ROME SABINE AU TEMPS DE NUMA
Il est bien reconnu aujourd'hui que Semoni Sanclo veut dire : au Scmon Sancus', et que la statue n'était point celle d'un magicien, mais celle d’un personnage d ivin honoré par les Sabins.
S'il y a Sanclo dans l’inscription, c’est qu'on disait également Sancus et Sanctus*.
Ce dernier mot, destiné à tenir une si grande place dans la langue religieuse des chrétiens, est sabin d’origine
Un autre dieu sabin, ou du moins emprunté par les Sabins aux Étrusques, avait un sanctuaire dans l'Ilc du Tibre : c'était ce Vejovis, ce Jupiter funeste, auquel avait été consacré par Tatius un autel, et qui avait un temple sur le Capitole.
Les Sabins placèrent sans doute dans l’ile le sanctuaire de Vejovis pour qu'il protégeât de scs tiédies, de ses foudres, de sa formidpble puissance de dieu infernal les Sabins qui l'habitaient, et menaçât les pirates étrusques, contre lesquels un roi sabin, Ancus Martius, fortifia plus tard le Janicule, qu’il réunit à la ville.
J!ai remarqué qu’au moment de la guerre entre Romulus et Tatius, il n’est nullement question de Téta-
1 Semo, mot sabin, dieu ou demi-dieu. (Merk., 0v.f Fast., p. ccix.)
• Aug , De Civ. Dei , xvu#
5 On le retrouve dans Amsanctus , nom d’un lac du pays des llirpins que ses eaux sulfureuses avaient fait regarder comme sacre*, amttis mue lus.
blissemenl sabin sur le Janicule, ce qui m'a fait penser qu’alors le Janicule avait été repris par les Étrusques; il était redevenu sabin sous Ancus Marlius, quand ce roi l’entoura de murailles, et par là le réunit à la ville. Mais n'avait-il pas été reconquis par les Sabins dés le temps de Numa?
La tradition, qui plaçait le tombeau de ce roi sur le Janicule, semble indiquer que les Sabins l’avaient repris avant sa mort, ou du moins ne l’avaient pas entièrement abandonné.
L’occupation du Janicule suppose celle du Transtevère, où les Sabins sont indiqués par le culte d’une déesse sabine, burina1, dont le bois sacré vit tomber le second Graccbus.
D'après ce que nous venons de voir, les deux peuples étant séparés, l'un ne paraissant pas où l’autre se montre, il faut renoncera la fiction, en elle-même si invraisemblable, des deux rois régnant de concert sur les deux populations, confondues en une seule.
Ces deux peuples parlaient un dialecte différent. Chacun avait sa religion particulière.
Je crois que les uns étaient bruns et les autres
1 Furina est associée à Mania, ia mère des mines, dont le nom est sabin. (Mari. Capella, n, 184.) Son nom à elle-même veut dire la Noire (Furva). (l'rell., Hôm. Mylh., p. 48.) Ale est un de ces personnages sombres et infernaux de la mythologie sabine. C'était une déesse antique au temps de Cicéron [De Nat. deor., in, 18). qui, ne la connaissant plus, la confondait avec les furies.