‹ L'histoire romaine racontee aux enfants (volume 2)Chapitre 4 sur 39 · SÉJAN · texte numérisé non relu

SÉJAN

Depuis Tan !9 jusqu’à l’an 37 de l’ère chrétienne.

Pendant que les légions gardaient les provinces éloignées de l’empire, il y avait à Rome une troupe nombreuse chargée de veiller à la sûreté de l’empereur et de la ville; cette troupe se nommait la Garde Prétorieaive , et les soldats qui en faisaient partie portaient le nom de Prétoriens : leur chef avait le titre de Préfet DU Prétoire; parce qu’il était chargé de la garde du tribunal où les magistrats rendaient la justice au peuple.

Du temps de Tibère , le préfet du prétoire

avait nom Séjar: c’était un homme ambitieux, flatteur envers les grands, mais insolent envers les petits, et pour qui tous les moyens étaient bons, pourvu qu’il parvint à la primière place. Tantôt il caressait l’empereur et flattait toutes ses passions; tantôt il excitait par de faux rapports son mécontentement contre les plus sages Romains, et même contre les princes de sa famille, dans lesquels il cherchait à lui faire voir autant d’ennemis; mais tout cela n’avait d’autre but que de rester seul auprès du maître , et peut-être de se faire adopter pour son successeur; car Tibère était déjà avancé en âge, et pouvait ne pas vivre longtemps.

Drusus, fils de l’empereur, n’était guère aimé dans Rome: c’était un prince emporté et brutal, qui un jour s’étant mis en colère contre Séjan, s’oublia jusqu’à lui donner publiquement un soufflet; Séjan n’était pas homme à pardonner cette injure, et il ne tarda pas à s’en venger d’une manière terrible.

■ Dans se temps-là il y avait à Rome plusieurs femmes scélérates qui étaient parvenues à composer des poisons d’autant plus dangereux , qu’ils faisaient périr lentement ceux à qui l’on en avait fait prendre. Leur secret était connu de l’infâme Séjan, qui ne manqua pas d’en faire usage; il corrompit à prix d’or quelques esclaves du prince, et Drusus ayant paru atteint d’une maladie de langueur , mourut quelque temps après sans que l’on soupçonnât qu’il avait été

empoisoriné. Ce ne fut que bien des années plus tard que l’on apprit ce crime, par quelqu’un des perfides domestiques dont Séjan avait fait ses complices.

Tibère, dont vous connaissez déjà l’amc froide et insensible ^ n’éprouva que peu de regrets de la mort de son fils, quoiqu’il n’y ait certainement pas une peine plus cruelle pour un père que de survivre à ses enfants; mais cet homine-là n’avait rien d’humain, et dès ce moment il ne parut plus s’occuper que des fils de Germanicus, qu’il avait fait élever soigneusement dans son propre palais; il n’en fallut pas davantage pour que Séjan tournât tout son effroyable génie vers la perte de ces jeunes princes.

Pour y parvenir, il ne cessait de représenter à l’empereur qu’ Agrippine leur mère était sa plus mortelle ennemie, et qu’elle les avait accoutumés à le haïr; en môme temps il prévenait celte princesse, par des avis secrets, qu’elle eût à se méfier de Tibère qui avait résolu d’envelopper dans une ruine commune toute la postérité de Germanicus.

C’était par de semblables moyens, mes petits amis, que le détestable Séjan excitait les défiances de l’empereur contre tous ceux qui l’entouraient, au lieu de lui inspirer des sentiments plus doux par la vue de cette jeune et intéressante famille : c’est que Séjan , en isolant son maître , espérait s'emparer seul de toute sa confiance, et préparer ainsi sa propre- élé-

valion à Terapire. Tibère méritait peut-être ce sort par sa fourberie ; mais , tout adroit qu’il était, il n’en fut pas moins le jouet d’un monstre non moins dangereux que lui-même.

L’un des premiers soins de Séjan en parvenant au pouvoir, fut d’envoyer Agrippine en exil , dans l’ile de Terracixe , l’une des plus stériles de la Méditerranée, où privée des aliments les plus nécessaires à la vie, la veuve de Germanicus ne tarda pas à mourir de faim et de misère. Ses deux fils aînés, qui étaient déjà grand , furent séparés d’elle et périrent bientôt après, encore par la perfidie de Séjan: et le petit Caïus, que vous connaissez déjà sous le nom de Galigula, eut seul la permission, à cause de sa jeunesse, de demeurer à Rome avec ses sœurs , dont la plus célèbre portait , comme sa mère, le nom d’Agrippine.

Tel fut le sort de la famille de Germanicus qui avait été tant pleuré des Romains, et dont la race fut un triste exemple de leur ingratitude et de la défiance de Tibère.

Il ne restait plus à Séjan, pour devenir maître absolu de l’empire, que d’éloigner Tibère de Rome ou de mettre fin à ses jours; mais, quoiqu’il fût chef des Prétoriens, qui lui étaient entièrement dévoués il n’osa pourtant point en venir à cette dernière extrémité, et se contenta d’engager le vieil empereur à se retirer dans une île agréable nommée Caprée, d’où il pouvait aisément transmettre ses ordres au sénat. . i***

Cette rétraile de Tibère dans l’ile de Caprée, dont il fit un lieu de délices, est très-remarquable, en ce qu’il ne rentra jamais à Rome tant qu’il vécut, quoiqu’il continuât à gouverner l’empire jusqu’à ses derniers moments.

Alors Séjan se crut au comble de la puissance : une foule de courtisans l’entoura de toutes parts ; on lui éleva des statues dans le Forum, et il y eut même des Romains assez lâches pour brûler de l’encens devant des images de ce misérable comme s’il eût été un dieu.

Tout à coup Tibère, avverti secrètement par sa mère Livie, découvrit les projets ambitieux de son ministre : aussi habile que Séjan dans l’art de la perfidie, il le combla de nouveaux honneurs, et lui en fit espérer de plus grands encore ; mais en même temps il envoya au sénat l’ordre secret de le faire périr : ainsi, lorsque Séjan croyait n’avoir plus qu’un pas à faire pour monter à l’empire , un seul mot de son maître allait le renverser sans retour.

Dans cette situation périlleuse, cet orgueilleux, quoique prévenu par des avis secrets, se rendit au sénat avec son audace accoutumée ; mais à peine était-il entré dans cette assemblée, qu’il fut saisi par des soldats, et traîné sur l’heure même au supplice ; en le voyant ainsi marcher à la mort, la populace, que sa seule présence faisait trembler un instant auparavant , le couvrit de boue et de huées, et lorsqu’on lui eut tranché la tête , les débris de

son corps, abandonnés a la multitude, furent ignominieusement précipités dans le Tibre.

' Autant l’élévation de Séjan avait été prodigieuse, autant sa chute fut épouvantable. Tibère , toujours cruel à l’excès, même dans sa justice , enveloppa la famille entière du coupable dans son châtiment : ses fils et sa fille, encore enfants, furent étranglés par le bourreau, et toute sa race s’éteignit avec lui.

• Cependant Tibère, débarrassé de ce dangereux conseiller, n’en devint pas pour cela plus affable ni moins terrible : il fit des lois qui punissaient de la mort ou de l’exil un mot, un geste , une pensée même contre l’empereur :

on appela cela le crime de lèse-siajesté et il suffisait le plus souvent du rapport d’un esclave ou de quelque autre personne encore plus méprisable , pour causer la perle des plus honnêtes citoyens.

On donna le nom de délateurs à ceux qui faisaient métier de dénoncer à l’empereur les criminels de lèse-majesté, et ces délateurs se trouvèrent bientôt en grand nombre, parce qu’il était d’usage de leur abandonner une partie des biens des leurs victimes : aussi deux personnes ne se parlaient-elles plus qu’en tremblant, de peur qu’un délateur n’allât fes accuser d’avoir dit du mal de l'empereur.

D’abord on s’était flatté que Séjan était le seul auteur de tous les malheurs qui signalaient le règne de Tibère ; mais on s’aperçut

bientôt que l’empereur n’était pas moins cruel que son ministre.

• Les plus illustres Romains furent les victimes de sa barbarie : de sa maison de Caprée, il envoyait au sénat l’ordre de les' faire mourir, et les lâches sénateurs s’empressaient d’obéir. Son plus grand plaisir était d’assister au supplice de ces malheureux que souvent il faisait précipiter dans la mer du haut des rochers de Caprée, ayant soin de placer le long du rivage des soldats, qui repoussaient avec de longues perches ceux de ces infortunés qui tentaient de se sauver à la nage.

Une pauvre dame nommée Yitia fut mise à mort pour avoir pleuré son fils , que Tibère avait fait périr injustement ; comme si la douleur d’une mère eût été un crime contre l’empereur.

De nobles personnages se tuèrent eux-mêiues pour échapper aux supplices: on raconte qu’un Romain, nommé Carnutius , qu’il destinait à la mort, s’étant percé de son épée dans sa prison. Tibère en parut inconsolable, et sécria que Carnutius lui avait échappé.

Il n’y eut bientôt plus dans Rome une seule famille qui n’eût été atteinte par la cruauté de ce monstre, et tout le monde faisait des vœux pour, être délivré d’un pareil fléau, mais personne n’osait les exprimer tout haut, de peur d’être entendu de quelque délateur.

Enfin ce prince cruel tomba malade ; mais

c’était encore un crime de parier dosa maladie, tant il redoutait de mourir, lui qui avait fait mourir tant d’innocents. Quoiqu’il fût parvenu à une vieillesse fort avancée, et que le mal qu’il éprouvait diminuât ses forces de jour en jour, il affectait encore de se montrer en public de temps à autre, afin que l’on ne soupçonnât pas que sa fin pouvait être prochaine.

Dès lors tous les yeux se tournèrent vers le jeune Gaïus Caligula, dernier fils -de Germanicus, et chacun, en mémoire de son père, désira qu’il régnât sur l’empire.

Un matin, le bruit se répandit que Tibère était près d’expirer, et le peuple laissa éclater des transports de joie; Caligula lui-même, cédant aux instances de ses amis, se montra à la foule entouré d’un cortège nombreux, lorsque tout à coup on vint lui apprendre que l’empereur avait repris connaissance. A cette nouvelle chacun prit la fuite, et le jeune prince, resté seul, n’attendit plus que la mort.

Alors, un officier nommé Macron, qui, après Séjan , était devenu préfet du {«•étoire , entra dans la chambre du veillard mourant, et aussi cruel qu’audacieux, entassa sur le malade des matelas et des oreillers , sous lesquels il fut promptement étouffé.

La mort de ce mauvais prince combla les vœux du. peuple romain, et il ne se trouva pas dans tout l’empire un seul homme qui regrettât Tibère.

Je dois vous faire observer ici , mes petits amis, que ce fut quatre ans avant la mort dé Tibère que Jésus-Christ fut crucifié à Jérusalem, ainsi que vous l’avez probablement lu dans V Histoire du Nov/veau Testament; cet événement qui passa presque inaperçu à cette époque ,. est cependant le plus remarquable des faits 'fie l’Histoire, puisqu’il devint l’origine du christianisme , cette divine religion , qui, en ' quelques siècles, changea totalement la face du globe.

GAIÜS CALIGULA.

Depuis l’an 39 jusqu’à l’an 41 de l’ère chrétienne.

Après avoir écouté l’histoire de Tibère, on pourrait croire sans doute qu’il n’y eut jalnais un prince plus cruel, ni même un plus méchant homme; mais vous ne penserez plus de môme, mes enfants, lorsque je vous aurai raconté le règne de Caligula, son successeur, qui ne ressemblait en rien à l’illustre Germanicus, dont il était le fils. ' -

Les commencements de Caligula ne firent point présager d’abord cé .qu’il deviendrait un jour; au milieu de la joie du peuple, qui ne pouvait se lasser de voir sur le trône le fils d’un père tant regretté, le nouvel empereur fit plusieurs actions, qui lui concilièrent l’affection de la multitude et du sénat.

L’un de ses premiers soins fut d’abolir le prétendu crime de lèse-majeslé, que Tibère avait supposé tant de fois pour trouver des vietimes ; il rendit la liberté à tous ceux que ce prince cruel avait entassés dans les prisons , sous les plus légers prétextes et feignit de brûler publiquement tous les actes d’accusation que les délateurs avaient fabriqués contre ces malheureux; mais, en effet, il garda secrètement plusieurs pièces de celte nature , pour s’en servir plus tard, si l’occasion s’en présentait.

C’est que Caligula ne se montrait pas alors tel qu’il était réellement, et cette humanité qu’il étalait à dessein , n’avait d’autre but que de tromper les Romains.

Comme il savait que rien ne pouvait donner de lui une meilleure opinion que son respect pour la mémoire de ses parents, il se rendit en personne dans l’ile de Terracine, où étaient restées les cendres d’Agrippine, et fit recueillir celles de son frère aîiijé , mort aussi dans l’exil; il renferma ces cendres dans des urnes précieuses, et les rapporta lui-même à Rome, ' où elles furent déposées dans le tombeau d’Au- • ^uste.

Cependant, au milieu de ces actions louables, on remarquait déjà dans le jeune empereur des manières extravagantes, et des goûts qui n’avaient rien de convenable au rang où il SC trouvait placé.

' De toute la 'famille de Germanieus il restait encore, avec Caligula, trois jeunes princesses, nommées Agrippine, Drusille et Julie, pour lesquelles ce prince affectait une tendresse qui dégénéra bientôt en folie : il fit frapper des médailles où l’image de ces trois princesses était représentée, ordonna que les Romains fissent des prières publiques pour leur bonheur, cl obligea un grand nombre de sénateurs à jurer que rien ne leur était plus cher que les sœurs de l’empereur.

De plus, la princesse Drusille, qu’il préférait encore aux deux autres, étant morte de maladie, il lui consacra un temple, des autels, et des sacrificateurs , parmi lesquels il aimait à se mêler.

En môme temps il manifestait pour les spectacles de gladiateurs et les combats d’animaux une passion si exagérée, qu’il semblait résolu d’en faire la principale occupation de sa Tie.

Pour rendre ces jeux plus solennels à de certains jours de fête, il faisait sabler de poudre d’or le cirque où se donnaient ces spectacles, et contraignait des sénateurs eux-mêmes à conduire des chars dans la carrière, comme si ces graves personnages eussent été faits pour servir de cocher. On raconte qu’en une journée il fit, dans un seul combat d’animaux, égorger plus de cinq cent ours, et un nombre considérable de bêtes amenées d’Afrique.

Ces fêtes se terminaient ordinairement par

des repas splendides , auxquels il inTilait la plupart des assistants; son plus grand plaisir alors était d’exciter ses convives à une gloutonnerie vorace, et rien n’était plus déplorable que de voir des hommes se livrer à ce vice honteux, pour plaire à cet empereur; car dans ^ , tous les temps la gourmandise n’a appartenu'^’ qu’aux gens stupides et grossiers.

Cependant, mes enfants, jusqu’alors Caligula n’avait été que le plus extravagant des hommes; mais on le vit bientôt devenir le plus féroce des tyrans.

Un jour il tomba dangereusement malade, .* et certainement sa mort eii ce moment eût été un grand bonheur pour le genre humain, mais il ne mourut pas; et plusieurs flatteurs firent, pendant sa maladie, des vœux téméraires qu’ils ne pensaient guère sans doute à réaliser.

L’un de ces insensés, nommé Potitibs, voua sa vie en échange de celle du maître , c’està-dire s’engagea par serment , si Caligula en réchappait, à soffrir lui-même en sacrifice pour remercier les dieux d’un si rare bienfait.

En effet, l’empereur guérit; et au grand étonnement de tout le monde, en apprenant le vœu de rotilius, il ordonna que ce misérable flatteur serait immolé, pour accomplir le serment qu’il avait fait.

Alors on couronnr cr ■ rfiicurcux de verdure et de baiiüciô':::. . r;iio cela se pratiquait pour les animaux aesiixiés aux sacrifices;

une troupe d’enfanls le promena dans les rues de Rome , et ensuite le précipita du haut de la roche Tarpéïenne, afin disait Caligula, joignant ainsi l’ironie à la cruauté , que ce fidèle ne se rendît point coupable d’un pai-jure.

Ce fut là un des premiers crimes de ce monstre, qui laissa bientôt derrière lui les exemples de Tibère. ,

Deux pelits-fils de ce prince, qu il avait destinés à l’empire par son testament , avaient sun'écu à leur aïeul: fainé de ces enfants était déjà grand, et annonçait de très-bonnes qua- ' lités. Caligula en ayant été informé, envoya auprès de lui des officiers qui obligèrent ce jeune homme à se tuer lui-même avec un épée, dont ils lui apprirent à faire usage, afin qu’il ne fût pas dit (pie leurs mains eussent versé le saug impérial; l'autre enfant périt empoisonné ])eu de temps après son frère, et depuis ce moment I cxistence de Caligula ne fut plus qu’une suite de débauches, de folies et de cruautés.

Après avoir bâti un temple a sa sœur Drusillc, il voulut aussi qu’on lui en érigmït un à lui-même ; il se fit éhîvcr une statue d’or, prétendit représenter Jupiter, et inventa des machines avec lesquelles il imitait le hruit du tonnerre, et la lueur rapide des éclairs. Quelquefois rm^mc il osa paraître en public avec une barbe d’or et revêtu du costume de lun de CCS faux dieux que les anciens adoraient.

11 ne faut pourtant pas croire qu’il eût le

I moindre courage, lui qui représentait ainsi des ' dieux et des héros ; bien loin de là , jamais personne ne fut plus heureux que lui, et dès qu il entendait gronder le tonnerre, il devenait ' pale et tremblant, et se couvrait le visage ; on dit même qu’un jour, pendant un violent orage, on le trouva caché sous son lit.

Je suis sùr que vous-mêmes, mes petits amis, qui néles encore que des enfants, vous avez peine à concevoir une pareille lâcheté de la part d’un prince qui devait donner l’exemple a tant de inillions d’hommes.

Une autre folie de Caligula fut sa passion extravagante pour son cheval, auquel il exigea qu’on rendît des honneurs qui passent toute croyance.

Il fit construire pour ce cheval une écurie de marbre, avec une auge d’ivoire; il ordonna qu il^ fût couvert d’une housse de pourpre et portât au cou un collier de perles. De plus il établit des gardes autour de cette écurie, afin qu aucun bruit ne troublât le sommeil de ce précieux animal; il lui avait même donné des domestiques qui étaient chargés de servir, les personnages de distiction qui venaient lui rendre visite.

Ce ne fut pas tout encore : un jour il invita ce cheval à sa table, où il lui fit servir de l'orge dorée, qui ne lui convint probablement pas autant que son repas ordinaire, cl lui fit verser du vin dans une coupe d’or où il but apres

lui. On dit même que s’il eût Técu, son intention était d’élever cet animal à la dignité do consul, sans doute afin de témoigner son mépris pour les hommes, qui souffraient tant d’extravagances.

Cependant, comme il lui fallait des sommes d’argent considérables pour subvenir à ces folles prodigalités , Caligula résolut de rétablir l’action de lèse-majesté , qu’il avait abolie au commencement de son règne, comme je vous l’ai dit, afin de pouvoir confisquer à son profit les biens de ceux qu’il ferait périr : ses désordres et son. avarice causèrent ainsi la mort d’une infinité d’bonnêtes citoyens, dont les richesses lui servaieni à acheter des gladiateurs, ou à se faire adorer comme un dieu.

Enfin un jour il s’avisa de trouver que les supplices n’étaient pas assez expéditifs , et il calcula que son règne n’avait encore été marqué par aucune de ces grandes calamités qui plongent les nations dans le deuil, disant que dans le temps d’Auguste on avait vu la sanglante défaite de Varus : et sous l’empire de Tibère, la chute de l’amphithéâtre de Fidène qui avait, fait périr à la fois cinquante mille personnes. « Ah! s’écria-t-il avec un rire forcené, je voudrais que le peuple romain n’eût qu’une tête qui pût être abattue d’un seul coup. ))

Alors il imagina d’acheter tout le blé de l’empire, et de l’enfermer dans ses greniers particuliers , refusant de le vendre au peuple , à

quelque prix que ce fût, afin que la famine se répandit dans les provinces et dépeuplât le monde. Heureusement il n’eut pas le temps d’accomplir ses affreux desseins, et nous allons voir comment il fut puni de tant de crimes.

Déjà à diverses reprises on avait découvert des conspirations contre la vie de Caïus, et je n’ai pas besoin de vous dire par quels terribles supplices il tira vengeance de ses ennemis. Ses deux sœurs Agrippine et Julie, qu’il soupçonnait de lui être contraires, n’avaient point été épargnées; chassées de son palais , dépouillées de leurs bijoux et de leurs riches vêtements, il les avait reléguées dans les Gaules, d’où elles ne renvinrent pas tant quil vécut. Macron lui-même, ce préfet du prétoire qui lui avait sauvé la vie en étouffant Tibère, fut contraint de se donner la mort pour se soustraire à sa rage.

Enfin un Romain, nommé Cuéréa, qui était aussi l’un des ofliciers des gardes prétoriennes, résolut, avec plusieurs autres personnages, de mettre fin à la vie d’un tel monstre. Pour y parvenir il choisit le moment où Caligula, suivant sa coutume, offrait des fêtes magnifiques au peuple de Rome ; et les conjurés l’ayant entouré comme pour lui faire honneur, dans une galerie qui conduisait au théâtre, le percèrent de trente coups de poignard, qui mirent enfin un terme à son exécrable existence.

Ainsi périt, à l’âge de vingt-neuf ans, cet indigne fils de Germanicus, après avoir régné qua-

Ire années, pendant lesquelles !1 fut certainement l’un des plus cruels fléaux qui aient pesé sur le genre humain.

Sa femme, et sa fille encore enfant, furent égorgées le môme jour par ordre de Chéréa, qui confondit ainsi dans sa Tengeance les innocents avec le coupable.

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