‹ L'histoire romaine racontee aux enfants (volume 2)Chapitre 35 sur 39 · JULIEN L’APOSTAT · texte numérisé non relu

JULIEN L’APOSTAT

Depuis l’an 337 jusqu’à l’an 364 de l’ère chrétienne.

Tandis que Constance, le dernier des fils de Conslantin-le-Grand, gouvernait l’empire, il y avait à Athènes, en Grèce, un jeune homme appelé Julien, qui, après s’être distingué dans les écoles de cette ville par son application et son savoir, affectait de se montrer en public vêtu d’un manteau brun, souvent criblé de trous, semblable à celui que portaient certains plii-

losophes de la secte de Diogène, dont j’ai- déjà eu occasion de vous parler dans un autre livre.

Ce Julien, mes petits amis, dont le caractère s’annonçait grave et austère, à un âge où les hommes ordinaires sont le plus souvent légers et insouciants , était le neveu de l’empereur Constantin. Dans sa plus tendre enfance, caché sous l’autel même d’une église de Constantinople, il avait échappé , comme par miracle, au massacre de toute sa famille, ainsi que son frère ainé, nommé Galics, que plus tard Constance , en l’associant à l’empire , décora du titre de César.

Julien avait été élevé dans la religion chrétienne ; mais témoin du meurtre de tous ses parents, que les fils de Constantin avaient eu l’infamie de faire égorger au nom de cette sainte religion, qui fait à ceux qui la pratiquent un devoir de la patience et de la charité, il avait conçu malgré lui sans doute, une coupable aversion contre le christianisme, avant même que son intelligence lui permît de comprendre toute la sublimité de cette doctrine. Plus avancé en âge, il avait contracté dans les écoles d’Athènes , fréquentés à cette époque par un grand nombre de jeunes gens de tous les pays, le goût des sciences sérieuses et secrètes regardées alors comme une magie très-condamnable, et dont beaucoup de chrétiens s’éloignaient avec horreur parce qu’elles étaient encore environnées d’une multitude de pratiques empruntées à l’idolâtrie.

V tOO.S

Dans ce lemps-îà, mes enfants, les hommes ii’étaienl pas aussi éclairés qu’ils le sont' à présent; ils considéraient comme surnaturelles et prodigieuses une inünité de choses qui ii’étonnenl plus personne. L’ignorance, comme cela arrive le plus souvent, avait répandu beaucoup d’erreurs qui ne sont plus aujourd’hui que ridicules , et quelques hommes trompeurs ou trompés assuraient avoir trouvé le secret de faire de l’or: celte prétendue science, dont l’invention était attribuée aux prêtres égyptiens, avait reçu le nom d’ALCin.iiiE, et pendant bien des siècles beaucoup de gens, aveuglés par l’espoir de s’enrichir , se ruinèrent entièrement en faisant fondre sur des fourneaux de l’argent, du cuivre, du plomb et d’autres métaux, dont ils se flattaient que le mélange finirait par produire de l’or. Aussi, du temps de Julien, les philosophes et ceux qui avaient quelque notion de sciences naturelles , passaient, ils pour des magiciens , tandis que les ‘ habiles d’entre eux possédaient à peine les plus simples connaissances que chacun peut acquérir aujourd’hui sans difliculté.

Ainsi, mes petits amis, si quelqu’un eût fait voir alors qu’il était possible d’attirer le tonnerre sur un point déterminé ; de mettre en mouvement les plus pesantes machines , au moyen de la vapeur produite par une certaine quantité d’eau bouillante , ou de s’élever jusqu’aux nuages à laide d’un ballon de soie ou n 7

' de papier gonflé d'un air plus léger que celui que nous respirons , il aurait certainement été regardé comme un sorcier; et cependant toutes ces opérations, et mille autres qui ne semblent pas moins surprenantes lorsqu’on n’en connaît pas l’explication , ne sont que le résultat de quelques connaissances physiques que l’on acquiert avec un peu d’étude.

Le savant Julien passait donc pour se livrer à la magie , et à cause de cela les chrétiens, qui croyaient voir en lui un ennemi de leur religion , le- haïssaient mortellement : de son côté , il n’ignorait pas leur animosité à son égard; et celle défiance réciproque devint par la, suite la cause de nouveaux malheurs pour l’Église, que Constantin avait protégée.

Or, à cette époque, les chrétiens étaient divisés entre eux par différentes opinions religieuses, qui avaient produit une hérésie, c’està-dire une doctrine contraire à celle que les apôtres avaient préchée. Un homme appelé Ajuus avait osé nier plusieurs des vérités qu’enseigne l’Évangile; et quoiqu’il eût été condamné par un concile, c’est-à-dire par une assemblée d’évêques que Constantin avait convoquée à IVicÉE, ville de l’Asie Mineure, pour juger scs erreurs , Arius n’en avait pas moins persisté à répandre ses doctrines, qui s’étaient surtout propagées parmi les nations barbares , à mesure qu’elles abandonnaient le culte de leurs divinités sauvages pour recevoir le baptême.

Les parlisans d'Arius avaient pris le nom d’AluFiNs , et les autres chrétiens les nommaient hérétiques ou parlisans de l’hérésie.

Je dois vous faire remarquer^ à propos du concile de Nicée, mes enfants, que les évêques qui s assemblèrent dans cette ville, sur linvilalion de Constantin, n’étaient pas, comme le sont aujourd hui les chefs derÉglise chrétienne, de riches et puissants personnages ; c’étaiènt pour la plupart de pauvres vieijlards qui avaient voué leur vie à prêcher l’Évangile parmi les peuples qu’ils nommaient leur troupeau, se comparant enx-mémes à des bergers qui veillent incessamment à la conservation de leurs hrebis. On les voyait arriver des provinces les plus éloignées de l’empire, tenant un bâton blanc a la main, et on les reconnaissait aisément à leur barbe vénérable, ou plus souvent encore aux cicatrices qu’il avaient reçues de la main des bourreaux, aux temps des persécutions de Galérius et de Dioclétien.

Cependant l’empereur Constance, mécontent de César Gallus , dont le caractère brutal et einporté avait déjà causé de grands malheurs à 1 empire, résolut de l’en punir d’une manière terrible; il l’attira dans une ville de Pannonie nommée Petovium , où , ayant ordonné à ses gardes de le saisir , il lui fit lier les mains derrière le dos , et trancher la tète. Peu de temps après, Constance appela Julien lui-même a Milan, pour lui conférer la dignité de César,

et ce prince quitta, non sans regret, son manteau brun de philosophe pour revêtir la pourpre impériale.

Julien, qui jusqu’alors n’avait vécu que pour se livrer sans partage à l’étude et aux sciences, parut tout à coup un autre personnage; le pouvoir suprême développa. en lui les plus rares qualités d’un homme d’État , et ses talents militaires devinrent le plus ferme appui de l’empire.

Les barbares de Germanie, autrefois chassés des Gaules par Probus , et contenus par les victoires de Dioclétien et de Constance-Chlore, avaient envahi de nouveau ces provinces. Julien réussit à les repousser entièrement à la tête d’une armée romaine, et ses légions victorieuses, pour lui témoigner leur afl'ection, le proclamèrent Auguste, en l’élevant sur un bouclier, et lui mettant sur la tête un collier de soldat en guise de diadème.

Pendant son séjour dans les Gaules c’était à Paris que Julien aimait à résider; il appelait celte ville sa chère Lùtèce, et l’avait embellie de plusieurs monuments, dont il reste encore aujourd’hui plusieurs débris considérables, et entr’autres ceux d’une magnifique salle de bain, connue sous le nom de Thermes de Julie».

Paris était alors renfermé tout entier dans la petite ile que l’on nomme à présent la Cité.

Des ponts légers, jetés sur les deux bras de la Seine, y conduisaient de chaque rive, que Ira-

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. versaient de larges et solides voies romaines. Ses rues étroites et boueuses lui avaient valu la dénomination de Lutèce, ce qui voulait dire I ville de boue, et ce fut longtemps après le règne de Julien, que les Parisii, peuple gaulois des bords de la Seine, donnèrent leur nom à I cette ville, qui, comme vous pouvez en juger ne ressemblait guère alors à la grande et belle capitale de la France actuelle.

Cependant Julien, devenu seul maître de l’empire par la mort de Constance , et ne cachant plus désormais sa haine contre le christianisme, retourna publiquement au culte des idoles; il n’osa point, à la vérité, renouveler contre les chrétiens les anciennes persécutions, mais il les obligea à rebâtir les temples des I faux dieux qui avaient été détruits. Il leur dé- I fendit d’ouvrir des écoles pour leurs enfants, afin que devenant plus ignorants que les païens, ils se trouvassent bientôt réduits à la condition misérable des esclaves ; il éloigna de sa I personne tous ceux qui professaient cette religion quoiqu’ils fussent les plus soumis de son I empire; et mérita ainsi le surnom odieux d’ArosTAT, c’est-à-dire déserteur de la foi, tandis que, par ses grandes qualités, il aurait été digne des titres les plus glorieux.

Ce prince ayant eu l’imprudence de s’avancer en Asie, au delà du Tigre, pour combattre Sapor II, roi des Perses, qui continuaient à ravager les provinces de l’ empire , tomba,

dans une bataille, atteint d’un dard qui lui traversa le corps.

On dit qu’au moment où il se sentit blessé,

il s’écria avec rage : « Tu as vaincu, Galiléen!

nom par lequel il prétendait encore insulter à la divinité de Jésus-Christ, qui, comme vous savez , était né à BETntÉEiw , en Galilée. Cependant aussitôt qu’on l’eut relevé et porté dans sa lente, il reprit ses sens, s’efforça vainemenl d’arracher lui-même le trait qui était resté dans sa blessure , et reconnut bientôt qu’il allait mourir.

Alors il voulut, pour la dernière fois, faire entendre sa voix à ses compagnons d’armes ; il leur reprocha par des paroles affectueuses la douleur immodérée qu ils témoignaient de sa perte, et disposa en leur faveur de tout ce qu’il possédait, en indiquaul lui-même, à haute voix, la part de chacun d’eux, ce que les soldats romains appelaient faire un testament militaire; mais il refusa obstinément, malgré leurs instance, de désigner son successeur à l’empire. Bientôt après, épuisé par les elforts qu’il venait de faire pour être entendu, il perdit entièrement la parole et expira presque aussitôt. Son corps fut transporté , par ses légions inconsolables, dans une ville de l’Asie Jlineure, nommée Tarse, et ou lui éleva un tombeau sur les bords du Cydnus, ce fleuve dont les eaux froides et transparentes avaient failli être si funestes à Alexandre-lc-Grand, ainsi que je vous raconté dans une autre histoire

Julien, auquel on doit reprocher avec raison d’avoir abandonné la religion clirélienne, dans laquelle il était né, eût été, sans son apostasie, l’un des plus illustres empereurs de Rome : il fut le dernier prince de la famille de Constance-Chlore , et après sa mort , ses soldats élevèrent à l’empire un brave officier de son armées nommé Jovien , qui avait, dit-on, mérité le titre de confesseur du christianisme, par sa glorieuse fermeté au temps des persécutions.

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