‹ L'histoire romaine, racontée aux enfansChapitre 24 sur 45 · LA BICHE D£ SERTORIUS · texte numérisé non relu

LA BICHE D£ SERTORIUS

le fit charger de chaînes , j usqu'au jouit où il subit le dernier supplice,

Poippëe usa uoblement de sa Ytctoire ; il fit donner à Sertorius une sépulturt honorable; et Perpenna, pour racheter sa vie , ayant en la lâcheté de lui liTrer tous les papiers de ce capitaine , en l'assurant qu'ils contenaient des secrets iinportans pour la sûreté de la république , Pompée les fit tous brûler eu sa présence^ sans vouloir même les lire , afin , dit-il , de ne point apprendre que d'autres Romains eussent formé de mauvais desseins contre leur patrie.

Je dqis vous faire remarquer à cette occasion, mes bons amis, que TEispagne, dont Sertorius avait fait pendant plusieurs années le siège de cette puissance qui s'éteignit avec lui, a été, depuis cette époque, ainsi que vous le verrez dans d'autres histoires , le théâtre de plusieurs luttes semblables, où les peuples de cette contrée, favorisés par de hautes montagnes , des fleuves profonds et d'étroites

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▼allées, ont disputé pied à pied Tindépendance de leur patrie contre des ennemis supérieurs en nombre , sur lesquek la ténacité et la persévérance espagnoles ont toujours fini par obtenir Tayantage.

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SPARTACUS

Depuis Tan 73 jusqu'à l'an 7 1 avant J.-CL

QvÀiTD je vous ai raconté , il n^y a pas longtemps, mes petits amis, Thistoire de Pinvasion d'Annibafen Italie , je vous ai dit que. oi^grand général , au Heu de marcher aussitôt aprèà la bataille de Cannes sur Rome, où cette sanglante journée arait jeté la consternation, avait conduit son armée à Gipoue pour s'y reposer de ses fatigues et attendre dans cette ville le retour de la belle saison.

Or, cette ville de Gipoue, déjà fameuse à cette époque dans toute Tltalie par son ciel toujours serein , par Taffabilité de ses habitans, par les jeux et les fêtes de toute espèce dont ils étaient insatiables,

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n'avait pas cessé depuis ce temps de mériter la réputation d'un séjour de délices, où la pai^sse et; l'oisiveté recevaient les mêmes éloges et le$ tiiéipes encouragemens que Ton n'accorde, dans les autres pays, qu'au travail utile et à l'application .

Les CAMPÀiriENS , c'était ainsi qud l'on nommait les citoyens de Capoue , parce que leur ville était la capitale d'une province appelée la Campanie), n'avaient pas été le$ deniers, à se passionner pour les combats de S;ladiat^urs v ^i favorablement accueillis à Rome depuis les guerres puniques. C'était à CiipQue qu'étaient exercés av^ le pliis d'art les e^ckve» destinés à ces jeux féroces; c^était là qu'on four appi^n^it à saluer avec grâce les spectat^ur^ , et à tomber sur l'arène , arrosée de leur sang, aux applaadissQmens effraaés de la multitude.

Il y avait alors daoa celte viUa, parmi les infortunés réservés à cette i^i^eiise destinée, im Thrace (vous savez que les Thraces étaient un peuple voisin de la Macédoine,

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dont je TOUS ai parlé dans THisioire ancienne), tin Thrace, dis-je, nommé Spàr- TAcus, qui, par sa haute stature 9 son courage indomptable, son adresse dans les combats, n'avait jamais paru dans le cir*que sans obtenir la victoire. Mais SpartacQs avait trop de grandeur d'âme pour s'enorgueillir des transports de joie que faisail éclater la populace lorsqu'il deseen* dait dans rarène,et, sous les baillons d'un mfôérable esclave', il cachait une âme farte, généreuse et impatiente de la liberté.

Soixante-dix gladiateurs , la plupart Thraces ou Gaulois , robustes et intrépides comme lui , partageaient l'étroite captivité dont le terme devait être pour eux la mort san^antederamphithéâtre. Souvent, lorsque couchés sous les portiques qui leur servaient d'abri contre la chaleur accablante dusoleîlde Campanie ilsdévoraîentunpain grossier, presque toujours trempé de leurs larmes , Spartacus leur parlait de la patrie qu'ils ne devaient plus revoir, et leur di-

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sait que puisqu'il fallait mourir les armes à la main, c'était plutôt eu combattant pour leur délivrance, comme des hommes de coeur , que pour l'amusement d'un peuple stupide que leur sang devait couler.

Enfin , un jour excités par les discour$ de leur fier compagnon , que d'une commune Toix ils prennent pour chef, ces hommes déterminés enfoncent les portes de leur prison, s'arment, dans la bputique d'un rôtisseur quils trouvent sur leur passage , de broches et de couperets , et cherchant un refuge sur une montagne voisine , ils repoussent avec intrépidité tous les soldats envoyés à leur poursuite. Bientôt le bruit de la révolte des gladiateurs de Capoue se répand dans toute l'Italie, et de toutes parts leurs compagnons d'infortune , rompant leurs chaînes à leur exemple , viennent se ranger sous l'étendard de Spartacus ; son armée , grossie d'une multitude d'esclaves que la rigueur de leurs maîtres a poussés au désespoir, '^lève en peu de mois à plus de cent

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vingt mille combattans , avec lesquek il met en fuite les généraux et les consuls que le sénat fait marcher contre luL

Jamais, depub Tapparition des Gaulois et les victoires d'Annibal, un si grand péril n'avait menacé la république aux portes mêmes de sa capitale. Spartacus, vainqueur dans vingt combats, marquait en tous lieux son passage par le pillage des villes et la dévastation des campagnes ^ tous les captifs romains qui tombaient en son pouvoir étaient impitoyablement égorgés, et aux funérailles de Tun de ses plus chers compagnons , nommé Caixus , il força trois cents patriciens de Rome , que le sort des armes avait mis entre ses mains , à combattre en gladiateurs , aux acclamations de cette armée d'esclaves , qui se vengeaient ainsi de leurs injures passées.

Cependant, mes petits amis, le sénat, épouvanté de cette guerre intestine qui menaçait la république des plus grands désastres, si elle n'était promptement étouffée, avait rappelé en Italie un habile

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giénéral nommé Crassus , à la tête de plusieurs logions, et Pompée lui-même qui venait de terminer si heureusement les troubles de FEàpagne. A leur approche , Spartacns, qui avait armé ses soldats d'ëpées forgées avec les chaînes de fer qu'ils avaient brisées, prévoyant le sort qui l'attendait , s'il était forcé de combattre les troupes réunies de Crassus et de Pompée, proposa à ses compagnons d'abandonner l'Italie , et de se retirer les uns en Asie, les autres dans les Gaules, où ils pourraient se joindre à d'autres ennemis de Rome; mais ses avis furent méprisés par cette multitude indisciplinée, plus avide de pillage que de combats ; et de ce moment un sinistre pressentiment l'avertit que sa défaite était inévitable.

A la vue de son armée étonnée , il tua son cheval de sa propre main : m Si je rem- « porte la victoire^ dit-il, j'aurai assez « d'autres chevaux ; si je suis vaincu , je « n*en aurai plus besoin. » G)mmeilacbe- «'•H ces paroles, il se précipita dans les

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rangs ennemis, en cherchant à joîndt'e Crassos , et se fraya un passage à travers une grêle de flèches; mais enfin criblé de blessures, n'ayaYit plus d^autre arme qu'une ëpée brisée, il tomba un genou en terre , et Tendit encore chèrement sa vie ; son corps même ne fut point retrouvé parmi les morts. Tous ses compagnons, jusqu'au dernier, combattirent à son exemple avec l'intrépidité du désespoir, et cette sanglante journée coûta au vainqueur les plus vaillans soldats de ses légions.

Crassus venait à peine de consommer la défaite de Spartacus , lorsque Pompée lui-même parut à la tête de son armée, et acheva d'exterminer les débris de ces bandes formidables : mais, quoiqu'il n'eût pris qu'une faible part à cette victoire, le sénat s'empressa d'accorder un second triomphe à ce général, qui fit son entrée dans Rome aux acclamations du peuple et des soldats, tandis que Crassus, qui avait supporté seul tout le poids de cette guerre périlleuse , n'obtint que les honneurs d'une simple

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ovation. Cest que tout souriait alors à Fbeureux Pompée , à qui la fortune préparait plus tard de si cruelles vicissitudes. Ce fut ainsi, mes enfans, que se termina cette guerre des esclaves qui , d'abord méprisée du sénat, mit bientôt après la république à deux doigts de sa perte ; et il lie manqua peut-être à Spartacus, pour changer entièrement l'histoire du monde , que d'être mieux secondé par le sort des armes.

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