SALINS ET ÈT LUS QU ES A ROME AVANT ROMUI.US
Nous avons pu déterminer, dans la ville des Sicules cl des Ligures, qui occupaient le Palatin et l'Esquilin, quelle était celle de ces deux collines que chacun de ces deux peuples habitait. Ici nous pouvons aller plus loin, et indiquer sur quelle portion du Palatin les Sahins s’établirent, comme nous l’avons fait pour les Pélasges.
Les hommes venus de la Sabine, et qu’on appelait Aborigènes, élevèrent sur le sommet du Palatin un temple de la Victoire Or la mémoire du lieu où ils élevèrent ce temple, qui n’était peut-être qu'un sanctuaire *, s’était conservée dans les temps historiques par le nom de Montée de la Victoire ( Clivas Viclorix'i que portait un chemin ou plutôt un escalier par où l’on descendait du Palatin dans la voie neuve pour se rendre par la porte Romaine au Vélabre.
Ce fut donc dans la région du Palatin faisant face à la roche Tarpéienne que s’établirent les hommes de la Sabine.
Et l’on peut ajouter que ce ne fut pas vers l’extrémité de cette région qui regarde l’Àvcnlin, car nous savons que là se fortifièrent les Pélasges.
Ainsi l’emplacement du temple de la Victoire, fondé
1 Don. d’Hal. (i, 32.) le lac des lies flottantes dans la Sabine avait été aussi consacré à la Victoire par les Aborigènes.
Den d'ilalicarnassc emploie l’expression de rl/mn.
'■ Porta Roraana instituta est infimo clivo Victoria;, qui locus a gra» dibus in quao’ram formatus cs‘. (Fesl.'p. 262.)
par les Sabins aborigènes, peut être fixé malgré la distance des âges *.
Le temple de la Victoire est le premier dont il soit fait mention à Rome après le temple de Saturne. Il signale 1ère des combats, comme le temple de Saturne marquait l'ère antique de la paix.
On s'étonne de trouver établi de si bonne heure le culte d’une abstraction; mais les Sabins semblent avoir eu de tout temps un goût singulier pour ce genre de divinités : ils adorèrent la Santé, la bonne Foi, etc.
D’ailleurs, ce nom de la Victoire a pu être substitué à celui d'une déesse guerrière du pays des Sabins* par les Romains, auxquels il appartenait d’inaugurer le culte de la Victoire, culte pour ainsi dire essentiel à
1 La maison de Kauslulus, ou, ccquicsl la môme chose, la maison de Romulus, marquait selon S iliri le lieu où se terminait, au nordest, l'enceinte de la Rome carrée des Pélasges. Leur temple de la Victoire devait s’élever prés de là sur le Palatin, un peu au sud de l'endroit où il domine l’église de Saint-Théodore.
* Le nom sabin de cette divinité était Vacuna {Varr., Fragm. 216, éd. bip.) Vacuna était la Victoire, déesse antique (Ov., Fasl , *i. 507), qui avait plusieurs temples dans la Sabine, dont l’un, voisin de la maison d'Horace, était bien vieux de son temps, car il tombait eu ruines.
Famrnt putre Vacun*.
Ilor., Ep., i, tO, 49.
line inscription trouvée à Foro-Nuovo, dans le pays sabin, porte cette dédicace : « Sanclæ Varuna; sacrum. » l'ne autre inscription ; (Orelli inscr., 1868) trouvée aussi dans la Sabine, mentionne un temple de la Victoire relevé par Vespasien, qui était Sabin. Ou croit qu’il s’agit de l’ancien temple de Vacuna dont parle Horace.
S A B I N S ET ÉTRUSQUES V ROME AVANT UOMUEUS. 225 Home, qui commence avant elle au Palatin, et ne sera aboli qu’après la lutte mémorable soutenue près de là dans la Curie, lorsque tomberont le paganisme et l’empire.
La forteresse des Pèlasgcs (Ruinai et la forteresse des Sabins (Palatium) étaient donc l'une et l’autre sur le mont Palatin. L'emplacement de Palatium était à l'extrémité méridionale de la colline, probablement au lieu où l’on admire maintenant les ruines gigantesques appelées les Ruines du palais des Césars '.
La forteresse Sabine* ayant donné son nom au inonl tout entier, il est naturel de penser que les Sabins oc-
* l)cn. d’Halicarnassc nous fournil celte* indication topographique en nous apprenant que Pulanliuin était à trois slaclrs du Capitole, (i, 51.) Ceci empêche de le placer plus près.
* On voulut dériver ce nom Palatium de celui d’une ville d'Arcadie. (Den. d’Hal., n, 1.) Palatium ou Palantium, et de celui d'un héros arcadien, Palas ou Pallas, lorsque la poés: eut converti l'établissement réel des Pèlasgcs sur celte colline, en u.(e colonie fabuleuse d’Arcadk*n> amenés par Évandre. Mais je crois plutôt une étymologie indiquée par Vairon [De t. lui. v, 53), qui tire le nom du Palatin de celui du pays qu’habitaient les Aborigènes quand ils étaient encore dans la Sabine, nom qui subsistait de son temps; or, Varron devait le savoir, car lui-même était Sabin Corsiniani et Martelli citent dans la Sabine des noms de lieux très-semblables : Palazzo, Pallanh. Outre le Palatium, dont parle Varron, il y en avait d'autres encore. (Voy. Preller, H. Myth., p. 365.) Un quartier de la ville de Frosinum (Frosinone) portait aussi le nom de Palatium. La racine de ce mot Palatium est peut-être Palà. Il conviendrait particulièrement au Palatium pastoral de Home, ville dont la fondation était célébrée par des fêtes en l’honneur de Pales.
m L HISTOIRE HUMAINE A ROME
cupèrent lout ce qui sur le Palatin était eu dehors de la forteresse des Pélasges.
Voilà donc où furent sur le Palatin les forteresses des deux peuples qui continuèrent le dualisme inauguré par les Sicules et les Ligures, dualisme que devaient reproduire plus tard les Saliins et les Komains quand les Romains auraient paru, puis les patriciens et les plébéiens, noms politiques de deux races; dualisme qui devait donner au peuple romain encore à naître son principe et son caractère.
Sur les autres collines, on ne peut, comme pour le Palatin, marquer exactement où étaient, à celte époque reculée, les Sabins et où étaient les Pélasges.
Mais sur l'une d'entre elles, où nous avons rencontré les Pélasges, nous allons rencontrer les Sabins. Celte colline est le Janiculc.
Une tradition universellement admise dans l'antiquité 1 et adoptée par Virgile voulait que sur le Janicule eût existé une ville dont le nom, comme celui de la colline elle-même, était rapporté à Janus.
Or, si Saturne est le grand dieu des Latins, Janus est le grand dieu des Sabins.
Comme les noms de mont Saturnien et deSaturnia ont été pour moi la preuve d'un établissement latin sur le Capitole, le nom du Janicule et de Janiculum me fait reconnaître avec les anciens, sur cette colline, l’existence d'un établissement sabin.
' Qu il ignorât vol rtictum vel (vmüluiii a Jano Janiculum? ,Solin. il, b.)