ROSE SABINE AO TEMPS DE NUMA
tue fut érigée, disait-on, par le roi sabin Tatius. La tradition rapportait 1 que les Romains et les Sabins, après le combat auquel l'enlèvement des Sabincs avait donné lieu, furent purifiés en cet endroit avec des branches de myrte. Il ne fallait pas aller bien loin pour trouver les branches de myrte employées dans cette cérémonie expiatoire; car les myrtes croissaient en abondance sur les pentes voisines de l’Aventin.
C’est près du sanctuaire de Vénus Purifiante que le couteau de Virginius sauva la pudeur de Virginie.
Sur la voie Sacrée, à l'endroit où elle atteignait la plus grande hauteur de la Vélin, c’est-à-dire sur l’emplacement de l'arc de Titus, était la chapelle des Lares*, dieux de nom et d'origine étrusques, mais certainement adoptés par les Sabins5, presqu’en face le temple de Vica-Pota, nom barbare et probablement sabin de la Victoire, déesse sabine ‘.
cloaque, ont reproché au» Romains comme impur un culte qui ne rappelait que des idées de pureté. On injurie parfois faute de comprendre. (Aug., C. U., iv, 23.) Laclance affirmait qu’on avait trouvé la statue de la déesse dans un égout. [De Die. Dut., i, 20.)
1 Plut., Hist. nul., xv, 30.
1 Solin, i. 23.
* Varr., Del. lai-, v, 74. Leur mère Larunda s’appelait aussi Mania, la mère des Mânes, c’est-à-dire des bons, du mot sabin manu s, bon ; par suite de cet euphémisme qui faisait donner aux Furies le nom d ’Eumenides, qui veut dire bienveillantes, et fait donner par un paysan écossais aux lutins qu’il craint d’offenser le nom de bonnes gens.
* Cic., De Isÿib. , h, il.
Properce, né dans I Ombrie, pays habité par un peuple de môme race que les Sabins1, semble se complaire à rappeler avec quelque orgueil que ceux-ci avaient occupé le Forum *.
« Qu’était Home alors que la flûte de l'habitant de Cures frappait de son paisible murmure le rocher de Jupiter, et que là où la loi est aujourd'hui dictée aux nations vaincues, les javelots sabins se voyaient au milieu du Forum romain? »
Et plus loin il montre Tatius élevant une palissade en érable au pied du Palatin*, dont les Sabins avaient en effet intérêt à se défendre.
Le môme poêle représente Tarpéia, qui est donnée pour une Vestale traversant le Forum pour aller puiser de l'eau à une fontaine sacrée*. Or il ne lui eût
1 Dcnys d' H al ica masse (n, 49) dit que les Ombriens ont pris le nom de Sabins.
* Prop.y El., iv, 4, 9 et suiv.
5 liane Tatius partent vallo prætexit acerno
(El., T (IV), 4, 7.)
* llbi mine est Curia scpla,
Bellicus ex illo fonte bibebal equus.
(Ibid., 13-4.)
Cette fontaine ilont parle Properce ne pouvait être que la fontaine de Juturne, au-dessous du Palatin. Il n’est donc pas question ici de la Curia Hostilia, mais de la Curia Julia. qui en était séparée par toute la largeur du Coinitium.
Ou suppose qu’il s’agit de la fontaine d’Égérie, dont l’eau était employée pour le culte de Vesta. Tarpéia allait moins loin puiser l'eau
nOSIE SABINE AU TEMPS DE NUMA.
point fait mettre le pied sur un terrain possédé par les habitants du Palatin; car ceux qui avaient enlevé les Sabines auraient fort bien pu ne pas respecter une vestale.
Un usage antique, qui subsiste encore de nos jours, montre plus sûrement que les vers du poète l’extension de l'espace occupé par les Sabins en allant au delà du Forum vers le sud-est : c'est l’usage des étrennes. Les étrennes, en latin strenx, doivent leur nom à une coutume qu’on reportait à Tatius, et que, par conséquent, on croyait sabine. Le premier jour de l’année, on partait du sanctuaire de la déesse Slrenia, situé au pied de l'Esquilin, et nous dirions aujourd’hui au nord du Colisée'; on suivait la voie Sacrée, dont le temple de Strenia marquait l’extrémité, et dont
sacrcc à la source de Juluroc, qui parait avoir été une source sulfureuse, comme la source du même nom, prés d'Ardéc, laquelle guérissait les maladies et servait dans tous les sacrifices. (Varr., De l. lal , v, 71.) Sur la fontaine de Juturne au Forum, voyei p. 315.
1 La position de la chapelle de Slrenia est donnée par Varron ; c'él ail au lieu appelé Ceriolentit ( De I. loi., v, 17), et le Ceriolcnsis luiméme était entre le Cælius et l'Esquilin, car il est indiqué par Varron prés des Carines, et par Ovide (Fa*/., m, 837), près du Mincrvinm. c’est-à-dire du petit temple de Minerve Capta ou Capita, au pied du Cælius. De ce petit temple un chemin conduisait vers un lieu appelé Tabernola, qu’on peut fixer un peu au-dessus du Colisée, au moyen de l’emplacement d'une église qui portait le nom de Saint Andrea de Tabernola. (Fri., Rot», top., p. 101.) Minerve était une déesse sabine; Strenia était une déesse de la Force (Non. Marcel! , p. 16) et probablement sabine, comme la coutume des étrennes, d'après le rôle qu'elle y jouait. On peut y voir un autre nom de la déesse Salus.
les dalles antiques du chemin par lequel on monte à l'arc de Titus indiquent encore aujourd'hui la direction. Puis on s'avançait portant des rameaux verts cueillis dans le bois sacré de Strenia jusqu'au sommet de la roche Tarpéïenne, demeure de Tatius. Cette procession, qui allait du temple de la déesse sabine à la demeure du roi sabin, devait traverser un territoire sabin.
Le nom de la fontaine de Juturne, près du temple de Castor et du temple de Vesta, est encore un nom sabin; car Juturne était l’épouse de Janus1 * * *, et Janus rappelle toujours les Sabins. C’est parce que toute cette plaine, située au pied du Capitole, était sabine, qu’une tradition voulait que Janus eut dédié à Saturne* le temple qui la dominait.
Tout concourt donc à confirmer l'assertion de Tacite5; tout prouve que l'emplacement du Forum et du Comitium furent sabins comme le Capitole. Aussi les
1 Am., ni, 20. Il y avait une autre source de Juturne dans le ctiamp de Mars, lequel, comme nous l’avons vu tout A l’heure, ap-
partenait aux Sahins; il y en avait une dans le Latium, près d'Ardée (Serv., xii, 139), et c’est ce qui a porté Virgile A faire de Juturne la sœur lie Turnus; l'épouse de Janus n'en est pas moins une divinité sabine, qui se retrouve dans le Lalium, comme la nymphe sabcllique
Marica, et de même fait voir que les Sahins y ont pénétré.
* Macr., Sol. i, 7. Les Sahins avaient sans doute accepté le culte de ce dieu latin dont le sanctuaire se trouvait sur leur territoire : c'est ce qui explique comment Saturne peut ligurer parmi les divinités auxquelles Tatius éleva des autels.
* Tac., Ann., su. 24.
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Saliens, prêtres sabins, étaient-ils dans l'usage de parcourir processionnellement le Forum et le Capitole', l'un ell'autre théâtre national de leurs danses guerrières qu'ils exécutaient aussi dans le Comitium.
Si le Palatin appartenait presque exclusivement aux Romains, on peut se convaincre que les Sabins les serraient de près, car ils venaient jusqu'au pied de leur colline de trois côtés.
Du côté du Vélabre, ils étaient en possession de l'antre Lupercal. Ce fut dans l’origine la famille Sabine des Fabius qui eut la charge de présider au x sacrifices offerts à Pan, dieu pélasge, devenu le dieu Lupercus.
Du môme côté était le tombeau d'Acea Larenlia , la femme de Faustulus et probablement la mère de Romulus, que l’intervention des Sabins dans la légende avait faite Sabine1, si elle ne l'était déjà.
Du môme côté encore, sur la voie Neuve’, près de la porte Romaine, était le sanctuaire de Volupia, la Volupté, et dans son sanctuaire 1 on sacrifiait à Angerona, la Douleur; symbole assez clair et assez vrai qui fait honneur au génie allégorique de la mythologie
* Den. d'Ilal., u, 70.
* En lui donnant le nom d Acca lurent ia , Acca, féminin d’Aec/u. Acciu». prénom sahin, et l,arrnlia. où l'on retronve les litres, divinités introduites par les Sabins.
5 Yarr., De I. lot., v, 104.
4 Macr.. Sat .. i, 10. Et. aussi dans la Curia Acculent. Acruleia est sabin, comme Acca.
sabine, à laquelle appartenaient Angeroua1 et Volupia *.
Angerona, la déesse de la Douleur, était représentée la bouche fermée et scellée, signe expressif de la souffrance qui se tait, bien approprié à cette énergie de la race sabine qui avait pu la faire croire descendue de ces Spartiates chez lesquels un enfant, plutôt que de se plaindre, sc laissait déchirer les entrailles par un renard.
Du côté du Forum coulait la source de Juturne, autre épouse de Janus.
Là aussi s’élevaient la chapelle des Lares et la demeure des Vestales.
En I ace du troisième côté du Palatin, au midi, était la source d'Égérie, l'amie du roi sabin Numa, et le bois des Catnèncs, nymphes sabines dont il ombrageait la source, lieu évidemment consacré par un culte sabin.
Nous avons déjà vu que les Sabins ont emprunté, ou, pour mieux dire, usurpé ce que la légende attribuait à Romulus, et se le sont en quelque sorte approprié.
1 Anÿrroiia ou Angeronia devait être (U> la même famille qu'Angiha. déesse des Marses (Virg., .tu., vn, 759), et de plusieurs autres penples sabelliques (Voyei Preller, Rom. Alyth., p. Mil.)
1 Volupia était associée A d'autres déesses sabines, Venilia, une des épouses de Janus, et Lubeulina (Pr.t Rom . Mulh . . p. 581), ou l.ubia, même forme que Volupia. Cette forme antique, et probablement sabine, empêche de voir là un culte de la Volupté introduit tardivement par suite des rapports avec la Grèce.