LES TROIS GORDIENS
Depuis Tan 235 jusqu’à l’an 248 de l’ère clirclicnne.
Jusqu’à cette époque , mes enfants , aucun homme d’origine barbare, ni même de basse naissance, n’était parvenu à l’empire ; Néron, comme je vous l’ai fait remarquer, fut le dernier César de la famille d’Auguste, et depuis sa mort tous les empereurs qui s’étaient succédé avaient été de vaillants généraux d’armée, ou de nobles patriciens. Galba, Olhon, Vitellius, Vespasien et ses fils, Trajan, Adrien, les Antonins, Seplime Sévère, appartenaient tous aux plus illustres familles de Rome ou des provinces , et le méprisable Élagabale lui-inôme n’avait dû son élévation au trône qu’à sa parenté supposée avec Caracalla ; aussi l’étonnement et l’indignation furent-ils grands à Rome, parmi le sénat et le peuple , lorsqu’on y apprit que le sauvage Maximin , né de parents barbares sur les bords du Danube venait d’être ploclamé empereur par les légions de Germanie.
L’humeur farouche du nouveau César , son ignorance, ses manières communes, son langage grossier, et bientôt la cruauté dont il fit
preuve,’ jetèrent Teffroi dans tout l’empire : on sut en peu de temps que, dans plusieurs villes romaines, son avarice égale à sa brutalité avait dépouillé les temples des dieux des ornements et des trésors qu’ils renfermaient, pour les distribuer à ses soldats , dont la plupart rougissaient eux-mêmes de recevoir leur part de ces sacrilèges. Cet homme stupide ne pouvait souffrir auprès de sa personne, ni meme dans son armée aucun de ceux qui appartenaient aux familles distinguées de l’empire, et l’on assure que plusieurs sénateurs, dont le seul tort était d’avoir connu son origine obscure, périrent écrasés sous sa massue, ou furent dévorés par des chiens après avoir été revêtus de peaux de bêtes fauves fraîchement écorchées.
Personne cependant n’osait se lever contre ce monstre, qui n’avait encore signalé son régné que par des meurtres, et le pillage des temples, lorsqu’un événement imprévu éclata dans une contrée éloignée, et prépara sa ruine.
Je crois vous avoir dit , il n’y a pas longtemps, mes petits amis, que les provinces appartenant à l’empire étaient gouvernées par des magistrats auxquels on donnait le litre de Pro- CON6UI. , ce qui voulait dire celui qui tient la place du consul.
Or, le proconsul qui gouvernait l’Afrique au temps de Maximin , se nommait Gordien , et c'était un vieillard vénérable , appartenant à Punc des plus illustres familles de Rome : son
père descendait des Gracques, ces nobles tribuns dont je vous ai parlé il n’y a pas longtemps, et sa mère était petite-fille de l’empereur Trajan. Gordien possédait de grandes richesses en Italie, et entre autres un palais magnifique que le grand Pompée avait occupé :
revêtu autrefois de la dignité d’édile , dont vous savez que les fonctions consistaient surtout à ])résider aux jeux publics , il s’était concilié l’estime et l’aiTcction du peuple par la magnificence qu’il avait déployée dans les spectacles et les combats d’animaux et de gladiateurs. Le fils de ce proconsul, qui se nommait Gordien comme lui, l’avait accompagné dans son gouvernement d’Afrique, et tous deux par leur douceur et leur justice s’étaient fait aimer des citoyens et des soldats. Une révolte causée par la dureté d’un officier qui avait été chargé par Maximin de dépouiller les temples de cette province, ayant éclaté dans une petite ville nommée Tiiysdkus, où se trouvaient par hasard les deux Gordiens, les jeunes gens de cette ville tuèrent cet homme injuste, et, déclarant qu'ils ne voulaient pas obéir plus longtemps à un tyran capable d’ordonner de pareils sacrilèges, supplièrent les Gordiens de se laisser tous deux proclamer empereurs : ceux-ci ne se rendirent qu’avec peine à leurs prières, car ils connaissaient le danger auquel ils s’exposaient; mais enfin ils y consentirent, et leur premier soin fut d’écrire humblement au sénat de Home pour solliciter son assentiment.
Le respect que les Gordiens lémoigncrenl i\ celte grave assemblée par celle démarche modeste, leur concilia l’estime de tous les bons citoyens, et chacun sc félicita d’avoir enfin pour maîtres des princes qui se soumc liaient aux anciennes lois.
Il existait à Rome un temple, où, dans les circonstances graves, les sénateurs avaient coutume de se réunir pour délibérer secrètement sur les affaires du moment. Ce temple était celui des Dioscures, Castor et Pollux, dont vous avez sans doute appris la fable dans la Mythologie; ce fut dans ce lieu que le sénat s’assembla pour prendre connaissance des lettres des Gordiens, cl celte lecture fut interrompue par les acclamations de tous les assistants , qui ne se séparèrent qu’après avoir déclaré Maximin ennemi public, comme autrefois Todieux Néron, et proclamé les deux Gordiens Augustes et Césars. Le bruit qui s'en répandit rapidement excita des transports de joie dans toute ritalie; les statues du tyran partout renversées, furent traînées honteusement dans les rues de la capitale, où quelques prétoriens que l’on supposait lui être dévoués, furent égorgés par la multitude.
Ainsi, mes enfants, chaque révolution nouvelle était signalée par les excès de la populace et des soldats , et les Romains ne semblaieftt plus destinés qu’à se déchirer de leurs propres mains,
Mais tandis que ravénemenl des Gordiens faisait nailre ainsi de nouvelles espérances, ces deux empereurs avaient déjà péri en Afrique, çn combatlant une armée de Maures, que conduisit contre eux un des officiers de Maximin : ces bons princes n’avaient porté la pourpre que trent-six jours, et l’on apprit en même temps ù Rome leur mort funeste , et l’approche de Maximin, qui, après avoir vaincu successivement les Germains sur le Rhin et sur le Da- 3iube , marchait avec ses légions victorieuses sur l’Italie, où il se préparait à tirer une vengeance terrible de ceux qui avaient osé embrasser le parti de ses adversaires.
A cette nouvelle le sénat, triste et silencieux, s’assembla dans le temple de la Concorde; tous les visages étaient pâles et consternés, et personne n’avait encoreosé prendre la parole, lorsqu’un sénateur appelé ïkajan, qui appartenait, comme les Gordiens , à la famille de l’empereur de ce nom, élevant la voix: « Romains dit-il avec fermeté , nous avons perdu sans doute deux excellents princes , mais ce n’est point line raison pour que la république périsse avec eux; je vois ici parmi vous un grand nombre de personnages dignes de prendre leur place.
Maximin s’avance et nous n’avons point d’empereur à lui opposer; pour moi, sans hésiter, et dût mon audace me coûter la vie, je vous propose de proclamer à la fois deux personnages qui par leur courage et leurs vertus ne
sont point au-dessous de la majesté impériale; saluons empereurs Maxime et Baibiiv, dont nous estimons tous le mérite; c’est honorer la pourpre que de faire un pareil choix, n
Ce discours fut accueilli par les acclamations de l’assemblée qui s’écria de toutes parts: Victoire et longue vie aux empereurs Maxime et Balbin! Ces deux sénateurs, qui étaient honorablement connus dans Home, furent aussitôt proclamés par leurs collègues, et la foule qui entourait le temple avec inquiétude, répéta les cris du sénat. Cependant pour satisfaire le peuple et les soldats, qui témoignaient encore leurs regrets d’avoir perdu les Gordiens d’Afrique , le sénat adjoignit aux nouveaux empereurs uii enfant de treize ans, petit-fils du premier de ces princes, auquel on donna le nom de Gor- DiEx-LË-jEUNE, pour le distinguer de son oncle.
Pendant'ce temps le farouche Maximin s’approchait <le ritalie en suivant les bords du golfe Adiialique, et quelques marches à peine le séparaient des portes de Rome, lorsqu’il se trouva arrêté par le débordement de plusieurs rivière^ qui se jettent dans cette mer , devant une vill(f forte, nommée Aquilée , où une légion romaine s’était enfermée par Tordre du sénat : c’était là que le tyran devait trouver une lin digne de ses crimes.
Indigné de rencontrer un obstacle qu’il n’avait point prévu, Maximin menaça les habitants d’Aquilée de raser leur ville s’ils osaient re-
fuser (le lui ouvrir leurs portes; pour les effrayer, il abandonna le pays envu'onuant aux* ravages de ses troupes, et fit arracher toutes les vignes qui en faisaient la richesse et l’orucinent. Mais ses menaces et ses fureurs ne firent qu’exciter la valeur des défenseurs d’A- (luilée, et landis qu’il se consumait en vains eilorls devant leurs murailles , la famine et les nudadies qui se déclarèrent dans son armée, en diminuèrent rapidement la force. De la souffran^, , les soldats passèrent aux murmures, hiennjt une révolte furieyse éclata dans leurs rangs: une troupe de prétoriens qui se trouvaient au camp de Maximin, lassés de tant de privations, entourèrent sa tente et Dégorgèrent avec son fils, âgé de dix ans seulement, et ce double meurtre mit fin à cette guerre funeste, mais non aux malheurs de l’cinpirc.
Cependant les empereurs Maxime et Balhin, qui par leur fermeté et leur dévouement aux V()lonlés du sénat , avaient arraché Rome et l'Etat aux furieurs de Maximin, ne jouirent pas longtemps du succès qui avait couronné leurs efiorts. Une défiance fatale se mit entre«eux, et les soldats mécontents de ce qu’ils appelaient leur avarice , parce qu’ils refusaient de leur livrer les Iri^sors de l’empire , profitèrent de cette mésintelligence pour les surprendre dans leur palais, où ils étaient restés presque seuls pendant des jeux publics, et les massacrèrent impitoyablement. l,e César Gordien, seul épar-
gné par ces furieux, fut proclamé empereur au milieu de leur camp, où ils l’avaieiil forcé de les suivre.
Ce prince, quoique bien jeune encore, annonçait déjà toutes les belles qualités qui semblaient appartenir à sa famille ; il aimait à s’entourer d’hommes vertueux et instruits, et, comme Alexandre Sévère, il prenait plaisir à entendre des lectures sérieuses et utiles; mais ce trône si souvent ensanglanté devait aussi lui être funeste; et il était à peine âgé de dix-neuf ans, lorsqu’une terrible catastrophe vint mettre fin à son règne et à sa vie.
Les Perses, que Sévère avait contenus sans les vaincre, avaient envahi de nouveau la Mésopotamie, et Gordien se vit forcé de marcher contre eux en Asie. Il avait auprès de lui pour préfet du prétoire un Arabe nommé Piiiiippe, guerrier intrépide, mais ambitieux, qui en flattant les soldats, entretenait par de secrètes menées le mécontentement que leur causaient des marches longues et pénibles sous un ciel brûlant.
Un jour que Gordien passait une revue de son armée sur les bords de l’Euphrate , des murmures menaçants éclatèrent tout à coup dans les rangs, et bientôt les mutins exigèrent que Philippe fut associé à l’empire. Le jeune prince y consentit, mais à peine leur eut-il accordé ce qu’ils demandaient, que ces forcenés l’entourant, l’obligèrent à déposer le comman- II 5***
dcmcnt. Alors Gordien les conjura de lui laisser le litre de César, qu’il avait reçu du sénat, et ils le lui refusèrent: il leur demanda de le faire descendre au rang de préfet du prétoire, et on le lui refusa encore; enfin il les supplia d’épargner au moins sa vie, et ils ne lui ré.pondirent que par de cris de rage. Philippe demeura immobile speclaleur de celle scène Icrriblc, et lorsqu’elle fut lenninée par le meurtre du troisième Gordien , il écrivit au- sénat ([irn avait accepté l’empire, mais qu’il éUdt innocent de la mort de l’empereur.
C’élait depuis Alexandre Sèvère le sixième prince que les soldats avaient égorgé : après avoir obéi à un Syrien sous Élagabale, et à un Thrace sous Maximin: rempire passait sous la doininalion d’un Arabe , et il ne restait plus même aux empereurs la qualité de llomains,
LESGOTIIS.
Depuis l’an 248 jusqu’à l’an 254 de l’ère chrétienne.
Dans le temps que Philippe parvint à l’empire de la manière que je viens de vous raconter, mes petits amis, mule ans s’étaient déjà écoulés depuis que Romulus, aidé d’une poignée de bergers et de voleurs, avait jeté les fondations de sa ville $ui’ le mont Palatin.
L’empereur Auguste avait autrefois conçu lïdée de consacrer le souvenir de ce grand événement par des jeux publics iiuxquels il donna le nom de sécilaires, parce qu’ils ne devaient être célébrés que tous les cent ans, dans les premiers jours du printemps: depuis ce prince, Claude , Domilien et Seplime Sévère avaient successivement accompli celle solennité, à laquelle il était presque impossible qu’un homme pût assister deux fois dans sa vie ; et ce fut IMiilippe qui fil célébrer les jeux séculaires pour la cinquième et dernière fois. A celte occasion on frappa à Rome des médailles, dont plusieurs sont parvenues jusqu’à nous, représentant d’un côté l’image et les noms de cet empereur, et de l’autre un temple avec celle inscription en latin: siècle xoiiveau.
Celle fête, à laquelle il était interdit aux esclaves et aux étrangers de prendre part, donnait lieu à des cérémonies graves et mystérieuses, pendant trois nuits consécutives , les prêtres des différentes divinités leur offraient des sacrifices sur les bords du Tibre, et le peuple réuni en foule dans le Champ de Mars, exécutait des danses et des concerts à la lueur d’une multitude innombrable de flambeaux, dont la brillante illumination dissipait complètement l’obscurité de la nuit. En même temps une troupe de jeunes garçon et de jeunes filles des principales familles de l’empire faisaient entendre des chants religieux et des prières, par.
lesquelles ils demandaient aux dieux la conservation et la gloire du peuple romain. Il semblait à tous les spectateurs , enivrés de cetlc pompe mémorable, que la puissance de Rome, dont l’origine remontait à une époque si ancienne, ne devait jamais finir; mais vous verrez bientôt, au contraire, que jamais elle ne fut menacée d’aussi grands dangers.
Philippe avait à peine achevé la célébration des jeux séculaires, lorsqu’il apprit qu’une nouvelle révolte venait d’éclater parmi les légions campées en Moesie , l’une des provinces romaines situées sur le Danube. Ce prince, qui n’avait point oublié le meurtre du jeune Gordien et de tant d’autres empereurs, se garda bien de se rendre au camp des rebelles , où il savait que son existence ne serait point en sûreté , mais il y envoya , pour faire rentrer les mutins dans le devoir, un sénateur nommé Dèce, qui avait une grande réputation de courage et d'habileté.
Ce personnage appartenait à l’une des plus anciennes familles de Rome, et passait pour l’un des descendants de l’illustre Décujs, ce généreux citoyen qui, en se dévouant à la mort pour obéir à un oracle supposé, avait assuré la victoire aux Romains, ainsi que je vous l’ai raconté dans un autre livre.
Le prudent Dèce n’accepta qu’avec peine celte mission dilTicile, mais aussitôt qu’il fut arrivé dans le camp des légions de Mœsie, les rebel-
les, qui connaissaient son mérite, déclarant qu’ils ne voulaient plus obéir à Philippe, le revêtirent, malgré lui, de la pourpre impériale, et jurèrent que s'il ne consentait à être leur empereur, il ne sortirait pas vivant de leur camp, Dèce, malgré sa répugnance, se vit ainsi contraint de céder à leurs instances, et bientôt après de les conduire en Italie. Philippe, instruit de leur approche, fut tué dans une bataille qu’il s’était décidé à leur livrer. Cet événement plaça Dèce sur le trône, qu’il ne lui fut plus permis de refuser ; il joignit à son nom celui de Trajan, dont il s’efforça d’imiter les vertus; et le sénat comme le peuple se réjouit d’avoir un empereur qui n’acceptait que malgré lui ce que tant d’autres avaieut recherché avec fureur.
Dans ce temps-là précisément il arriva que des peuples barbaces, que l’on ne connaissait point encore, passèrent le Danube, dévastèrent quelques - unes -des plus riches provinces de l’empire, et menacèrent même Tltalie.
Ces peuples, auxquels on donnait le nom de Gotiis, étaient originaires de Germanie et appartenaient à la grande race des Suèves qui, comme je vous l’ai dit, occupait une des extrémités de cette vaste contrée. Ceux qui ravagèrent les provinces romaines au temps de Dèce venaient alors de l’une des contrées de la Suède actuelle, que l’on appelle encore aujourd’hui la Gotiue ; et après s’élre arrêtés quelque temps dans le nord de l’ Europe, ils ava-
icnt envahi la Dacie, et bientôt après les frontières de l’empire.
Les Goths étaient une nation guerrière, redoutable, et adonnée au culte sauvage des divinités Scandinaves, dont vous avez pu lire les fables bizarres dans la Mythologie. Odik, le plus puissant de ces dieux, était, dit-on, un de leurs anciens rois , qui avait conduit leurs premières bandes des bords du Pont-Euxin à ceux de la Yistule, où ils s’étalent mêlés avec la race Suève, répandue dans celle contrée. Ces peuples étaient divisés en trois grandes familles ou Tribus, dont les Ostrogoths, ou Goths d’Orient, et les Visigoths , ou Goths d’Occident , formaient les deux principales ; une troisième tribu , qui ne suivit que longtemps après les deux premières en Germanie , portait le nom de tribu de Gépides ou traineur»^ que nous retrouverons dans d’autres histoires.
L’aspect des Goths n’avait rien de hideux ni d’effrayant ; ils étaient même remarquables par la régularité des traits de leur visage, la blancheur de leur peau , et la longueur de leurs cheveux blonds, qu’ils laissaient flotter sur leurs épaules : ne pouvant supporter le séjour des villes, où ils se regardaient comme emprisonnés par les murailles, ils n’habitaient que .de grandes villages, formés de huttes éloignées les unes des autres. Quoiqu’ils ne fussent pas étrangers à l’agriculture, et qu’ils possédassent des troupeaux, l’exercice de la chasse, qu’ils
regardaient comme une image fidèle de la guerre, leur paraissait préférable à toute autre occupation ; et ils se nourrissaient plus volontiers de gibiér ou de miel sauvage que des fruits de la terre ou de la chair du bétail. Accoutumés à transporter sans difficulté d*un lieu à un' autre tout ce qui leur appartenait, on les voyait, au premier signal de leurs chefs, se mettre en marche, en grandes colonnes, traînant après eux leurs femmes et leurs enfant sur des charriots , avec lesquels ils parcouraient des distances considérables.
Le vêtement ordinaire des Goths était une tunique courte et serrée autour du corps ; ils parlaient, comme les autres Germains, le langage teutonique , d’où s’est formée depuis la langue allemande, qui est en usage aujourd’hui dans une grande partie de l’Europe.
Cependant, mes petits amis, l’empereur Dèce ayant appris que ces Barbares avaient envahi la Thrace et la Macédoine, où ils exerçaient de terribles ravages, se hâta de marcher à leur rencontre, à la tête de plusieurs légions; il les combattit à diverses reprises, mais il ne put empêcher que les Goths ne détruisissent entièrement plusieurs villes, et entre autres celle de PhiiippopoLis, en Thrace, autrefois fondée par le père d’AIexandre-lc-Grand,. où ils égorgèrent, dit-on, l)lus de cent mille personnes, et s’emparèrent d’un grand nombre de prisonniers d’un rang illuslre.
Mais le vaillant empereur ne se laissa point décourager par ce désastre , et continuant à harceler l’armée ennemie , qui traînait après elle un butin immense, il se flattait de la détruire avant quelle pût repasser le Danube, lorsqu’il succumba lui-môme dans une embuscade avec son fils aîné. Le corps de Dèce ne fut point retrouvé parmi les morts, et les légions élevèrent d’abord au Irène Gallus , un de scs généraux, qui consentit à associer à l’empire lIosTiLio, second fils de ce prince infortuné; mais, peu de temps après, ce jeune homme périt par la trahison de ce même Gallus , qui, impatient de régner sans partage et sans peine, se hâta de conclure une paix honteuse avec les Barbares : il leur permit d’emporter tout leur butin, d’emmener en esclavage tous leurs prisonniers sans distinction, et s’engagea en outre à leur payer chaque année une grosse somme en or. Ce n’était pas ainsi , s’il vous en souvient, mes enfants, que le dictateur Camille cliassait autrefois les Gaulois de l’Italie, lorsqu’il envoyait dire à Brennus, que c’était avec du fer cl non avec de l’or, que Rome devait être sauvée.
A cette condition , les Golhs satisfaits consentirent à se retirer de l’autre côté du Danube, où ils fondèrent des établissements, et bâtirent même quelques villes, mais ils s’accoutumèrent ainsi à se faire payer la paix qu’ils voulaient bien laisser à l’empire; et nous verrons bientôt
ce qui arriva, lorsqu’on n eut plus d'argent à leur livrer, et les désastres inouïs qui s’ensuivirent.
11 ne faudra point confondre, mes petits amis, les peuples. Golhs avec les barbares d'une autre origine, qui dans la. suite envahirent l'enipire romain, et sur lesquels je vais voir tout à l’heure plusieurs histoires à vous raconter.