‹ L'histoire romaine, racontée aux enfansChapitre 13 sur 45 · CAMILLE · texte numérisé non relu

CAMILLE

le premier sur le rempart^ ayant aperçu deux Gaulois qui ayaient déjà franchi la muraille, se jeta sur eux avec intrépidité, et fut asseE heureux pour les précipiter du haut en bas du rocher. Au bruit eSroyable de leur chute, les autres ennemis s'arrêtèrent frappés de terreur, etManlius, qui , par cette action hardie , avait sauvé le Capitole , reçut le surnom de Capito*

LISUS.

Cependant , mes petits amis ^ c'en était fait de Rome si le généreux Camille, ou-bliant l'ingratitude de ses concitoyens , n'eût consenti à reprendre le commandement du peu de soldats qui restaient encore, pour combattre les Gaulois.

On le fit dictateur pour la seconde fois , et après avoir vaincu les ennemis à diverses reprises, il pénétra dans la ville au moment même où les Gaulois consentaient àse retirer, pourvu qu'on leur donnât une grande quantité d'or. Déjà plusieurs balances étaient remplies de ce métal pré- '"'«^ux, et Brennus, avec toute l'insolence.

ET LES GAULOIS. lag

d'un Barbare, s'était écrié pour insulter les Romains : Malheur aux vaineus! lorsque Camille se présentant , lui déclara que Rome ne serait point délivrée avec de l'or, mais avec du fer; et en disant ces mots, il je^ son épée dans la balance. Il s'ensuivit un nouveau combat , et celte fois , les Gaulois vaincus furent contraints de prendre la fuite, et d'abandonner précipitamment l'Italie.

Rome commençait à peine à se relever de ses ruines , lorsque la peste se déclara de nouveau dans la ville ] un grand nombre de Romains périrent de cette maladie, et parmi eux le grand Camille, qui venait d'arracher sa patrie au plus imminent de tous les périls.

Manlius-Capitolinus , ce vaillant guerrier qui avait sauvé le Capitole, ne survécut pas longtemps à la gloire qu'il avait acquise : ayant été acc;^sé par les tribuns, peut-être avec raison, d'aspirer à la tyrannie, c^est-à^dire de vouloir rétablir la royauté dans Rome, il fut condamné au

iSo CAMILLE

suppUce des traîtres , et précipité honteusement de la roche Tarpéienne. La maison même qu'il habitait auprès du Forum , fut démolie par ' ordre du sénat, afin qu il ne restât plus sousres yeux des Romains rien qui leur rappelât sa gloire et rinfamie de son supplice.

Peu de temps après ces événemeifs re* marquables , un prodige effrayant yint je^ ter la terreur dans Rome. On TÎt tout à coup s'ouvrir au milieu du Forum un gouffre , dont il paraissait impossible de mesurer la profondeur.

Le bruit s'étant répandu parmi le p^iple que cet abime ne se refermerait que.

lorsqu'un homme s'y serait jeté volontai* rement , Marcits Curtius, jeune cheTalier romain , s'y précipita tout armé avec son cheval, pour faire cesser 1 épouvante. En efiet.» quelques jours après, on parvint à combler le gouffre, et la frayeur se dissipa..

Quoique je vous aie raconté bien de& choses aujourd'hui, mes petits amis, j&

^ux encore vous faire connaître l'aven-

ET LES GAULOIS. i3i

ture d'un Gaulois, dont la taille était tellement au-dessus de celle des hommes ordinaires , qull pouvait passer pour un géant. Cet homme ayant eu Tinsolence de se présenter devait les rangs des Romains en défiant Tun d'eux d'en sortir pour le combattre , un soldat , nommé Valérius , s'avança sans crainte^ mais dans le même moment un corbeau vint se percher sur la tête du géant, et lui creva les yeux à coups de bec. Vous jugez bien qu'après cela> Valérius n'eut pas grand' peine à percer le Gaulois de son épée , et en mémoire de cette aventure surprenante , on lui donna le suraom de Corviuus.

lîa LES FOURCHES CAUDINES.

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Depuis Tan 32 1 jusqu'à Tan 280 avant J.-C

MAKLius-CAPiTOLiirus , dont je viens de vous raconter les exploits et la fin déplorable, ne fut pas le seul de cette famille qui s'illustra contre les Gaulois. Un autre Manlius , tout jeune encore , ayant combattu comme Valérius*Corvinus contre un Barbare qui avait aussi défié les Romains, n'eut pas besoin pour le vaincre qu'un corbeau vint à son aide : il tua son ennemi d'un coup d'épée, et lui arrachant un riche collier dont il était décoré , le passa luimême autour de son cou. Toute l'armée romaine, témoin de ce trait de courage, applaudit le jeune Manlius , qui depuis ce jour fut surnommé Torquatus , ce qui voulait dire en latin : obwé d'un collier.

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Cependant Manlius-Torquatus, parvenu à un âge plus avancé , fat fait consul à cause de sa grande réputation de valeur, €t dès lors il se montra général aussi habile qu'il avait été soldat courageux. Depuis quelque temps on s'apercevait que les soldats romains, autrefois si respectueux et si obéissans envers leurs chefs , se montraient insoumis et mutins, surtout lorsquMls étaient en présence des ennemis.

Manlius, pour rétablir la discipline, défendit, sôus peine de la vie , que personne combattit sans son ordre, et il prit les dieux à témoin qu'il ferait mourir le premier IU>main qui contreviendrait à cette défense.

Malheureusement son propre fils oublia les ordres du consul^ et comme c'était un jeune homme intrépide et emporté, il se précipita avec violence sur un cavalier ennemi qui avait osé le défier, le tua, et revint au camp chargé de ses dépouilles.

Dès que Manlius l'aperçut, il jugea que personne ne lui obéirait plus s'il pardon-

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nait à son propre fils une faute aussi grave ; et, renouvelant le sacrifice de Brutus, il fit approcher un licteur, et lui ordonna de trancher la tête à ce malheureux jeune homme.

Un si terrible exemple suffit pour rétablir dans l'armée la plus exacte discipline, que personne n'essaya plus d'enfreindre; et lorsque Manlius-Torquatus revint dans Rome , encore accablé de sa douleur, les vieillards, vêtus de deuil, vinrent au-devant de lui pour le féliciter de son triste courage.

Les Romains, qui récompensaient si magnifiquement leurs généraux en leur accordant les honneurs du triomphe lors* qu'ils avaient vaincu leurs ennemis, les punissaient aussi bien sévèrement lorsqu'ils compromettaient par quelque faute le salut de la république.

Chez eux , c'était un crime irrémissible d'avoir été malheureux à la guerre ; et comme la honte était même pour les simples soldats le plus grand de tous les châ-

LES FOURCHES CAUDINES. i35

timeas, c'était le plus souvent par la privation de combattre qu'ils étaient punis.

Quelquefois aussi , lorsqu'un soldat s'était rendu coupable de quelque négligence grave , on le faisait saigner comme s'il eût été malade, parce que la force étant la principale qualité d'un guerrier romain , c'était le dégrader que de l'affaiblir.

Vers ce temps-là il arriva qu'un consul nommé Spurius Posthumiûs, qui avait été chargé de faire la guerre contre les Samitites^ peuple dltalie ennemi des Romains , se laissa attirer , par un stratagème, dans un défilé si étroit , qu'il était impossible à une armée de s'y mouvoir et d'y combattre. Ce passage difficile était formé par deux hautes montagnes que l'on nommait les Fourches Caudiiîes, parce qu'il conduisait à la ville de Cattdixjm, qui faisait partie du Samnium ou pays des Samnites.

Cependant, Posthumius une fois engagé avec son armée dans cette gorge fatale , se vit assailli de tous côtés par une multitude d'ennemis qui lui barraient le passage, tan-

-î 3Ç LES rOliaCHES CAUDINES.

dis que du haut des rochers d'autres Samnites perçaient les Romains de leurs flèches, ou les écrasaient en faisant rouler sur eux des pierres énormes.

Ces malheureux ainsi accahlés sans pou* voir opposer aucune résistance, passèrent la nuit dans ces angoisses affreuses ^ à la pointe du jour, épuisés de. fatigue et de besoin, ils se virent réduits à demander la vie aux ennemis , qui la leur accorderont non sans peine, sous la condition qu'après avoir livré ses armes, Tarmée romaine tout entière défilerait sous des lances croisées , ce que Ton appelait alors PASSEE sous LE JOUG, et s^cngagcrait à ne plus combattre contre les Samnites et leurs alliés.

A ce prix, le général ennemi voulut bien laisser la vie aux vaincus ^ et Posthumius, pour conserver cette armée à la république, se soumit à cette paix humiliante. Le premier de tous, dépouillé de son manteau consulaire et de ses armes, il passa sous le joug, en présence des Sam-

nites, qui accablaient les Romains de leurs injures et de leurs moqueries.

Ces malheureux soldats retournèrent alors tout honteux vers Rome^ où ils n'osèrent rentrer que la nuit de peur d'être reconnus, et chacun d'eux s'enfuit dans sa maison pour s'y cacher à tous les regards.

Mais le lendemain , lorsque les sénateurs s'assemblèrent pour délibérer sur celte paix honteuse, Posthumius se présenta devant eux , et leur dit : « Ce n'est pas ft vous, Romains, qui subirez la honte du « joug, c'est moi seul qui dois en supporte ter l'affront ,«puisque j'en suis seul la « cause ; livrez donc ma personne et ma « viç aux Samnites, et vous pourrez rc- <c commencer la guerre. »

En entendant ces paroles, chacun admira le patriotisme de Posthumius; mais, ce qui vous surprendra sans doute, mes enfans, c'est que Le sénait accepta l'offre de ce généreux citoyen, et le fit conduira pieds et poings liés par des licteurs. au^

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camp des ennemis , pour qu'ils en fissent ce qu'ils youdraient,

La fermeté du consul ne se démentit pas un seul instant pendant le trajet ; et comme un des licteurs , au moment de le livrer aux Samnites, n'osait pas, par respect pour tant de vertu , serrer la courroie qui lui liait les mains : « Serre, serre, lui dit <( Posthumius avec fermeté , afin qu'ils ne « doutent pas que ce soit un prisonnier « que tu leur amènes. )>

Les Samnites eux-mêmes, frappés d'admiration pour ce noble courage du consul, s'écrièrent tout d'une voix qu'ils ne voulaient pas qu'on fît le moindre mal à un si vaillant homme , et le renvoyèrent sain et sauf au milieu des siens, qui le reçurent avec des transports de joie.

Peu de temps après , la paix fut conclue entre les deux partis , et le dévouement de Posthumius, en réparant noblement la honte de sa défaite , effaça entièrement le souvenir des Fourches Caudines.

Spurius Posthumius ne fut pas le seul

Romain qui dans cette guerre contre les Samnites donna un grand exemple de patriotisme : les deux armées se trouvant nn jour au moment d'en Tenir aux mains ^ les augures consultés, suivant la coutume, sur rissue de la bataille qui se prépat>ait , déclarèrent que la victoire appartiendrait à celui des deux peuples pour lequel un guerrier se vouerait aux dieux mânes, c'est-à-dire ferait volontairement le sacrifice de sa vie : un jeune Romain , nommé DscitTS, informé de cet oracle, n'hésita point un instant à mourir pour sa patrie, et se précipitant au milieu des rangs enne<mis , il y tomba bientôt percé de coups :

Tarmée romaine , témoin de eet admirable dévouement , combattit avec tant de courage , qu'elle remporta une éclatante victoire , et accomplit ainsi la prédiction des augures.

i/|0 PYRRHUS

Pepuis l'an 280 jusqu'à l'aii a63 avant J.-C,

Depuis que les Gaulois avaient été chas- . ses par le grand Camille, les Romains avaient soumis presque tous les peuples du Latium^ leur ville , autrefois brûlée par les Barbares, était même presque entièrement rebâtie, lorsque parut en Italie un roi nommé Pterhus, dont je.va^is vous dire Thistoire^ et qui causa de grands malheurs à la fépubliqixç.

Pyrrhus était roi d'Épire , l'une des provinces" de Grèce lesj plus voisines de la Macédoine. Il était jeune et intrépide, et 'marchait à^aj^téte d'une puissante armée , au milieu de laquelle on remarquait vingt

gros éléphans, comme ceux que vous avez peut-être vus au Jardin, des Plantes , à Paris.

Or, les éléphans sont des animaux si robustes, que dans ce temps on plaçait sur leur dos de petites tours en, bois, du haut desquelles un certain nombre de soldats lançaient des flèches sur leurs ennemis. Ces éléphans, quoique très*courageux, sont doux et dociles lorsqu'on ne leur fait paâ de mal; mais s'ils se sentent blessés, ik entrent en fureur, et marchant avec impétuosité, ils renversent tout ce qui se trouve sur leur passage , et foulent aux pieds les hommes et les cheyaux.

Les soldats de Pyrrhus n'étaient pas moins redouta blés que ces éléphans ; ils n'étaient point tous sortis d*Épire, ni même des autres provinces de la Grèce ; c'était un ramassis d'hommes de toutes les nations, qui se> vendaient pour faire la guerre à celui qui les payait le mieux , et on leur donnait le nom de merceitaiiibs, parce que, ne prenant aucun intérêt à la.

eause qu'ils servaient, ils ne combattaient que pour gagner Targent qu'on leur avait promis.

Pyrrhus fut appelé en Italie par les habitans d'une ville nommée Tàrebtb, qui , après avoir insulté les Romains, ne se sentaient plus la force de les repousser. Ce prince s'étant donc rendu à Tarente , en* voya aussitôt des ambassadeurs à Tun des consuls, qui se nommait Yâléiiius Ljevisîus , en lui faisant savoir qu'il était venu à la tête d'une armée pour être juge de la querelle des Tarentins avec Rome.

Mais Laevinus au lieu de se laisser épou^ vanter par les propos des ambassadeurs de Pyrrhus , les promena dans tout son camp, et les renvoya ensuite , en les chargeant de répondre à leur maître qu'il l'aimait mieux comme ennemi que comme juge. Alors Pyrrhus vit bien qu'il devait se préparer à combattre, et il se mit en marche avec son armée.

Je vous ai déjà dit que les soldats de Rome étaient très-braves et très*habiles à

la guerre, parce qu^ils s'y exerçaient continaellement; aussi, commencèrent-ils par battre les armées de Pyrrhus; mais lorsque celui-ci eut fait avancer ses élçphans , dont les Romains n'avaient aucune idée, ils furent si effrayés de voir ces grands ani*maux marcher en poussant des hurlemens^ et écraser sous leurs pieds les cavaliers qu'ils renversaient, que l'armée deLaBvinus prit la fuite, et le consul lui-même, atteint de plusieurs blessures , fut forcé de cher* cher son salut dans la vitesse de son cheval. Pyrrhus usa noblement de sa victoire :

loin de se montrer barbare envers les vaincus, il fit soigner les blessés , donner la sépulture aux morts, et accorda des éloges aux Romains qui étaient tombés vivans entre ses mains , en exaltant le courage qu'ils avaient montré dans le combat. Cette con<duite lui fit honneur , parce que tous les hommes, même ennemis, sont nos frères, et que rien ne serait plus affreux que de maltraiter de pauvres gens qui n'ont plus la possibilité de se défendre.

i/i4 PYRRHUS

L'épouvante fut grande à Rome , lors* qu on y apprit que Tarmée de'Pyrrhus s'a- Tançait avec ces terribles élépfaans dont les soldats échappés à la bataille racontaient des choses si cffirayantes. Mais un Romain, nommé Fàbbigixts, qui était doué d'une âme forte et généreuse , au lieu de partager Teffroi de la multitude, représenta aux sénateurs, qui parlaient déjà d'aller demander grâce à Pyrrhus, qu'il serait honteux pour la république de se laisser décourager par une seule défaite , et que le consul Laevinus ayait.pu être vaincu y mais que Rome était encore à vaincre.

Ce discours donna du cœur aux plus pusillanimes; tout le monde courut aux armes,et chacun ne songea plus qu à tenter de nouveau le sort des batailles. Pyrrhus apprit cette résolution, lorsque déjà du haut des montagnes voisines il découvrait jes murailles de Rome; et s'arrétant tout à coup avec son armée, il se décida à envoyer un ambassadeur au sénat , pour lui gffrir une paix honorable.

ET SES ÊLÉPHANS. ï7,5

Ce prince avait alors auprès de sa personne un Grec habile et spirituel qui , après avoir étudié l'éloquence sous le grand orateur Démosthènes , dont je vous ai raconté Thistoire dans un autre livre , s'était attaché au roi d'Épire, qui se plaisait à ses entretiens et le consultait habituellement sur les afiTaires les plus importantes de son royaume. Ce fut cet adroit personnage, dont il avait éprouvé plusieurs fois la ruse et la finesse, que Pyrrhus envoya comme ambassadeur auprès du sénat de Rome.

Dans Tespoir de se faire mieux accueillir des Romains en se montrant généreux , Cynéas s'était muni d'un grand nombre de choses précieuses qu'il se proposait d'offrir en présent aux sénateurs et aux dames romaines ; mais toutes les personnes à qui il s'adressa refusèrent ces cadeaux d'un étranger et d'un ennemi. Il ne fut pas plus heureux auprès du sage Fabricius, qui repoussa avec mépris ses propositions les plus magnifiques, quoique sa pauvreté fût telle, que, tout sénateur qu'il était,

HIST. ROMAIHB. T. I. 5« ED. Q

il vivait habiiuellement des fruits et des légumes d'un jardin qu'il cultivait de ses propres mains , et le Grec vit avec surprise qu'il serait obligé de remporter toutes ses richesses.

Alors Cynéas se présenta devant les sénateiurSf qui, après avoir écouté attentivement les discours qu'il lui plut de leur débiter, se bornèrent à lui répondre que jamais la république ne ferait la paix avec Pyrrhus, tant que ce prince ne serait pas sorti de l'Italie. Cynéas, frappé de surprise à l'aspect de cette majestueuse assemblée, partit aussitôt de Rome, et dans le rapport qu'il fit à Pyrrhus de ce qu'il avait vu dans son voyage, il l'assura qu'au lieu d'une assemblée de vieillards , c'était devant un tribunal de rois qu'il avait comparu.

Cependant la guerre n'ayant pas tardé à se rallumer avec une nouvelle fureur, les Romains furent encore vaincus, et ce même Fabricius, dont je viens de vous raconter le désintéressement , fut fait consul , et en-

ET SES ÊLÈPHANS. i^?

▼oyé avec une nouvelle armée, pour tenter une dernière fois de repousser Pyrrhus.

La pauvreté de ce vaillant citoyen , au lieu de le faire mépriser dans Rome , le faisait au contraire aimer et respecter du peuple, parce que personne n'ignorait que s'il n'avait point amassé de richesses, c'est qu'il regardait comme indigne d'un bon citoyen de les acquérir par des moyens contraires à l'intérêt de sa patrie. Un seul trait de sa probité fut plus utile à Rome que la bra«* voure de ses troupes.

Pendant que les deux armées étaient en présence, le médecin de Pyrrhus, s'échappànt de son camp , vint secrètement trouver le consul, et lui offrit, s'il voulait lui assurer une forte récompense, de faire périr son maitre , au moyen d'une médecine empoisonnée. La proposition de ce traître indigna Fabricius, qui, au lieu d'en profiler pour se défaire d'un ennemi si dangereux, fit aussitôt prévenir Pyrrhus qu'il eût à se défier de ce méchant homme.

Le roi , ainsi averti , acquit peu de temps

après la certitude de son crime, et Tayant fait mettre à mort, il reovoyaà F abricius tous les prisonniers romains qui étaient tombés en son pouvoir, pour lui témoigner sa reconnaissance.

Il serait trop long de tous raconter ici , mes en fans , tout ce que fit Pyrrhus pendant le temps qu'il demeura en Italie ; TOUS saurez seulement que ce prince fut enfin chassé de cette contrée par un consul nommé LEifTULXJS , malgré ses éléphans , auxquels les Romains avaient fini par s*accoutumer , et que lorsque ce général triompha à Rome de ce redoutable ennemi , le peuple de cette ville fit éclater des transports de joie en voyant quatre de ces animaux, qui avaient été pris sur les mercenaires.

Pyrrhus, forcé par les victoires de Lentulus d'abandonner lltalie , passa d'abord en Sicile, cette ile célèbre dont je vous ai parlé dans Thistoire des deux Denys , et qui n'est séparée de cette contrée que par un détroit de peu de largeur ; mais quel-

que temps après , de nouveaux combats et de nouveaux ennemis le rappelèrent en Epire , où il périt écrasé par une grosse pierre que laissa tomber sur sa tête une vieille femme dont il venait de tuer le fils de sa propre main. On dit qu'avant de quitter la Sicile, il s'était écrié avec douleur : (( Quel beau champ nous laissons « aux Romains et aux Carthaginois ! »

Vous comprendrez bientôt le sens de ces paroles.

i5o RÉGULUS

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