‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 4 sur 90 · X X\ III · texte numérisé non relu

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I MflOUUCTION.

Je croirai cela quand je croirai qu’on a apporté l'Illissus à Home el qu’il s’est appelé le Til>re.

I;e graful argument que font valoir ceux qui n’admettent rien de l'histoire de Home sous les rois, c’est qu'il n’y avait pas d'historiens à cette époque. Cela est certain, et Beauforl ne les a pas attendus pour établir que. jusqu'à la seconde guerre punique, Home n'a point eu d’historiens véritables. S’ensuit-il donc qu'on ne sache absolument rien de l'histoire romaine avant Annibal?

C’est le cas de dire que qui veut trop prouver ne prouve rien; car, si la conclusion qu'on tire de l’absence incontestable d’historiens proprement dits à Rome avant le sixième siècle est rigoureuse, ce n’est pas seulement l'époque des rois qu’il faut -opprimer, mais trois siècles à peu près de la république.

Il faut nier Brutus, dont la statue était au Capitole, et dont le buste, qui parait si ressemblant, y est encore; Coriolan, quand le temple de la Fortune des femmes, situé à quatre milles de Rome, marquait l’endroit où des femmes l’avaient arrêté; Spurius Cassius, dont la maison rasée fut remplacée par le temple de Tcllus, dans lequel le sénat s’assembla après la mort de César; Spurius Mælius, dont la maison, également rasée, avait

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laisse son nom à un lieu appelé Æquimælium; les Fabius, dont le départ funeste avait légué au chemin qui aboutissait à la porte Carmenlale un tel renom de malheur, qu’au temps d’Ovide on évitait d’y passer; Virginie, tuée par son père avec un couteau de boucher pris dans une des boutiques neuves, au nord du Forum, auprès du temple de Vénus Cloacine, dans un lieu qu’on indiquait encore avec précision au temps de Tite Live; il faut nier la prise de Rome par les Gaulois et la rançon payée par les Romains, rançon dont ils ont cherché à sauver la honte, mais dont ils n étaient pas intéressés à imaginer le mensonge; il faut supprimer l’aqueduc d’Appius et la voie Appienne, aussi bien que la prison d’Ancus et l’égout de Tarquin; on ne doit pas plus croire à Pyrrhus qu’à Romulus.

Le bon sens se révolte contre celle radiation téméraire de cinq siècles de F histoire romaine admis par les Romains, et, dans leur ensemble, par les plus savants hommes elles plus grands génies des temps modernes; il se révolte surtout quand on lit ces choses non dans le cabinet d’un savant allemand ou d’un homme d'État d'Angleterre, si distingués qu’ils soient, mais à Rome, en présence des lieux dont la configuration ancienne est toujours parfaitement d’accord avec le récit des his-

INTRODUCTION

loriens; en présence des monuments dont les débris sont également d’accord avec ces récits, récits »]ui peuvent être aussi incomplets, mais ne sont pas plus imaginaires que les ruines, et que la crédulité des âges n’a pas davantage construits.

C’est que l'histoire n’est pas seulement dans les historiens; c’est que si, avant le sixième siècle, Rome n’a pas eu d’histoire proprement dite, elle a eu la tradition orale, les documents publics et privés; elle a eu des récits traditionnels et des c’innls historiques, les traités et les actes publics, les annales des pontifes, les éloges des morts et les mémoires des familles. L’histoire n’cxislait pas, mais on possédait les sources de l’histoire.

La tradition orale mérite une certaine confiance; si en se transmettant elle s’altère, elle conserve souvent avec une ténacité incroyable des portions de vérité. Trop facilement admise au dixseptième siècle et trop légèrement rejetée au dixhuitième, elle est pour l’impartialité du dix-neuvième l’objet, non d’une crédulité aveugle, mais d’une critique sérieuse. Celle critique distingue avec soin la tradition naïve, sincère, instructive par là même dans ses involontaires erreurs, cl la fiction qui invente ou falsifie sciemment. La tradition orale a, sous son nom germanique de Saga (ce

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