TILLUS 11 0 ST I LI US
J'cn dirai autant des chevaliers qu'on a voulu faire remonter aux Celeres deRomulus'; mais les Celeres et les chevaliers sont dans un lien étroit avec le culte sabin. Les premiers assistaient aux danses des Saliens; les seconds présidaient aux LupercalesV L’anneau, leur marque distinctive, fait penser au goût des Sabins pour les ornements en or : les bracelets, les colliers, ces objets de luxe, venaient aux Sabins des Étrusques, mais n’avaiént point pénétré parmi la horde rustique du Palatin. Sur le Palatin, il est plus question de bœufs que de chevaux.
Ainsi le sénat, le patriciat, l’ordre équestre, en un mot les éléments essentiels de l’organisation romaine, viennent des Sabins. Ce n'est pas sans raison que Janus, le grand dieu des Sabins, était appelé le patron des hommes bien nés1. Les Romains proprement dits sont dans l'origine étrangers à toutes cos institutions aristocratiques; ils concourront, il- est vrai, à la formation de l'ordre plébéien, qui doit, avec le temps, absorber les deux autres; mais ce sera dans une faible proportion, parce qu’ils sont peu nombreux, et ce ne sera que lorsque la population latine, du sein de laquelle la plebs doit sortir, et à laquelle ils appartiennent, se sera augmentée des vaincus transplantés à Rome par Ancus Martius, quand le Cælius
1 P. Diac., p. 55.
* Vny. Marquant), llaiulh. der rom. Ml., it, p. 405-6.
3 Lyd , de Ment. Jan.. p. 41.
et l'Avenlin, ces deux collines considérables, seront venus en aide à leur humble sœur du Palatin.
Tite Livc dit que Tullus Hoslilius admit les chefs albains dans son sénat et prit parmi eux des chevaliers; cela ne m'étonne point. Les Sabins pouvaient traiter sur un pied d'égalité avec des familles puissantes venues d'Albe, ville ancienne, métropole de la confédération latine, et partager les honneurs avec elles; mais il ne pouvait être question des hommes sans aïeux du Palatin. Peut-être, à cause du scrvice qu'ils avaient rendu dans la guerre de Yéies, fit-on quelque chose pour eux. Il est dit' que Tullus Hostilius partagea le" champ public entre les citoyens.
Cette expression, empruntée aux lois agraires, peut * se rapporter à un fait véritable : une distribution de terre,’dont les soldats romains eurent leur part; mais les Romains n'arrivèrent il jouer un rôle dans la cité que sous les rois étrusques, par des causes que nous dirons.
Albe détruite, Tullus Hostiliusfait encore la guerre; cette fois contre les Sabins, qui l avaient provoquée.
Cela ne doit pas surprendre. Les rois étrusques feront la guerre aux Étrusques.
Ancus Martius, que tout le monde reconnaît avoir été un roi sabin, fera la guerre aux Sabins.
Les marchands venus de Rome au marché de Fe-
* Den. d liai., ni, 1*
T 1)1. Ll' S H 0 S T 1 1. 1 l'S. «3
ronia pouvaient très-bien, comme s'en plaignait Tullus Hostilius, y avoir subi quelques avanies, et Tullus Hostilius s’en irriter.
La guerre pouvait donc naitre entre ces Sabins-là, d’ailleurs à moitié Étrusques, comme ceux de Fidène, et le roi sabin de Rome.
La Sabine indépendante pouvait prendre ombrage d’un pouvoir qui se fondait à sa frontière, bien qu'il fût sorti de son sein.
D'ailleurs, si les différences de race causent les guerres, l'unité de race ne les empêche pas toujours. On peut le croire pour l'Italie ancienne, l'Italie moderne, l’a trop prouvé.
Après celte guerre où je remarque, dans le récit de Tite Live, ces mots : la cavalerie augmentée naguère, — je suis porté à lire : la cavalerie créée par Tullus Hostilius, — après cette guerre et le combat terrible près de la forêt Mauvaise qui la termina, le roi sabin entre, suivant la tradition, dans une phase nouvelle de son caractère; d’impie, il devient dévot.
Tullus Hostilius avait négligé les cérémonies de Numa; il avait offert des entraiUes de victimes qui n’étaient qu'à demi brûlées, et des pierres étaient tombées sur le mont Albain.
X,e Jupiter qu’on adorait au sommet de cette montagne montrait son courroux à celui qui avait détruit la métropole latine. On entendit une voix sortir du bois qui couvrait alors la cime du mont. Bientôt
une contagion et une famine se déclarèrent'. Alors Tullus est saisi, au milieu de son orgueil, d’une superstitieuse frayeur. C'est ici que Denys d’Halicarnasse place le vœu d’augmenter le nombre des Salions; mais ce vœu est rejeté par les dieux.
Alors, sans doute, Tullus Hostilius, dans son trouble, se tourna vers la religion des Latins, ses ennemis; il voulut fléchir leur dieu Saturne en élevant ou eu relevant son temple, en solennisant avec pompe les Saturnales.
Une longue maladie brisa cette àme hautaine et violente. « Celui, dit Tite Live, qui jusque-là n'eüt estimé rien de moins royal que de s'occuper des choses sacrées, tout à coup devint la proie de toutes les superstitions, et remplit le peuple de pratiques religieuses. »
On croit lire l’histoire d’un tyran italien du moyen âge.
Le peuple lui-même, malade comme son roi, redemandait le règne pieux de Numa, seul moyen d’apaiser les dieux.
Dans cette disposition de l’âme de Tullus Hostilius, ce qui devait l’attirer surtout, c elait le culte étrusque, dépositaire de ces pratiques religieuses dont le roi et le peuple éprouvaient le besoin.
* Ce qui me fait croire à celle famine, c'est qu’au lemps de Tacite (An»., in. 8) on célébrait encore dans les moments d edUctte certaines cérémonies expiatoires qu’on croyait avoir été prescrites par Tullus Hostilius.
Di