé avec plus de réflexion et de maturité, qu'il n'eût pas fait trop souvent retrouver dans ses œuvres le décousu de sa

vie; qu'à sa riche et féconiie organisation il eût joint rordre en toutes choses, dans son existence et dans sa manière de produire, et il est permis de dire qu'il n'occuperait pas une moins belle place que Scribe dans le théâtre de nos jours. J'oserai môme ajouter que, par certains côtés, Théauion lui aurait été supérieur. Scribe possédait au plus haut point Thabileté scénique» la sû* reté de main, la manière de tirer parti d'un sujet; il mettait en œuvre et assaisonnait si bien uiie donnée connue, qu'il trouvait moyen de se l'approprier et de la faire paratlre nouvelle ; mais chez Théauion, la faculté inventive était certainement plus riche, aussi bien que la lacuUé poétique, tout à fait absente chez Scribe, il faut l'avouer. L'auteur de Bertrand et Raton était porté, au contraii e, à ramener toute poésie au positif de la prose, et ce n'est pas à lui qu'on reprochera jamais le vol capricieux de la Fantaisie, dont il coupait plutût les ailes.

Dans le répertoire d^Alexandre Dumas, on connaît le drame de Kean, dont le principal rôle l'ut une des belles créations de Frédérick-Lematlre. Pour la conception et Texécution première, Kean appartient à Théauion^ en société avec Frédéric de Gourcy. La pièce fut remise aux mains d'Alexandre Dumas» pour qu'il y imprimât ce cachet demandé par l'acteuri et que l'on regardait comme exclusivement propre à l'auteur de Hmri III et d'Antony. Alexandre Dumas n u pas coutume de figurer sur l'afliche de moitié ou en tiers; son nom s'y Usant seul a plus d'éclat et d'influence. Théauion et de Courcy

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consentirent donc à s*effacer; mais j*ai dû leur rendre

la paternité véritable de cet ouvra^re, quoique Alexandre Dumas n'y ait pas apporté, assurément» un concours inutile, par sa plume comme par son nom.

En résumé, Théaulon fut un homme de beaucoup de talent; mais ce talent, presque toujours dépensé en petite monnaiei ne lui conquit pas le rang élevé auquel pouvait prétendre, comme une seule de ses œuvres sufOt [)o\xr le prouver.

Il convient de dire que les exemples d'existence comme celle de Théaulon sont beaucoup moins communs maintenant dans la littérature qu'ils ne Tétaient jadis. Aujourd'hui, les gens de lettres ont bien davantage Tesprit des alïaires. Toutefois, il ne faut pas tomber d'un extrême dans un autre. Un homme de lettres peut fort bien ne pas être un panier percé, un insoucieux bohémien y sans être pour cela un âpre traliquant, un sordide entrepreneur qui sacrifie tout au seul gain, la délicatesse des sentiments et des procédés comune la dignité de Tart. Malheureusement, cet honorable milieu n'est pas une règle assez générale dans le monde dramatique.

L'une des pièces où Taccent royaliste est le plus enthousiaste, et que certains détails doivent faire mentionner, — Chacun son r<mr, — appartient à trots de ces auteurs dont la muse s'était exercée naguère dans un autre sens et qui n'en étaient pas plus embarrassés pour chanter à outrance la royauté ; Désaugiers , Gentil et Ghazet. Avec la franche rondeur de son carac* tère, Désaugiers fut du nombre de ceux qui se rallièrent sincèrement aux Bourbons. Le joyeux convive du Caveau, en versant le royalisme à plein verre et à plein

vaudeville, se monta la téte avec ses propres couplets. Une fois dans cette route, il s*y engagea de bonne foi, et s'il avait vu la chute de la branche aînée (il est mort en 1827), il n'est pas à croire quMl eût cliaiigé de cocarde. Je crois bien, pour avoir connu Gbazet depuis cette révolution, qu'il était aussi devenu royaliste sincère. Lui et iJupaty, son ex-collègue pour l'organisation des lùles de la cour impériale, s*élaient mis l'un comme l'autre, en 1S14, à chanter sur un mode nouveau; car Dupaty eut son hommage poétique à la duchess(î d'Angoulème, cl il fit pour le duc de Berry les Troubadours voyageurs, un à-propos Joué chez ce prince le 2 février 1815* Mais après la seconde Restauration, quand les positions se classèrent, ce fut dans le camp libéral qu*il se rangea, au lieu que (iliazet, comme Désaugiers, resta sous le drapeau fleurdelisé. On lui doit même cette justice que, pendant les Gent-Jours, il ne craignit pus île manifester cette opinion. Une de ces chansons royalistes qui couraient par le monde avait pour refrain :

Rendez-nous notre père

De Gand, Rendes-nous notre père.

Elle fut attribuée à Ghazet. II récusa cette paternité

dans une lettre rendue publique, mais en ajout uU que ce ne serait pas avec un jeu de mots qu'il s'exprimerait à l'égard d'un prince aussi respectable par ses vertus que par ses malheurs. On persista néanmoins à lui attribuer la chanson, eli'on prétendit qu'il avait voulu seulement saisir l'occasion de faire une déclaration de sentiments qui lui serait comptée dans un avenir prévu et

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prochain. Le pomoir précaire des Cent-Joars n'avait

pasla force compression du grand règne impérial, où celte prolession de foi, si elle eût été possible, aurait fort mal tourné pour son auteur. Ce qui est sûr, c*est que, calculée ou non, la déclaration de Ghazet ne lui îul \uLs inutile, et que peu de gens se sont aussi bien entendus à taire leur chemin.

Il était bibliothécaire du roi à Versailles et à Trianon ; il était censeur dramatique ; il avait une recette pai ticulicie des finances à Valognes, qu'il faisait gérer par procuration; et là ne se bornait pas sa part dan» la feuille des bénéfices. Sa femme même était pourvue d'une place àla halle, place qui s'affermait à un bon prix. Membre de la Légion d*honneur, où il eut la rosette d'officier, Cbazet y fut le parrain d'Hoffman, homme de lettres d'une toute autre valeur, qu'il fut singulier de voir protégé par ce patronage. A une autre époque, Geoffroy avait appelé Ghazet ïinévUable. U justifia bien ce surnom par Tactivité incessante, par l'ubiquité infatigable qui le faisait rencontrer sur tous les chemins, dans les bureaux, dans les salons, dans les antichambres des Tuileries. Malgré tant de laveurs et de traitements, Ghazet, qui avait peu de prévoyance, ne s'en trouva pas plus riche, quand Tédiflce de son étrange lortune croula tout à coup avec la Restauration, et le pauvre homme est mort en 1844, dans un état très- voisin de la misère.

Au demeurant, il avait de l'esprit, il aiguisait bien le mot, il tournait bien le couplet; toutelois, c'était trop pea pour justifier un chemin comme celui qu'il sut faire, et s'il eut de Tesprit comme auteur, il eut encore mieux l'esprit par lequel ou se pousse et l'on arrive

L'fllSTOiaE PAR LE TliiiATRE.

Voici le titre complet de la pièce que ijroduisit, en 1816, Tassocialion de Chazet avec Désaugierâ et Gentil :

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