S A B I N S ET ÉTRUSQUES A ROME AYANT ROMULUS
Mais, a-t-on dit, Janicule ne vient point de Janus'. Ce mot veut dire une petite porte (de Janua), parce que le Janicule était pour les Romains l’entrée de l’Ktruric.
Je ne comprends pas, je l’avoue, comment le mont de beaucoup le plus élevé de Rome aurait été désigné par ce diminutif; d'ailleurs, un mont est une barrière et n’est pas une porte.
Deux faits tendent à corroborer l’indice tiré du mot Janicule (mont de Janus) et à mettre la colline de ce nom en rapport avec Janus et avec les Sabins.
Sur le Janicule, le dieu Fons ou Fontus, fds de Janus, et, par conséquent, dieu sabin comme son père, avait un autel
Ce qui est plus décisif encore, sur le Janicule, près de l'autel de l’ontus, était ou passait pour avoir été le tombeau de Numa *, tombeau que l’on crut découvrir au sixième siècle de la république.
Pourquoi trouva-t-on ou supposa-t-on avoir trouvé le tombeau du roi sabin sur le Janicule, si loin de l’habitation de ce roi, placée par la tradition au pied du Palatin? Pourquoi Numa choisit-il ou bien crut-on que Numa avait choisi ce lieu pour sa sépulture, si ce n’est parce que là était le mont de Janus, principal dieu des Sabins, le Janicule, où de plus anciens chefs sabins avaient pu résider autrefois?
1 On le disait déjà dans l'antiquité. (]’. Diac.. p. UH.)
* Cic., De leg., il, 22. Am., Adv. nal., ni, 29.
* Eest., p. 113. Den. d'Hal., it, 76. Val., Max., i, 1, 12.
SABINS ET ÉTRUSQUES A ROME AVANT ROM U LUS 2-20 Virgile comme déjà en ruines, au temps d'Êvandre.
Janus est souvent nommé avec Saturne. Macrobe*, Ovide*, Servius*, disent que Janus précéda Saturne en Italie. Janus est appelé le plus ancien de dieux indigènes*, ce qui montre l'idée quTon se faisait de l’antiquité des Sabins, peuple de Janus, et appelé lui-môme par Strabon un peuple très-ancien! Janus est toujours présenté comme l’origine, le commencement5. « Je suis une chose antique' » fait dire Ovide au dieu sabin. On petit en croire autant de rétablissement sabin qui portait son nom.
Tout nous conduit donc à reporter bien haut l’arrivée de Janus, ou, ce qui est la même chose, l’arrivée du peuple de Janus, des Sabins, dans le Latium et à Rome.
Par un hasard singulier, Janus, qu'on représentait une clef à la main7, était le dieu du Janiculc, voisin du Vatican, où est le tombeau de saint Pierre, que l’on représente aussi tenant une clef. Janus, comme saint Pierre, son futur voisin, était le portier céleste*.
* Macr.. Sat., i. 7.
1 Ov.f Fait., », 235.
r’ Serv., Æn ., vu», 319.
4 Herodiau., i, 10.
* Pente Janipriiftff, pente Jovis suroma. (Varr., Ap. Aug. üe Civ. d.. ni, 9.) Janus était invoqué le premier dans les sacrifices
Ov.# Fa st., », 103.
7 Ov.| ibid., i,99.
... Cœlestis jan'tor aulre {Ibid . 139 *
D’autres indices de la présence des Salmis à Home dans un temps fort reculé ne se rapportent point au Janiculc, mais à une région toute différente qui parait leur avoir très-anciennement appartenu.
C’est encorfe un point de l'histoira de Rome avant les Romains éclairci, je crois, par l’étude des localités.
A l’extrémité du cliamp de Mars, dans sa partie la plus étroite', c’est-à-dire là où il va se resserrant, entre le pied du Capitole et le Tibre, était ce terrain vaseux et volcanique d’où sortaient des flammes et qu'on appelait Terentum'.
1 Zosim., ii, 1-5.
* Ou Tarent un). On a beaucoup discuté sur la place du Tarcntum; on l’a mis tantôt à une extrémité du champ de Mars, tantôt à l'autre ; je n’hésite pas à le placer à son extrémité inférieure en suivant le cours du Tibre, ce qui est sa véritable extrémité, l’autre étant plutôt son commencement. La villa Publica, qui se trouvait «le ce côté du champ do Mars (vers le palais de Venise], est dite par Varron (/V /?. Ilust.. in, 2), in rompu Martio extremo. Ovide [Fasl., i, 501) fait aborder au Terentum le vaisseau d'Évandre qui remontait le fleuve et dut s’arrêter non loin du Palaiin/au lieu de continuer inutilement sa navigation jnsqu’à l’autre bout du champ de Mars, pour revenir de si loin sur ses pas. Ovide dit positivement que près du Terenlum était la petite ville d’Évandre, et elle était sur le Palatin; nulle pari le champ «le Mars n'est aussi rétréci qu’en cet endroit. D'ailleurs les basfonds du Terentum, Varia Ternit!, mentionnés par Ovide, conviennent très -bien à la contrée marécageuse du Yélabre, et leur nature volcanique porte à les rapprocher de l’Aventin, où l'histoire de Caeus nous a montré que des phénomènes volcaniques s’étaient encore produits après l'Age des éruptions; je crois donc que h* Terentum était entre le Capitole et le Tibre.