‹ L'histoire romaine, racontée aux enfansChapitre 25 sur 45 · LA CONJURATION DE CATILINA · texte numérisé non relu

LA CONJURATION DE CATILINA

Depuis Tan 7 1 jusqu'à Tau 61 ayant J.-C.

Mithuidate , ce roi de Pont que Sylla aTait autrefois défait en Asie avant de retourner en Italie pour asservir la république, nourrissait contre les Romains une haine ardente et implacable, que n'avaient pu désarmer ni ses revers passés , ni rinutilité de ses efforts pour les chasser de TAsie. Il fallut enfin que Rome, respirant à peine des dangers qu'avaient amassés autour d'elle , d'abord l'invasion des Cimbres et des Teutons , et ensuite la révolte des gladiateurs , se décidât à envoyer contre cet adversaire infatigable , le vainqueur de Sertorius, Pompée, également fameux alors par son double triom-

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phe, et par des qualités brillantes qui lui avaient concilié à la fois la faveur du peuple et la confiance du sénat.

Or, il faut que je vous dise , mes petits amis, comment Pompée vint à bout de remporter une éclatante victoii^ sur Mitbridate , qu'il était parvenu à joindre sur les bords de TEuphrate, ce grand fleuve d'Asie, dont je vous ai déjà parlé dans d'autres bistoires.

Vous avez peut-être remarqué , lorsque vous vous promenez au clair de la lune , que si vous tournez le dos à cet astre, votre ombre s^tllonge démesurément sur la terre, et semble plutât être celle d'un géant que celle d'une personne ordinaire. Eh bien !

ce fut cet effet singulier, dont vous n*avez peut-être jamais cherché à vous rendre compte, qui devint cause de la défaite du puissant Mithridate ^ car Pompée ayant attaqué Tarmée de ce prince pendant une nuit où régnait un magnifique clair de lune, les soldats barbares, trompés par la grandeur de l'ombre colossaledes Romains,

D£ CATILINA. âr',d

jngèrent mal la distance qui les séparait des bataillons ennemis , et lancèrent leurs traits contre ces ombres , qui leur parais^ saient des masses d'homnies armés. Les Romains profitèrent habilement de cette erreur pour jeter le désordre parmi les Asiatiques , dont ils firent un grand carénage ; et Mithridate , après avoir fait d'incroyables efforts pour rallier les débris de son armée, se vit forcé de chercher Son salut dans une fuite précipitée.

Cependant , tout vaincu qu'il était , un homme tel que Mithridate n'était point encore un ennemi méprisable ; déjà même il s'apprêtait à soulever en Asie de nouvelles nations barbares contre les Romains.»

lorsqu'un de ses fils, nommé Phauhàcb, se révolta contre lui , et le dépouilla de sa couronne: le malheureux vieillard, frappé de ce revers inattendu, résolut de prendre du poison ; mais, comme depuis sa jeunesse il avait tellement redouté ce genre de mort, qu'il avait constamment fait usage de contre*potson , il serait peut-être tombé

aSo LA CONJURA.TION

vivant encore au pouvoir de Pompée , si un esclave gaulois , qui lui était resté fidèle, ne lui eut présenté son épée , avec laquelle il mit fin à ses jours. Le parricide Pharnace ne tira aucun fruit de ce crime abominable , car Dieu le maudit , et il périt bientôt après misérablement.

- Pendant que Pompée était retenu en Asie par cette guerre importante, Rome lut le théâtre d'un événement qui faillit causer la perte de tout ce que cette ville renfermait encore de bons citoyens.

Il y avait alors dans cette capitale une foule d'hommes débauchés , ou qui n'avaient jamaiseule goût du travail; c'étaient d'anciens soldats de Sylla, qui depuis sa mort avaient abandonné les terres qu'ils tenaient de ses largesses ; des Italiens attirés à Rome par leur nouveau titre de citoyens , et enfin un grand nombre de ces jeunes gens désœuvrés et tapageurs qui ne manquent jamais d'affluer dans une grande ville. Ces mauvais sujets, qui n'avaient rien à perdre, n'attendaient qu'une occa-

DE CATILINA. a5i

sion favorable pour exciter du trouble et bouleverser la république.

Le plus dangereux de ces hommes turbulens, mes petits amis, était certainement un sénateur nommé Sergius Gàti- LiHA , qui après avoir servi avec fureur le parti de Sylla contre celui de Marins, avait V vainement , à plusieurs reprises , sollicité le consulat , dont ses mœurs infimes et sa mauvaise réputation l'avaient toujours écarté. Ce fut sur ce chef, dont la scélératesse était bien connue , que les mécontens jetèrent les yeux pour Taccomplissement de Tun des plus épouvantatables desseins que Ton puisse imaginer , car il ne s'agissait de rien moins que d'égorger les consuls et la plupart des sénateurs , de livrer le trésor public au pillage , et de mettre en même temps le feu aux quatre cojns de la ville. Mais un des consuls, nommé Cicéron, homme -vertueux et éloquent , ayant découvert l'odieux complot qu'ils avaient formé , s'empressa d'en donner connaissance au

»5a LA CONJURATION

s^nat) etdemaiula arec instance que ros mit à mort Catilin^. et ses complices, avant qu'ils cassent eu le temps de se mettre en mesure d'agir.

Les discours remarquables que Cicéron, surnommé à juste titre le prince des orateurs romains , prononça dans cette occasion , sont connus sous le nom de CatilinAiRBs. Mais un sénateur , dont Téloquence ne le cédait guère à celle de Cicéron , fit tous ses efforts pour s'opposer au meurtre d'un si grand nombre de citoyens , dont plusieurs appartenaient aux plus nobles bmilles de la république, et demanda instamment qu'on se contentât de les exiler de Rome et même de Tltalie. Ce sénateur était Jules- Césab , que yous connaîtrez bientôt davantage , et qui comptait de nombreux amis parmi les complices de Catilina : cependant Tavis de Cicéron prévalut; la plupart des conjurés, plongés tout à coup dans les sombres cachots creusés autrefois sous le Capitole par le li Aoeus Martius, y furent étraoglés pen-

DE CA.TIUNA. a53

dant la nuit; et Catilina lui-même , qui , étant sorti de Rome , avait assemblé autour de lui quelques milliers de révoltés , périt peu de jours après, sous les murs d'une petite ville nommée Pistoia, dans une bataille où il combattit avec un courage digne d'une meilleure cause.

Cicéron , qui par son éloquence et son habileté, venait ainsi de sauver la république d'une ruine imminente, reçut le glorieux surnom de Père de la patrie , qu'il avait bien mérité en bravant pour le salut commun la haine et le ressentiment de tout ce que Rome renfermait d'hommes dangereux et de mauvais citoyens.

IIIST. ROMAINE. T. X, 5* F.D,

a54 JULES CÉSAR,

bepuis Tan 6i jusqu'à l'an 45 avant J.-C

Ck Jules César, dont je riens <le voas parler toiU à Theure, mes petits amis, était le mari de la fille de Pompée , et le nereu de la reuTe de Marins. C'était un homme au i*egard vif et péaétFanT, aa tîsage pale, mais imposant , à la taiile élerëe et élégante ; on eût dit en le voyant qu^il était né pour commander aux autres hommes. Passionné pour la gloire, et n'appréciant les richesses que pour les prodiguer, il souffrait avec impatience que qui que ce fut se crût son égal ou son maître , et on lui avait souvent entendu dire dès sa jeunesse 9 qu il aimerait mieux être le premier dans un hourg, que le second dans Rome.

^'U un mot, c'était ce que Ton appelle dans

JULES CÉSAR. iSS

le monde ) un ambitieux, mais il ne faul pas eroire qu'il soit donné à beaucoup d'bommes d'être ambitieux à la nianière de César*

Doué d'un corps infatigable, d'un eou« rage intrépide^ et d'une éloquence si natu»

neUe et si persuasive, qu'il dominait à son gré , par la puissance de sa parole , les as» semblées les plus tumultueuses, César si;irpassait encore tous les personnages de son temps par sa sobriété, par sa patience , et par sa modération. Parvenu au consulat , il fut chai^ de conduire des armées dans les Gaules , et ensuite en Espagne , où il remporta d'éclatantes victoires ; le premier et tous les Romains, il pénétra dans la GsAMAiriE, cette contrée sauvage d'<Mi les Gkniires et les Teutons avaient envahi ritalie, et passa même dans nie de BaS"- TAovB, que nous nommons aujourd'hui rAHfiXETxaRE. On assure que peadant ces diverses guerres auxquelles il n'employa pas moins de neuf années , il prit plus de huit cents villes , vainquit trois cents peu-

pies ou tribus différentes, et combattit contre trois millions de guerriers , dont il réduisit le plus grand nombre à Tesclavage.

Pendant ce temps Pompée se reposait à Rome de ses triomphes passés; il faisait construire un magnifique théâtre en pierre, où quatre-vingt mille personnes assises pouvaient prendre place , et donnait à la populace de cette capitale le spectacle d'un combat de cinq cents lions; il prenait plaisir à se faire raconter les belles actions de César , auquel il portait un vif intérêt comme beau-père et comme ami.

Céâar avait encore pour ami, Crassus, le vainqueur de Spartacus, devenu célèbre depuis cette époque par ses richesses , et surtout par son incroyable avidité pour en acquérir. Celui-ci n'avait pas autant de popularité que Pompée , ni surtout autant de talens que César, mais ces trois person* nages unis par un intérêt commun , devinrent bientôt si puissans qu^ls disposèrent à leur gré des trésors et des armées de la que, et se placèrent ainsi au-dessus

JULES CÉSAR. a57

du sënat : leur société s'appela un trium- "viRAT, parce quelle se composait de trois hommes. Je v?is vous dire à présent quel fut le sort de chacun des triumvirs.

Il y avait alors en Asie un nouveau royaume , formé , comme celui de Pont <, des débris de Tempire des Séleucides*, il appartenait aux Parties, peuple formidable et guerrier, dont le nom signifiait <( les fugitifs, » parce qu'ils descendaient, dit-on, de quelques Scythes, qui ayant été chassés de leur pays , avaient fondé, sur les bords du Tigre et de TEuphrate, un nouvel État, dont la capitale était Hégatompyle , ou la ville aux cent portes. Le triumvir Crassus, ayant conduit plusieurs légions. contre cette nation belliqueuse , eut l'imprudence de suivre les ennemis au milieu des plaines de la Mésopotamie, où il se trouva tout à coup environné par leur innombrable cavalerie armée d'arcs et de flèches.

Les Romains, malgré leur valeur, furent entièrement défaits , et, Crassus lui-même, son fils , et la plus grande partie de son

armée périrent dans le combat. Le corps de triumvir ayant élé reconnu parmi les morts , le roi des Parthes, qui connaissait Tayidité de Crassus pour les richesses , loi fit couper la tête après sa mort, et ordonna qu'on fit couler de For fondu dans sa bouche, en disant , par une cruelle dérision , qu^il fallait bien maintenant le rassasier de ce métal , dont il avait été insatiable pendant sa vie.

Cependant le bmit de la mon de Grassus s'étant promptement répandu dam l'empire^ César et Pompée ne tardèrent pas à se brouiller^ parce que chacun d'eux voulut commander sans partage au sénat et au peuple. César, qui se trouvait dans les Gaules au moment de cette rupture^ se mit aussitôt en route avec son armée pour marcher sur Rome, où Pompée était resté.

Impatient de décider par les armes à qui des deux appartiendrait Tempire , il passa précipitamment les Alpes , et parvint bientdt au bord d'un petit ruisseau nommé le Rv^

on , qui séparait cette partie de l'Italie

appelée la Gauijs QsALvmB, des provinces voisines de Rome. On dit qu'en ce moment, où il allait renverser sans retour cette antique république qui avait porté si haut la gloire du nom romain , ce grand capitaine crut voir devant ses yeux l'image de sa pettrie éplorée, qui le suppliait de s^arréter : un instant il hésita si, cédant Tempire à Pompée , il ne retournerait point sur ses pas; mais celte pensée ralluma en lui toute son animosité contre son rival , et le Rubîcon fut passé.

Maïs Pompée , à Tapproche de son redoutable adTersaire, ne se sentit pas assez de résolution pour l'attendre et lui livrer bataille; il quitta Rome précipitamment suivi de la plupart des sénateurs , qui , connaissant les talens de César, appréhendaient son ress^timent et son ambition. L'éloquent Cicéron, qui avait sauTé la république des mains de Gitilina , fut de ce nombre , ainsi qu'un autre illustre Romain , ennemi déclaré de César, et que l'on nommait Citom , comme le fameux

26o JULES CÉSAR.

censeur dont jeTous ai déjà parlé. Celui-ci est ordinairement appelé Caton d'Uri- QUE, pour le distinguer de son aïeul; et Utique est le nom d'une yille d'Afrique où ■je TOUS dirai plus tard qu'il termina ses jours.

La rivalité de César et de Pompée divisa donc entièrement la république , et fit éclater une guerre sanglante dont aucun des deux partis ne pouvait alors prévoir les résultats.

Les armées ennemies se rencontrèrent dans une plaine de Macédoine , nommée Phàrsale, où s'engagea une bataille sanglante à la suite de laquelle Pompée, vaincu par l'heureux César, n'eut que le temps de monter sur un vaisseau pour se sauver en Egypte , où il espérait trouver un refuge.

Dans ce temps-là, c'était un jeune roi, nommé Ptolémée, et une jeune reine, appelée Cléopatre, qui régnaient ensemble sur l'Egypte, parce qu'ils étaient frère et sœur, et les derniers descendans des Làgides, dont vous avez vu l'origine dans

THistoire ancienDe. Lorsque ces princes, après la dé faîte de Pharsale, virent approcher la barque qui portait le fugitif Pompée , au lieu d'avoir pitié d'une si grande infortune et de lui sauver au moins la vie, ils ordonnèrent qu'on le mit à mort avant même qu'il touchât le rivage d'Egypte, et envoyèrent sa tête au vainqueur, pensant que cet affi*eux présent lui serait agréable. Mais César, à ce triste spectacle, se prit à pleurer^ car il ne pouvait oublier que Pompée avait été autrefois son beau-père et son ami.

Le méchant roi Ptolémée se repentit bientôt de la mauvaise action qu'il avait commise ; César, au lieu de le récompenser, comme il s'en était flatté , ordonna que sa sœur Cléopâtre occuperait seule désormais le trône d'Egypte : et quelques te^naps après, Ptolémée , au moment où il cherchait à se soustraire au joug de$ Romains, se noya en traversant une rivière pour échapper AUX soldats de César qui le poursuivaient.

Cependant le vainqueur, après s'être ar-

262 JtTLES CÉSAH.

rétë peu de temps en Egypte , se hâta de retourner à Rome ^ où , dédaignant de tirer vengeance de ceux qui avaient 6m«brasfié le parti de son rival , il accueillit Cicéron et tous les amis de Pompée comme s'ils eussent toujours été les siens; Caton d'Utique , qui , en apprenant la défaite de Pharsale, sMtait volontairement donné la mort) pour ne pas survivre , disait-il ^ à la république, fut le seul qui ne profita point de ce généreux pardon du vainqueur.

César devenu maître de l'empire , fit distribuer du blé aux citoyens pauvres, et de Targent ou des terres aux vétérans de son armée ; il éleva à la dignité de sé-^ nateurs la plupart de leurs chefs , quoi* qu'ils fussent presque tous Espagnols ou Gaulois, et se fit d*abord nommer dictateur pour dix ans, comme Tavait fait Sylla \ mais , au lieu de se montrer aussi impi* toyable que ce dernier, il ne persécuta personne , et se fit adorer du peuple par sa douceur, et surtout par les magnifiques spectacles de tout genre dont il ne cessait

de le charmer. Tantôt c'étaient des corn»

Jbatfl de gladiateurs et d*aniniaux dans le Cirque; tantôt un combat naval dans le Champ de Mars, transformé en un lac immense. Chaque jour de nouvelles fêtes et de nouveaux jeux faisaient oublier aux Romains qu^ils avaient un maitre.

Cependant beaucoup de citoyens de toutes les classes ne pouvaient encore lui pardonner de s'être ainsi placé au-dessus des lois; ils l'accusaient d'un orgueil démesuré, et racontaient avec indignation que le dictateur ne s'était pas même levé de son siège, lorsque le sénat en corps était Tenu le complimenter sur sa nouvelle dignité ; mais ses plus dangereux ennemis étaient deux sénateurs, nommés Gassius et BavTvs , qui avaient autrefois suivi le parti de Pompée , et auxquels il avait accordé la vie après la bataille de Pharsale.

Brutus était de la même famille que •celui qui avait chassé les Tarquins, et dont vous contiaissez l'histoire ; de plus il evait épousé Porcia , fille de Caton d'U-

a64 JULES CÉSAR.

tique-, et c'était, cotame son aieul et son beau-père, un citoyen généreux, intrépide et passionné pour la liberté de sa patrie. Celui-ci résolut , avec Cassius , d'assassiner César lorsqu'il viendrait au sénat, persuadé qu'ils feraient une action louable, en délivrant la république du tyran qui l'opprimait, quelque douce que parût d'ailleurs au plus grand nombre la domination de César.

On dit que quelques jours avant la mort de César, il parut au ciel une comète, c'està-dire une étoile suivie d'une longue traînée de lumière, que l'on nomme communément sa queue. Les peuples regardaient alors l'apparition de ces astres comme. le signe précurseur d'un grand événement^ et lorsque le dictateur eut été assassiné , personne ne douta que la comète n eût été le pronostic de cette catastrophe.

Je dois vous dire, à ce proposâmes petits amis , que la présence de cet astre sur ThorizoD n'avait cependant rien de prodigieux, et ne méritait pas qu'on en. tirât

un semblable présage. Je sais même certain que vous serez de mon avis, lorsque vous saurez que les comètes sont des astres mobiles trop éloignés de la terre pour que nous puissions les distiuguer habituellement, comme les étoiles fixes et .les planètes qui nous avoisinent^ mais. elles existent également dans l'espace céleste, et ne deviennent visibles pour nous , que lorsqu^en décrivant leur cours ordinaire , elles se rapprochent assez de notre globe pour que nous puissions les apercevair, soit avec notre simple vue, soit au moyen, des instrumens d'optique.

César n'ignorait pas qu'un grand nombre d'anciens amis de Pompée nourrissaient contre lui un profond ressentiment de la défaite de leur parti ; mais comme il n'avait cherché à se venger d'aucun d'eux, il s'était flatté que sa modération et sa clémence finiraient par désarmer les plus acharnés, et leur inspireraient de meilleurs sentimens. Aussi quoiqu'il eût reçu de divers côtés l'avis secret, mais certain^ qu'un

!ft66 JULES CÉSAR.

complot avait été formé contre sa Tie, il n'hésita point à se rendre au sénat, comme il en avait la coutume ; mais à peine fut-il entré dans cette assemblée , que plusieurs sénateurs, tirant des poignards, se jetèrent sur lui et le percèrent de coups. Ce grand homme essaya d'abord de se défendre^ mais lorsqu'il vit Brutus, qu^il aimait, s'avancer aussi pour le frapper, il lui dit doucement: «Et toi aussi, Brutus !...)»

En achevant ces paroles , il se couvrit la tête avec sa robe , et tomba mort aux pieds de la statue de Pompée. Il n'était alors âgé que de cinquante-six ans.

LE SEœND TRIUMVIRAT.

Depuis Tan 45 jusqu'à l'an 4a avant J.^.

Les meurtriers de Jules César, mes bons amiS) s'étaient flattés que tous les Romains applaudiraient au crime qu*ilis venaient de, commettre , mais ils reconnurent bientôt combien ils s'étaient trompés ^ en entendant le peuple consterné demander pourquoi le dictateur avait été mis à mort.

Marg-Antoinb et Limpide avaient été les principaux amis de César : le premier était un des plus braves soldats de son armée, mais un soldat grossier et sans instruction \ cet bomme > profondément touché de la mort de son ancien général , fit porter son corps sur la place publique , où il fut placé sur un lit d^ivoire , afin que chacun pût

a68 LE SECOl^D TRIUMVIRAT.

Tapercevoir encore une fois. Beaucoup de Romains fondirent en larmes à ce triste spectacle; mais lorsque Antoine leur eut montré , encore toute sanglante , la robe que César portait lorsqu^il fut assassiné, ils entrèrent en fureur, et crièrent qu'il fallait venger ce grand homme , qui avait été un père pour eux , et faire mourir ses assassins.

En disant cela , les plus emportés saisissant des tisons ardens. au bûoher où brûlait le corps de César, coururent mettre le feu aux maisons de Cassii^, de.BruJlas et de leurs amis ; et ceux-ci , au milieu de ce tumulte , n'eurent que le temps de fuir précipitamment de Rome.; mais ils.ne furent pas sauvés pour. cela.

César avait un neveu, nommé Octave, qui n'était alors âgé que de, dix*sept an& :

c'était un jeune homme faible. et délicat, boiteux d'une jambe, et d'une, extrême timidité ; mais sous ce^te apparence . chétive il cachait autant de ruse que d'habi- '^té. Octave était absent de Rome lorsque

son oncle fut assassiné; et au premier bruit de cet événement, il s'était hâté de passer en Italie, où les amis de César lui avaient fait savoir que le dictateur Tavait institué son héritier.

Antoine et Lépide raccueiUûrent d'abord avec joie, ne doutant pas: qu'un- si jeune honiine ne se conduisit uniquement par leurs conseils ; mais ils s'aperçurent bientôt que cet enfant qu'ils dédaignaient était né pour devenir leur maître. Tous. trois formèrent alors une société comme celle que César avait faite dans le temps avec Pompée et Crassus, pour commander au peuple et au sénat ; cela s'appela le second triuhviiut.

Ces trois personnages disaient hautement qu'ils n'en voulaient absolument à personne qu'aux meurtriers de César, et qu'ib poursuivraient Cassius et Brutus jusqu'aux extrémités de la terre; mais ils commencèrent par faire aux Romains plus de mal encore que ne leur en avait fak Sylla , dont vous pouvez vous rappeler la

270 LE SËCOIO) TRIUMVIRAT.

cruauté ; ib dressèrent comme lui des tables de proscription , et Touèrent ainsi à une mort inévitable un grand nombre de ct^ toyens, dont le seul crime était de déplaire aux triumvirs , ou même de posséder des richesses qui tentaient leur cupidité.

Ce fut ainsi, mes enfans, que Marc- Antoine, qui certes notait pas le moins féroce des trois tyrans , et qui nourrissait depuis long temps, je ne» sais pour quelle raison , une haine profonde contre Cicéron, profita dé la nouvelle proscription pour le faire périr. Le grand orateur n'était pas très-courageux , et lorsquMi apprit que son nom était inscrit sur la liste fatale, il voulut d'abord s'embarquer sur un vaisseau qui allait partir pour un pays éloigné. Mais ceux qui ne sont pas accoutumés à voyager sur mèr y sont ordinairement malades ; et Cicéron , craignant de ne pouvoir supporter cette souffrance momentanée, aima mieux retourner dans sa maison de campagne pour y attendre le sort qui lui était réservé, que de s'exposer aux incommodités d'une

longue navigatiofi ; malbeureusêiiiient il n'arriva pas jusqu'au lieu qu'il avait choisi pour retraite , et il était encore danâ sa li^ tière^ espèce de voiture que des esclaves portaient sur leurs ëpaules, lorsque les soldats d'Antoine l'ayant atteint ^ lui coupèrent la tête, que celui-ci, dit-on, fil quelques jours après attacher à la tribune aux ha« raugues , qui avait si souvmt retenti de ses belles paroleSé

La remme de ce triditivir, nommëè FuLviB , aussi barbare que son mari , au lieu de détourner les yeu3t en voyant cette pauvre tête encore toute sanglante , ta prit sur ses genoux et lui perça la langue avec une aiguille d'or, pour punir cette langue, dit-elle, des discours qu'elle avait prononcées pendant sa vie } mais cette femme cruelle ne tarda pas à être punie de cette mauvaise action ^ car bientôt après elle mourut de douleur de ce que son mari Tavait aban**donnëe , et celui-ci épousa Octavie , sœur d'Octave, qui était une bonne et vertueuse priticesse.

a7a LE SECOND TRIUMVIRAT.

Cependant tous les proscrits que les triumvirs avaient voués à une mort presque certaine ne montrèrent pas autant d'irrésolution que Cicéron, et beaucoup d'entre eux trouvèrent le moyen de se soustraire au sort qui les menaçait ; quelques-uns mêmes s'illustrèrent par de nobles actic^s de courage et de dévouement^ et Tpn cite entre autres celui d'un jeune Romain, appelé Oppius , qui , pour sauver son vieux père infirme, le porta sur ses épaules jusqu'à ce quUl trouvât un vaisseau où il pût s'embarquer avec lui. Tout le monde admira le courage et la vertu d'Oppius, et lorsqu'après le danget* il revint à Rome, chacun l'embrassait en le félicitant de sa piété fili^e.

Tandis, que tant d'innoce^s périssaient ainsi en Italie, Brutus et Cassius avaient rassemblé en Grèce une grande armée, et se {^réparaient à combattre Octave. et Antoine , qui s'avançaient à leur rencontre avec des troupes nombreuses.

Une nuit que Brutus était couché dans

sa tente, il lui sembla tout à coup voir devant lui un hooime d'une taille et d'une figure extraordinaires ^ Brutas n'était certes pas peureux , et il savait , comme nous, qu'un homme ne doit pas craindre l'obscurité ; mais ayant demandé à ce personnage ce qu'il lui voulait , celui-ci lui répondit : «Je suis ton mauvais génie, et tu « me reverras à Philippes. » En disant ces mots il disparut. Brutus fut fort étonné de cette apparition ; il appela ses gardes^ qui n'avaient rien vu, et demeura persuadé que c'était un fâcheux présage pour son entreprise.

Or, Philippes était une ville de Grèce , autrefois fondée par le père d'Alexandrele-Grand, et auprès de laquelle Brutus et Cassius rencontrèrent , peu de temps après, l'armée d'Antoine et d'Octave. Pendant la nuit qui précéda la bataille, Brutus revit encore ce même personnage , qui disparut comme la première fois, mais sans lui adresser la parole; il ne douta plus alors qu'il ne fût menacé de quelque grand

274 I.E ISËCOND TRIUMVIRAT.

malheur, car dans ce temps-là les hommes mêmes les plas intrépides, se laissaient intimider par un mauvais rêve ; et en effet, cette préteiidne apparition n'était au* tre cjiose qu^un véritable caudiemar.

Le lendemain une bataille terrible s'engagea dans cet endroit, où les deux triumvirs remportèrent une victoire complète :

Cassius. périt dans la mâée, et Brutus aima mieux se percer lui-même de son épée que de tomber vivant au poavoir de ses ennemis.

Tous deux anmient évité de si grands malheurs s'ils n'avaient pas été ingrats envers César, dont ils n'avaient jamais reçu que des bienfaits.

ANTOINE ET CXÉOPATRE. 275

AISTOINE ET CLÉOPATRE.

Depuis Tan 4a jusqu'à l'ap a8 avant J.-C.

Apti» U défaite des meurtriers de César, Octave rerint à Rome , orà il savait que Lëpide manquait des talens nëces** saires pour gouverner la république, tandis qu'Antoine s'en allait en Egypte ponr se reposer; car c^ homme , tout vieux soi»

dat quHl était, n*atmait point la gverre, et préférait Foisivetë et la bonne ehère au travail (^ à la sobriété. D'ailleurs , il était tort irrité c(mtre la reine Cléopàtre , qui avait dotnné des soldats à Gassius pour combattre les triumvirs.

Lorsque Cléopâtre apprit que Fun des vainqueurs se dirigeait sur l'Egypte , et ne cachait pas sa colm contre elle, vous croiriez peut- être, mes petits amis, qu'elle

270 AÎÎTOINE ET CLÉOPATRE.

eut ridée de prendre la fuite ] mais vous allez voir ce qu'elle fit pour n'avoir rien à craindre d'Antoine , dont la réputation d'homme faible et efféminé était parvenue jusqu'à elle.

Elle s'avança à sa rencontre sur une galère couverte d'or et de pierreries, et dont les voiles étaient de soie couleur de pourpre. Âii lieu de rames de bois dont on se sert ordinairement, celles du vaisseau qui la portait étaient en argent , et une troupe de musiciens placés dans l'intérieur de ce navire^ faisaient entendre une harmonie douce et langoureuse. Sur le tillac , Cléopâtre j nonchalamment couchée sous une espèce de tente de drap d'or, se montrait entourée de beaux enfans déguisés en amours, qui agitaient autour d'elle des éventails pour rafraîchir l'air, tandis que des femmes magnifiquement parées, brûlant des parfums les plus exquis, répandaient au loin une odeur délicieuse.

Dès qu'Antoine eut aperçu Cléopâtre au milieu de ce cortège élégant, il fut tel-

lement ébloui de sa prodigieuse beauté qu'il n^eut plus le courage de lui adresser des reproches. Il oublia sa colère et les motifs mêmes de son voyage en Egypte, et ne se souvint plus qu'Octavie, sa femme, l'attendait à Rome avec ses enfans , pour le féliciter de sa victoire.

Pendant ce temps, Octave achevait de détruire ceux de leurs ennemis communs qui n'avaient pas péri à la journée de Philippes ; il poursuivait avec acharnement les restes du parti de Brutus, ralliés autour de Sextus Pompée, dernier fils du grand capitaine dont Cléopâtre avait autrefois ordonné la mort ; et après avoir ôté le pouvoir suprême à Lépide, qui était un homme lâche et paresseux , il pressait Antoine de revenir à Rome, pour ne pas supporter seul tout le poids de la république. Mais celuici n'avait garde de lui répondre , et tandis que son collègue soutenait de si grandes guerres, il ne pensait qu'à faire de bons repas avec Cléopâtre , à voir danser de belles esclaves , ou à écouter leurs concerts

HIST. ROMAINE T. X. 5' ÉD. J (j

a78 ANTOINE ET CLÉOPATRE.

£0611 , Octave , irrité de Teagourdisse* ment où était tombé cet homme méprisable, lui ordonna d'aller combattre les Parthes, devenus plus hardis depuis la défaîte de Crassus. Antoine fut encore mal* heureux dans cette guerre, où les enne^ mis obtinrent de nouveaux avantages; mais il se consola promptement de sa défaite, en courant se délasser au milieu des délices de la cour de Cléopâtre, dont il ne pouvait plus vivre séparé. Ce Ait là que la triste Octavie vint le chercher avec ses enfans, pour le ramener à Rome ^ mais il la renvoya si durement^ que cette fois Octave , s'abaadonnaut à toute sa colère , marcha contre lui avec une armée que portait un grand nombre de galères.

Au prenûer bruit de l'approche d'Octave, le lâche Antoine ne fut pas maître de sa frayeur ; mais pour cacher sous une apparente résolution sa honteuse faiblesse, il s'avança au-devant de sou ennemi , à la tête d'une flbtte immense, voulant bien tenter encore une fois le sort des armes .

pourvu que Clëopâtre consentit à F&ccoiok pagner« Malheureusement^ une furieuse tempête s'étant élevée tout à coup, la belle reine, qui n'était point accoutumée au bruit du combat et au mouvement de \h mer, prit la fuite du plus loin qu'elle aper* eut les premières galères d'Octave. An-* toine, désespéré, la suivit bientôt, abandonnant ainsi à son ennemi la victoire ^ et presque tous ses navires.

Ce combat, qui décida des destins du monde entier, eut lieu sur mer, près du promontoire d'Acnuic en Grèce , qui lui ai donné son nom.

Les deux fugitifs se retirèrent k AtËXÂs- BAIE en Egypte , où Octave ne tarda pas à4es atteindre. Alors Cléopâtre, suivie de deux de ses femmes qui lui étaient dé* Tottées, se réfugia dans un superbe tom-^ beau de marbre, aussi vaste qu'une maison, et où elle avait fait transporter ses trésors et ses pierreries.

Antoine eut d'abord quelque envie de la suivre dans cette retraite, car il était

a8o ANTOINE ET CLÉOPATRE.

bien honteux maintenant de tout ce qu'il avait fait , et n'osait plus se montrer aux yeux des autres Romains. Mais lorsqu'il apprit qu'Octave approchait, l'idée de paraître en présence de son vainqueur irrité lui causa une telle frayeur, qa*il se précipita sur son épée et se perça de part en part. Quoique sentant déjà qu'il n'avait plus que peu d'instans à vivre, il voulut être porté dans le tomheau de Cléopâtre , où l'on fut obligé de le mohtcr par une fenêtre , parce qu'il n'y avait point de porte à ces sortes de monuroens, et il y expira bientôt après.

Dans le premier moment, Cléopatre feignit une grande douleur de sa perte \ puis ensuite elle se flatta que si Octave la voyait, il serait touché de son malheur et de sa beauté, et ne la ferait pas mourir. Mais celui-ci refusa de la voir, et lui fit dire seulement qu'il ne lui arriverait aucun mal , et qu'elle serait toujours traitée en reine. Il aurait désiré qu'elle vécût assez ^emps pour être conduite à Rome, et

y paraître à son triomphe chargée de chaînes d'or , comme je vous ai dit que cela était arrivé à Persée et à Jugurtha.

Cléopâtre apprenant le sort qui lui était réservé, se livra à un violent désespoir, et ordonna à ses femmes de mettre secrètement dans un panier de fruits qu'on lui apportait chaque matin, un aspic, c'est-àdire un petit serpent très- venimeux, dont la morsure est toujours mortelle. Alors s^étant fait piquer par ce reptile, elle se coucha sur un lit magnifique, où le lendemain on la trouva sans vie, encore enveloppée de son manteau royal , et ayant une couronne d'or sur la tête. Dans cet état, elle était encore si belle, que tous ceux qui la virent, crurent qu'elle n'était qu'endormie.

Octave, que cet événement privait du principal ornement de son triomphe, admira le courage de la reine d'Egypte , et ordonna que son corps fût placé dans 1^ même monument qui servait déjà de sé^ pulture aux restes d'Antoine,

a8a LA CLÉMENCE D* AUGUSTE.

Z3zirz2C

Depuis l'an 28 Avant X-C. jusqu'à Tan i5 de

l*ère chrétienne.

Aussitôt qu'Octave se trouva seul tnstrtre de la république, il devint doUx et hf^* ble, de ôévère et cruel qu'il atait été jus^ qu'alors. Le titre de dictateur étant devenu odieux aux Romains depuis la mort de César, il prit celui d'EMi^ËRBtJti , qui vou^ lait dire général vainqueur, et dont les soldats saluaient ordinairement leur chef après une victoire.

Ensuite, réunissant en lui seul tous les pouvoirs de l'État, il se fit Souverain pontife , pour présider aux cérémonies de la religion ; Censeur, pour exercer sa sur^

Ulance sur les mœurs des sénateurs et

LA CLÉMENCE D'AUGUSTE. a83

des citoyens; et enfin Tribun du peuple, afin que sa personne fût inviolable et sacrée, comme Tétait autrefois celle des magistrats populaires.

Le consulat fut la seule magistrature dont il conserva soigneusement les apparences, en désignant lui^^méme chaque année deux consuls , qui e:i^erçaient sous ses ordres cette magistrature \ il ne dédai-* gna même pas de s'en revêtir lui-même pendant onse années.

Ainsi Tempereur de Rome était à lA fois le souverain pontife ^ lé censeur, le tribun et le consul de la république, et on ne le nomma plus autrement que Césars

AuGtlSTB.

Dès ce moment il ne voulut avoir au-^ prè^ de lui que les hommes les plus vertueux et les plus estimés de son temps, et ses plus chers ami6 (tirent A<ïiiipi>â et Mé* ckst^ que tout le monde aimait à cause de leur*pôlitesse et de leur bonté.

Connaissant Tardeur insatiable que les Romains éprouvaient pour les spectacles

il ordonna qu'on leur en donnât fréquemment de nouveaux ; mais il défendit que Ton célébrât trop souvent ces combats de gladiateurs et de bétes féroces qui avaient lieu dans le cirque, parce qu^il avait remarqué que la vue continuelle du sang des hommes et des animaux rendait les Romains impitoyables et féroces jusque dans leurs plaisirs.

Lorsque vous serez plus âgés et que tous apprendrez le latin, mes petits amis, on vous fera étudier les beaux vers d^un poète, nommé Vxkgile, qu'Auguste prenait plaisir à entendre lire, et ceux d'un autre poète encore, appelé Horace, qu'il combla de bienfaits, à cause de ses talens et de Tamitié que lui portait Mécène.

Après de si grands malheurs et tant d'années de troubles et de combats, Rome jouissait enfin d'un haut degré de prospérité, et Auguste ayant enfin triomphé de tous ses ennemis , ferma le temple dudieuJanus, autrefois bâti par Numa ^ompilîus, et qui, comme vous savez,

LA CLÉMENCE D AUGUSTE, a 85

ne devait être fermé qu'en temps de paix.

Ce prince, parvenu au comble de la puissance, ne fut pourtant pas toujours heureux \ et en effet , il est bien rare que les hommes, quels qu'ils soient, puissent jouir d'un bonheur parfait sur la terre : il vit mourir Tun après l'autre sa sœur Octavie, qu'il aimait tendrement, son neveu Mârcellus , fils de cette princesse , jeune homme qui donnait les plus belles espérances; et enfin il eut la douleur de survivre à ses deux excellens amis , Agrippa et Mécène, avec lesquels il passait les plus agréables momens de sa vie.

Cependant, mes enfans, les malheurs privés de l'empereur ne pouvaient altérer son humeur affable et sa popularité. Lorsqu'il exerçait la charge de consul , on le voyait sans cesse dans les rues ou sur le Forum, prêt à écouter les plaintes du moindre citoyen-, et toutes les fois qu'il faisait célébrer des fêtes publiques, il se plaisait à se mêler à foule, afin de par tager la joie du peuple, qui lui en tém-^

gnait sa reconnaissance par les plus vives acclamations.

Quoique Auguste eût défendu qu'on fit mourir aucun de ses ennemis, et qu'au contraire il les forçât par ses bons procédés à revenir à de meilleurs sentimens , un jeune Romain , appelé Cm hà , qui était petit-fils du grand Pompée, résolut cependant de Tassassiner, pour venger sur lui la mort de son aïeul et de son père, dont k famille de César avait causé la perte.

C'était une bien noire ingratitude de sa part envers l'empereur, qui avait été son bienfaiteur après la mort de ses parens , et l'avait traité comme son propre fils ; mais Auguste, informé du dessein de Cinna , le fit venir devant lui , et lui rappela avec tant de douceur les bienfaits dont il l'avait comblé, que ce jeune homme s'imaginait déjà que son. secret n'était pas découvert, lorsque l'empereur ajouta : k Je t'ai fait beaucoup de bien, « Cinna, et pourtant je sais que tu veut a m'assassiner ! »

En entendant ces paroles, Cinna devînt

paie et tremblant, et voulut affirmer par serment qu'on l'avait calomnié; il était apparemment de ce^gens qui croient qu'en mentant , ils ne paraîtront pas aussi coupables,* tandis qu'au contraire le men** songe qu'ils font accroît encore leur faute, et la rend tout à fait inexcusable ; aussi je vous conseille bieu , mes enfans , de ne jamais mentir, même pour vous justifier, lorsque vous avez mérité des reproches.

Mais Auguste Tinterrompant, lui donna tant de détails sur le crime qu'il avait projeté, que Cinna, confondu, se jeta à ses pieds en deniandant grâce ; il lui semblait déjà voir les licteurs s'avancer avec leurs haches pour la traîner au supplice , lorsque l'empereur, persuçidé que son repentir ét^dt sincère, le releva avec bonté, lui accorda un généreux pardon, et pour témoigner qu'il ne lui conservait aucune rancune ^ le créa consul pour Tannée suivante. Cinna fut si touché de tant de clémence, que jamais, depuis *ce temps , Auguste n'eut d'ami plus fidèle, et

a88 LA CLÉMENCK D'AUGUSTE.

(le serviteur plus zélé que ce jeune homme.

Cependant ce prince, voyant par cet exemple et par plusieurs autres , qu'il était environné d'hommes jaloux de son autorité , eut plus d'une fois la tentation d'y renoncer et de se retirer à la campagne. Il consulta ses amis à ce sujet 3 mais quoiqu'il fût déjà avancé en âge , tous , à Texception d' Agrippa , qui vivait encore à cette époque , le détournèrent de ce dessein , persuadés que personne mieux que lui ne convenait pour maître aux Romains.

11 consentit donc à rester sur le trône, où il ne songea plus , jusqu'à son dernier soupir , qu'à faire prospérer la république.

Ce fut quinze ans avant la mort d'Auguste , et sous le règne de ce prince, mes bons amis , que Notre Seigneur Jésus- Christ naquit à Bethléem, en Judée, ainsi que vous avez pu le lire dans les évangiles, et c'est de cette époque que date l'Ere chrétienne, qui commença Tan quatre mil neuf cent soixante-1 rois de la création du monde.

PROMENADE, eic. aSg

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