L’ÉRUPTION DU MONT VÉSUVE
Depuis fan 79 jusqu’à l’an 81 de l’ère chrétienne.
Titus, que nous connaissons déjà , en succédant à son père, paraissait destiné à consoler le monde entier de tous les maux qu’il avait soufferts. Sa douceur, sa modération, son affabilité lui acquirent si promptement le cœur de tous les peuples de l’empire, qu’il mérita d’être appelé les délices du genre humain , titre certainement plus glorieux pour un prince que celui de triomphateur et de terrible que quelques autres ont ambitionné.
En effet, jamais empereur, sans en excepter môme Auguste, dont les premières années avaient été si funestes à la république , ne se
montra par6 de tant de vertus : non coûtent d’être le bienfaiteur de ses peuples, il voulut même étendre sa clémence jusque sur les hommes les plus coupables, en déclarant- que jamais sous son règne aucun citoyen ne serait mis à mort: et il tint parole.
Deux patriciens avaient conspiré contre sa vie : Titus, renouvelant à leur égard la belle action d’Auguste envers Cinna, les fit appeler devant lui et après leur avoir remontré toute l’horreur d’un pareil dessein, il leur fit grâce, et voulut même que ce soir-là ils soupassent paisiblement à sa table. Ce ne fut pas tout encore : ayant appris que la mère de l’un des coupables, qui était absente de Rome, éprouvait la plus mortelle inquiétude sur le sort de son fils , quelle savait au pouvoir de l’empereur, celui-ci envoya sur-le-champ un courrier à celte dame pour la rassurer entièrement sur la conservation d’une tête si chère.
Après un pareil trait, mes enfants, vous ne serez point étonnés que cet excellent prince ait entièrement aboli les accusations de lèsemajesté, instrument toujours terrible entre les mains des mauvais empereurs, mais toujours rejeté par les bons. Il défendit qu’aucun Romain pùt être recherché ou inquiété pour des paroles prononcées contre sa personne, et fit jeter dans des îles désertes un grand nombre de délateurs, cette p*este publique, dont Tibère et Galigula avaient fait les agents les plus ac-
tifs de leur tyrannie; punition tout à fait digne de ces misérables, puisqu’il était juste d’éloigner de la société des hommes ceux qui en étaient les véritables fléaux.
Quelques-uns de ces scélérats, après avoir été fouettés et battus de verges sur la place publique, furent promenés honteusement dans l’amphithéâtre , puis vendus comme esclaves, sans doute pour les travaux les plus grossiers de la campagne, car je ne puis croire qu’un seul Romain eût osé introduire dans sa maison, même comme esclaves , des êtres malfaisants qui avaient causé la ruine des plus honnêtes citoyens.
Il me serait impossible de vous raconter, mes petits amis, tous les actes de justice et de bonté qui signalèrent l’empire de Titus. Le soir d'un jour où il n’avait pu trouver une seule occasion de rendre service à quelqu’un: O mes amis ! ditil d’un air triste à ceux qui l’entouraient, j’ai PERDU MA JOURNÉE. 11 Craignait tant de ne pas faire tout le bien qui dépendait de lui , qu’il avait coutume de dire qu’il ne fallait pas qu’aucun citoyen sortît mécontent de la présence de l’empereur.
Non content de combler les Romains de ses bienfaits, il voulut encore leur donner l’exemple des plus hautes vertus, et de celle même que les plus grands hommes de tous les temps ont le plus rarement pratiquée, c’est à-dire de l’empire de soi-même.
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Depuis sa jeunesse, il désirait ardemment* épouser une princesse juive, appelée Bébénice, qu’il aimait tendrement; mais ayant appris, lorsqu’il fut devenu empereur, que le peuple do Rome verrait avec peine une étrangère assise au trône des Césars, il n’hésita point à se séparer de Bérénice, et remporta ainsi sur luiinème une victoire inespérée, dont il trouva la juste récompense dans l’estime publique, qui s’attache toujours aux actions vraiment honorables.
Cependant le règne de cet excellent prince, fut troublé par les plus grandes calamités qui puissent peser sur la terre. Une peste violente, ravagea une partie de l’Italie : un nouvel incendie réduisit en cendres plusieurs quartiers de Rome, et enfin le Mokte Yésuve, ce volcan qui fume encore aujourd’hui à quelque distance de Naples, manifesta pour la première fois sa présence par une épouvantable éruption.
Comme vous ne savez peut être pas ce que c’est qu*un volcan , je vais tâcher de vous en donner une idée, avant de raconter les désastres que causa le Vésuve dans la première année du règne de Titus.
Un volcan est une montagne qui renferme, une quantité prodigieuse de matières métalliques et bitumineuses. Lorsque ces matières sont mises en action par un feu souterrain, qui existe naturellement dans la profondeur du sol, elles produisent des explosions effroyables cl lan-
ccnt de tous côtés des tourbillons de cendres, des pierres calcinées , des débris de métaux, et surtout des flols bouillonnants de bitume, qui , rendus liquides par la force du feu , se raffermissent en se refroidissant et deviennent en peu de temps aussi dur que la pierre. C’est à ces malicres brûlantes que l’on donne le nom de LAVE, et lorsqu’elles sont lancées par le volcan avec violence , elles se répandent à une distance considérable du pied de la montagne.
L’instant plus ou moins long où éclate extérieurement la crise du volcan se nomme son ÉRUPTION, mais dans les temps ordinaires, son action ne se manifeste que par des bruits souterrains, des tremblements de terre dans le voisinage, enfin par la chaleur excessive et continuelle des cendres qui se trouvent amoncelées à la bouche même du volcan, que l’on désigne par le nom de cratère.
Les sources qni avoisinent ces sortes de montagnes ont le plus souvent la propriété de donner des eaux chaudes et soufrées , qui s’emploient avec succès comme médicaments.
Dans les temps les plus reculés il existait en Europe, et même dans quelques provinces méridionales de France, un assez grand nombre de volcans qui semblent entièrement éteintsaujourd’hui. Le mont Etna, en Sicile, qui n’est séparé du Vésuve que par un bras de mer de peu de largeur, était célèbre dans l’antiquité par ses éruptions, et passait chez des païens
pour un des ateliers souterrains des Cyclopes; mais on a remarqué que depuis que le Vésuve a (kîlalé d’une manière si terrible, les effets de l’Eina sont devenus presque insensibles.
La première éruption du Vésuve, qui eut lieu au temps de Titus, fut certainement une des pins épouvantables par les désastres qui en résultèrent. Plusieurs villes populeuses, dont Her- CULAVUM et PoMPÉi soiît Ics plus célèbrcs, furent entièrement englouties par les cendres du volcan , qui les couvrirent au point d’en elîacer entièrement la trace.
Rien ne devait en effet paraître plus elTrayant que cette éruption du Vésuve, dont, à cette époque , la cause était entièreraept inconnue. La terre était ébranlée par de violentes secousses ; la mer , bouillonnante, semblait prête à sortir de son lit; le ciel paraissait embrasé; en mémo temps on entendait un bruit souterrain semblable à de violents coups de tonnerre; la cendre, disséminée de tous côtés, avait fait succéder la nuit au jour, et un grand nombre de personnes périrent étouffées par les vapeurs de soufre dont l’air fut infecté.
- Parmi les personnages qui trouvèrent la mort dans cette catastrophe, le plus célèbre de tous fut Plia’é ie natüraustr, savant écrivain lalin, dont vous lirez sans doute un jour les admirables ouvrages. Par amour pour la science, cet homme respectable entreprit de s’approcher du cratère, pour l’observer plus à son aise; mais II 3**
il tomba suffoqué par les vapeurs soufrées quexhalait le volcan, et sa mort fut encore un malheur à déplorer au milieu de tant de désastres, Pline est quelquefois surnommé I’Akcien, pour le distinguer de son neveu Pline le jeune qui vivait dans le même temps, et qui s’est illustré par son éloquence sous le règne de Trajan, l’un des plus dignes successeurs de Titus.
Je ne vous parlerais pas, mes enfants , avec tant de détails de cette éruption du Vésuve, et des malheurs qui en furent le résultat, si de nos jours on n’avait pas fait plusieurs découvertes qui répandent un vif intérêt sur tout ce qui rappelle ce grand évènement; je veux parler des travaux entrepris à Herculanum et à Pompéi, dont on a retrouvré successivement la plus grande partie, et où une infinité de monuments curieux et de précieuses antiquités ont été ren^ dus au jour; car ces deux villes ne furent point brûlées ni renversées par la lave, comme on l’avait cru d’abord, mais seulement couvertes de cendres que le temps a rendues solides, et sur lesquelles on a planté des vignes qui produisent un vin estimé.
C’est ainsi que l’on a découvert successivement un petit théâtre antique, des tombeaux, des rues entières , des maisons parfaitement conservées , où brillent encore des peintures précieuses; des ustensiles de ménage et de toilette , dont se servaient les anciens , ont été retrouvés . ainsi que des statues , des bijoux.
d’or et d’argent , des monnaies , et enfin des œufs et des olives qui ont résisté à un si grand noTnfire d’années. Beaucoup d’ossements humains ont été retirés de ces monuments , et l’on a môme aperçu dans une prison les restes d’un malheureux encore entouré des chaînes do fer dont il était chargé.
La conservation de beaucoup de ces choses curieuses après un si long espace ide temps (il y a maintenant près de dix-huit cents ans de. cet événement) n’a rien de surprenant, parce qu’on sait que les objets entièrement privés d’air ne sont point sujets à se détruire, comme ceux qui sont exposés journellement à l’influence des saisons et aux variations de la température.
Au milieu des désastres qui troublèrent ainsi le règne du meilleur des empereurs, ce prince consacra tous ses instants à cicatriser les maux qu’il pouvait soulager ; il parut se multiplier pour répandre des bienfaits, et ne négligea aucun des soins de son empire. Pour illustrer son règne, il acheva et rendit public le magnifique amphitéâtre que son père avait commencé et dont il existe encore à Rome des débris imposants connus sous le nom de Colossée ou CoLYsÉE ; ce fut dans cet édifice majestueux , dont les galeries pouvaient contenir, dit-on, cent mille spectateurs assis , qu’il fil exécuter des jeux de toute espèce, et jusqu’à des batailles navales, dont il donna le spectacle au peuple de la capitale, en faisant entrer la mer et des vaisseaux dans le cirque.
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Ces fêtes lui concilièrent de plus en plus l’affeclion des Romains , toujours avides de ces sortes de divertissements, dont les précédents empereurs, par leurs folles prodigalités, avaient introduit la passion et en quelque sorte le besoin dans les inœufs publiquesL.
Titus , chéW de son peuple , ne cherchant d’autre gloire que le bonheur de l’humanité, ©t l’un des bienfaiteurs du monde , ne régna que deux ans, et mourut de maladie dans la force de l’âge . Il ne laissa qu’une fille encore enfant; et son frère, qui lui succéda, n’était guère propre à faire oublier aux Romains le princc'verlueux qu’ils avaient perdu: le nouvel empereur était Domitien.