‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 69 sur 90 · ROME SABINE AU TEMPS DE NUMA · texte numérisé non relu

ROME SABINE AU TEMPS DE NUMA

conde le serait encore plus *. L'une établit l'assujettissement de la nationalité romaine; la seconde emporterait l'effacement complet de celle nationalité.

C'est la première qui est la vraie. Dans la formule qui marque le mieux la dépendance des Romains, les Romains sont nommés : Populus Romanus, le peuple de Rome, les hommes du Palatin, où était la forteresse Roma, comme les habitants des douze villes de la confédération étrusque sont appelés les douze peuples de l'Élrurie. Ce fait topographique ne préjuge rien sur leur importance politique. Mais le dernier mot de la formule (Quiritium) montre que ces hommes de Roma dépendaient ou au moins relevaient des Sabins.

Ce génitif peut se traduire par un adjectif : la Rome des Subins, c’est la Rome subine. La Rome sabine est aux Sabins comme l lnde anglaise est aux Anglais.

1 Je sais. bien qu’on trouve la môme formule énoncée d’une manière moins humiliante pour les Romains, Populus liomanus Quiriles. Mais c’est toujours le nom des Sabins donné aux Romains, ce sont toujours les Romains appelés Sabins, les Romains qui sont des Sabins, à moins qu’on ne suppose avec Niebuhr que Populus liomanus Qnirites est pour Populus Romanus et QutrUes, mais c’est une supposition ; d’ailleurs, on trouve aussi Quintes et Romani. Quand, plus tard, on a écrit : et Quirites, toute notion du rapport primitif des deux peuples avait disparu ; mais il suffit d’avoir la preuve que ce rapport a existé. Après qu’eut cessé l’assujettissement qu’indiquait cette formule, si on l’employa encore, ce fut par habitude et sans en comprendre le sens. Sur un nummus que M. le duc de Luynes croit frappé sous Servit» Tullius, il lit : Roma Curi, Roma Curitium. (Nitmm. de S. Tullius . p. 46.)

Ut L'HISTOIRE ROMAINE A ROME.

Ainsi l’on dit encore d'une partie de l’Italie heureusement bien réduite : l’Italie autrichienne. Je ne dis pas que la similitude soit complète, mais l’analogie est grande.

Dans le langage officiel, les Vénitiens sont des Autrichiens; quand leur joug sera brisé, plus fiers en cela que les Romains d’autrefois, ils ne continueront pas, je pense, à s'appeler les Italiens d’Autriche.

A Rome, un autre fait bien remarquable, c’est que le droit quirilaire est le droit par excellence, le droit qui régit les citoyens entre eux, de propriété absolue : optimum jus

Ce droit de possession absolue, appelé droit quiritaire, est le droit de la lance. La lance (quiris) est à Rome le signe de la possession légitime (sitjuum justi dominii ). C’est sous la lance qu’on vendait les choses parmi lesquelles étaient les esclaves. On coupait les cheveux à la jeune épouse avec une lance’; car, une fois mise dans la main du mari, elle devenait la chose du mari, et cette cérémonie se faisait, disait-on, en mémoire de l 'enlèvement des Stibines.

1 Quod domini quiritarii re usucapla vacui rasent a litibus, cl nnde jure optimo possidere diccbantur. (Hcuneccius, Ant. juris romani, p. 30. I-e droit quiritaire est opposé au droit latin; Ulp., Fragm.; Tit-, in, p. 15.)

Ego liunc hominein jure Quiritium liberum esse ain.

Ego hune homiuem jure Quiritium meum esse aio. (Hennecc., Ant. jurit romani, p. 143; Plut.. Quxnt. Htm., 87.)

* P. Diac., p. 62.

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La lance est donc à Rome le symbole de l'autorité. Or la lance est sabine; son nom est le nom même du peuple sabin.

Enfin une ligne de Feslus est accablante pour l’orgueil romain. Il dit que les Sabins appelaient les Romains esclaves'.

De ces conditions de séparation, de minorité et, par suite, de dépendance vis-à-vis des Sabins qui résultent de la nature des choses et des lieux, découlent une infinité de conséquences pour toute l’histoire de Rome. Il faut s'attendre à y trouver la place et le réle des Sabins beaucoup plus considérables qu’on ne le croit communément.

1 Romanes cnim renias uppelhihant (372). Yema désigne les esclaves nés dans la maison, esclaves de naissance, par opposition à ceux cpii avaient été pris dans la guerre. Le reste du passage* de Festus se rapporte à une défense faite aux Sabins, par Numa, de tuer ou d'endt aliter les Romains, et est assez, obscur, niais ce que j'ai cité ne l’est l>oint. Yema correspond au mol espagnol cri ado. qui, transporté des domestiques aux maîtres, est devenu le nom des Créoles. Vernaculus, diminutif de vema, et qui a le même sens, est, selon Ménage, l'origine de laquais II est vraiment heureux pour les Romains que l'étymologie de Ménage n’ait été goûtée. Je sais bien qu’on entendait par verna le natif, l'habitant. (Non. Marcell.. 43; Lyd. de Mens. Febr ., iv. p. 72.) Mais il reste toujours à expliquer comment l’expression qui avait ce sens dans l’origine en a pris un aussi fâcheux. Et babebatur nomen hoc pro vitabili maledicto. (Non., ib .) Manant aussi voulait dire d'abord habitant, mais la signification défavorable donnée à ce mot prouve l'infériorité de ceux qu’on appelait ainsi. De même vernacula l'esta synonyme de grossier. Eruditio vernacula ac plebcia, nihilque ex veterum scriptis habens ucque gratis, neque dignitatis. (Gcll. Noct. Alt., xn, 2, i.)

Comme le disait Caton les Romains ont beaucoup emprunté aux Sabins; sans parler des emprunts de détail’, d’abord leur religion presque tout entière, en grande partie leur organisation politique et l’organisation de la famille, des coutumes, des cérémonies.

Il y a plus, la population primitive de Rome étant sabine eu grande majorité, la plupart des familles le furent nécessairement, et, par suite, la plupart des hommes qui ont joué un rôle dans l’histoire romaine sont d’extraction sabine. Enfin, ce qu’on appelle la langue latine contient une forte dose d'éléments sabins.

On conçoit l'étendue de cette influence quand on songe que les Sabins, beaucoup plus nombreux, étaient une nation antique, et à laquelle on reconnaissait des vertus que son contact prolongé avec les Étrusques avait commencé à civiliser.

Il y avait là des races; il pouvait y avoir une famille constituée et le germe d'une société réglée. L’idée de l'autorité patriarcale du père de famille* et de la majesté de patriciat y pouvait naître, tandis que rien de

1 Subinorum etiam morein populum Romanum secuium esse Cato ilicit, et quorum disciplinant viclor f s J Romani in multis sccuti sunt. (Scrv., Æn., vm.tijS.)

* Romulus, dit Plutarque, emprunta aux Sabins leurs boucliers et leur armure. L'usage des anneaux a la même origine. Voyez chapitre xiv, à propos des chevalicrt qui portaient l'anneau, et que je crois d'institution Sabine.

s A moins qu’on n’ait recours à la singulière explication d’Hegel.

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