HOME SA 11 1 NE AU TEMPS DE NUMA
Mais auparavant cette déesse s’appelait Murcia, ce qui était, je crois, un nom sabin
Nous trouvons donc les Sabins dans la vallée où fut plus tard le grand Cirque, et où l'autei souterrain du dieu sabin Consus nous lésa déjà montrés.
A l'entrée de cette vallée était le temple de Gérés, dans un lieu consacré plus anciennement au culte de Démêler Pélasge qui, chez les Sabins. était devenu Cérès *.
Gérés était certainement, comme Yesla, avec laquelle on la confondait 5, une déesse honorée par les Sabins; car, dans leur langue, Gérés voulait dire pain*. Son culte fut donc primitivement sabin, et le
4 Les étymologies qu’ont proposées les auteurs latins me semblent si peu plausibles (Sert*., Æu., viu, 030; J’omponius ap. Àug., De civ. D , iv, 16), que je ne puis les expliquer que par un mol sabin. nwreus. qu'on donne pour un nom de l'Aventin cl qu’ils n’auraient pas compris. De plus, les terminaisons en eus. comme Cupenait, et surtout en rcus, comme m ancra/*, sont souvent des terminaisons sabines.
* Elle formait, avec deux autres divinités, Liber et Libéra , une triade qui n’était autre que la triade de la Sainotbrace, composée de Déméter, Dionysos et Cora. Liber et Libéra étaient des puissances fécondatrices, dont le rapport avec la religion sahinc est établi par cette circonstance qu’une de leurs fêtes, les liberalia du printemps, qui s’appelaient aussi Agoni a dans les livres des Saliens (Varr., De I. lai., vi, li), se célébrait le 17 mars, au milieu des processions guerrières des Saliens. (Prell., Rom. Mytb., p. 441.)
5 Cornulus, De Nal. Deor , xxvm.
4 Serv., Georg ., i, 7. Son nom pouvait venir aussi d’un mot sabin, Cerus, créateur, qui produit, et se rapporter à des idées de fécondation.
lieu où ce culte lut établi occupé par les Sabins.
Le nom de deux portes placées au pied de l’Aventin, la porte Nævia au sud et la porte Capène à l’orient, nous montrent les Sabins de deux côtés de l’Aventin, qu'ils entouraient tout entier. Le nom de la porte Nævia est sabin le nom de la porte Capène est celui d’un peuple sabin*, ou au moins à demi sabin, les habitants de Capéne, colonie de Veies. Sans doute ces hommes de Capène étaient venus avec ou avant Talius, et s'étaient domiciliés en cet endroit auprès des Sabins qui habitaient alentour du bois des Camènes et de la source d'Égérie, comme d'autres Capénates vinrent s’établir à Rome après la guerre contre les Gaulois.
Le voisinage du temple de Mars, situé à peu de distance de cette porte, ne nous étonne pas, puisque nous savons que le culte de Mars était un culte sabin. Ce temple était celui de Mars Gradivus1 * 3, Mars qui mar-
1 Nævius était l'un des noms <lu fameux augure AIIhs Xævins; son autre nom prouve qu'il était Sabin. Attus, Attius, Accius. sont diverse* formes latinisées du mot sabin Alla, prénom d'Atta Clauses ou Claudius. chef de la puissante tribu des Claudius, qui vint de 1a Sabine s'établir sur le territoire romain.
* La porte Capène ne peut devoir son nom, comme on l'a dit, à la ville de Capouc cl à la Campanie, vers laquelle conduira un jour la voie Appiennc encore à naître; car, à l'époque où l'on ouvrit dans le mur de Servius la porte Capène, Capoue s'appelait Vulturnum, et le nom, que les Samnites donnèrent plus tard à leur conquête, n'existait pas.
* Mars gradivus est la transcription laline de Marie Crapufi ou Gra-
ROME SABINE Ali TEMPS DE NUMA. 431
clip. On l'avait placé hors de la porte comme pour indiquer le premier pas du dieu à la conquête du monde.
Enfin c'était du temple de Mars qu’on traînait et roulait la pierre Manalis ' dans les temps de sécheresse pour avoir de la pluie. Les matrones suivaient pieds nus.
Cette procession, très-pareille à celle qu'on fait à Home en pareil cas, devait remonter aux Sabins; car, dans leur langue, la pierre Manalis voulait dire la bonne pierre’.
Voilà donc les Sabins sur l'Aventin et tout autour de l’Aventin. De plus, on se souvient que le nom de celte colline est dérivé de celui d’un fleuve du pays sabin’; on peut donc croire qu'il fut lui-même sabin. Aussi disait-on que les Sabins y avaient été établis par Romulus*. Je crois qu'ils y étaient avant Romulus. Du reste, nous connaissons déjà le style officiel de l'his-
bovei des tables ombriennes (Millier, Etr., i, p. 51), ce qui achève de dnnnerâMars le caractère d'un dieu sabellique. Le temple de Mars était à un mille et demi de la porte Capène, à gauche. (Can. H. ant., 59.)
1 Paul Disc., y. 128; Serv., Æn., in, 175.
1 On faisait dériver ce mot de manare, couler, A cause de l'usage superstitieux pour lequel on l’employait. Mais nous savons (Paul Diac., p. 128) que la pierre manalis était celle qui recouvrait le Mundus et fermait la porte par où les mânes venaient à la lumière; le nom des mânes lui-mème était, par un euphémisme dont j'ai parlé, dérivé du mot sabin manus , bon.
1 Voyez p. 235.
4 Van-., ap. Serv., Æn., vu, 657.
m I.' Il IST01 II E ROMAINE A ROME
toirc romaine: nous savons ce qu’il faut penser de ces concessions du faible au fort. Les Sabins n'avaient pas attendu Romulus pour s'emparer de l’Aventin, et s'y établirent, je crois, d'eux-mêmes
Les Sabins n'avaient pas d'éloignement pour celte colline, que des raisons de famille ou que plutôt d’anciennes luttes de ville à ville rendaient odieuse à Romulus et à ses sujets. Ce fut lorsque l’ascendant romain prit le dessus par des causes que nous dirons, mais nous n'en sommes pas encore là, ce fut alors seulement que le vieux sentiment d'hostilité de Romulus contre Rémus, de Routa contre Romuria, du Palatin contre l’Avenlin, reparut.
En revenant de l'Aventin vers le Tibre, nous ne sortirons point d'un territoire dans l’origine exclusivement sabin; nous rencontrerons le Terentum, que nous avons reconnu pour tel, et non loin de là, dans le marché aux bœufs, le temple de Matuta 5; dans le marché aux légumes, le temple de l’Espérance*.
Matuta fut, je n’en doute pas, une divinité sabine, dont le nom, dans cette langue, voulait dire la trèsbonne '.
1 Voyez chapitre ix.
* Le temple de Matuta était dans le Forum Boarium (Tit. Liv., xxxni, 27), en dedans de la porte Cnrmentale. [Ibid., xxv, 7.)
5 Le temple de l’Espérance était dans le Forum Olitorium, en dehors de la porte Carmentale [Ibid , 47/, vers le théâtre de Marcetlus.
4 Matrotn matutam antiqui oh honitatem oppellabant (P. Diac.,122), et (125',mana bona dicitur. Matuta était un dérivé d émana, pour man-
ROME SADI5E AE TEMPS DE Nl'MA «5
Son temple était ancien, car il fut réédifié par Camille1; son culte devait être un culte sabin, caron le retrouve en pays sabellique*.
On crut reconnaître dans Matuta une déesse grecque, Leucothoé, à cause d’un usage singulier et commun au culte des deux divinités : celui d'interdire l’entrée de leur temple aux femmes esclaves, sauf une que l’on battait5. Si cette ressemblance n'était pas l’effet du hasard, ce qui. du reste, serait étrange, elle doit remonter au fond commun de la religion pélasgique.
Ayant fait de Matuta une Leucothoé, il lui fallait un fils qui répondit au jeune dieu Palémon. Ou l’avait trouvé en donnant Matuta pour mère à Porlunus, dont le temple était tout proche, vers l'Emporium ou port marchand de Rome *, et que, pour cette raison , l'on avait transformé en dieu des ports, tandis que, dans l’origine, ce dieu, qui, par la clef qu’il tient, ressemble à Janus n’était que le dieu des Portes. Il y a eu à Rome des portes avant qu'il y eût un port.
luta, probablement un superlatif sabin analogue au superlatif grec en talos-a. Janus s’appelait Matutinu t, ce qui ne voulait pas dire matinal, mais trê»-bon.
* Tite Live (r, 19, 23).
* A Satricuin et à Cora, chei les Volsqucs (Mrrk., Ov., F as! , p. ccxn'i; en Ombrie, en Campanie. (Prell., llom . Myth., p. 285.)
* Plut., Quxtt. rom., xvi.
* In portu Tiberino (Yarr., De !.. lat., vi, 19), à côté du pont Sublicius, Portuno ad pontem (Cal., Amit., 17 august.)
* Fest., p. 50.
i3t I. HISTOIRE ROMAINE A ROME.
Quant à l'Espérance, qui avait un temple près de là, mais en dehors de la porte Carmenlale1, dans le marché aux légumes, je suis bien tenté de voir en elle une déesse sabine. D’abord c'est une abstraction, comme la Santé, la Donne Foi, la Jeunesse, la Volupté, la Douleur, objets de l'adoration des Sabins, peuple grave, réfléchi, et de bonne heure porté au culte des êtres abstraits.
De plus, l'Espérance était invoquée avec des divinités que nous avons reconnues pour sabines*.
Enfin, si 1 ou remonte à l'idée primitive de l'Espérance divinisée, on trouve cette idée moins générale qu’il ne semblait d abord : c'est l'espérance de la récolte, à laquelle T ibullc demande d'accorder en abondance les fruits de la terre et les dons de BacchusV L'Espérance ne fut dans l’origine qu'un autre nom de Flore, et,
1 Voyez plus haut, p. 432.
s Supplicatio Spei el Jinentas (finit, 10751... le Spet et... Fiée* eolit. ,llor., Carm., i, 33. 21 Ou l'identifiait avec Venilia, épouse de Janus. (Aug., Civ., IV. il.) Voyez Merkel, Ov„ Fatl., p. 187.
* Tib ' L '• 9- I- Espérance est représentée, tenant des épi», sur un bas-relief qui lui est dédié par un portier du temple de Vénus, dans les jardins de Salluste. [Gmler Inscript., p. On sait que les
statues de l'Espérance se reconnaissent à cette fine indication des 'œu* rapides de l'Espérance, qui consiste à la montrer soulevant légèrement sa robe i>our courir plus vite. Il y a une telle statue de l’Espérance au Vatic an. (Bracc. Nuov., 94.) D'après ce qui précède, je serais porté à croire que la célèbre Flore Farnèse de Naples, qui, elle aussi, soulève légèrement sa robe, en même temps qu elle est une Flore est une Espérance