TULLUS MO ST II. IUS
de faire quelques observations historiques sur le nom des combattants, — leur nom est ce qui a dit le mieux se conserver dans la tradition, — et sur leur patrie, que ce nom peut indiquer.
Le nom des Coriaces 1 est sabin; il est formé du nom des Sabins eux-mêmes (Curites), qui est celui en particulier des habitants de Cures. Il en est de même du nom des lloraces, où l’on retrouve le nom de la déesse guerrière Flora, épouse deQuirinus*. D'ailleurs, la tradition donnait pour mère aux trois lloraces la sœur de la mère des trois Coriaces’.
Les deux familles étaient donc apparentées. L'on doutait même si ce n était pas les Curîaces qui avaient combattu pour les Romains *.
On peut voir dans les lloraces et les Coriaces les
' Properce les appelle Ctirii. El., tu, 2, 7.) Janus et Junon, deux divinités sabines. — Le nom de la seconde n'était qu’une autre forme du nom de Jaua pour laquelle on la prenait parfois. — Janus et Junon avaient pour épitlièle, le premier l'.nrialiut, la seconde Curit (voy. plus bas). Plutarqu • Quxst. r., 4) parle d'un Sabin qui s’appelait J n/n) C.urintiu*.
* Hora Uuiriui (Jicll., N. ail., xm, 43), la même que la déesse guerrière Horta. (Prell., Mm. Myth . p. 348.) Le vainqueur des Curiaces s'appelait Marctu Horatius. Marcus était un prénom sabin, dans l'origine formé de Mar», comme Marnèrent de Mamert, autre forme du nom de ce dieu sabin.
1 Den. d’Ilal , îy, 13.
* Tit. Lis., i, 44. I.a puissante famille iloralia a dû faire prévaloir
la version qui lui attribuait la victoire dans ce jpéuiorablc combat livré par ses ancêtres. . ' ■
rejelons de deux branches d'une famille sabine établie dans la ville d'Albe parmi les Latins.
Des Sabins étaient les champions naturels de Rome, alors surtout sabine; les Albains voulurent opposer à des hommes de cette race belliqueuse d'autres hommes de la même race. D'ailleurs, on a des preuves que les Sabins avaient pénétré sur plusieurs points dans le pays latin et s'étaient môles aux populations latines ’.
Tile Live a omis la parenté des lloraces et des Curiaces; ainsi se trouvent supprimés plusieurs traits pathétiques de l'ancien chant qui sont venus de là bien certainement à Denys d'Halicamasse, car sa rhétorique ne les aurait pas trouvés.
Les lloraces, avant de tirer le glaive contre leurs parents, demandent à consulter leur père, ils lui expriment leur désir de combattre. Le vieil Horace du poète inconnu, avec un sentiment digne du vieil Horace de Corneille, lève les mains au ciel et remercie les dieux de lui avoir donné de tels fils; puis les embrasse et les envoie au combat.
Le général albain conduit les Curiaces sur le champ
1 J'en ai cité des eiemples qui paraissent anciens. (Vovca p. 245.) J'ai parlé aussi des Saliens de Tuaeulum. Il y eut beaucoup de Mani à Aricic Fest., p. 1*5), et Nantis est un nom sabin. Tout A l'heure encore nous avons vu un dictateur d'Albe porter un nom sabin, Mettus. Enfin le culte ancien de Vesta dans la ville d'Albe et (Juv.» Sel. it, 601 ne peut être attribué qu’au» Sabins, i moins qu’on ne le fasse remonter ans l'élasges.
TU L LUS IIOSTILIUS.
de bataille, et le roi de Rome y conduit les lloraces. Ils étaient tous bien armés et ornés comme des victimes dévouées à la mort.
Avant de croiser le fer contre des hommes de leur sang, les vaillants guerriers sont émus. Ils remettent leur glaive à des écuyers, et courent s'embrasser encore une fois en pleurant. Puis les champions reprennent leurs armes et commencent le combat terrible. Ce brusque mouvement de tendresse héroïque, saisissant des parents qui s’aiment et qui vont s'égorger, est dans l’esprit des épopées primitives. On ne serait pas surpris de le rencontrer dans les Niebelungen ou même chez Homère.
Horace revient tout sanglant dans Rome, faisant porter devant lui les dépouilles des ennemis qu'il a immolés. Arrivé à la porte Capène, il rencontre sa sœur. Celle-ci reconnaît sur l'épaule de son frère le manteau de son fiancé, manteau qu elle avait tissu de ses propres mains, et dont le vainqueur s’était barbarement paré.
Elle détache ses cheveux et pleure. L’imprécation éloquemment furibonde de Camille contre son frère est plus dans le caractère d’une Romaine du temps d’Horace que dans celui d’une Romaine de nos jours. Aujourd’hui le frère répondrait certainement par un coup de couteau. Horace plonge son glaive dans le sein de sa sœur '.
1 Selon Dertys d’Halicarnasse, qui semble encore ici suivre de plus
La dilférencc des mœurs se fait sentir en un seul point. Aujourd hui le Romain qui aurait donné le coup de couteau s’échapperait, protégé par l'intérêt de la foule. Sous Tullns Hoslilius, la justice était plus sévère.
Horace est condamné à mort. Tout le récit de Tite Live est admirable. Les formules antiques du droit sabin, qui devint le droit romain, ont une solennité sombre : Uurrendum carmen. Le père s'élance; il parle. Son discours, qui surpasse peut-être encore celui que Corneille lui a fait tenir, est plein de vivacité et de force. La mémoire et l’imagination vont du poêle inconnu, premier auteur du récit de Tite Live, à Corneille, le poêle immortel, et noire vieux Romain semble parfois contemporain de 1a tragédie qu'il retrace.
Si les effusions langoureuses de Curiace choquent un peu en présence des terribles souvenirs de la Rome primitive, le qu'il mourût, ce mot héroïque et presque barbare, est de la date de l’événement; il a la grandeur, la simplicité, la rudesse des vieux tombeaux étrusques. 11 aurait pu être prononcé dans cette campagne sauvage, en présence de cet horizon sévère et sublime comme le génie de Corneille.
près que Tilc Live la vieille tradition poétique et en mieux reproduire le farouche caractère, lloratia fut ensevelie sous les pierres que jetaient à son cadavre les passants indignés. Son père n'avait pas voulu que ce cadavre fut apporté dans sa maison et déposé dans la sépulture de sa famille. vDen. d liai., m, 21.)
■ - Di§+feeé-by
TULLUS H0ST1LIUS.
La scène du jugement se passait dans le Comitium, au pied du Capitole, à côté de la prison Mamertine, là où lut depuis le siège du préteur. Le roi, entouré des patriciens sabins, faisait prononcer par les duumvirs l'arrêt terrible qui condamnait Horace à être pendu. Le père en appelait au peuple (populus), c'est-à-dire aux patriciens1, et son fils était absous par ses compatriotes, dont, grâce à lui, la nationalité avait triomphé des prétentions latines.
Tout près, à l'angle du portique qui plus tard entoura le Forum romain*, s’élevait une colonne à laquelle on disait qu'avaient été suspendues en trophée les armes des Curiaces*. C’est ce qui explique comment, dans le fameux procès où Horace fut sauvé par sa gloire et par son père, celui-ci pouvait, ainsi que le représente Tite Live, montrer aü peuple ce trophée en embrassant son fils.
Une relique, conservée avec soin jusqu'à la lin de l'empire, va nous faire retrouver, toujours suivant la tradition, la demeure des Horaces.
1 Ce sens du mot populus, primitivement opposé à plebs, quoique les anciens eux-mémes aient employé l’un pour l’autre, n’est plus douteux depuis Niebuhr.
* Den, d’ilal , in, 21. Denys parle du second portique. Ce doit être celui qui était au nord-est du côté des boutiques neuves et aussi du Comitium.
5 Ce monument s’appelait Pila Horalia, les armes d’Horace; c’est par confusion qu’on a pris pila pour un singulier ayant le sens 3e pilier, et qu’on a cru qu'il désignait la colonne commémorative ellemême. (Beck., llandb., p. 298.)
Celle relique était la poutre de lu soeur (tigilium sororium), sous laquelle Horace dut passer pour être purifié de son fratricide; humiliation analogue à celle qu'on imposait aux vaincus en les faisant passer sous le joug, d'après une coutume des peuples italiotes, et en particulier des peuples sabelliques, auxquels appartenaient les Samnites, qui firent passer les Romains sous le joug dans la vallée de Caudium.
La poutre de la sœur, souvent refaite, existait encore au quatrième siècle1; car elle est mentionnée par les régionaires. Nous savons précisément où elle se trouvait : elle était placée, en travers, d’un mur à l’autre, au dessus de la tête des passants, dans une rue étroite par où l’on descendait de la partie élevée des Carines, et d'où l’on gagnait la lionne Rue (Cyprius Vicus)1, aujourd’hui Via Urbana. C’est donc sur la pente septentrionale de la hauteur sur laquelle est S. Pielro in Yincoli que devait se conserver la poutre de la sœur, dans une rue à laquelle correspond à peu près la rue de Saint-François de Pola, et c'est là, je crois, que la tradition plaçait la demeure d’iloralius.
En effet, cet endroit où rien n’indique l'existence d'un monument religieux, ne pouvait guère avoir été
1 Curiosum urbis et notilia. [lies-, iv.)
* Den. rt'llal., ni, 21. La Bonne Rue était entre l’Esquilin et le Viminal, et se dirigeait vers le sommet du Cispius, indiqué par l’église de Sainle-Harie-Majcure. Les Carines étaient sur l’Oppius, dont la cime porte l'église de San-Pietro-in-Viucoli, et s’étendaient sur ses pen'cs.
T U. LUS H0ST1LIUS.
choisi pour y faire l’expiation dont la poutre gardait le souvenir que parce que la demeure de la famille Horatia était là.
Là aussi on éleva deux autels, l'un à Junon, déesse Sabine, l’autre à Janus Curiatius, dont, dit Dcnvs d llalicarnasse, les Curiaces portaient le nom, ce qui achève de prouver qu'ils étaient Sabins; ces autels consacrés, en mémoire de l'expiation d'Horalius, à deux divinités sabincs montrent que lui aussi était Sabin.
S'il n'y avait eu que des Romains et des Albains en présence, peut-être la guerre en fût restée là. La Rome du Palatin avait des liens de parenté avec Albe, ville latine comme elle; parmi ses premiers habitants avaient été des pâtres albains; mais les Sabins n’avaient, eux, avec Albe aucune communauté d’origine. Ils n’appartenaient pas au même rameau de la race italique. La métropole de la confédération latine était une rivale qu'ils ne pouvaient souffrir. Ilostilius, qui personnilie en lui cette haine nationale de la race sabellique pour la race latine, avait résolu la destruction d'Albc et l'accomplit.
Tite Live dit que la paix ne fut pas de longue durée. Elle ne pouvait l'être. Des deux parts on ne devait chercher qu'une occasion de la rompre.
Les Albains sont accusés d'avoir formé contre Tullus Hostilius des ligues secrètes. Cela n'est point invraisemblable. La conduite équivoque de leur chef, malgré lui sous les ordres de Tullus Hostilius, me parait ■ 30
*iG L’HISTOIRE ROMAINE A ROSIE,
très-bien exprimer la situation d'un chef sabin conduisant des Latins, et d’un peuple devenu l’auxiliaire de son ennemi.
Tullus Ilostiiius ajourna ses projets contre Albe, mais il ne les abandonna pas. Il fit la guerre aux Véiens. Ceux-ci avaient pour alliés, comme ils les curent constamment, les habitants de Fidène, ville située à quelques milles de Rome, sur la rive gauche du Tibre, en face de la vallée de la Cremera, sur la rive droite, vallée qui conduit à Veies.
Tullus Ilostiiius avait forcé les Albains à le suivre, ce qu'ils devaient faire très à contre-cœur. Rien n'est donc plus vr aisemblable que la trahison qu'il leur reprocha. Tout est vraisemblable aussi dans les détails de celte bataille telle qu'elle est racontée par Tite Live.
Mais la cause véritable de la trahison fut la haine, la haine d'un corps d'armée latin, contre un roi sabin, cl 1 hésitation du général sabin de ce corps d’armée entre sa race et son devoir.
El cela, Tite Live ne l'a point dit.
Le récit de la bataille est très-clair et se comprend parfaitement quand on est sur les lieux. Tullus llostilius est campé au delà du confluent du Tibre et de l'Anio, ayant le Tibre à sa gauche et des collines à sa droite. Le fleuve fait en cet endroit un coude qui embrasse une plaine très-propre à camper et à combattre. Près du fleuve sont les Véiens, qui l'ont franchi
nigiti7PH hy C
TULLUS HOSTILIÜS. 467
pour venir au secours des Fidenates, ceux-ci près des collines sur lesquelles est leur ville. Aux Fidenates, Tullus oppose scs douteux alliés, les Albains, qui forment son aile droite, et. avec son aile gauche appuyée au Tibre, il attaque les Véiens.
Mettus Fufetius, le général des Albains, au .lieu de s'élancer sur les Fidenates, qui sont en face de lui, fait un mouvement vers la droite et gagne les collines où il prend une position qui lui permet d’accabler les Romains, s'ils sont repoussés, et de les jeter dans le Tibre. Son dessein n'échappe pas à Tullus Hostilius; mais, en homme habile, il feint d'avoir ordonné ce mouvement et le crie à liante voix. Les Fidenates, qui l'ont entendu, craignant que les Albains ne descendent des collines et ne les écrasent, se retirent vers leur ville. Alors le chefalbain, voyant que l'armée de Tullus a l'avantage, fond sur les Fidenates pour cacher la perfidie qu'il a conçue, mais qu'il n'ose plus exécuter.
Tullus Hostilius, délivré de l'un de ses deux ennemis, se porte sur les Véiens, et ce sont eux qui sont poussés dans le fleuve, en cet endroit, rapide et tourbillonnant, comme le remarque Dcnys d’Halicarnasse'. Le roi avait eu un moment terrible quand il avait reconnu la trahison des Albains. 11 avait voué la fondation, je dirais presque d’un couvent de douze Saliens sur le Quirinal. et d'un temple à la I’dleur cl a
1 Dcn. d'Hal., ni, 25.
l'Effroi. Il ne pardonnait pas au général albain la peur qu'il avait un moment ressentie. Dissimulant pour ce j our-lit, il reçoit les félicitations de Fufetius.
Le lendemain, il assemble les deux armées; mais il a soin de faire entourer celle desAlbains par la sienne. Alors il déclare que l'arrêt contre Albe est porté, qu’on la détruit en ce moment, que ses habitants seront transplantés dans la ville dont il est roi; et, après avoir reproché à Mellus Fufetius son crime; avec une dureté toute Sabine, il condamne le violateur de la Foi, cette déesse à laquelle les Sabins avaient élevé un temple sur le Capitole, à être écartelé.
Si Fufetius était Sabin, c’était pour le roi sabin un motif de plus d être sévère. En outre, le parti que Tullus voulait tirer de ce manque de foi dut contribuer à l'atrocité du châtiment.
Les dé’ails du combat et de l'affreux supplice qui le suivit ont une précision que peut seule expliquer encore cette fois l'existence d’un ancien chant, source de la tradition où ont puisé Tile Livc et Denys d'Halicarnasse, et qui permet de les croire. J’en dirai autant de l'émouvante peinture que fait Titc Live du désespoir des Albains en voyant détruire leur ville. Il les montre s’arrêtant sur le seuil de leurs maisons ou les parcourant pour les revoir une dernière fois1.
Je crois entendre quelque élégie nationale, quelque
* Til. Li*., i, 29.
TCLLÜS H0STIL1US.
nxnia patriotique, dont l'écho lugubre semble gémir encore dans le pathétique récit de Tite Live.
Arrêtons-nous un moment, et des hauteurs de Fidène regardons cette montagne d'Albano si belle à l'horizon, et sur le penchant de laquelle, dominant le lac, se dessinait la ville d'Albe.
En voyant du lieu où nous sommes les tourbillons de poussière qui s'élevaient de leurs maisons abattues, les soldats albains durent éprouver une désolation profonde. Les hommes du Palatin, ancienne possession des rois d’Albe, cl qui suivaient leur chef sabin peut-être avec autant de répugnance que les Albains eux-mêmes, ne durent pas grandement se réjouir: mais les Sabins et leur prince durent être transportés de joie.
La fiction poétique par laquelle Albe avait été ralta chée à l'arrivée prétendue d’Énéc au moyen de la truie blanche (Alba), et des trente petits cochons dont elle était mère, a fait .croire que son nom Alba voulait dire la Blanche; mais, je l'ai dit, cette étymologie est insoutenable. Albe s’appelait Alba lontja, Albe la Longue; or le premier de ces deux. mots doit être nécessairement un substantif.
* Nous avons vu que ce substantif était probablement un mot ibérien. Quoi qu’il en soit, Alba était aussi le nom du sommet de la montagne,
Et residens sutmni latiaris Jupiter Albâ.
<Luc.. Pkart , i, 198.)
Quâque iter est latiis a«l siumnam fascihus^Albaui.
t70 L’HISTOIRE ROMAINE A ROME.
De plus, on ne voit pas d'où serait venu l'idée de blancheur : il est très-rare que la neige blanchisse le rfiont Albano; cela n’arrive chaque année que pendant peu de jours, tandis que la neige reste pendant plusieurs mois sur les sommets de la Sabine.
La couleur de la montagne d'Albe, composée de roches volcaniques, est plus sombre que celle des montagnes calcaires et blanchâtres qui l'avoisinent. Pour justifier cette origine du nom d’Albe, on a été jusqu'à supposer que ses édifices étaient blanchis. La truie, môme quand on y croirait, serait une mauvaise explication, car Lycophron dit qu'elle était noire'.
Albe était à mi-côte, tournée d'un côté vers la montagne et de l’autre vers le lac*, s'étendant en longueur’, ce qui l’avait fait nommer la Longue. M. Mommsen décrit très-bien les avantages de celte situation : « Au sud, les pentes escarpées du Monte- Cavi la rendaient inaccessible; il en était de môme du côté du nord; à l est et à l'ouest, on pouvait y arriver. » Chacun conçoit que les Latins eussent choisi une telle situation pour leur métropole et l'eussent préférée à Lavinium.
1 Lycoph. Cassandra, v. 1255.
* Den. d'Ilal., i. 40.
5 Tit. Liv., i, 2. Nibliy ; Dint ., i, p. 61-2) a été conduit à étendre l'emplacement qu'Albe devait occuper, de l’alazzola jusqu'à Marino, par la nécessité de la Taire assez grande pour qu'elle ait pu donner naissance aus trente colonies latines. Mais l'existence de ces colonies est douteuse, et ce nombre de trente plus douteux encore.
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Albe, détruite par Tullus Hostilius, ne fut jamais rebâtie. On avait épargné les temples; mais des temples dans une ville déserte ne sont pas réparés, et il ne reste d’Albe aucune ruine de l'époque des rois.
On a trouvé à quelque distance des objets curieux, et qui peuvent remonter au temps de l'existence et de la domination d'Albe'. Ce sont des vases d'une forme particulière, une petite idole très-grossière, la pointe d une pique et des couteaux en bronze. On était arrivé à cette découverte en perçant une couche volcanique, et on n'hésita pas à y voir des restes d'une civilisation antérieure à 1 âge des volcans albains, antérieurs eux-mêmes aux âges historiques. On n'avait pas remarqué que l’entrée des tombeaux où avaient été trouvées ces antiquités, qu’on croyait antédiluviennes, était plus bas, et s'ouvrait sur une ancienne voie*.
Ces vases n’en sont pas moins fort anciens et fort curieux, surtout parce qu'ils imitent et nous font connaître la forme qu'avaient à une époque très-reculée les cabanes du Latium, et qui dut être à peu près celle de la cabane de Romulus \
Tullus Hostilius établit la population d'Albe sur le mont Cælius ; peut-être les Étrusques, alliés de Romulus contre les Sabins, furent-ils alors forcés de la
1 Leltcra d’AI. Visconti a Gius. Carnevali, sopra alcuni vasi, etc.
* Je dois encore ce renseignement topographique à M. Kosa.
* Ces vases, qui sont des urnes funèbres, peuvent se voir dans lemusée étrusque du Vatican.
«piilter et d'aller habiter le Vitus Tuscus (quartier étrusque), s’ils n'allèrent l’habiter plus tard.
Le souvenir de cette alliance n'était pas pour un roi sabin un motif de les ménager. Mais le Cælius devait revoir les Étrusques.
La tradition rapporte queTullus établit sa demeure sur le Cælius. C’est toujours la même pensée qui avait fait placer sa première habitation, comme celle de Numa, aux abords du Palatin : on voulait indiquer que les rois sabins se logeaient près de leurs sujets latins pour les surveiller.
La tradition rapportait aussi qu'un chef hernique, nomméOppius, était venu d’Agnani défendre Rome, tandis que Tullus Hostilius faisait la guerre aux Véiens, et qu’un chef de Tusculum, appelé Cispius, était venu dans la même intention; que l’un et l’autre avaient donné leur nom à deux cimes de l'Esquilin '. Cela est bien chevaleresque et peu probable. S’il y a quelque chose de vrai dans celte tradition, que je mentionne parce qu elle se rattache à l’histoire locale de Rome, c’est plutôt, je crois, que les deux chefs profitèrent de l'absence de Tullus Hostilius pour s’établir sur l’Esquilin.
1 Fcst., p. 348-151. L’un de ces sommets, l’Oppius, était voisin des Carines; ce ne peut être que celui où est l’église de San-Pietro-in- Yincoli ; l’autre, le Cispius, est désigné par Festus comme étant dans le voisinage du Vicus-Patricius, dans lequel on sait que se trouvait l’église de Sainte-Pudcntienne. (Anast., Vit. Pont. Piut /.) Le Cispius était donc la cime de l'Esquilin indiquée aujourd'hui par l’église de Sainte Marie-Majeure.