‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 6 sur 90 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

mêmes viendront nous apporter un reflet magnifique des conquêtes les plus lointaines du peuple romain. Sans sortir de Rome, nous assisterons à l’eflet qu’y produiront les défaites et les victoires, au désespoir dompté par le courage après la bataille de Cannes, à l’enthousiasme populaire qui accueillera le vainqueur d’Asdrubal. Nons apprendrons l'histoire militaire de ces temps comme un citoyen qui serait demeuré dans Rome l’aurait apprise.

Mais tandis que Ie3 guerres glorieuses se poursuivent au loin, les dissensions civiles ne nous rendront que trop l’histoire, l’histoire véritable du dernier siècle de la république, l’histoire des dissensions fatales et de la corruption toujours croissante qui ont amené sa fin.

La scène de ces dissensions est à Rome. C’est sur le Capitole au pied du temple de la Bonne Foi, que les patriciens inaugurent l’assassinat politique en égorgeant Tibérius Gracchus. Son frère Caïus se réfugia vainement sur le mont Avcntin, cette forteresse plébéienne où un de ses ancêtres avait élevé un temple à la liberté et d’où il fut contraint de fuir pour aller tomber au delà du Tibre, dans un bois sacré, comme il en était digne, disait Cornélie avec orgueil.

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INTRODUCTION

C’est à Rome que les deux terribles représentants de l’aristocratie et de la démocratie, Sylla clMarius, se livrent, sur le mont Ksquilin, un combat dans lequel Marins est vaincu en présence du trophée élevé à sa victoire sur les Cinabres Nous n'avons pas à suivre Mariusdans le marais de Miniurnes et surlesruinesdcCarthage, mais nous le voyons arriver sur le mont Janiculc, furieux de ce qu’il a souffert. Rome, pendant qu’il y séjourne, est noyée dans le sang. Sylla revient à son tour, il écrase à la porte Colline l’armée de l’Italie soulevée contre la tyrannie de Rome, et qui venait, comme elle disait, étouffer la louve dans son marais. Quatre mille prisonniers sont égorgés dans la villa Publica ; les proscriptions commencent: le bassin de Servilius, à l'entrée du Forum, est hérissé de têtes coupées.

Tel est l’aspect que Rome a pris pendant les proscriptions. Quand Sylla est allé dans son grand tombeau du champ de Mars attendre César et Auguste, ses voisins de sépulture et ses successeurs à la toute-puissance, qu'il a eu l’audace de déposer, la vie publique reparaît; le Forum, muet et sanglant sous Sylla, appartient de nouveau à la parole, ou au moins la parole le dispute 5 la violence. C’est le dernier âge de la république, c’est l’époque

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de César et de Pompée, de Caton et de Cicéron, époque d'un intérêt incomparable, où la liberté qui va périr enfante encore de grandes luttes, de grands caractères, de grands hommes; époque dont j'ai cherché ailleurs'(César, scènes historiques.) à mettre en relief, mieux que je ne pouvais le faire en passant dans celte histoire, le mouvement et la vie.

La république meurt chez elle et sa brillante agonie se passe à Rome. Ici tous les intérêts que peut présenter le point de vue historique propre à ce livre se trouvent réunis.

Les lieux des événements ne sont jamais ignorés, et les personnages de ce temps ne sauraient faire un pas sans qu'il nous soit possible de les suivre ; nous pouvons les surprendre à domicile, car la demeure de presque tous nous est connue et le choix de ces demeures n’est pas chose indifférente. César, descendant des Jules cl de Vénus, le plus grand seigneur de Rome, ayant compris très-jeune que la démocratie, quand elle n'est pas fière, était l’alliée naturelle de la tyrannie, a jeté les yeux sur elle pour en faire son instrument, et il est allé se loger dans le quartier populaire de la Subura. Pompée, grand général, mais, dans la vie civile, très-vain et un peu niais, Pompée, d'extraction médiocre et chef parvenu de l’aristocratie, s’est bien gardé d’en faire

ri. INTRODUCTION.

autant; il habite le quartier élégant ries Carines. Il me semble que cette affaire de logement peut à elle seule faire juger les deux hommes.

les monuments jouent un rôle important dans la lutte des ambitions qui se disputent la république. Pompée élève son théâtre1, premier grand édifice public offert par un particulier aux plaisirs du peuple. A cette captation magnifique, César répond en ouvrant son forum. Il oppose le forum de César à celui du peuple romain. Pompée, toujours vani leux, avait élevé au sommet ries gradins de son théâtre un temple à Vénus victorieuse, car il pensait sans cesse à ses victoires, si complaisamment énumérées dans une inscription placée par lui dans son temple de Minerve, celui auquel l’église de la Minerve doit son nom. César, toujours habile, mil dans son forum le temple de Vénus genilrix, rie Vénus mère, ce qui semblait plus modeste et était plus superbe, car cette Vénus était la mèred’Énéc, et, ce qu’il rappelait indirectement, l’aïeule de César.

* Ce théâtre, placé dans le champ de Mars, à l'est des monument* antérieurement construits, achève de dessiner le sens du mouvement monumental accompli pendant le sixième et le septième siècles, aux environs du cirque Flaminicn ; le théâtre de Pompée était à l'extrémité de ce quartier de temples et de portiques. Les monuments d’ Agrippa vinrent ensuite et se placèrent dans l’espace qui restait libre au nord.

INTRODUCTION. ili

Le forum de César est la seule œuvre monumentale qu’il ait eu le temps d'exécuter, la seule par conséquent dont on puisse espérer de trouver des restes. Mais d’autres monuments ne sont que des pensées de César réalisées après lui. Il faut lui rendre non-seulement la curie et la basilique Juliennes, qui portèrent du moins son nom, mais le grand temple de Mars, qu’il voulait élever et qui fut le temple de Mars vengeur; son théâtre, qui fut le théâtre de Marcellus ; le Colisée môme, dont il avait conçu le projet, projet qui ne fut mis à exécution que sous les Flaviens, L’aspect du Tibre au-dessus de Rome rappelle que César voulait changer son cours, et, le portant «à droite, gagner ainsi l’espace d’un champ de Mars nouveau, pour pouvoir construire dans l’ancien une Rome nouvelle.

A côté de ces marques de sa grandeur, on trouve aussi dans les monuments de Rome des souvenirs moins beaux pour lui. La basilique Æmilia fut bâtie par Æinilius l’aullus avec les millions de César, qui l’avait acheté, comme il avait acheté Curion, auteur du fameux théâtre mobile. La première basilique avait été bâtie par Caton l’Ancien; on avait passé de Caton à Æmilius Paullus et à Curjon.

Tl II

INTRODUCTION

Enfin huit colonnes du temple de Saturne, de ce vieux temple de l’âge d’or, sont encore debout pour rappeler le vol avec effraction au moyen duquel César mit In main sur le trésor public. De ces deux monuments, l’un est le fruit de ses corruptions, l'autre le témoin de ses violences.

Tout le drame de sa mort est écrit, pour ainsi dire, sur le sol de Rome.

César a été mis à mort dans la curie de Pompée, qui tenait à son théâtre. Le corps de César a été brûlé au pied des rostres qu’il avait transportés vers l’extrémité orientale du Forum, non loin de la Regia, sa seconde demeure, et près desquels un temple lui fut érigé après sa mort.

Le Forum , à cette époque, a repris l’importance qu'il avait eueautrefois; elle allait disparaître avec la liberté.

Mais alors l’histoire du temps y est presque tout entière. Pompée y vient intimider Cicéron plaidant pour Milon. Il y parait dans la tribune à côté de César pour appuyer ses lois démagogiques, avec une candeur de mauvais citoyen dont Caton lui annonce en vain les suites pour lui-méme. Caton y lutte énergiquement contre la multitude gagnée à César; il y est traîné des rostres jusqu’à l’arc de Fabius; le éorps du factieux Clodius y est brûlé, et

IM ItODICTION.

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