LE MEURTRE DE GÉTA
Depuis l’an 212 jusqu’à l’an 218 de l’ère chrétienne»
Si rien n’est plus agréable à voir que Tu-nion de deux frères, me petits amis, il n’y arien aussi de plus affligeant que le spectacle de leur inimitié.
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Caracalla avait un trop mauvais cœur pour pouvoir jamais aimer personne; et son impatience de régner seul lui avait inspiré une haine Tiolenle contre le jeune Géta, dont l’existence était Tunique obstacle à ses vues ambitieuses.
Aussitôt que Sévère eut rendu le dernier soupir dans Tîle de Bretagne, ses fils se mirent en route pour porter à Rome les cendres de leur père, qui devaient être déposées dans le tombeau des Antonins. Aucun dissentiment n’éclata entre eux pendant ce voyage , mais il était aisé de voir qu’une défiance mutuelle les séparait.
Malgré toutes les instances de leur mère Julia, les deux princes ne consentirent jamais, pendant ce trajet, qui fut très-long, à partager le meme logement; ils ne prirent pas même ensemble un seul repas, de crainte d’être empoisonnés Tun par Tautre, et ne s’approchèrent pas une fois, sans être entourés do gardes et d’olficiers.
Lorsqu’ils furent arrivés à Rome, ils hésitèrent tous deux à occuper ensemble le palais impérial; mais comme ce palais était presque aussi grand qu’une ville, ils s’y décidèrent enfin, ayant soin de se barricader chacun chez soi , comme si un ennemi formidable eût été à leur porte.
Cependant l'impératrice s’efforçait par ses caresses de les rapprocher Tun de l’autre; Géta, dont le cœur était bon, pai*aissait tout disposé
è embrasser son frère; mais celui ci manifestait chaque jour davantage l’animosité qu’il lui portait.
Enfin ne pouvant se résoudre à vivre ensemble, ils conçurent chacun de leur côté l’idée de partager le monde en deux États indépendants, dont l’un eût appartenu à Caracalla, qui eût continué à résider à Rome, tandis que le siège de l’autre eût été placé en Asie ou en Égypte, sous la domination de Géta.
Ce projet de diviser l’empire en deux parties est digne de remarque, parce que dans la suite il fut accompli par les successeurs de Constantin-le-Grand, comme nous le verrons plus tard.
‘ Mais Julia-Domna , qui n’avait pas encore perdu l’espoir de réconcilier ses deux fils, les ayant à dessein appelés auprès d’elle, les supplia en pleurant de ne point partager l’empire, puisqu’ils ne pourraient en même temps partager leur mère. Ceux qui assistèrent à cette scène touchante furent attendris jusqu’aux larmes de la douleur de celte princesse. Géta promit de tout faire pour lui être agréable * mais Caracalla résolut dès lors de mettre fin à ces dissensions continuelles.
En effet, ce monstre désespérant de pouvoir aUeindre son ennemi autrement que par trahison, feignit tout à coup de vouloir se réconcilier avec lui; il pria sa mère de les recevoir tous deux dans son appartement , pour jouir du spectacle d’une réunion sincère. Géta, éloir