‹ L'histoire romaine racontee aux enfants (volume 2)Chapitre 25 sur 39 · ALEXANDRE SEVERE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE SEVERE

Depuis l’an 222 jusqu’à l’an 235 de l’ère chrétienne.

Comme Alexandre Sévère n’avait que dixsept ans lorsqu’on le fit empereur, mes pelils amis, ce fut son aïeule Julia Mœsa et sa mère Mammée qui gouvernèrent l'État, jusqu’à ce qu'il fût en âge de régner par lui-méme; je dois même vous dire que ces deux princesses montrèrent alors une grande sagesse , en plaçant autour du jeune prince les plus illustres personnages de son temps. Elles interdirent de nouveau aux femmes l’entrée du sénat, et observèrent rigoureusement pour elles-même cet usage respectable.

Dans tous les temps les Romains avaient eu la coutume d’introduire dans leur ville le culte des divinités qu’ils trouvaient honorées dans les différents pays dont ils faisaient la conquête, et Élagabale, en sa qualité de prêtre du soleil, comme vous l’avez vu, n’avait pas manqué de faire apporter l’image grossière de son dieu dans le temple magnifique qu’il lui avait fait élever sur le Mont Palatin^ Alexandre se hâla de renvoyer en Asie ce dieu étranger, et en même temps, comme le nombre des chrétiens

ô’élaît considérablement accru dans reihpire depuis quelques années, il permit que le christianisme fût honoré dans une des salles du palais impérial, quoiqu’il fût encore bien éloigné lui-même de le regarder- comme la vérilablo religion.

‘ Ainsi les plus sages empereurs se montraient tolérants envers ce nouveau culte, mais le peuple conlinuait à délester lés chrétiens, que les prêtres païens lui avaient appris’ à regarder comme la cause principale des malheurs de l’empire.

Alexandre, doué de toutes les qualités qui distinguent les grands rois,’ commença de bonne heure à les laisser paraître , et jamais on ne put lui reprocher, comme à la plupart des empereurs qui l’avaient précédé, d’avoir répandu une seule goutte de sang sans la plus absolue nécessité.

Plein de respect et d’affection pour sa mère Mammée et son aïeule Mœsa' (à laquelle il accorda les honneurs de l’apothéose lorsqu’elle mourut), il suivit constamment leurs sages avis, et se montra favorable au. sénat, auquel il témoigna toute sa vie la plus grande déférence. Pour qu’aucune classe du peuple ne pût se plaindre de lui, il voulut que l’entrée de son palais fût ouverte à tous les Romains: chacun pouvait ainsi lui parler sans diflîcullé, et souvent même il se rendait sans gardes aux bains publics, où il ne se distinguait des au-

très citoyens que par sa robe de pourpre. Simple et modeste dans ses habillements , il se montrait affable et poli envers tous ceux qui l’approchaient; la frugalité, qualité qui a toujours appartenu aux princes vertueux, présidait à sa table, et pendant ses repas, au lieu des danseurs, des musiciens ou des gladiateurs que l’on voyait dans les salles du palais sous les autres empereurs, il n’avait d’autre distraction que celle d’une lecture utile et intéressante, que lui faisait à haute voix un de ses officiers. On dit qu’il avait fait écrire dans plusieurs endroits de ses appartements, cette belle maxime des chrétiens , que nous ne devrions jamais perdre de vue: « Ne faites pas à autrui ce. que vous ne voudriez pas qu’on vous fit.»

Dans le temps qu’ Alexandre Sévère régnait à Rome, il arriva en Asie un événement fort remarquable qui devait par la suite causer de grands désastres à l’empire : le royaume des Perses, qui depuis plus de cinq cents ans n’était qu’une province soumise aux Parthes., se releva tout à coup, et devint une puissance redoutable. '

Un prince, nomme Artaxercès, fils d’un soldat appelé Sassan, qui prétendait descendre de Darius Codoman, vaincu par Alexandr.e-le-Grand, chassa les Parllies de cette conti'éc , et devint le chef d’une longue suite de rois, qui reçurent le nom de Sassanides. Il ne faudra point oublier à quelle époque de fliisloire romaine,

se rapporte, mes petits amis, le rétablissement de celle nouvelle monarcliie perse, qui s’élendit bienlüt sur tout le centre de l’Asie, depuis la mer Caspienne jusqu’au golfe Persique et depuis le fleuve Indus jusqu’aux bords de l’Eupbrale et du Tigre,

Le fier Artaxercès, non content d’avoir ainsi arraché aux Parllies un empire immense, résolut de chasser aussi les Romains de leurs provinces asiatiques; une pompeuse anibassa^e de quatre cents jeunes Perses , aussi remarquables par leur beauté et leur taille élevée, que par la richesse de leurs équipages et l’élégance de leurs chevaux, se présenta devant Alexandre Sévère,- pour lui ordonner, au nom du Grand-Roi (e’élait le titre qu’avait pris le Sassanide) d’abandonner à l’instant môme les pays que. les Romains possédaient en Asie. Sèvère fut indigné de ce message insolent d’un barbare, et de part et d’autre on se prépara à la guerre. L’empereur lui-même se rendit dans la Mésopotamie, celle province dont il est si souvent question dans Vllistoire Sainte; et après plusieurs combats sanglants, mais où la victoire demeura incertaine, il s’estima heureux d’avoir forcé les Perses à respecter les frontières de l’empire, et sa mère Mammée, qui ne quittait jamais son fils, le ramena à Rome pour y recevoir les honneurs du triomphe.

Cependant les soldats romains^, gui s’étaient tant illustrés autrefois par leur courage et leur

discipline, devenaient chaque jour plus turbulents et plus mutins ; non seulement ils exigeaient que les empereurs , lorsqu’ils étaient élevés au trône, leur fissent des remercimeuls publics, et d’abondantes distributions d’argent, mais eneore ils prétendaient vivre selon leur •bon plaisir , et ravager les provinces sans en être punis. Le poids de leurs armes même les incommodait, et ils n’avaient pas craint de déposer ces pesantes cuirasses qui faisaient autrefois la force des légions. Outre cela, le grand nombre de barbares que les empereurs avaient pris à leur service, parce que llome et l’Ilalie ne leur fournissaient i)bis qu'un petit nombre de soldats, avaient introduit parmi les troupes des habitudes d’ivrognerie et de pillage.

Alexandre tenta de réprimer .ces désordres par des exemples sévères; une légion s’élant révoltée , et ayant tourné en ridicule un empereur qui ne marchait jamais sans être accompagné de sa mère , ce prince lui ôta scs aigles (ce qui était la plus grande punition qu’une troupe put recevoir), et ne consentit à les lui rendre qu’après trente jours de prières et de repentir. Cette juste rigueur fit d’abord rentrer les turbulents dans le devoir, mais bientôt après, ne pouvant plus se façonner à la discipline, ils se mutinèrent de nouveau.

Dans les armées romaines qui étaient campées sur les bords du Rhin, où Alexandre s’était rendu aussitôt après son triomphe sur les

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Perses, se trouvait alors un soldat barbare appelé Maxijii5, d’une taille tellement élevée, qu’il était connu dans tout l’empire comme l'iiomme le plus grand et le plus fort de celte époque; on assure qu’il avait sept pieds et demi de bauteur , que vingt livres de viande satisfaisaient à peine son vorace appétit de chaque jour, et qu’un petit tonneau de vin ne pouvait étancher sa soif; il courait, dit-on, aussi vite qu’un cheval, et après une course de plusieurs lieues , terrassait successivement seize lutteurs vigoureux sans se reposer. Dans sa jeunesse, Maxiinin avait été berger sur les montagnes de Tbrace, et avait montré une bravoure incroyable contre les bêles féroces et les brigands , dont ces contrées étaient infestées.

Toutes scs manières se ressentaient de celle origine sauvage; néanmoins, comme il n’était pas moins vaillant que robuste , il était parvenu en peu de temps aux premiers grades de la milice romaine. Sévère, lui-méme, l’avait honoré comme un guerrier formidable aux ennemis; mais cet ingrat, faisant usage contre cet empereur du pouvoir qu’il tenait de ses bienfaits, excita contre lui une révolte imprévue , dans laquelle ce jeune prince fut égorgé avec sa mère Maminée.

Je vous prie de remarquer, mes petits amis, que c’était alors la lin de presque tous les princes romains, et comme chaque armée se donnait au moins un empereur, U était très-ordi-

naire de voir'â la fois plusieurs peràonnagés s’attribuer la dignité impériale.

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