LA BICHE DE SERTORIUS
Depuis l'an 79 jusqu^à Tan 73 avant J.-C.
RoxE6t ritalie, mes petits amis, n'avaient pas seales été ensanglantées par les querelles de Marias et de Sylla ; les proscriptions, en forçant un grand nombre de Romains à s'exiler de leur patrie , avaient allumé chez la plupart d'entre eux un désir passionné de vengeance^ et une haine insatiable contre leurs oppresseurs. Plusieurs provinces éloignées avaient été successivement troublées par eux, et l'Espagne, cette riche contrée qui fut l'un des premiers théâtres de la lutte de Rome contre Carlhage, s'était rangée presque tout entière sous la loi d'un proscrit , qui ''ait su persuader à ces peuples braves y
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mais faciles à tromper, qu'il n'avait pris les armes que pour assurer leur indépeudance contre la domination romaine.
Sbktoeics, c'était le nom de ce proscrit qui avait autrefois combattu vaillamment avec Marins lorsqu'il extermina les Cimbres et les Teutons, avait perdu ua oeil dans une bataille ^ mais cet accident ne diminuait en rien son audace et son .habileté, et l'on rapporte même qu'il en tirait vanité, parce que cela lui donnait une sorte de ressemblance avec deux des hommes les plus célèbres dont je vous ai raconté l'histoire, Philippe de Macédoine et Annibal le Carthaginois, qui tous deux étaient aussi devenus borgnes par suite de blessures reçues à la guerre.
Un petit nombre de fugitifs seulement, jetés par leur mauvaise fortune sur cette terre étrangère dont Sertorius avait fait sa nouvelle patrie, étaient venus partager ses travaux et ses périls, mais tel était alors le respect qu'inspirait le nom romain au
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monde entier, que les principaux chefs espagnols s'étaient rangés sans difficulté sous les drapeaux de ce banni qu'ils regar* daient comme un libérateur, et lui aTaient même confié leurs enfans, afin qu'il les Ht élever à la manière des Romains dans une ville forte nommée Osgâ, où ces jeunes garçons étaient ainsi autant da gages certains de la bonne foi de leurs parens.
Cependant^ mes bons amis , Sertorius était trop expérimenté pour négliger aucun moyen de s'assurer la fidélité de ces * barbares ; et connaissant leur disposition naturelle à accueillir facilement les prodiges, il avait imaginé de leur faire accroire qu'il recevait du ciel des avis secrets, toutes les fois qu'il avait quelque entreprise à faire ou quelque danger à surmonter. Une jolie bicbe entièrement blanche, que des chasseurs lui avaient offerte en présent, était devenue entre ses mains l'instrument de cette prévision mystérieuse , qu'il prétendait tenir de Diane elle-même , celte célèbre divinité
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à qoi les ancien^ supposaient, ciomme à son frère Apollon , la faculté de prédire l'atenir.
Cette petite biche, dressée par lui à obéir à son moindre signe, était sans cesse à ses côtés, couronnée de fleurs et de verdure ; elle ne mangeait que de sa main , et tra- Terrait quelquefois, pour le joindre, les fleuvea, les ibréts et les mngs mêmes les plbs serrés des soldats, dont aucun n'eût osé lui faire lé moindre mal, tant ils étaient persuadés que cet él^ant animal aVait été plaeé auprès de ieut général pour le préserver de tout péril. Aussi les Espagnols, confians dans cette prétendue protection divine*, ëtaiént41à dévoués jusqu'à la mort à Sertorius dont l'expérience et Tintrépidité, croyez-le bien , étaient les'seuls prestiges ; et toutes les fois que le sénat de Rome , inquiet de Tautorité que ce banni avait acquise en Espagne, envoyait contre lui des armées et des consuls, c'était par d^édatantes victoires que Thabile général jus* tifiait la confiance de ses partisans.