‹ L'histoire romaine racontee aux enfants (volume 2)Chapitre 8 sur 39 · L’INCENDIE DE ROME · texte numérisé non relu

L’INCENDIE DE ROME

Depuis Pan 59 jusqu’à l’an 64 de l’ère chrétienne.

A présent que je vous ai montré Néron devenu le plus criminel de tous les hommes , vous ne serez pas surpris lorsque vous le verrez marcher entièrement sur les traces de Caligula auquel il ressemblait d’ailleurs sous plus d'un rapport, et dont il surpassa encore l’extra- II 2**

Yagance, par son goût cflréiic pour les spectacles et les jeux do ramphilliéâlrc.

Dès sa jeunesse la plus tendre, Néron avait la passion des chevaux : au moyen de petits charriots d’ivoire qu’il faisait mouvoir sur une table, il s’étudiait , pendant des journées entières dans son appartement, à tous les exercices du cirque, et prétendait bientôt devenir le plus habile cocher de son temps , malgré les remontrances de ses précepteurs, qui ne cessaient de lui représenter qu’il ne convenait nullement à un empereur de se donner en spe- * ctacle.

Une autre passion non moins vive chez Néron était celle de la musique et des instruments ; et quoiqu’il eût naturellement la voix sourde et monotone , il se Pallait do joindre nu mérite d’un cocher habile celui d’un excellent chanteur.

D’abord, cédant aux avis de Durrhus et de Sénèque, il n’admit qu’un petit nombre de personnes à ses courses de chars et à ses concerts: 3uais bientôt, encouragé par les applaudissements des flatteurs qui l’entouraient, il sut éloigner de lui ces deux censeurs incommodes et parut sur le théâtre à la vue de tout le peuple de Rome, étonné de reconnaître son empereur là où il ne voyait ordinairement que des mimes et dos gladiateurs.

Je vous ai raconté, je crois, dans riiisloire de Tibère, quel était le goût des Romains pour

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ks pantomimes; Néron, passionné pour toutes sortes de spectacles, appela plusieurs de ces comédiens dans Rome, leur prodigua mille encouragements, et voulut mémo prendre des leçons du plus habile d’entre eux, pour apprendre leur art, jusqu’alors réservé à des esclaves ou à des hommes du peuple.

Je dois vous dire à ce propos , mes petits amis, que le goût immodéré de cet empereur pour les jeux du théâtre , qui étaient alors parvenus à un haut degré de perfectionnement, acheva de corrompre les mœurs autrefois si sévères des anciens Romains. Néron , en montant sur la scène, entraîna avec lui une foule de personnages distingués, qui, à son exemple, ne rougirent plus de combattre dans l’arène, ou de chanter en public: des dames môme illustres suivirent ce dangereux exemple, contre l’usage ancien , qui ne permettait pas aux femmes de pai’aître sur le théâtre, et où l’on faisait présenter leurs rôles par des hommes masqués. Le peuple, auquel on distribuait du blé et de l’argent pour qu’il assistât à ces jeux, perdit l’habitude du travail, contracta le goût de l’oisiveté , et se contenta bientôt de pain, ponrvu qu’on lui-donnât des spectacles.

A cette époque, il parut au ciel une comète, les Romains, qui regardaient encore l’apparition de ces astres comme le présage d’un grand événement, ne doutèrent pas qu’il n’annonçât un changement d’empereur; ce qui n’eut lieu

pourtant que bien des années après; mais Néron lit punir d’une manière terrible tous ceux qui interprétèrent ainsi ce prétendu prodige, sous prétexte qu’ils avaient commis un crime de lèse majesté, puisqu’ils avaient souhaité sa mort.

Depuis ce moment, Néron devint le plus redoutable des tyrans; il persécuta un grand nombre de gens de bien, obligeant les uns à quitter leur famille et leur patrie, et les autres à se donner la mort, pour échapper à sa colère; il alla même plus loin, car, lorsqu’il en voulait à quelqu’un, il lui envoyait par un de scs olïlciers l’ordre de mourir; alors ce malheureux n’avait rien de mieux à faire que d’obéir , sans quoi les envoyés de Néron l’auraient égorgé.

Le plus souvent ceux qu’il avait ainsi condamnés se faisaient ouvrir les veines des bras et des pieds, et, se plongeant dans un bain d eau tiède, expiraient lentement par l’epuissement de tout leur sang.

Bientôt Néron ne mit plus de bornes à ses cruautés et à ses extravagances. Sans cesse entouré des hommes les plus débauchés de la ville, et ne sachant plus comment se divertir, il imagina de passer les nuits, sous un déguisement, à dépouiller les passants, et à commcllre toutes sortes de crimes; plus d’une fois à la vérité il lui arriva d’être rudement frappé dans CCS jeux abominables. On raconte que, dans l’une de ces courses nocturnes, un sénateur qu’il avait assailli , l'ayant légèrement

blessé sans le connaître, apprit avec effroi le lendemain matin que le voleur qu’il avait maltraité, n’etail autre que l’empereur lui-même, et vint se jeter à ses pieds en le suppliant de lui pardonner cette faute involontaire: « Quoi ! tu as frappé Néron, s’écria le tyran, et tu vis encore ! » et l’infortuné sénateur fut contraint de se donner la mort.

De pareils excès répandirent la terreur dans Rome, où, aux approches de la nuit, personne n’osait , plus traverser les rues , de peur d’y rencontrer Néron et sa bande.

Enfin un sinistre événement vint mettre le comble à la désolation des Romains , et à la haine qu’ils portaient à l’empereur. Un terrible incendie éclata en même temps dans plusieurs quartiers de la ville, comme si le feu. y eût été mis à dessein. Pendant que des tourbillons de flamme et de fumée s’élevaient de toutes parts, Néron fit défendre d’arrêter le fléau, et des scélérats apostés dans la ville empêchèrent que l’on apportât des secours.

Pour lui , revêtu d’un habit de théâtre , il monta sur la plate-forme de son palais, d’où il découvrait toute celte grande cité en flammes, et se mit à chanter sur sa lyre l’incendie de Troie , cet événement fameux dont parle l’Histoire Gi'ecque et qu’Homère a célébré dans ses poèmes, ainsi que vous vous en souvenez saus doute.

Cette insensibilité de Néron, qui semblait

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insulter à un si grand désastre, extiita plus que jamais l'indignation des Romains , et dès ce moment on put prévoir que ce monstre .couronné ne tarderait pas à expier les crimes qu'il avait commis ou autorisés.

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