LA PAIX DE L’ÉGLISE
Depuis l’an 306 jusqu’à l’an 337 de l’ère chrétienne.
Conslance-Ghlore ou le Pâle, que le choix de Dioclétien avait élevé à l’empire, et qui s’y maintint par son courage et ses vertus, au lieu de persécuter les chrétiens comme Galérius, son collêque, s’était toujours montré favorable à leur religion, à la sollicitation d’HÉLÉivE, sa femme , dont il avait eu un fils nommé Coh-
STAIVTIN.
Dès sa jeunesse, le fils d’Hélène avait donné des preuves d’une brillante valeur et d’une grande habileté; il avait partagé tous les travaux de Constance, et Galérius remarquant ses belles qualités, et craignant de trouver en lui un rival redoutable, avait cherché à le retenir à Nicomédie, pour l’empêcher de se faire connaître et aimer des légions de son père.
Constance se trouvait dans l’ile de Bretagne, où il venait de remporter plusieurs victoires sur les Calédoniens, qui ne cessaient de disputer cette province aux armes romaines, lorsqu’il tomba dangereusement malade à Yoiui , l’une des principales villes de celte contrée , et demanda à plusieurs reprises son fils Goustanlin, qu’il destinait à l’empire.
A celte nouvelle, ce prince, trompant la surveillance des gardes dont Galérius l’avait eii-
touré, s’échappa secrètement de Nicomédie, cl courut avec rapidité de l’Asie en Bretagne, en traversant toute l’Europe. A son arrivée, il fut proclamé Auguste par l’armée de son père, qui avant d’expirer, le désigna pour son successeur, aux acclamations des légions: Constantin était alors âgé de trente-deux ans.
Galérius fut indigné en apprenant cet événement, parce qu’il s’était flatté de disposer à son gré de l’empire après la mort de Constance-Chlore; et lorsque Constantin lui lit connaître son élévation au trône, peu s’en fallut que cet homme violent ne fît brûler avec sa lettre le courrier qui l’avait apportée. Cependant la réflexion calma cet emportement , ce qui arrive le plus souvent aux caractères irascibles, et s’il refusa d’abord de donner à Constantin le titre d’Auguste, il consentit du moins à lui accorder celui de César.
Mais pendant que Galérius était agité par le mécontentement que lui causait l’avénement de ce prince, il apprit que deux adversaires, sur lesquels il ne comptait pas, s’étaient emparés de Rome et de la .plus grande partie de l’Ilalie. C’était le vieux Màximien-Hercule, qui, ne pouvant se consoler d’avoir abdiqué l’empire avait repris la pourpre et fait proclamer Auguste son fils Maxence, jeune homme ambitieux et débauché, qui était le gendre de Galérius.
L’empire romain, mes petits amis, autrefois si puissant cl si formidable par son étendue et
l’union des peuples qui en faisaient partie, présentait alors un spectacle bien déplorable. Il se trouvait partagé entre six princes, qui tous ennemis secrets ou déclares les uns des autres ravageaient tour à tour les provinces qu’ils se disputaient. En Asie, c’était Galérius maître de Nicoinédie ; dans les Gaules, c’était Constantin, dont la demeure était établie à Trêves, ville située à peu de distance du Rhin, d’où .il surveillait les barbares de Germanie ; en Égypte, Maximin-Daza prenait le litre d’empereur romain, tandis que Sévère l’autre César, se voyait resserré dans les murs de Ravenne par Maxi mi en- Hercule et Maxence, qui, maîtres du reste de l’Italie , prétendaient bientôt posséder sans partage la pourpre impériale. Peu d’années sulTirenl pour changer la face du monde, et la plupart de ces rivaux éprouvèrent un sort funeste.
Sévère, le premier, vaincu et tombé vivant entre les mains de Maximien et de son fils , fut d’abord traité avec douceur par fees vainqueurs, mais bientôt ils se lassèrent des embarras que leur causait un prisonnier de celte importance : et l’obligèrent à se faire ouvrir les quatre veines pour échapper à la honte d’un supplice public.
Peu de temps après le vieux Maximien-Hercnlc , ayant disputé lui-méme l’empire à son lils Maxcnce, se trouva contraint de chercher un asile auprès de Constantin, auquel il avait
tlonnô sa fille Fai^sta en mariage. Mais pendaiU que ce prince comballait les barbares sur les bords du Ilhin, l’anibilieux vieillard essaya d’exciler ime révollc parmi ses légions, et son gendre ayant marché rapidement contre lui il n’eut que le temps de se réfugier à Marseille,. l’une des plus anciennes villes des Gaules, où Constantin le suivit et le fit prisonnier. La seule grâce qu’il obtint de son vainqueur fut de choisir son genre de mort , et il fut réduit à s’étrangler de ses propres mains.
Galérius, atteint d’une maladie longue et douloureuse, expira après une année de souffrances affreuses, que l’on regarda comme un juste châtiment de sa cruauté envers les chrétiens; mais avant sa mort il révoqua tous les édits qu’il avait publiés contre eux. Les confesseurs et les martyrs qui avaient survécu aux persécutions , rentrèrent alors dans les villes en chantant des cantiques d’actions de grâces, et, le prince qui avait causé -tant de maux à l’Église naissante , -en excitant contre elle les rigueurs de Dioclétien, fut le premier à protéger ouvertement le christianisme.
Peu de temps avant sa mort, Galérius avait désigné pour son successeur un officier de son armée, nommé Liciwius, homme d’uue humeur farouche et austère, auquel il s’était attaché, sans doute parce qu’il lui ressemblait par sa rudesse et sa cruauté. Le César Maximin vit avec mécontentement cet autre prétendant à