‹ L'histoire romaine racontee aux enfants (volume 2)Chapitre 5 sur 39 · CLAUDE I · texte numérisé non relu

CLAUDE I

Depuis l’an 41 jusqu’à l’an 47 de l’ère chrélienne.

Le peuple était réuni dans l’amphithéâtre , où l’on n’attendait plus que l’empereur pour commencer les jeux, lorsque lé bruit se répandit tout à coup que Galigula venait d’être assiné. A celte nouvelle inattendue , un violent tumulte éclata dans cette immense assemblée, qui se sépara en désordre, tandis que les soldats de la garde prétorienne couraient de tous côtes pour saisir les meurtiers et venger leur maître.

Un de ces soldats appelé Gratus, étant monté dans une des salles les plus élevées du palais des Césars, trouva derrière une porte un pauvre homme tout tremblant, qui s’y était caché. Ce vieillard se nommait Claude; c’étaiU’onclo paternel de Caligula ; dont l’esprit faible et timide était connu de tout l’empire. Gratus, pour plaisanter peut-être, le salua empereur; mais

d’autres prétoriens, étant survenus, répétèrent le meme cri, et emmenèrent Claude dans leur camp, où le sénat fut forcé de le recoiiiiaîlre pour maître, parce que les troupes déclarèrent qu’elles voulaient un empereur.

Ce premier exemple d’un souverain proclamé par les soldats est fort remarquable, mes petits amis, parce que, peu de temps après, de semblables révolutions devinrent très-fréquentes dans l’empire, et doivent être comptées parmi les principales causes de sa ruine.

Claude ne ressemblait en aucune façon à son illustre frère Gcrmanicus; il n’elait pas né méchant, mais son caractère était si timide, que, dès sa plus tendre enfance, on le crut dépourvu de toute intelligence; sa mère elle-même disait hautement qu’elle ne connaissait rien de pins stupide que son fils Claude; et le pauvre enfant, ainsi réputé de ses parents, devint encore plus craintif et plus sauvage. Quoiqu’il n’eùt certainement pas des manières agréables dans sa jeunesse il ne manquait pas d’un certain bon sens, dont il fit un usage utile, puisqu’il réussit à apprendre le grec et les belleslettres latines, que l’on enseignait alors à Rome aux jeunes gens de qualité.

J’ai recontré quelquefois des enfants timides ot sauvages qui , ainsi que le prince dont je vous parle, étaient les jouets de leurs camarades et l’objet du dédain do tous ceux qui les entouraient; leurs maîtres mêmes ne parais iaient

point s’y intéresser, parce qu’ils pensaient que de pareils écoliers ne leur feraient point honneur. Beaucoup de ces enfants, si mal jugés, sont devenus par la suite des hommes d’un véritable mérite, tandis qu’au contraire la plupart de ceux qui se ^moquaient d’eux sont restés bavards et ignorants. Ne raillez donc jamais, si vous m’en croyez, mes petits amis, les enfants de votre âge qui vous paraîtront les moins vifs et les moins intelligents; et rappelez-vous que leur timidité , au lieu d’être un signe de stupidité, peut aussi venir d’une modestie qui ne mérite que des éloges.

En effet, Claude n’eùt pas été un mauvais empereur, s’il n’eùt pas eu le malheur de se laisser tromper par sa femme Messaiise, princesse passionnée et terrible, et par quelques misérables domestiques, dans lesquels il avait placé toute sa confiance.

Depuis longtemps c’était l’usage à Rome, que les affranchis, c’est-à-dire les esclaves qui avaient recouvré leur liberté , ainsi que je crois vous l’avoir expliqué dans la primière partie de celte historié, restassent dans la maison de leurs maîtres pour y surveiller les autres esclaves, et prendre les intérêts de leur patron. La plupart du temps cette espèce de gens conservaient toute la bassesse de leur premier étal, et ils ne se servaient de la confiance qu’on leur accordait que pour faire le mal.

Claude avait autour de lui plusieurs de scs

affranchis, dont Narcisse et Palus étaient les principaux: c’étaient les plus méchants de tous les hommes, et comme ils s’entendaient avec Messaline, il n’y eut pas de crime atroce dont ces misérables ne se rendissent coupables.

Cependant les commencements du règne de Claude firent la joie des soldats et du peuple romain, qui oublia promptement les fureurs de son prédécesseur ; après avoir distribué des sommes énormes aux prétoriens qui l’avaient élevé au trône, et flatté le peuple par la magnificence qu’il déploya dans les fêtes qu’il donna à cette occasion, il rappela les filles de Germanicus, ses nièces, que Caligula avait reléguées dans les Gaules; il rendit la liberté à tous ceux que ce tyran avait plongés dans les cachots, abolit de nouveau les accusations de lèse-majesté, et pour effacer jusqu’au souvenir de Caïus, fit fondre les monnaies de cuivre qui avaient été frappées à l’effigie de ce prince cruel: enfin, quoiqu’il n’eut point d’habileté pour la guerre, qui exige une ûme forte et des qualités généreuses, il étendit la domination de l’empire sur une grande partie de la Bretagne, celle île fameuse, autrefois abordée par Jules-César, et dont les sauvages et belliqueux habitants continuaient à disputer avec acharnement la possession aux légions romaines.

On regrette pourtant que Claude ait fait punir Chéréa et les autres meurtriers de Caligula; cet officier était un courageux citoyen, qui a- II 2*

vail délivré sa pairie d’un véritable fléau en tuanl ce méchant prince : mais Claude ne pouvait voir en face un homme couvert du sang d’un empereur son neveu, et le vaillant Chéréa fut mis à mort.

Malheureusement Messaline et les afiVanchis de Claude ne s’en tinrent pas à celle exécution, qui du moins paraissait légitime ; tous ceux qui avaient le malheur de déplaire à cette orgueilleuse princesse ou à ces misérables, étaient pérsecutés sous le plus léger prétexte: Julie, l’une des nièces de l’empereur, à peine de retour à Rome, fut exilée de nouveau par eux, et bientôt après secrètement égorgée. Dés lors il ne resta plus de toute la famille de Germanicus que la seule Agrippine, dont j’aurai bientôt à vous parler longuement, et qni était alors la femme d'un Romain nommé Passiexus.

Vers ce lemps-là des légions romaines se • révoltèrent dans les Gaules contre l’empereur sous la conduite d’un sénateur nommé Camille, et peu s’en fallut que le faible Claude ne songeât à céder le trône à son ennemi sans combattre; mais cette sédition ne dura que cinq jours: Camille fut tué par ses propres soldats, et Claude reprit courage dès que le danger fut passé. Je ne vous aurais même point parlé do cet événement, s’il n’avait donné lieu à un trait célèbre qu’il est bon que vous appreniez.

Parmi les ofliciers qui avaient suivi le parti de Camille, SC lïouvait un Romain nommé Pétus,

dont la femmo, appelée Auri\, était l’une des plus vertueuses dames de sou temps.

Après la mort de Camille , tous ceux qui s’étaient attachés à sa fortune tombèrent entre les mains des soldats de l’empereur, et furent conduits à Rome pour y être jugés. Fétus partagea le sort de ses compagnons ; il fut chargé de fers, et embarqué sur un vaisseau, ou, malgré ses prières et ses armes , l’on ne voulut pas permettre à Arria de monter avec lui, pour le servir et le consoler. 3Iais cette courageuse femme , pour ne point abandonner son mari, loua une barque de pécheur, et suivit ainsi cet infortuné à travers les dangers d’une navigation longue et périlleuse.

Jusqu’alors l’espoir de le sauver avait soutenu la résignation de cette femme courageuse mais lorsqu’elle apprit que, par ordre de l’empereur, Fétus allait être mis à mort, elle résolut de ne point lui survivre; elle encouragea son époux à devancer le supplice , et lui eu donna l’exemple en se perçant le sein d’un coup mortel; puis, comme elle voyait qu'il hésitait en^ core, retirant aussitôt le poignard do sa blessure, « Fétus, lui dit-elle avec calme, cela ke fait poiXT DE sial: )) le malheureux rirnila , et tous deux périrent ainsi par une mort volontaire.

Ce courage féroce d’ Arria a fait le sujet de plusiem’s belles statues, que vous avez peutêtre vues dans quelques jardins publics , ou cette dame est figurée au moment où elle pré-^

sente à Pétus le poignard dont elle Tient de se frapper.

■ Chez les anciens, mes enfants, celte sauvage vertu qui les portait à se donner la mort pour échapper aux grandes infortunes, était fort admirée, et vous en avez déjà vu dans cette histoire plusieurs exemples remarquables: c’est que ces peuples n'élaieut point éclairés comme nous par une religion qui , d’accord avec la saine raison, ne permet jamais à un homme de quitter la vie lorsqu’elle lui est à charge.

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