LA COLONNE TRAJANE
Depuis l’an 99 jusqu’à l’an 118 de l’ère chrétienne. •
Du temps de Domitien, les nations barbares qui habitaient de l’autre côté du Rhin et jus-
2 ue sur les- bords du Danube, /^étaient enharies par les malheurs inlériéurs de l’empire, et avaient battu dans plusieurs occasions les légions romaines chargées de garder les frontières de la Germanie : les Daces ou Gêtes ha-: Citants ces pays que nous noihmons aujourd'hui* LA Moldavie et la VALACHi^-j^ , étaient alors les plus redoutables de ces têrbares. . -
Ces peuples s’étant çèpandus dans les provinces les Romains occupaient en Gqcmar nie, Doinîtien s’avança pour les combattp ; m^s^: comme il était trop lâche pour en^vènir aux mains avec de semblables ennemis’ ni se hâta de solliciter une p(|ix honteuse de leur roi Dé- CEBALE, en s’engageait à lui payer chaque année un tribut s’il consentait à s’arrêter dans sa marche.
A ce prix, Décebale voulut bien accorder la paix à l’empire, et Domitien s’eh.^evint à Rome en triomphe, comme, s’il eût remporté une . grande victoire ; on dit même qu’il fit marcher devant son char une foule de pauvres paysans qu’il avait fait travestir à la manière des Germains, pour figurer les prisonniers, qu’il prétendait avoir faits dans cette guerre.
De pareilles supercheries, comme vous pensez bien, n’en imposèrent à personne; et les Barbares continuèrent à se montrer chaque jour plus entreprenants et plus terribles. Ce fut pour arrêter ce fléau que Nerva sq. détermina à envoyer en Germanie Trajan, son fils adoptif, qu*Uî
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chargea de repousser ces étrangers et de faire respecter les frontières de l’empire.
Trajan n’était point Romain ; il était né en Espagne, et je dois vous faire remarquer qu’il fut le premier empereur dont l’origine ne fut point italienne. Depuis cette époque, cet exemple fut suivi dans un grand nombre de circoiislaiices, et nous verrons plus tard que les Romains allèrent souvent chercher des maîtres parmi les nations barbares qui désolaient l’empire.
Trajan était encore occupé à contenir les Germains, lorsqu’il apprit à la fois la mort de l’empereur Nerva et sa propre élévation à l’empire. 11 écrivit aussitôt au sénat pour le remercier et ne parut plus songer qu’au bonheur des peuples qu’il était appelé à gouverner. Cependant il fut encore obligé de rester quelque temps en Germanie, avant de se rendre à Rome, ou il était impatiemment attendu de tout le peuple. Au lieu d’étaler ces pompes fastueuses qui avaienl coûté si cher aux Romains sous les autres Césars , Trajan en entrant dans la ville , sembla plutôt un père qui revient dans sa famille après une longue absence, qu'un empereur magnifique et tout puissant. Il marchait a pied au milieu de la foule , où chacun pouvait le voir et môme lui parler; quelques licteiurs seulement le précédaient pour lui ouvrir un passage: il saluait gracieusement les sénateurs et les chevaliers qui se présentaient à scs yeux:
une "sage modestie se faisait remarquer* dans son maiiilicn, et son visage exprimait la-douceur et là bienveillance: la joie du peuple fut au comble en voyant ce grand prince dont l’aspect était si aimable, et dès ce moment on lui décerna d’une commune voix le litre glorieux de père de la patrie.
- En effet, Trajan n’eut plus d’autre pensée que le bien de son empire; il établit à Rome d’immenses magasins de blé , pour aider les pauvres dans les années de disette: il rendit au peuple une justice exacte, et punit sévèrement les nouveaux» délateurs que le farouche Domitien avait encouragés par des récompenses par son ordre, un grand nombre de ces méchants furent embarqués sur des vaisseaux pour être transportés dans des îles désertes , mais dans la traversée une violente tempête fit périr la plupart des navires qui les portaient, sans que personne prit la peine de plaindre ces misérables.
- L’impératrice Plotine, femme de Trajan, le seconda dans ses vues bienfaisantes, et cette princesse contribua beaucoup à fôire aimer le règne de son mari.
Cependant les Daces, qui n’avaient point oublie la lâcheté de Domilicn, ne tardèrent pas à renouveler leurs incursions sur les frontières de la Germanie, et Trajan se décida à aller en personne les combattre de nouveau : celle fois ces turbulents ennemis furent complètement
vaincus; leur chef Décebale, d’abord obligé de se soumettre, se donna la mort peu de temps après, et ïrajan reçut à celte occasion le sur^ nom de Dacique, et les honneurs d'un double triomphe qu’il avait bien mérité.
L’empire romain était si vaste et environné de tant d’ennemis différents, que la plus grand partie du règne de Trajan se passa dans des guerres continuelles. A peine les Daces furentils soumis, que les Parthes, que vous connaissez déjà, ayant élevé des prétentions injustes contre Rome, ïrajan résolut de les en punir, et celte guerre devint pour lui une suite de glorieux succès.
Il réunit à l’empire, déjà si étendu, plusieurs belles provinces, et entre autres la Mésopotamie dont parle l’Écriture sainte, et s’avançant ensuite en Asie il atteignit quelques-unes des provinces qu’ Alexandre -le-Grand avait conquises autrefois sur l’empire des Perses, comme vous avez pu le lire dans vnistoire grecque. De même que ce conquérant, il passa le Tigre, et vint à Babylone, presque détruite alors, mais où on lui .montra encore la maison où le roi de Macédoine était mort plus de quatre cent quarante ans auparavant.
En mémoire de ces événements remarquables, Trajan fit élever à Rome une colonne célèbre, qui porte son nom, et qui existe encore à présent. Elle est moins haute, mais presque aussi magnifique que cette belle colonne que II 4
l’empereur Napoléon a feit construire à Paris comme un monument de ses victoires, et qui est aujourd’hui surmontée de sa statue dans le costume qu’il portait habituellement à la guerre.
Ce fut en Asie, au milieu de ces triomphes éclatants, que Trajan , alors âgé de soixanteneuf ans, dont il avait régné dix-neuf, fut atteint d’une maladie cruelle qui ne laissa bientôt plus d’espoir de sauver ses jours. Sentant sa fin prochaine. il voulut être transporté à Rome mais dans le trajet il mourut à Sélikorte dans l’Asie-Mineure, qui depuis ce temps reçut le nom de TiujARorous , ce qui voulait dire ville de Trajan.
On doit regretter que ce prince illustré par tant de qualités précieuses, ait terni sa gloire par un goût immodéré pour le vin , passion honteuse et abrutissante qui abaisse les hommes au niveau des bêtes ; doué d’une ame élevée et généreuse, il ait associé son nom à ceux de Néron et de Domitien, en persécutant comme eux les chrétiens. Je dois vous dire pourtant, mes enfants, qu’il ne déploya pas contre le christianisme la même fureur que ces princes impitoyables , et défendit mén\.e qu’on fit des recherches pour découvrir les Romains qui avaient embrassé celle religion.
Après sa mort, comme après celle d’Alexan- -dre, ses conquêtes en Asie furent successivement perdues; et vous verrez bientôt que les
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Irmiles de Tempirc en Orient ne dépasseront pas longtemps le cours du Danube et de l’Euphrale.
Le règne de Trajan fut honoré par deux hommes qui eussent suffi pour illustrer tout un siècle ; je veux parler de l'historien Tacite, dons vous apprendrez plus tard à apprécier les admirables écrits ; et de Pline-le- Jeune, neveu du Naturaliste, qui, après avoir vécu dans la familiarité de l’empereur Trajan, prononça dans le sénat un éloquent panégyrique de son bienfaiteur, qui est heureusement parvenu jusqu’à nous.