‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 5 sur 90 · I.MRODt'l T ION · texte numérisé non relu

I.MRODt'l T ION

qu’on dit), pris dans ce siècle une importance véritable; elle est venue se placer entre les cbants populaires, qui sont la Saga chantée, et l'histoire véritable, qui commence toujours par elle. Les Sagas Scandinaves, transmises de bouche en bouche, ont fourni beaucoup d'éléments à l’ancienne histoire du Nord. De véritables Sagas recueillies par Hérodote, qui s’cxprimesouvenl ainsi : On dit, on rapporte...., traitées d’abord de contes en l’air, ont été reconnues pour vraies. La Saga ou récit traditionnel tient une grande place dans la première période de l’histoire romaine; je l’ai acceptée avec réserve, et sauf à la vérifier, mais sans trop de défiance, quand elle était vraisemblable, quand elle s’accordait avec l'état ancien de la société ou des lieux, quand elle était attestée par l'existence d’un monument, la durée d’un culte, quelquefois la persistance d’un nom.

On peut dire des chants primitifs ce que j’ai dit du récit traditionnel. Ils contiennent toujours une portion de vérité, quoique peut-être moins grande, car l’imagination y a plus de part. Mais dans ces chants-là l’imagination n’invente pas l’ensemble des l'a ils comme il arrive dans les poésies artificielles des Ages avancés. Le poète raconte ce qu’il a vu ou entendu à des contemporains qui le savent comme lui

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et ne goûteraient poinl une pure fiction. Il chante pour tous, et il est la voix de tous ; la muse primitive est fille de Mnémosvne, la Mémoire; le poêle est le gardien du passé, dont ses chants sont l'écho.

De tels chants ont existé à Home, Caton nous l'atteste. Ils n’ont jamais été rassemblés en un corps d’épopée, ils sont toujours restés détachés comme les ballades héroïques de la Scandinavie et de l’Espagne; ils ont été jusqu’à la fin ce que furent dans l’origine les chants isolés qui ont servi à former l'Iliade et les Niebelungen; s'ils ont passé dans les annales romaines encore à leur étal primitif, avant d’avoir été remaniés et fondus par un poêle épique, leur valeur n’en est que plus grande.

Les familles avaient aussi leurs traditions particulières, quelles conservaient avec soin, aussi bien que leurs arbre* généalogiques, les images de leurs ancêtres et les inscriptions qui les accompagnaient. Ces traditions se perpétuaient par les oraisons funèbres dans lesquelles les familles célébraient la gloire des défunts illustres, comme le montre l’exemple de César, qui, prononçant l’éloge de sa tante Marcia, avait soin de rappeler qu elle descendait du roi Ancus et que

ISïltODUCTION.

les Jules venaient en droite ligne de Vénus. On voit que tout n'était pas authentique dans ces généalogies, et Cicéron remarque que la vanité des familles a beaucoup corrompu l’histoire. Cela ne prouve point que les éloges funèbres ne l'aient pas servie. Bien que Bossuet ait trop célébré les vertus de la princesse palatine, ses oraisons funèbres seraient des documents précieux ù défaut d’une histoire du siècle de Louis XIV, et l’éloge du grand Condé ne renseignerait pas trop mal sur Rocroy.

l,a vanité des familles romaines a dû aussi falsifier quelques détails des événements racontés dans leurs Mémoires. Mais la falsification de faits trèsconnus ne pouvait être bien grande et n'empêche pas que les Mémoires aient dû contenir beaucoup de ces traits caractéristiques d’un homme et d’un temps, qui ont permis aux anciens annalistes et par suite à TiteLive, à Denys d'Halicarnasse, à Plutarque, venus après eux, de peindre les personnages et de retracer les faits historiques avec celte vivacité, et, si je puis dire ainsi, cette individualité qui à elle seule éloigne l’idée d’une histoire imagfnaire, car l’imagination livrée à elle-même est toujours vague et abstraite, la réalité seule est précise et vivante.

if INTRODUCTION.

Comme l'a si bien dit Boileau :

Le faut est toujours fade, ennuyeux, languissant. Mais la nature est vraie et d'abord on la sent.

La fausseté partielle des récits conservés dans les familles n’ôte donc point à ces récits, pris en masse, leur valeur historique. Les jugements quel-* quefois follement injustes de Saint-Simon n’altèrent pas la véracité générale de ses mémoires. On a fait une thèse pour relever les inexactitudes de César dans ses Commentaires . quand la thèse aurait raison sur tous les points, il ne faudrait pas pour cela brûler les Commentaires, et on aurait toujours beaucoup à y apprendre.

Enfin il y eut, dès l’origine, à Borne, sinon une histoire officielle, du moins des annales officielles rédigées par le grand prêtre, où furent consignés tous les événements qui, par un côté ou un autre, tenaient à la religion, — et à Rome presque tout tenait à la religion : — l’érection des temples, l’introduction des nouveaux cultes, les prodiges, qui étaient souvent des événements naturels, comme un hiver rigoureux, une maladie contagieuse, une famine, enfin des faits dans lesquels nous ne verrions rien de religieux : la cherté

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fin blé. D’autres recueils officiels' contenaient la suite des magistratures et par là les éléments d'une chronologie. A leur télé il faut citer les fastes consulaires et triomphaux, dont une grande partie a été retrouvée gravée sur des tables de marbre qu’on peut voir au Capitole; dans les fastes triomphaux sont indiqués les noms des peuples que le triomphateur a vaincus : véritables annales de la conquête romaine ! Joignez à cela les lois et les traités gravés sur le bronze et conservés dans les temples, dont plusieurs sonteités comme remontant au temps des rois, et encore existant sous l’empire, ce qui prouve qu’ils ne périrent pas tous dans l’incendie de Rome par les Gaulois, lequel n’atteignit point le Capitole, où un certain nombre de ces monuments furent toujours déposés, et vous comprendrez comment la vérité historique a pu se trouver dans les annalistes qui ont puisé à toutes ces sources et dans les écrivains qui ont écrit d’après les annalistes, comme Tite Live et Denys d’IIalicarnasse.

J’ai donc eu le droit de faire entrer dans mon histoire les cinq premiers siècles de Rome, et il aurait été cruel pour moi d’y renoncer,car durant ces

1 Ubri liutei. Une de» mtg'utrau , table de» ceiueur».

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INTIlO DUCTION.

siècles l’histoire romaine m’appartenait loul entière; sous les rois elle n’a jamais dépassé beaucoup l’horizon que la vue embrasse du haut du Capitole, et ne l’a guère dépassé non plus pendant le premier âge de la république. J’ai donc pu, souvent par ma fenêtre, suivre le peuple romain dans sa vie orageuse du Forum, du Comitium, de la curie, du champ de Mars, que j’avais sous les yeux, et dans ses guerres et ses conquêtes, dont mon regard embrassait presque toujours le théâtre; mais maintenant ce théâtre en s'agrandissant s'éloigne et va m’échapper. A partir du sixième siècle, l’histoire romaine quitte Home et ses environs; elle va dans l’Italie centrale et méridionale, en Macédoine, en Grèce, en Orient; je ne puis l'y suivre, car elle n’est plus à Rome.

Cependant elle revient aussi quelquefois m’y chercher ; Annihal apparaît sous les murs. Scipion, accusé dans le Forum, monte au Capitole; si je ne trouve pas à Rome son tombeau, j’y trouve la sépulture de sa famille, sa maison et son image.

F.t puis même ces guerres lointaines ne seront pas entièrement étrangères à notre récit, car elles auront un contre-coup à Rome. Le Forum s’émeut de ce qui se passe au bout du monde; un temple s’élève pour chaque triomphe; les triomphes eux-

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