LES FILS DE SEVERE
Depuis l’an 198 jusqu’à l'an 212 de l’èrc chrétienne.
. Seplime Sévère avait deux fils , qu’il éleva successivement à la dignité d’Auguste, c’est-àdire qu’il associa de son vivant meme à tous les honneurs de l’empire.
• L’aîné se nommait M.4RC-AiiRÈtE-AifTORiiï, quoiqu’il n’eût aucune des vertus de ces deux excellents princes; mais il n'est connu dans l’hisloire que sous le nom de Caracalia , qu’on lui avait donné à cause d'un vêtement gaulois ainsi nommé qu'il portail habituellement.
. Le second s’appelait Géta, et son caractère
était aussi aimable que celui de son aîné é tait sombre et farouche; l’impératrice Jui.ia-Do9i»a, leur mère , avait toujours préféré celui-ci , à cause de sa douceur, et ce fut peut-être une des raisons de la haine que Caracalla conçut contre son frère.
.Gela n'avait que huit ans lorsque l’empereur frappait d’une manière si terrible les vingt-neuf sénateurs qu’il avait résolu de punir; mais il parut si profondément affligé en entendant Sévère ordonner tant de supplices, que ce prince, qui s’en aperçut lui dit en le caressant: « Mon enfant , ce sont autant d’ennemis dont je vous délivre.))
Alors le petit prince demanda tous bas à ceux qui l’entouraient si ces malheureux proscrits n’avaient pas des enfants , des parents et des amis ; et comme on fut obligé de lui dire qu’ils en avaient un grand nombre: « 11 y aura donc, s’écria-Ml, plus de gens qui pleureront notre victoire , que nous n’en verrons prendre part à notre joie ! ))
Cette réflexion d’un enfant de huit ans fit une profonde impression sur l’esprit de Sévère, et l’on dit que peut-être il eût pardonné à ses victimes , si Caracalla, qui était présent, n’eût demandé au contraire que l’on fît périr avec elles tous leurs proches: l’empereur repoussa celte proposition comme elle le méritait v et Géta, en l’entendant s’écria avec indignation: « Ah ! puisque vous n’épargnez personne, vous tueriez ^gne aussi votre frère? )i II 5
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Dans la suite, on se souvinl dé ces paroles qui parurent avoir été dictées par un triste pressentiment.
Septime Sévère , malgré son caractère vindicatif et cruel , possédait la plupart des qualités qui font les ^ands princes: extrêmement simple dans sa vie privée, il se montrait magnifique dans les dépenses publiques; il contint avec fermeté les Barbares qui menaçaient d’envahir les Gaules, et fit élever dans l’île de Bretagne, au delà du rempart d’Adrien , une nouvelle muraille destinée à arrêter les courses des Calédoniens. Son règne fut vraiment glorieux pour Rome , mais les dernières années de sa vie furent cruellement troublées par les chagrins que lui causa l’infàme Caracalla , qui ne pouvait cacher son impatience de régner seul.
Ce monstre , par des révoltes sourdement excitées parmi les soldats, avait d’abord inutilement tenté de renverser son père et d’éloigner Géta de l’empire; mais Sévère, usant à la fois d’indulgence et de rigueur envers les coupables, avait su les amener au repentir en les condamnant à mort , et en ne leur pardonnant qu’en présence même du supplice. Son indigne fils fut le seul que ne toucha point cet acte de clémence, et voyant tous ses complots criminels entièrement déjoués, il osa concevoir la pensée de porter lui-même ses mains parricides sur la personne de l’empereur.
‘ Un jour que Sévère et Caracalla s’avançaient ensemble , contre les Barbares de l’ile de Bretagne ^ ce fils dénaturé tira son épée> et s’élança sur son père , qui marchait à quelques pas devant lui; heureusement ceux qui les suivaient ayant vu son mouvement , jetèrent un cri d’effroi , qui avertit l’empereur, et déconcerta le meurtrier.
Sévère fut assez maître de lui pour ne point laisser éclater en public sa juste indignation; mais le soir même il manda le criminel dans sa tente, où il n’avait retenu que Patisien, préfet du prétoire , et l’un de ses affranchis appelé Castor , qui étaient tous deux des hommes sûrs et dévoués.
’ Alors, en présence de ces deux témoins, le malheureux prince représenta à ce fils ingrat toute l’énormilé do son crime, insistant principalement sur la témérité qu’il avait eue d’attenter à sa vie en plein jour et en présence de toute son armée.
« Maintenant , ajouta-t-il en lui présentant une épée nue, si c’est un parricide que vous voulez absolument commettre, prenez cette épée, et accomplissez votre dessein; vous ôtes jeune et vigoureux , et moi je ne suis qu’un vieillard faible et infirme ; ou si quelque pudeur vous retient encore, ordonnez à Papinien que voici, de porter à l’instant môme ses mains sur votre père; il vous obéira certainement, puisque vous êtes son empereur.»
Ge peu de paroles prononcées avec tant de douceur et de modération auraient dù faire mourir Caracalla de douleur et de repentir aux pieds de cet excellent père, qui n’en tira point d’autre vengeance: mais le cœur de ce misérable était tellement endurci que le remords même n’y pouvait pénétrer. c î;
L’empereur Sévère ne survécut que peu de temps à des peines aussi cruelles; ses dernières paroles furent tristes, et peignent bien la situation de son âme: (( J’ai été tout, dit-il a ceux <pii l’entouraient, et maintenant il ne me reste rien. » Puis il se fit apporter l’urne où devaient être renfermées ses cendres: « Petite urne, ditil en la prenant dans ses mains, tu contien-; dras bientôt celui pour qui l’univers était trop étroit.)} , , tni' jLLaiiî *’ ?rr
L’extrême activité de son esprit se soutînt jusqu’au dernier moment de sa vie; et un in-, st mt avant^d’ejtpirer, il demandait à ses amis s'il n’avait pas encore quelque chose à faire, >