‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 39 sur 90 · ROMULUS · texte numérisé non relu

ROMULUS

pas en possession de tout l'espace qui s'étendait de leur montagne jusqu’à Rome, ils pouvaient avoir, et l'bistoire de Romulus, en cela très-vraisemblable, nous fait croire qu'ils avaient des troupeaux et des bergers à eux sur le Palatin. Ces troupeaux de bœufs et de vaches étaient parqués, comme ils le sont encore, dans des enceintes de bois que Denys d'Halicarnasse appelle bouslaseis, et qui s’appellent aujourd'hui stagionate.

Romulus était, selon toute vraisemblance, un berger des rois d'Albe, chargé de garder leurs troupeaux sur le mont Palatin.

Ce fut assez pour que plus tard, dans la légende, il devint le petit-fils d’un de ces rois. Un jour, ce berger s'avisa de fonder une ville. Fonder une ville notait pas alors une grande affaire. On choisissait un sommet escarpé, on l'entourait d'un mur ou d'un fossé; quelques pâtres venaient s’y réfugier avec leurs troupeaux. Cela a dû se passer ainsi bien des fois sans qu’on en ait parlé. Rome étant devenue très-puissante, cette humble origine a paru singulière par le contraste qu elle présentait avec ce qui avait suivi, et le souvenir s’en est toujours conservé. Une telle histoire doit être vraie; ce n'est pas l’orgueil romain qui se lût avisé de l'inventer; d'ailleurs, on disait de Cures1 et de Préneste* que

1 Denys d’Halic., n, 48.

* Serv., Æn., vu, (378.

Mil I IIISTOIRK nOMAIKF. A P.OMF.

ces deux villes avaient eu une semblable origine.

Tel est le vrai commencement île Rome et la vraie condition de Uomulus. Le fondateur de Rome n'est ni un mythe, comme le veut Nicbhur, ni, comme l’a dit Mendoza, un gentilhomme portugais : c’est un berger des rois d'Albe

l’n trait particulier de la fondation de Romains, c*est l’asile ouvert par lui aux Outlaws des environs, qui pouvaient être ou des bandits ou des réfugiés des Fuonisciti, chassés de leurs villes par quelque querelle de famille, par quelque trouble politique.

L’asile était probablement plus ancien que Romulus.

Un pâtre révolté ne pouvait créer pour son besoin celle garantie religieuse qui appartenait à certains sanctuaires. L’asile existait sans doute avant lui; peutêtre avait-il été institué par les Pélasgcs, car le mol et la chose sont grecs : en (irèce, un grand nombre de temples étaient asiles, et c'étaient les descendants d Hercule qui passaient pour avoir fondé le premier de ces refuges dans Athènes ’.

Peut-être si les populations primitives du Latium

1 La Home du Palatin, qui avait élé pastorale nu temps des Pélasprs, le fut encore au temps de Romulus. Des traces de cette oripine subsistèrent longtemps après. Les Septa, enceintes dans laquelle se faisaient les élections du Champ de Mars, s’appelaient Orilia, le parc aux moulons, et cependant ce n'étaient point des moulons qu'on y parquait.

* Scrv., Æn., nu, 31Ï.

ROHULES

ont aussi connu le droit d'asile, ce droit fut-il attaché plus anciennement encore à l'autel de Saturne, dieu de l'égalité, qui devait protéger les esclaves fugitifs; dieu de paix, qui devait offrir un abri contre toutes les violences; dieu ami de3 étrangers, parce que luiméme était venu d’un pays étranger'.

Au moyen âge, le souvenir de l'antique asile de Romulus s'était conservé, et avait passé du sanctuaire de Saturne à l’église de Saint-Adrien, qui en est tout proche. Celte église s'appelait * Asile et Temple du refuge.

Rome a abusé du droit d'asile pour les meurtriers, abus que la philosophie d'Euripide 5 attaquait déjà; mais, dans un sens plus noble, elle a toujours été l’asile des grandeurs déchues, comme la famille de l'empereur actuel des Français et lui-même l’ont éprouvé.

Romulus se logea sans doute dans la forteresse qu'avaient bâtie sur le Palatin les Pélasges, et qu’ils avaient appelée Roma. Ce fut alors qu'on lui donna le nom de Romulus, s'il ne le portait déjà. Mais il

1 Denys d'Ilalicarnasse (n, 13) ne sait à quelle divinité était consacré le temple qu'il fait bâtir ù Romulus dans l’Asile. Ovide (Fait-, ni, 43Î) parait croire que le dieu de l'Asile était Yejovis, le Jupiter funeste, ce qui est invraisemblable S'il en était ainsi, l'Asile serait à Rome, comme ce dieu lui-méme, d’origine étrusque et d'importation sabinc. (Vov. cbap. xu, Nunui.)

1 Ord. rom., Habillon, Mus. liai., ■>. 1A3,

5 Eurip-. Ion,, v,

voulut faire plus : il voulut entourer d’une muraille tout le Palatin, dont les Pélasgcs n’avaient fortifié qu’une partie.

Ici, pour la première fois, nous renconlrons, à l’appui de notre récit, un monument existant : une partie de la muraille de Romulus subsiste encore*.

Le mur du Palatin n’a été découvert qu’il y a peu d’années; c’est le plus ancien monument de Rome. Cette muraille, construite en tuf pierreux, tel que celui du mont Capitolin, où ont existé des carrières d’où il fut probablement tiré, cette muraille est bien celle de Romulus; car elle suit le contour du Palatin et n’a pu jamais être autre chose que la muraille d’une ville bûlie sur le Palatin, c'est-à-dire de la Rome de Romulus.

Le système de construction est le même que dans

1 On la voit dans trois endroits au bas du Palatin appliquée contre la colline, comme on voit les restes du mur de Servius Tullius appliqués contre l'Aventin, et comme sont les murs étrusques de Fiesole et de Volterre (Don . , Sep. of Elr. , n, \ 52. ) Canina supposait qu’elle devait suivre la crête du mont et ne s'est pas fait Taule de la restituer ainsi. Cependant on ne pouvait la placer qu’au bas de la colline, où elle est effectivement, car nous savons qu’une des trois portes du Palatin ;ln Porte romaine ) était au bai de la mont/e de la Victoire (inliino clive Victoria*, Fcst., p. 262). Ce qui entraîne la position de la muraille dans laquelle cette porte était percée. Dcnys d Halicarnasse (n, 37) et Cicéron (De tlep., n, 6) parlent de la muraille de Romulus, mais tous deux paraissent confondre cette muraille adossée au Palatin avec l'enceinte des rois étrusques, qui enveloppait d’autres col- Unes.

ÎIOMÜLUS.

les villes d'Étrurie et dans là muraille bâtie à Rome par les rois étrusques. Cependant l'appareil est moins régulier. Ces murs d'une petite ville du Latium fondée par un aventurier ne pouvaient être aussi soignés que les murs des villes de l'Étrurie, pays tout autrement civilisé. La petite cité de Romulus, bornée au Palatin, n'avait pas l'importance de la Rome des Tarquins, qui couvrait les huit collines.

Du reste, la construction est étrusque et devait l'être. Romulus n'avait dans sa ville, habitée par des pâtres et des bandits, personne qui fût capable d'en bâtir l’enceinte. Les Étrusques, grands bâtisseurs étaient de l’autre côté du fleuve. Quelques-uns môme l’avaient probablement passé déjà et habitaient le mont Cælius. Romulus dut s’adresser à eux, et faire faire cet ouvrage par des architectes et des maçons étrusques.

Ce fut aussi selon le rite de l'Étrurie, pays sacerdotal, que Romulus, suivant en cela l'usage établi dans les cités latines, fil consacrer l’enceinte de la ville nouvelle. Il agit en cette circonstance comme agit un paysan romain, quand il appelle un prêtre pour bénir l’emplacement de la maison qu’il veut bâtir.

Les détails de la cérémonie par laquelle fut inaugurée la première enceinte de Rome nous ont été transmis par Plutarque*, et, avec un grand détail

1 Denys d'Ilalic., i, 20.

* l'iul., HomuL. il.

par Tacite', qui sans doute avait sous les yeux les livres des pontifes. Nous connaissons avec exactitude le contour que traça la charrue sacrée. Nous pouvons le suivre encore aujourd’hui.

Romulus attela un taureau blanc cl une vache blanche à une charrue dont le soc était d'airain s. L’usage de l'airain a précédé à Rome, comme partout, l'usage du fer. Il partit du lieu consacré par l'antique autel d'Hercule, au-dessOus de l'angle occidental du Palatin et de la première Rome des Pélasgcs, et, se dirigeant vers le sud-est, traça son sillon le long de la base de la colline.

Ceux qui suivaient Romulus rejetaient les mottes de terre en dedans du sillon, image du Valium futur. Ce sillon était l'Agger de Servies Tullius en petit. A l’extrémité de la vallée qui sépare le Palatin de l’Aventin, où devait être le grand cirque, et où est aujourd’hui la rue des Cerchi, il prit à gauche, et, contournant la colline, continua, en creusant toujours son sillon, à tracer sans le savoir la route que devaient suivre un jour les triomphes, puis revint au point d’où il était parti1. La charrue, l'instrument du la-

' Tac., .Ann., ru, 21.

* Prell., R. I li/th., 156.

5 Tacite ne ramène pas Romulus vers le nord-ouest au delà du Eonim. C’est que plus au nord-ouest le Vélabre venait asser près du Palatin pour qu’on ne prit continuer le sillon sacré A la distance où il devait être du mur appliqué à la colline, et dont il était séparé par l'espace appelé Pomirrinm.

bour, le symbole de la vie agricole des enlanls de Salurne, avait dessiné le contour de la cité guerrière de Itomulus l)e même, quand on avait détruit une ville, on faisait passer la charrue sur le sol qu’elle avait occupé. Par là, ce sol devenait sacré, et il n'était pas plus permis de l'habiter qu'il ne l'était de franchir le sillon qu'on creusait autour des villes lors de leur fondation, comme le lit Itomulus et comme le firent toujours depuis les fondateurs d'une colonie; car toute colonie était une Home.

Là est aussi l'origine de la forme donnée constamment au camp romain*. Ce camp, que les généraux établissaient avec soin dès qu’ils s'arrêtaient quelque part, était, comme on peut le voir à Rome par le camp des Prétoriens, un espace de forme carrée entourée d'un vallum’, c’est-à-dire d'un fossé et d'un rempart formé par la terre rejetée du fossé.

Ainsi, jusqu'aux derniers jours de l’empire, dans toutes les parties du monde où ils portèrent leurs aigles victorieuses, depuis les déserts de l'Orient jusqu’aux forêts de la Germanie, les Romains dessinèrent leur camp d’après le type sacré de la Rome du Palatin, qui elle-même avait pour modèle la Rome car-

1 Virgile fait construire aux Trojcns la première ville qu'ils établissent sur le sol du Latium, à la manière d'un camp, Catlrorum in mtrrem. (Virg., Æn., vit, 159.)

5 Le camp des prétoriens était un campa perpétuité, une véritable uaserne; le tallnm j fut remplacé par un mur,

rée des Pélasges. Rome fut donc dans l'origine un

camp; elle s'en souvint toujours.

Puis Romulus creusa un grand trou dans lequel on jeta les prémices de tout ce que les champs produisent d'utile. Chaque assistant y jeta une poignée de terre apportée de son pays, car y avait là des réfugiés venus de diverses contrées d'alentour. Ce trou s'appela le Mundus. Si l'on prenait ce mot dans son sens ordinaire, on pourrait dire que Romulus venait réellement de fonder un monde, et que déjà la destinée de Rome était indiquée par ces différents peuples qui, en apportant chacun une poignée de leur* terre natale, figuraient l’universalité future du monde romain; mais le Mundus étrusque n'clait pas le monde des vivants, c’était celui des mânes, le monde inférieur, contre-partie du monde céleste. Son ouverture était le soupirail de la région qu'habitaient les divinités souterraines \ On le fermait ordinairement au moyen d'une pierre qu’on soulevait parfois; mais on ne pouvait commencer une guerre quand le Mundus était ouvert. Le Mundus étrusque a peut-être donné naissance à la belle légende de Curlius se précipitant dans le gouffre \

1 Hier., Sat., i, 16; Paul. Disc., p. 156; Serv., Æn., ni, 131.

* Plutarque, Boinul., Il, dit que la fosse sacrée fut ouverte dans le Comitium, c'est-à'dire atrdessous de la cime nord-est du Capitole, par conséquent en dehors et assci loin du Pomœrium de Romulus. Le Mundus primitif ne pouvait être là, pn dut plutôt le creuser sur le

ROMl'LllS.

Enlre le silloti sacré cl le mur de la ville était le Pomœrium extérieur, espace où il n’était pas permis de bâtir, de même que dans un espace également laissé libre à l'intérieur des murs, et qui s'appelait aussi le Pomœrium', coutume instituée sans doute dans l'intérêt de la défense des villes. Une prescription semblable s'observe aujourd’hui pour la sûreté des places fortes- Le Pomœrium était indiqué, par des bornes qui entouraient le Palatin, des terme * (cippi). Ce devait être encore une coutume empruntée à l'Étrurie, d'où vint le culte du dieu Terme. Varron 1 parle des cippcs ou termes qui existaient de son temps autour de Rome et autour d'Aricie. À Rome, on a retrouvé quelques-unes de ces bornes du Pomœrium.

Signalons dès à présent une marque du génie agricole, qui fut toujours le génie des Romains après avoir été celui des Latins, leurs pères.

Chez les Romains, le Mundus des Étrusques, celte ouverture de la région infernale, devint le Mundus de Cérès, qu’on ouvrait pendant le temps des semailles

Palatin dans la Rome carrée, où, dit Solin, on enfouissait les choses de bon augure pour la fondation des villes, ce qui est dit aussi du Mundus. S'il y a eu un Mundus prés du Comitium, c’est plus tard, quand Rome fut composée de la ville latine du Palatin et de la ville sabine dont la citadelle était sur le Capitole. Le nouveau Mundus se trouvait alors entre les deux villes.

1 Tit. Liv , i, 41; Gell , fiiocl. AU-, un, U * Varr., De Ling. lut., v, 143.

et de la moisson Romulus avait défendu , disait-on, l’exercice des arts sédentaires aux hommes libres *; mais il leur avait permis l’agriculture comme la guerre. On faisait dériver de Romulus le goût des Romains pour l’agriculture; ce goût était plus ancien, car il remontait à la vieille civilisation agricole, qu’on supposait avoir été importée dans le Latium par Saturne.

(l’est ainsi qu’on rapportait a Romulus l'origine des Frères Arvales, confrérie religieuse instituée pour obtenir des dieux la conservation et la prospérité des moissons.

On prétendait que Romulus avait remplacé dans celte confrérie un des douze (ils de sa nourrice, Acca Larentia, qui furent les premiers Arvales. Peut-être cette tradition venait-elle tout simplement de la vanité de corps des Frères Anales, qui formaient comme un ordre religieux et aimaient à avoir pour fondateur le fondateur même de Rome. Si les capucins pouvaient faire croire que César a été capucin, ils n’y manqueraient pas. Pour le dire en passant, cette Acca La-

1 Voy. P relier» Hom . myth., p. 457. Du rcsle, du Mundus étrusque ou Mundus romain la transition était facile, car dans les religions antiques tout ce qui était souterrain se liait n la fois aux idées infernales et aux idées de fécondation. Cérès, déesse de la moisson, descendait sous la terre pour y chercher sa fdle Proserpine, déesse des enfers; et à Home il y avait une Venu* Ubilina ou Vénus des funérailles, double et profond symbole de la vie et de la mort.

* Dcn. d llal., n, 28.

no y ut. us.

fenlia, nourrice de Romulus et femme du berger Fauslulus qui l'avait recueilli, auprès de laquelle il joue le rôle de fils, pourrait bien être tout simplement la mère et Faustulus le père de Romulus Du reste, il était convenable d’attribuer 5 un roi latin rétablissement d'une institution religieuse dont l'agriculture était l'objet. Les Frères Anales forment sous ce rapport, avec les Salions, prêtres guerriers institués parunroj.de la belliqueuse nation Sabine, Numa, un contraste qui exprime très-bien l’opposition du génie des deux peuples. La tradition, il est vrai, représentait Romulus comme un roi guerrier et Numa comme un roi pacifique; n’importe, le collège des Anales, fondé par le roi latin, avait le caractère latin; il était rustique et agricole. Les Frères Anales portaient une couronne d'épis * on de laine festonnée en forme de roses, une robe blanche, symbole et souvenir de l'état innocent de l’antique royaume de Saturne; ils offraient des sacrifices non sanglants ; des fleurs, des fruits, des parfums. Tout était pacifique dans leurs fèlesk mêlées de danses et de banquets. L'élection des

' En cc cas Homiiliis aurait une mère Sabine ; acca, féminin d'arcu»;actim, allais allas, alla, sont diverses formes d'un prénom satin; car il est relui de l'aïeul des Claudius. Dans l.arenlia se trouve le nom des Ijiirs, divinités étrusques adoptées par les Sabins. Cette origine d'Acca larontia n'aurait rien que de vraisemblable, car il devait rester des Sabins aborigènes sur le Palatin même après qu'il était devenu la propriété des rois d’ Allie.

’ PI., HUI. nul., arm, S.

membres de la confrérie se faisait dans le temple de la Concorde, et il n’était pas permis d’apporter un couteau dans le bois témoin de leurs réjouissances paisibles. Ce bois1 * * 4, consacré à Dia1, déesse pélasgique du Latium, était situé à quatre milles de Rome, sur la route qui conduit à la mer à travers le pays latin. Les Saliens, institués par le premier roi sabin, étaient armés. Us exécutaient des danses martiales en frappant sur leurs boucliers. Le lieu primitif de leur réunion fut le Quirinal, le mont Sabin.

Quand Romulus avait dirigé la charrue autour de sa cité future, là où il voulait qu'il y eût une porte, il avait, selon le rite antique, porté \ c’est-àdire soulevé sa charrue et interrompu le sillon augurai; car rien ne devait jamais franchir ce sillon ni le mur qui allait s'élever derrière lui et que protégeait ainsi la religion contre l'ennemi. L'enceinte des villes était sacrée; il fallait que le seuil des portes ne fût pas sacré pour qu'on pût le franchir.

La Rome du Palatin avait trois portes1. Cherchons où s’ouvraient ces portes.

1 Gell., Pioct. Alt, tu, 7, 8. Yoy. Becker, Handb. d. Rom. -Alt., continué par Marquardt, t. IV, p. 411 et suiv.

s Dia était en Grèce le nom de l’épouse d’ixion et de deux autres personnages mythologiques.

* C’est l’origine du mot lalin porta.

4 Pline, Hist. nat., m, 9, 15, dit trois ou quatre. C'est trois qui est le nombre véritable. Car, selon le rite étrusque, une ville devait avoir trois portes comme elle devait avoir trois temples. (Serv.,

Rom i)i. u s.

L’une ôtait la porte Mugonia, qu’on nomma ainsi à cause des mugissements dont elle retentissait quand les troupeaux descendaient boire dans les eaux du Yôlabrc. Elle était à peu près là où est l'arc de Titus.

De ce côté fut toujours la principale entrée du Palatin, et la porte du palais impérial : au même endroit où mugissaient les Troupeaux de bœufs du temps de Romulus et où ils mugissent encore couchés à l’ombre du Palatin

Une autre porte, nommée Porta Romanai, regardait le Vélabre; on y arrivait par une rue qui côtoyait le flanc de la colline au-dessus du marais; elle s'appelait la Rue Neuve, Via Nova, et était une des plus anciennes des rues de Rome; car elle avait pu exister avant que le Vélabre eût été desséché par les Tarquins5.

Æn., i, 422.) En Ètrurie, Cosa et Roscllæ avaient trois portes. (Ot. Muller, Die Etr., n, 147.)

1 La porte Mugonia s’appelait aussi Mugionis ou Mucionis. Denys d’Haticarnassc dit Mykônisi pylaùt , ce qui fait penser à My cènes et reporte encore aux Pélasges.

1 Festus, p. 262, l'appelle ainsi, et Varron (De /. lat., v, 164) Porta Rotnanula, c’est le même nom. La terminaison ulus-a n’est pas toujours, ainsi que je l'ai dit plus haut, un signe du diminutif.

5 la? pont Neuf est aussi un des plus anciens ponts de Paris. On |H?ut déterminer assez exactement remplacement de la Porte Romaine, car Festus nous apprend qu'elle était nu bas de la montre de la Victoire (in fimo cliva Victorix). Or, celte montée, avec l’escalier qui en faisait partie, était ainsi nommée parce qu’elle conduisait du Vélabre au temple de la Victoire, élevé primitivement par les Aborigènes au nord-est de la Rome quniTée des Pélasges.

ifH L’HISTOIRE ROMAINE A ROME.

Ce nom de Romaine, appliqué à une porte de Home, élonnc. Les Romains n'ont pu le lui donner; il lui est venu des Subins, qui, occupant le Capitole, passaient par celle porte quand ils allaient sur le Palatin, et pour qui elle était la porte «le Rome, la porte Ro moine.

On ne connaît pas aussi sûrement la position de la troisième porte de la Rome palatine; mais nous savons qu’on descendait du Palatin dans la vallée où fut depuis le grand cirque par des degrés voisins du lieu qu'on appelait le bel Escarpement ', et dont on a fait ce qui est incroyable, un quai sur la rive actuelle du Tibre. Là était la troisième porte du Palatin. Si on eu ajouta une quatrième, elle dut être nécessairement sur le quatrième côté du Palatin, celui qui est tourné vers le Cælius, el où il parait qu'existait sous l’empire une entrée près de laquelle Scptime Sévère èlcva le Scptizonium, ce monument singulier dont, grâce à Sixte-Quint, il ne reste plus vestige, mais dont on sait l’emplacement.

Telle, était la ville de Romulus. Le Palatin en in-

1 halé acte (Plut , liornul ., 20). Celle confusion qu’on a peine à comprendre eu présence du passage de Plutarque, tient à ce que le mot acltf, qui veut dire aussi escarpement, se prend en général pour rivage. Il était d’autant plus naturel de donner ce noin à une berge du Palatin que le Tibre venait autrefois en battre le pied Mais le Palatin n'a jamais voyagé jusqu'aux bords actuels du Tibre. Le bel escarpement n’a jamais été un quai ; il n’y en a jamais eu à Rome, pas plus dans l'antiquité que dans les temps modernes*

no MU LUS. -203

diquc encore aujourd'hui l'étendue et en dessine la forme; des fragments imposants de sa muraille subsistent, et on reconnaît exactement où étaient scs portes. Nous pouvons donc dès à présent nous orienter dans les faits que vont évoquer en ce lien ainsi déterminé avec précision la poésie et l'histoire.

C’est à la poésie qu’appartient le débat tragique de Romulus et de son frère. Nous chercherons si cette poésie ne contient pas un peu d’histoire.

D’abord elle atteste un fait historique en montrant sur Rome naissante l'influence de cette Étrurie qu'eu nous plaçant nous-mêmes sur le Palatin nous voyons si voisine, séparée de nous seulement par le fleuve, et que nous avons trouvée dans un récit vraisemblable de Plutarque, de Denys d'Halicarnassc et de Tacite, consacrant l’enceinte de la cité de Romulus; celte Étrurie, dont nos yeux peuvent contempler et nos mains toucher l'œuvre antique, debout encore en partie de nos jours.

En effet, c'est selon le rite étrusque que Romulus et Rémus consultent les présages qui doivent décider lequel des deux régnera sur la ville nouvelle1.

1 C'est le motif qu'Ennius donnait à la consultation des présages: Omni bu’ cura viris uter esset Enduperator.

Les deux frères, en consultant les présages, ne pouvaient avoir pour motif de savoir lequel des deux donnerait son nom à la ville du Palatin, car ce nom fioma existait déjà. Cela a clé imaginé plus tard, à une époque où l’on croyait que les hommes donnaient leur nom aux

On le reconnaît au nombre 12, qui est le nombre étrusque par excellence', tandis que le nombre favori des peuples sabelliques cl latins est 10’.

Romulus voit dans le ciel douze vautours et Rémus en voit six. Cela suffit pour me faire dire qu’ils consultent le sort au moyen d'une vaticination étrusque5.

Les oiseaux prophétiques sont des vautours; le temps de l'aigle n’est pas encore venu, mais pourquoi des vautours?

L'aigle est indigène en Italie; le vautour n'y a jamais existé; cl cependant on parle souvent de l’oiseau appelé vultur , et son nom se retrouve dans des noms de montagnes habitées sans doute par ces oiseaux, de

villes, tandis que c’est l’inverse qui a lieu le plus souvent ; et d’ailleurs les deux frères portaient le même nom. Denys d'Halicarnasse appelle toujours Rémus Homo*, Homulns est appelé Honnis riiez Fcstus (p. 200), et Properce l'appelle Hn/ms. Hegnave prima Hemi. (El., ii, 1. 23.) Honnis alla Hemi. (El., iv, 1, 9.) Signa Hemi. (iv, 0, 80.)

1 Les confédérations étrusques se composaient toujours de douze villes. Selon les Étrusques, 41 y avait douze grands dieux; chaque période du monde embrassait douze siècles ; les licteurs d’origine étrusques étaient au nombre de douze, etc.

* Toute l'organisai ion de Rome repose sur le nombre dix multiplié par lui-même, et souvent par le nombre trois. Romulus a trois cents ccleres. Dans chaque tribu, il y a dix curies; dans chaque curie, dix déc iries; les décemvirs sont au nombre de dix. L’année, attribuée à Romulus, était de dix mois, etc

5 Sans cela ce pourrait être une vaticination sabellique. L'art de consulter l’avenir par le vol des oiseaux était connu des peuples sabeliques, notamment des Morses.

Digil

nnauLUS.

lleuvcs comme eux dévorants et rapides1. Cette difficulté m'arrêtait, mais je crois l'avoir résolue.

Vultur, que nous traduisons par vautour, était le nom du faucon*, et j’ai remarqué que l'oiseau de proie .appelé encore aujourd hui avoltoio, mot qui vient évidemment de vultur, était le faucon. Dés lors tout s’explique. Les vautours qui volent au-dessus du Palatin sont des faucons, et, ce qui est important, la légende où ils figurent peut être une légende locale et ancienne.

Les deux frères, pour prendre les auspices, vont s'asseoir, Romulus sur le Palatin5, où est sa ville, Rémus sur l’Aventin, où était la sienne, qui s'appelai* Romoria.

Car pourquoi ne pas croire à celte Romoria que la tradition disait avoir existé sur l’Aventin *, et

1 Le Vultur mons [monte Voltore ) le fleuve Vultumut dans la Campanie.

* (lapis était synonyme de Vultur . Le nom de Capouc ( Capua ) fut une traduction du premier nom de cette ville Yiiltumum. Or, un passage de Servi us [Æn , *, 145) montre évidemment que capis était synonyme de fùlco.

s Ennius seul dit sur VAventin (Cic., de Div., i, 48) : ceci lient à une confusion entre les deux frères qui allait jusqu'à faire donner à Romulus le nom au fond identique de Rémus (Voy. plus haut.) En* nitis plaçait Romulus sur l’Aventin comme Properce parlait de la maison de Rémus sur le Palatin. Dans un autre passage, le même poète, p tir accorder des traditions contradictoires, nées de la ressemblance et de la confusion des noms, supposait que les deux frères avaient habité ensemble sur le Palatin. (Prop. El., iv, 1, 10.)

* Paul Diac., p. 270. Celte ville s est appelée aussi Hemurta , llemoro,

1,'IIISTOinF, ROM AISE A ROME

sur la cime, la moins élevée de celle colline1?

Là fui un grand rocher qui n’cxisle plus, mais dont la présence dans les leinps historiques est attestée

Pourquoi Rémus ou Romus n’aurait-il pas occupé aussi sur l’Aventin une forteresse bâtie et abandonnée par les Pélasges, et dont le nom, très-semblable à celui de la Roma du Palatin, voulait également dire forteresse? Romus ne serait pas un frère de Romulus; il serait un autre aventurier, un autre pâtre des rois d’Albc, qui avaient des pâturages sur l’Aventin comme sur le Palatin, mais moins bons, parce que l’Aventin était rocailleux et le Palatin abondant en sources. Chacun des deux chefs, naturellement ennemis parce qu’ils étaient voisins5, aurait espéré d’abord qu’un signe céleste lui

Memona, Metnê, ce qui ressemble beaucoup à Monté Selon d’nulr. 5 récils Roinoria élail à Ironie stades, quatre milles environ de Rome (du côté de Saint-Paul). (Don. d’Hal., i, 85.) Si la tradition avait placé une Roinuria tout juste à trente stades de Rome, c’est peut -011*0 qu’il y eut en cet endroit une autre forteresse pélasge. On trouve chez les llirpins une ville nommée Momutea.

1 Virgile, (ix, 500} parle d’un Remulus de Tibur. Chez les Hirpius il pouvait y avoir eu aussi une Monta , c’est-à-dire une fort er rase pélasge, devenue Momutea quand Romulus fut célèbre, et la Monta, c’est-à-dire la forteresse du pélasgique Tibur, avait pu donner son nom à un chef tiburtin comme la Roma du Palatin à Romulus.

* Par le nom de Subsaxana donné à la lionne Déesse dont le temple était sous le rocher. (Not. Urb., Me g xji.)

5 La communauté de race de deux pâtres alhains les mirait fait appeler frères. La communauté d’origine et la ressemblance de nom des deux cités eût été la cause de celte confusion entre Romulus et Réinus (Romus) que je signalais tout à l’heure.

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