I.- HISTOIRE lui M U N K A HOME
Juvénal s’exprime à ce sujet de manière à rendre le doute impossible.
Il nous apprend qu'il est allé avec un ami attendre à la porte Capène la voiture qui devait emmener celuici; tandis qu’ils l'attendent en cet endroit, Juvénal contemple et décrit la source et le bois sacré1.
Or, s’il est une des anciennes portes de Rome dont ou puisse déterminer la place avec certitude, c’est la porte Capène.
Juvénal lui-même et Slace, en parlant de celte porte, font allusion à l’aqueduc qui la surmontait. On suit encore la ligne de l'aqueduc, et, comme la porte Capène était à l'entrée de la voie Àppienne qui existe aujourd'hui, on voit précisément où se trouvait celle porte. C’était à l’angle occidental du Cælius, près de Saint-Grégoire. C’est donc là, au pied du Cælius, qu’étaient le bois des Camènes et la fontaine d'Égérie. Il ne faut pas la chercher dans la campagne romaine, c'eut été un peu loin pour les Vestales, qui devaient aller y puiser l’eau nécessaire aux usages sacrés; et
1 bord liyron.qui croyait, à la Cafiarella, avoir sous les yeux In grotte d Égérie décrite par Juvénal, s’applaudit que l’enceinte artificielle de la source, dont se plaignait Juvénal, n'existe plus; tous deux ont eu la même impression ; l’un, regrettant que le marbre ait remplacé le gaion; l’autre, se réjouissant que le gaion ait de nouveau reparu et remplacé le marbre.
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aussi pour Numa, qui habitait, comme les Vestales, au bout du Forum; il n’avait, pour faire ses nocturnes et poétiques visites, qu'à suivre la voie Sacrée, et, tournant à droite, il était bientôt arrivé. La tradition avait arrangé les choses plus commodément pour les Vestales et pour lui.
La tradition, comme il advient souvent, sans être vraie, était plus vraisemblable qu'une fausse science; le but de la science doit être de retrouver la tradition et de la justifier en l'expliquant.
La promenade publique de Saint-Grégoire, qui remplace le bois des Camènes, a été plantée par les Français pendant la première occupation romaine; pendant la seconde, qui dure encore, on a imaginé de placer là Yécole de caisses, l’nc douzaine de tambours frappés en môme temps avec un rhylhme différent, et qui vous poursuivent de leur tapage discordant jusqu’au Golisée et au Forum, ôtent aux lieux les plus poétiques de Rome toute leur poésie.
Malgré mon respect sincère pour nos incomparables soldats, je ne puis m'empêcher de regretter les Juifs du temps de Juvénal; du moins ils ne faisaient pas tant de bruit que les tambours.
Le roman de Numa continue; il ne cesse point d’ôtre gracieux, et il devient touchant.
Après la mort du vieux roi, qui est universellement pleuré, Égèrie s'enfuit et va cacher sa douleur dans le bois d’Aricie, près de Laricia, au bord du lac
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charmant et mélancolique de Némi Les nymphes du bois et du lac cherchent en vain à la consoler en lui racontant des malheurs célèbres. Celte consolation, qui n'a jamais, pas plus que tonies les autres, consolé personne, ne peut rien sur le désespoir d Kgéric; elle se couche au pied de la montagne qui domine le lac et se. résout en larmes. Diane, la divinité de Némi, a pitié d’elle et la change en fontaine : c’est l’eau qui tombe dans le lac au-dessous du village de Némi, et qui, hélas ! dans ce siècle prosaïque, sert à faire tourner des moulins.
Uvide dit que les gémissements de la pauvre Cafnènc troublaient le culte de Diane, établi parürcste. On sait que Diane avait ressuscité ilippolyte et l'avait caché sous le nom de Virbius dans le bois de Laricia. Orestc s’y était, disait-on, réfugié avec Iphigénie après le meurtre de Thoas, et y avait apporté la statue de Diane*.
A la religion sanglante de la Diane de la Tauridc se rattachait sans doute cette coutume bizarre et cruelle qui voulait que le prêtre de la Diane de Némi eût pour successeur celui qui l'aurait égorgé3. La férocité du culte de la Tauridc fait un singulier contraste avec le caractère paisible du lac sur les bords duquel ce culte homicide avait été transplanté. Celui
* Ov„ Me!., iv, «7
* S erv., A'n., h, HO.
1 Ov , Fait., in, 271; Sud , Cttlig., 35. .
que présente la gracieuse légende d'Kgérie associé à ces horreurs n'est pas moindre.
I.e récit antique de la mort d’Kgérie, mélé au souvenir de l'amitié fraternelle d’Orestc et d’Iphigénie, s’est singulièrement transformé en une légende du moyen âge. Kgéria, prêtresse de Diane, est amoureuse d’un frère éloigné d’elle, cl, comme la nymphe veuve de Numa, est changée en fontaine.
Je me suis complu dans les fictions pathétiques que des lieux charmants et si longtemps aimés me rappellent; il faut revenir à de plus graves considérations historiques. Nous avons déjà rencontré les Étrusques au berceau de Home, et son fondateur bâtissant par leurs mains, consacrant par leurs rites sa ville naissante du Palatin. I.a partie antique et sérieuse de la légende de Numa va nous montrer ce môme peuple inaugurant la royauté sabiitc. Kn effet, les formules de l’art augurai qu'avaient observées Romulus et Rémus quand ils se disputaient la petite souveraineté du Palatin, ces formules empruntées au rituel étrusque, nous allons les voir appliquées à l’inauguration du roi sabin1.
1 Je sais qu'on doit distinguer les augures des aruspiccs, que les augures étaient des magistrats romains, et les aruspices des devins, en général Étrusques. Je sais que l'observation du vol des oiseaux sc retrouve chez différents peuples ilal'Olcs, entre autres chez les Marses; je ti en suis pas moins convaincu que l’art augurai était élrusqu et que la consultation des auspices sc faisait d’après le rite étrusque, car celle consultation était liée ti la délimitation des régions du
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Ce rituel s’est conservé jusqu'à Tito Live, comme celui d’après lequel avait été tracée l’enceinte sacrée de Rome s'csl conservé jusqu’à Tacite. A Rome, tout ce qui tenait aux vieilles cérémonies se transmettait fidèlement de génération en génération et de pontife en pontife; car Rome, en matière religieuse comme en matière politique, était le pays de la coutume. C'est encore sa force dans la religion; mais l'État n'y étant pas constitué comme au temps de la république romaine, c’est sa faiblesse dans la politique. Alors aux novateurs qui voulaient changer l'État, la sagesse traditionnelle opposait la coutume des ancêtres, mos majorum; aujourd'hui, à toute tentative d’amélioration, l’on répond : Non s'è (allô mai. Cela ne s’est jamais fait.
Laissons parler Tite Live d'après les livres des pontifes, où le vieux rituel de l’inauguration des rois dedevait être consigné *.
« Conduit par l'augure en l’honneur duquel cette fonction fut changée en un sacerdoce public * et per-
cicl, pt cette délimitation tenait A un ensemble d’idées cosmique t particulières ans Étrusques.
’ Voy. Varr., De I. la!., vu, 8.
* Il me semble que ces expressions de Tite Live font comprendre comment s’elTectua la transition de l'humble condition du devin mandé par Numa pour faire par son ordre ce que j'appellerai une opération prophétique A l'état honoré, A la fonction publique et perpétuelle qui devint un sacerdoce et fut le partage des augures romains.