ET LES TEUTONS
peuples inoonaus, auxquels on donnait Je nom de CnnsEs et de Tkutows , vinrent de r«xtréinité de l'Europe fondre sur l'Italie, en si grand nombre, que les pays qu'ils traTersaient ne pouvaient les nourrir. Les Teutons , traînant après eux sur de grands chariot» lesr vieillards, les femmes et les eafans de leur nation, se répandirent dans les Gaules, que l'on. nomme aujourd'hui «.A Fra«cb , et qui est le beau pays que nous hahitOBS^ Là, ils assaillirent deux camps rontains qu'ils brûlèrent dans un mém« jour, égorgèrent tout ce qu'ib y trouvèrent, hommes et chevaux , jetèrent dans le RbÔkb, un des principaux fleuves des, GaiOw, tout l'or et tbut l'argent qui tomba entre leurs mains , et se disposaient à poursuivre leurs ravages, lorsque Marias, presque aussi faroocbe, mais plus habile que c«s barbares, les dëEt complètement, et extermina leur armée.
Mais Marius avait à peine remporté cette éclatante victoire, qu'il apprit que, pendant ce temps, les Cimbres avaient
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ai8 LES CIMBRES
passé les Alpes, et s'avançaient en Italie.
Sans donner un seul instant de repos à ses soldats victorieux y il courut sur les traces de ces barbares, et réussit encore à les vaincre, malgré Taspect effrayant et le courage féroce de leurs cavaliers , qui , à demi nus, portaient sur leurs têtes des casques énormes, surmontés d'ailes d'oiseaux, et chargés de mufles de bétes sauvages. Ces innombrables Cimbres furent détruits en un seul jour; mais lorsque Marins voulut pénétrer dans leur camp, il le trouva défendu par les femmes barbares, tout aussi terribles que leurs maris.
Ces femmes portaient de longues tresses de cheveux semblables a des serpens, avec lesquelles elles étranglèrent leurs enfans , pour qu'ik ne tombassent point au pouvoir des vainqueurs ; pub , voyant approcher les soldats romains, qui croyaient les prendre vivantes , elles se pendirent toutes aux timons de leurs chariots , et aucune d'elles ne survécut à la défaite de Uni. nation. Leurs chiens mêmes, après
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leur mort , défendirent leurs corps avec tant de rage, que ne pouvant éviter leurs morsures , on fut obligé de les tuer à coups de flèches.
Alors Marins fut surnommé le troisième fondateur de Rome après Romulus et Camille; et il y eut des Romains qui lui offirirent des sacrifices comme ils en offraient à leurs dieux : peu s^en fallut que lui-même , tou^ hideux qu'il était , ne se crût une divinité.
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LE DICTATEUR SYLLA-
Depuis l'an i la jusqu'à l'an 79 avant J.-C.
Rome était à peine délivrée de la terreur que rapproche des barbares y avaient je-* tée , lorsque d'autres calamités vinrent à la fois fondre sur la république.
Vous n'avez point sans doute oublié ^ mes petits amis, ce que je vous ai dtt^ dans l'histoire des Gracques, des avan»
tages attachés à la qualité de citoyen romain , qui jusqu'alors n'avait appartenu qu'aux habitans de cette capitale méme^ ou de ses environs ; eh bien , il arriva dan» ce temps-là que tous les peuples de l'Italie^ qui jusqu'alors s'étaient contentés du titred'alliés de la république, prétendirent aussi -'-'^enir citoyens de Rome^ et comme le
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sénat leur refusait ce privilège ^ ils prirent les armes, et suscitèrent une guerre sanglante, que Ton nomma la gubarb sociale
ou DES ALLIBS*
Après plusieurs combats, dans lesquels la fortune ne fut pas toujours favorable aux armes romaines , et qui coûtèrent la vie à deux consuls, le sénat effrayé se vit contraint d'accorder aux Italiens ce qu*tls demandaient, et de les admettre au nombre des citoyens de Rome; de sorte que, lorsque ensuite on assemblait les comices, la multitude du peuple accourue de toutes les parties de Tltalie se trouvait si considérable, que ne pouvant être contenue ni dans le Champ de Mars ni dans le Forum ^ un grand nombre de ces nouveaux Romains montaient sur les toits des temples et des maisons, pour voir au moins de loin ce qui se passait.
Cependant, au milieu de ces événemens , un bomme s'élevait qui devait, en peu d'années, devenir plus funeste à la république que tous ses ennemis ensem-
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ble : c^était Lucius CoamBuns Syllâ, jeune patricien d'un caractère opiniâtre et entreprenant, qui, devenu consul, commença par mettre à prix la tête de Marins, qu'il haïssait mortellement, sous prétexte qu'il avait jadis favorisé les Italiens contre le sénat; cette accusation n'était point fondée, puisque ce général lui-même avait conduit les armées romaines contre les alliés pendant la guerre sociale ; mais beaucoup de Romains feignirent de le croire, pensant, avec raison peut-être , que deux hommes tels que Marius et Sylla ne pourraient jamais vivre ensemble sans troubler la république.
Le premier, qui était déjà vieux, fut donc obligé de chercher son salut dans la fuite ; mais il n'eut pas le temps de s'éloigner beaucoup de Rome , et comme il était poursuivi de très-près par les cavaliers de Sylla, qui avaient ordre de le ramener mort ou vif, il prit le parti de se cacher dans les joncs d'un marais, où il demeura plusieurs 'ours enfoncé dans la vase. Au bout de
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ce temps, pourtant, ne pouvant demeurer davantage dans une pareille position, il sortit de sa retraite , et ne put que gagner une ville nommée MuiTuiurE, voisine de la mer Méditerranée , où il fut reconnu et jeté aussitôt dans une étroite prison.
La, un soldat étranger fut envoyé pour le tuer; c'était, dit-on, un de ces Qm^ bres que Marins lui-même avait, autrefois vaincus ; mais le prisonnier le regarda avec tant de fierté, en lui demandant sMI aurait bien le courage d*égorger Marins , que le barbare effrayé prit la fuite en jetant son épée, et laissant ouverte la porte, de la prison.
A quelque temps de là, un licteur romain, qui, sur le rivage d'Afrique, était cbargé de garder les débris de la malheureuse Carthage , aperçut un vieillard dont rœil était farouche et les cheveux héris* ses, et lui demanda ce qu'il faisait dans ce lieu : a I^icteur, lui répondit le vieillard , « va dire à tes maîtres que tu as vu Marins «c assis sur les ruines de Carthage^ » En
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effet ^ c'était Marius lai»niéme, ([ui 'comparait ainsi sa grandeur passée au désastre de cette grande cité. Il avait cherché un asile en Afrique, espérant que ses ennemie ne viendraient pas Ty chercher.
Pendant ce temps un événement inai-^ tendu avait abligé Sylla à port^ là guerre dons- l'Asie Mineure, contre un roi fiommé MittHânaTE^ qni haïssait les Romains presque -antont qu'Annibal hii-méme le& avait détestés , et avait juré de ne jamais vivre en paix avec la république. En on seul jour, ce prince cruel, dont le royaume, appelé le Pout, s'était formé des débris de l'empire des Séleucides, fit égoi^er quatre-vingt mille sujets, de Rome^ qui se trouvaient répandus dans ses États. Au jpremier bruit de cet effroyable massacre, Sylla s'était hâté de passer en Asie avec une armée pour le combattre et le punir de sa cruauté, et Marias, apprenant avec joie . que son enfiemi lui abandonnait lllalie, était rentré f^éeîpitamment à Rome , à la tête d'une Imnâe
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d'esclares et de bergers auxquels il avait fait prendre les armes. Alors s'unissant avec un eonsul nommé Cinmà, dont la méchanceté égalait la sienne , ces deux hommes cruels firent périr sans pitié tous ceux des amis de Sylla qui tombèrent en leur pouvoir. Le sang coula ainsi dans Rome jusqu'au retour de celui-ci , qui ramenait en Italie une armée formidable , lorsque le farouche Marius, alors âgé de soixante^dix ans, mourut de maladie précisément au moment où il allait se trouver en butte à la vengeance de son adversaire. Son complice Cinna ne lui survécut que peu de temps j et périt de la main de ses propres ^soldats qui s'étaient révoltés contre lui.
Sylla, en ramenant en Italie ses légions victorieuses du roi de Pont, feignit d'abord de ne pas vouloir tirer vengeance de tout ce que ses amis avaient souffert pendant son absence ; mais à peine se vit-il maître de Rome 9 qu'il jeta le masque, et se montra plus atroce encore que Marins lui-mémé , car il fit mourir indistinctement tous ceux
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qui 8*étaient déclarés pour ce dernier. Les nouveaux citoyens romains eux-mêmes ne iurent pas épai^és, [et il n^y eut bientdt plus personne à Rome ni dans toute l'Italie qui pût. dormir tranquille, tant que la colère de Sylla ne fut pas apaisée. Pour se défaire plus promptement de tous ceux qu'il destinait à la mort , ce tigre fit afficher une longue liste des citoyens qu'il avait condamnés à mort, et il était ordonné a chacun de les tuer partout ou on les rencontrerait. On appela cette liste fatale une table de paoscriftior, et ceux qui avaient le malheur d'y être portés reçurent le nom de « Proscrits, i»
Cependant Sylla qui prétendait disposer à son gré de la vie et des biens de tous les Romains, voulut être dictateur perpétuel, ce qui ne s'était encore vu à aucune autre époque de la république : l'un de ses premiers soins fut de récompenser les soldats qui l'avaient servi , en leur distribuant les terres des proscrits, où. ils ^'établirent , sous le nom de VÉxÉiiÀifs, ce qui voulait
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dire anciens soldats. De ce moment pourtant , il faut le dire , Sylla , satisfait sans doute d'être devenu le magistrat suprême de la république, commença à se montrer moins iuuccessilile à tout sentiment hu« main ; il remplit les vides que ses proscriptions avaient laissés dans le sénat , en appelant dans cette assemblée trois cents chevaliers dont il avait éprouvé le dévouement à sa personne, et ne parut plus songer qu'à rétablir Tordre que tant de malheurs publics avaient troublé. Puis, après avoir pendant deux ans exercé sans obstacle cette souveraineté absolue dont aucun magbtrat depuis les rois n'avait été revêtu dans Rome, fatigué de cette puissance exorbitante, et peut-être aussi accablé de remords, il annonça tout à coup qu'il quittait volontairement la dictature , et se montra sur la place publique sans gardes et même sans armes , comme s'il eût été persuadé qu'aucun Romain n'oserait venger sur lui les maux qu'il avait faits à sa patrie*
2%S LE DICTATEUR SYLLA
En effet, mes petits atois, tetle était la terreur qu^inspirait encore le grand nom de Sylla , qu'au miKeu de cette ville qu^il avait remplie de meurtres , et <m il n'y avait guère de famille qu'il n'eût forcée à prendre le deuil , un jeune komme dont il avait fait mourir \t père, Tapercevant dans la rue , fut le seul qui le poursuivit de ses injures et de ses malédictions; Sylla ne parut pas s'en émouvoir, et se contenta de dire à ceux qui l'entouraient : <c Ce jeune « homme sera cause qu'après. moi, per- H sonne ne déposera Teikiplre. »
A quelque temps de là , Sylla se retira dans une ville d'Italie nommée Cumes ^ où il mourut bientôt après d'une maladie non moins cruelle que dégoûtante; il fut rongé par les vers étant encore tout vivant.
Peu de jours après sa mort , son corps, déjà tombant eu pourriture , fut porté à travers l'Italie jusqu'à Rome, escorté de ses vétérans, qui accouraient de touties purts pour rendre les derniers honneurs à leur ancien général j les dffmes romaines brûlèrent.
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dit-on , sur le passage de ce cortège Tunèbre plus de dix corbeilles d'encens et de parfums précieux ^ le sénat et -le peuple vinrent en foule grossir cette pompe lugubre, qui ressemblait à un véritable triomphe , car on eût dit qu'on redoutait encore le dictateur, tout mort qu'il était :
un magnifique tombeau lui fut élevé dans le Champ de Mars, où personne, depuis les rois , n'avait reçu la sépulture, et Ton écrivit sur le marbre qui le déeorait , cette inscription qu'il avait dictée lui-même à ses derniers momens : « Personne n'a feit tt autant de bien à ses amis , ni autant de « mal à ses ennemis. »
a3o LA BICHE DE SERTÛRIUS.