‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 22 sur 90 · I.' Il ISTüI lit IlOHAlNK A ItOMK · texte numérisé non relu

I.' Il ISTüI lit IlOHAlNK A ItOMK

le Capitole et le Tibre, c'est ce que prouve l'autel de Carmenta, mère de l’Arcadien Évandrc, cl qui donna son nom à la porte Carmenlale située dans cet espace. Ils occupèrent également et la roche Tarpelenne, qui porta aussi le nom de roche Carmenlale, et le Capitole, car selon la tradition, ils s'emparèrent de la ville de Saturnia, dont la citadelle était placée sur le mont Saturnien et qui elle-même était sur la pente méridionale de ce mont, à l'endroit encore indiqué aujourd'hui par le temple de Saturne

Nous les avons suivis du Palatin jusqu’aux bords du Tibre; mirent-ils le pied dans l’ile Tibérine? J’incline à le penser, car je ne saurais comment expliquer autrement le nom de Lycaonia que cette île a porté au moyen âge et que l’on n’a pas inventé au moyen âge. Lycaon était un roi mythologique des Pélasgcs*, cette ile lui fut vraisemblablement consacrée par eux.

Passèrent-ils le fleuve, et pourrait-on admettre que le pont Sublicius, construit en bois, et qui certaine»

< Denys d’Halicarnasso vi, 34J rapporte que les compagnon? d'Ilerculo s’établirent sur le mont Saturnien (le Capitole), c'est pourquoi il leur attribue la fondation de l'autel de Saturne qui était au pied du Capitole, mais je crois avec Denys d'Ilalicaruassc que cet autel était plus ancien que l’arrivée d’Uercule, c’est-à-dire la venue des Pélasgcs, et se rapportait à une époque antérieure, l'époque saturnienne; la même incertitude entre rétablissement latin et l'établissement pelasge lit attribuer l'asifb de Saturne à Hercule 1 lycaon était fils de Pélasgus.

TRADITIONS POÉTIQUES, ÉVAXDRE, IIKRCl’I.E. 1*1 ment fut le plus ancien pont de Rome, ait été l’œuvre des Pélasges? Ceci expliquerait pourquoi une vestale jetait de ce pont les figures en osier substituées aux victimes humaines dont l’immolation avait été abolie par Hercule, au temps d’Évandre, et rendrait raison du respect religieux dont ce pont, réservé aux pompes sacrées et réparé toujours en bois, était l’objet.

Mais je n’aperçois, sauf le Janicule, aucune trace des Pélasges sur la rive droite du Tibre, dans leTranstcvere. Sur la rive gauche, je les ai déjà trouvés sur le Palatin cl autour du Palatin, s'avançant entre l'Aventin et le Tibre, occupant le Capitole et les lieux circonvoisins, enfin sur le Quirinal; et l’on conçoit que s’ils avaient le Quirinal, ils durent avoir le Capitole, puisque anciennement ces deux collines n’étaient pas séparées comme elles le sont aujourd'hui. Jusqu’à Trajan, elles étaient jointes par une colline intermédiaire dont la hauteur n’était guère moindre que la leur, et que cet empereur fit disparaître pour créer son Forum et sa basilique.

Ainsi le Quirinal tenait au Capitole. Ceux qui étaient, en possession de l’un devaient être maîtres de l’autre. Nous verrons que. cela a été vrai des Sabins comme des Pélasges.

Nous avons donê fixé déjà, pour marquer l’extension de la ville des Pélasges, un certain nombre de points où nous avons pu reconnaître d’après divers indices leurs vestiges, et ce qui rend ces indices plus certains,

m (.'HISTOIRE ROMAINE A ROME

c’est que les points qu’ils nous indiquent se trouvent être contigus et comprendre deux collines très-voisines, le Palatin et le Capitole, une colline alors attenante au Capitole, le Quirinal, et de plus le terrain qui avoisine les deux premières de ces collines ; mais les Pélasgcs n’ont-ils été que là?

Je crois qu’on peut les suivre encore ailleurs et ajouter aux résultats déjà obtenus au moyen d’une autorité qui les confirme et les étend. Je veux parler de ce que nous savons sur les chapelles des Argéens. J’ai déjà mentionné ces chapelles en parlant de la configuration primitive des sept collines; j’y reviens à propos du culte antique qu’on y célébrait.

Remarquons-le d’abord, ce nom Argéen qui désignait à la fois et les sanctuaires et ceux qu’on y honorait était aussi le nom des figures d’osier qu’une veslale précipitait du pont Sublicius dans le Tibre, pour remplacer les victimes humaines dont Hercule avait tait cesser l’immolation.

Le nombre deces figures était précisément le même que celui des chapelles argéennes, vingt-quatre ’. Cela établit un rapport évident entre le culte des Argéens et les traditions qui se rapportent à Hercule et aux

1 Après avoir mentionné vingt-sept sanctuaires argéens, Varron n'en ■■minière que vingt-quatre; c’est ce nombre qui est le véritable, comme le prouve celui des figures d’osier jetées dans le Tibre qui est aussi de vingt-quatre. Vovoi l’art. Runm, dans le Dictionnaire de Géographie grecque et latine, publié par Srnilb. t. H, p. 7M.

TRADITIONS POÉTIQUES, ÈVANDRK, IIF.RCl'LE. 18i Arcadiens, c'est-à-dire aux Pélasges; les Argéens, disait-on, étaient des chefs qui avaient accompagné Hercule et qui avaient donné leurs noms aux sanctuair es dans lesquels ils avaient été enterrés1; eux-mêmes venaient d’Argos, ainsi qu'Hercuie; tout cela semble bien désigner des Pélasges et nous montrer dans le culte des Argéens un culte transporté par ce peuple à Rome.

Ces sanctuaires dont parle Yarron existaient sur toutes les collines de la rive gauche, excepté le Capitole et l’Aventin.

Pour le Capitole, d’après ce que nous avons vu de son occupation par les compagnons d'IIercule, on esl porté à croire qu'il a été habité par les Pélasges, bien que le culte des Argéens n’y eût point de sanctuaire.

Quant à l’Avcntin, nous l'avons déjà trouvé en dehors du Septimontium occupé par les Sicules unis aux Ligures. On peut s'expliquer ce fait en se rappelant que l’Aventin, alors la plus âpre des collines romaines, semble avoir dans sa noire forêt, qui n’est mentionnée qu'avec terreur, abrité des brigands dont le type est Cacus. L’Aventin est-il resté aussi, pour la

' V. Voit.. De l. lai-, y, 4S-5‘2. Argxi était le nom des sanctuaires comme des héros. L’auteur de l'excellent article Huma dans le hktwuary of greek and Daman Ceographg, publié par Smith. U. Dyer, lait remarquer que Saint-Pierre eat à la fol» le nom d’un saint et du l'église dédiés^ A ce saint.

même raison, en dehors de la Home des Pélasges?

Non.

Dans l’histoire môme de Cacus, mis à mort par Hercule, on peut voir encore un souvenir des pclasges. Cacus a un nom grec, cl c'est le dieu pélasgique Hercule qui est son vainqueur; lui-même est lié au culte du feu, partie essentielle de la religion pélasgique1.

Quand tout se serait borné à un berger des environs’ qui aurait tué un brigand de l’Aventin, cela ne rendrait pas impossible que les Pélasges en eussent ester- * miné un autre ou plusieurs autres, ce qui expliquerait l'introduction d'Hercule dans celle histoire; s'il en était ainsi, on se rendrait compte d'une tradition rapportée par Virgile, laquelle donne Hercule pour père à Aventinus*, que l’on dit avoir eu sa sépulture sur le

1 Cacus sc rattache à ic culte, comme (ils de Yuleain, par les flammes qu'il vomit, par son nom (Cau\ brûler), par sa sœur Caca, à laquelle des sacrifices étaient offerts comme à Ves ta. (Serv., Æn , vin, 190). Enfin* une tradition conservée par Feslns (p. 200; I)iod. Sic., iv, 21) représentait Cacus connue ayant reçu Hercule sur lo Palatin où il avait amené de Grèce des Grecs ou des Alxirigèncs. Les Grecs ou les Aborigènes sont ici des Pélasges. (Voyez la note suivante.) Cacus avait donc, en tant que personnage mythologique, une origine pélasgique aussi bien qu’llcrcule.

* Voyez le chapitre vin.

r» La tradition faisait aussi d’Aventinus un roi des Aborigènes. (Serv., vu, G57). Ceux-ci sont représentés comme associés aux Pélasges avec lesquels ils vinrent s'établir à Rome, sur le Palatin, et avec lesquels, à cause de cette association» ils ont été parfois confondus. C’est donc une raison de plus d'admettre la présence de leurs alliés les Pélasges sur l'Aventin.

TRADITIONS POÉTIQUES, ÉVANDRE, IIERCUI.E. 18.'. mont Avenlin et lui avoir laissé son nom. Là où je rencontre Hercule, je soupçonne des Pélasgcs: on a vu plus haut par quelle raison ; l’Aventin aurait donc été pélasge, comme les autres collines, peut-être pas en entier, car il a deux sommets; la forêt qui couvrait sa cime la plus élevée, où était l'antre de Cacus, aurait continué à être un repaire de brigands, attaqués victorieusement, mais non détruits par les Pélasges. Ceux-ci auraient eu leur établissement sur l'autre sommet de l’Aventin, celui qu'on appelle aujourd'hui le faux Aventin, et où est l’église de Sainle-Balbine *.

Le curieux document du culte des Argéens qui désigne tous les points où s’élevèrent de vieux sanctuaires de ce culte, attestant sur ces* points la présence des Pélasges, nous a autorisés à les maintenir en possession des deux collines où nous avons cru d’abord les reconnaître, le Palatin, le Quirinal; — celui-ci entraîne le Viminal qui lui est comme subordonné.— De plus, le môme document nous les a montrés sur le Cœlius et l'Esquilin, et une autre tradition sur le Capitole; l'Aventin restait seul : des motifs tirés d'ailleurs nous conduisent à placer aussi les Pélasges sur l’Aventin. Enfin il faut mentionner sur le Janicule

1 En effet, au-dessous de ce sommet était un temple de la bonne dresse, qu’une légende racontée par Properce (v, 9, 25) mettait en rapport avec l’histoire d'Hercule et de Cacus, et qui parait avoir été dans l’origine une déesse de la fécondité universelle, idée dominante de In religion pélasgique. V. Prcller, H. myth., 351-7.

ISO l.’IUSTOIRE ROMAINE A ROME.

celle ville à nom grec d Antipolis qu’on supposait bâtie par un Romus, fils d’Énée ', ce qui est absurde, et à laquelle ce Romus, frère de Romulus, aurait donné le nom de son père, Æneas. Mais celle absurdité peul déguiser une tradition plus sérieuse, celle d'un établissement pélasge sur le Jauicule.

Je m’arrête effrayé moi-môme de ma hardiesse; on avouera du moins que cette reconstruction de la cité pélasgique, si elle n'est pas absolument démontrée, ce qu’elle ne saurait être, s'appuie sur des arguments assez plausibles et des témoignages qui s’accordent assez bien. C’est tout ce que l'on peul exiger pour des origines si reculées. Je me hilte de terminer là mon histoire hypothétique, mais, ce me semble, vraisemblable, des Pélasges à Rome, et je rentre dans la poésie avec la venue fabuleuse d’Énéc et des Troyens. Ces fables qu'a embellies Virgile nous fourniront encore quelques documents pour l’histoire primitive, car Virgile a fait entrer dans ses fictions beaucoup de descriptions fidèles de lieux et de peuples, et quelques traditions au moins en partie véritables.

1 Hen. d'Hal.. i, 73.

Mil

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