GALBA ET OTHON
Depuis l'fln 68 jusfju'u l'on 09 de 1 ère chrélicnne.
C’était sans doute un grand bonheur que d’être délivré d’un monstre tel que Néron; mais l empire n'était pas au terme de ses inalheurs, et vous allez voir ce qui arriva après la mort
de ce méchant prince.
Le juste châtiment de Néron causa une allégresse générale ; le peuple fit éclater des transports de joie, et les soldats pietoiiens, a qui le sénat avait promis beaucoup d’argent pour abandonner leur maître, attendirent avec impatience le nouvel empereur , dans 1 espoir de recevoir leur récompense dès qu il serait
arrivé. « , ,
Galba était encore dans les Gaules lorsqu il
apprit que le sénat et le peuple l’avaient proclamé empereur ; il marcha à l’instant sur Rome aussi vite que ses infirmités et son grand, âge le lui permirent, et prit en arrivant le titre de César, qui était devenu celui du maître de l’empire.
M dans une condition obscure , ce prince, lorsqu’il n’était que général, s’était tait aimer dans tous les pays où il avait commandé, par sa justice et l’exacte discipline qu’il faisait observer à son armée ; mais dès qu’il hit monté sur le trône, il se montra avide et cruel : s’il
n’eùt fait que punir les complices de Néron ^ et livrer aux bourreaux l'empoisonneuse Locuste , qui vivait encore à cette époque , Rome entière eût applaudi à sa juste sévérité ; mais il ne se borna point à frapper ces misérables, et poursuivit avec la dernière rigueur tous ceux qui , à tort ou à raison , avaient eu part aux prodigalités de ce prince extravagant. C’était par de semblables moyens qu’il se flattait de recouvrer les grosses sommes d’argent que Néron avait dissipées, et s’en faire lui-mème un immense trésor.
Cependant il ne songeait pas encore à donner aux soldats la récompense qu’on leur avait promise, et ces hommes turbulents ne cachaient déjà plus leur mécontentement: ils se moquaient Iiautement d’un maître vieux et infirme , qui n’avait même plus de cheveux sur la tête, car Galba était entièrement chauve et atteint de la goutte. Le peuple regrettait amèrement les spectacles que lui donnait si souvent Néron, et quoique le vieil empereur eût adopté pour son héritier un jeune homme aimable appelé PisoN, il fut aisé de prévoir que son règne ne serait pas de longue durée.
Dans ce temps-là, mes petits amis, il y avait encore à Rome un des anciens courtisans de Néron, que celui-ci avait exilé dans un instant de mauvaise humeur; il se nommait Othox, et avait été le compagnon de l’odieux empereur, lorsqu’il s’amusait à dévaliser les passants dans
ios rues dè Rome. Cet Othon, comme vous voyez, n’était pas un personnage très-recommandable; mais il lui avait pris envie de devenir empereur à son tour, et il aurait voulu que le vieux Galba l’adoptât et le fit César à la place de Pison.
Lorsque cet homme vit qu’il ne pouvait espérer de parvenir à l’empire par une adoption , il gagna un certain nombre de mécontents, et résolut de se faire proclamer par eux et de reverser Galba de son trône.
En effet, s’étant rendu sur la place publique, il ameuta une vingtaine de prétoriens qui se mirent à crier qu’ils voulaient Othon pour empereur; d'autres soldats qui les entendirent se joignirent à eux, et bientôt tout le camp des gardes se présenta en tumulte dans la ville , où ils proclamèrent Othon au milieu de la foule.
Galba, qui avait du courage, n’hésita point à sortir de son palais pour rappeler les mutins à l’obéissance ; mais à peine fut-il arrivé sur le Forum , que la litière dans laquelle il se faisait porter, fut renversée par les rebelles, et un soldat lui ayant coupé la tête, la plaça au bout d’une lance, et la promena ainsi dans les rues de la ville, avec celle du jeune Pison, qui fut tué dans le même moment par la populace.
Ainsi périt Galba , à l’âge de soixante-treize ans, après un règne de huit mois seulement, qui fut certainement le temps le plus malheureux de sa vie. C’élait finir tristement une exi- ' stcncc honorable, et il eût bien mieux fait de
— sine jamais songer à Tempire, qui lui devint si funeste.
On dit que lorsqu’il vit s’avancer le soldat qui le frappa d’un coup mortel, il se présenta à lui sans défense, en s’écriant: u Frappe, si c’est pour le salut de la république.» Ces paroles son fort belles, et viennent d’un bon citoyen.
Othon, élevé à l’empire par une sédition militaire , ne promettait pas un règne heureux; et l’on se souvenait trop à Rome de la mauvaise conduite qu’il avait tenue dans sa jeunesse, pour qu’il pût jamais s’y faire aimer.
Son premier soin fut de faire relever les statues de l’impératrice Poppée, dont il avait été autrefois l’ami, et de paraître favorable à la mémoire de Néron. Cependant il ne se montra point cruel, et empêcha par sa fermeté que la fureur des soldats ne se tournât contre un de leurs chefs qui, jusqu’au dernier moment, était demeuré fidèle à Galba.
Mais pendant qu’Othon se flattait à Rome de jouir paisiblement de l’empire, les légions de Germanie, qui ne savaient pas encore que Galba eût péri, voulurent aussi se donner un empereur, et choisirent un de leurs capitaines, nommé ViTEiuus, qu’elles saluèrent de ce litre.
Quelques soldats allèrent donc chercher ce général dans une maison qu’il habitait à Cologne, ville fondée autrefois sur les bords du Rhin par Agrippine, mère de Nértm, sous le
nom (I’Agrippiiva-Coionia , el l’ayant trouvé 'revêtu de son habit ordinaire, ils lui mirent en main une épée nue que l’on disait avoir appartenu à Jules César, et le portèrent ainsi de rue en rue, en le proclamant Auguste. Après cette cérémonie, Vitellius alla se mettre à table , car c’était là la principale affaire de sa vie, et il n’avait consenti à divenir empereur que pour mieux se livrer à ses appétits voraces.
Cependant lorsqu’il apprit que Galba était mort, et qu’Othon s’était emparé de l’empire, Vitellius se décida à envoyer une partie de son armée en Italie pour combattre ce dernier, et se rendre maître de Rome.. On vit alors s’allumer une nouvelle guerre civile, ce qui n'avail point eii lieu depuis la bataille d’Aclium, où, comme vous savez, Octave vainquit Antoine.
Les deux armées se rencontrèrent en Italie, à peu de distance des Alpes, dans un lieu nommé Bedriacuh, où s’engagea une bataille à laquelle Olhon assista en personne; mais les soldats du prétoire qui combattaient pour lui, plus accoutumés aux révoltes dans les rues de Rome qu’aux fatigues de la guerre , se dispersèrent devant leurs ennemis après une légère résistance , et abandonnèrent une victoire facile aux partisans de Vitellius.
Alors , suivant l’usage de ce tcmps-là, Othon résolut de ne pas survivre à sa défaite; après avoir donné* ses derniers ordres avec un sangfroid que l’on ne devait pas attendre d’un hoia-
me qui n’avait jamais montré de courage, il se relira dans sa tente , où il défendit .qu’on le suivit. Le lendemain ses affranchis, en entrant diez lui, le trouvèrent percé d’un coup de poignard, et presque sans vie ; il expira peu de temps après en leur présence, à l’âge de Irenlrsept ans, après un règne de trois mois seulement.
La nouvelle de la mort d’Olhon , en parvenant à Vilellius , lui causa une grande joie , parce qu’il se crut désormais paisible possesseur de l’empire; les portes de Rome lui étaient ouvertes, et il se mit en marche pour aller jouir d’un pouvoir qui ne devait pas non plus •'être pour lui de longue durée.