‹ L'histoire romaine à RomeChapitre 73 sur 90 · TULLUS II 0 S TI I. ILS · texte numérisé non relu

TULLUS II 0 S TI I. ILS

où l’a retenu seulement, dans la tragédie française, la' nécessité de trouver pour le récit du combat un auditeur intéressé. Camille, qui s'appelle Horatia, n’est pas dans la foule, où nous serions tenté de la chercher. Une jeune Romaine ne venait point dans un camp. Elle ne sortira de la maison de son père qu’après le combat, pour aller, pleine d’angoisse, au-devant de Curiace et, aux portes de la ville, rencontrer son meurtrier triomphant.

Curiace lui-mème ne répond tout à fait à l'idée que nous donne chez Corneille la désignation de ce personnage, un gentilhomme d’Albe. Cependant il y a une certaine vérité dans cette expression : il appartenait à une illustre famille, puisqu’elle était alliée à la famille Horatia. Seulement, comme nous allons le voir, ces deux familles n’étaient ni romaines ni albaines, mais sabines.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que les champions ont été choisis parmi les guerriers les plus courageux et les plus robustes. Le combat commence. L’une et l'autre armée le contemple avec passion. Tous les oeurs battent en silence.

Deux lloraces succombent. Le troisième, resté seul contre trois assaillants, prend la fuite. D'un côté, des cris de joie s’élèvent dans celte vaste campagne; de l'autre, des cris de fureur. Le vieux père maudit son üls.

Mais ce1 te fuite était une feinte, une ruse de sau- ,

«fl l.’HISTOIRE II O H A I N E A ROME,

vagc, comme on en voit chez les Mohicans de Cooper. Horace égorge sans merci les deux ennemis, dont l’inégalité de forces a divisé la poursuite. Denys d’Halicarnasse, ou plutôt le poème populaire qu’il ne connaissait pas, mais d'où émanait la tradition par lui recueillie, a soin d’indiquer, selon le procédé homérique, le genre de chaque blessure. Le second Curiace porte au second Horace un coup terrible entre les deux épaules. Il fuyait donc. Ni Denys d'Halicamasse, ni Tite Live, ni les annalistes romains, n’auraient imaginé cela L’épée qui est entrée dans le dos va déchirer les entrailles; mais le mourant, par un dernier effort, glissant la sienne sous le bouclier de son ennemi, lui coupe le jarret. On croit lire un chant de l’Edda ou une page de l’Iliade.

C’est près du lieu où nous sommes que les trois Curiaces et les deux Iloraces tombèrent. Il ne faut pas aller chercher la sépulture des premiers à Albauo, qui n'est point sur l’emplacement d’Albe, bien qu’on y montre aux voyageurs un prétendu tombeau des Curiaces.

Ce tombeau a tout l'air d’être un tombeau étrusque. 11 est surmonté de pointes tronquées trèsanalogues à celles que Pline', qu'il parle d’un monument réel ou d’un monument imaginaire, dit avoir existé sur la tombe de Porsenna. On pense que

’ Plin., Il ut nat.. mrt, 19, 7; de Luynes, Ut. Arch., 1829, p. 306.

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le monument d’Albano a été le tombeau d'Aruns, fils de Tarquin le Superbe, tué près d’Aricie (Lariccia).

Comme le disent Tite Live1 et le bon sens, les tombes des Curiaces, si on les éleva, comme il est probable, au lieu qui vit leur mort, devaient être plus près de Rome que celles des deux Horaces; car le frère de ceux-ci avait fui du côté de la ville pour attirer ses ennemis, inégalement blessés, sur ses pas et les vaincre l'un après l’autre.

Quant aux tombeaux des deux Horaces tués au commencement de l’action, ils devaient être près de la fosse Cluilienue, qui séparait les deux camps, à environ cinq milles de Rome.

A celle distance de la porte Capène ’ se voient encore aujourd’hui deux grands tombeaux de forme pyramidale comme les tombes étrusques de Caire (Cervetri) et de Tarquinii (Cornelo). Tout ce qui se construisait alors se construisait à l'étrusque. La base, qui est formée de grosses pierres, représente bien ce que Tite Live, en pariant de la sépulture d'Horalia, appelle saxum quadratum*.

1 i, 25. Stipulera exstanl, quo quisque loco cecidit.

* On voit des tombeaux fort semblables en divers lieux dans l’Ètrurie, prés de Cornelo, de Chiusi, de Caere.

* Tit. Lis., i, ^6. Sasum quadratum, comme on l’a remarqué, ne veut point dire pierre tarrie, mais pierre dquarrie, pierre taillée, et, dans l’usage, pierre de travertin; c’est en travertin qu'est le soubassement de ces deux tombeaux ; en général, l'emploi du travertin ne remonte pas si liaut, mais comme celui d'Horati^ds avaient pu être refaits.

Ces tombeaux sont très-voisins l’un de l'autre, et les deux frères furent tués presque en môme temps sur le terrain primitif du combat.

Ce qui achève de rendre probable que ces monuments énormes et d'une forme ancienne soient ou du moins aient passé dans l'antiquité pour être les tombeaux des Hornces, c'est que les anciens font aussi mention du champ sacré des Horaces', et que, non loin des tombeaux qu'on peut croire les leurs, est une enceinte dont les murs trahissent par leur appareil une époque très-reculée. Celte enceinte semble bien avoir été construite pour enclore le champ sacré des Horaces.

Si le combat des trois Horaces et des trois Curiaces n'est pas entièrement imaginaire- si, comme je serais porté à le croire, il fut, soit une sorte de jugement de Dieu, auquel les deux peuples promirent de se soumettre, soit un fait d’armes singulier accompli en présence des deux armées qui suspendirent leur combat pour le contempler, comme plus tard le duel de Torquatus et du Gaulois au pont de l'Ânio, il est permis

1 Ilnraliorum quà virel sacer campus,

dit Martial (£p., lu, 47, 5) en décrivant la voie Appicmic, et avant de parler du temple d'Hercule dont on a cru, un peu plus loin, reconnaître les ruines. Quelques-uns des morceaux de péperin dont ce mur se compose ont jusqu’à sept pieds; et, cliose remarquable, les joints verticaux, au lien d’aboutir au milieu du cété horizontal des pierres, se continent par un autre joint vertical ; ce qui est pour les architectes un signe de haute antiquité.

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