LA FAMILLE DE FABIUS
Depuis l’an 483 jusqu’à l’an 439 avant J. -G.
Dans ce temps-là les Volsques n’étaient pas les seuls ennemis que Rome eût à redouter; presque tous les peuples du Latium et de l’Étruric ne cessaient de chercher querelle aux Romains, dont la prospérité toujours croissante les inquiétait, et souvent ceux-ci ne savaient
comment trouver assez de soldats pour comballre à la fois tant de différents adversaires ; mais vous allez voir combien ce peuple avait d’énergie et de patriotisme, lorsqu’il s'agissait de pourvoir au salut de la république.
II y avait alors à Rome une Famille Patricienne qui était très-nombreuse, et dont tous les membres étaient connus par leur valeur et leurs autres vertus ; on la nommait La Famille Fadia, ce qui voulait dire celle des Fabius.
Un jour les Fabius, apprenant que les VélEîïs, peuple voisin de Rome, venaient encore do lui déclarer la guerre, se rendirent tous d'un commun accord devant le sénat pour solliciter la faveur d’èlrc seuls chargés de combattre ces nouveaux ennemis. Los sénateurs hésitèrent d’abord à exposer ainsi aux hasards do la guerre celte généreuse famille tout entière ; mais comme le péril était pressant, ils leur permirent enfin de sortir de la ville , et de marcher contre les Véiens, qui s’étaient déjà presque avancés jusqu’aux portes de Rome.
Alors les Fabius, prenant leurs arnnîs, formèrent une troupe dont chacun admira la bonne mine et la résolution, et lorsqu’on les compta, ils se Irouvèi’cnt en tout trois cents six honinics, tous pères, fils, oncles, neveux ou cousins les uns des autres. C’était bien peu, mes enfants, que trois cents six hommes pour coin- Jjatlre une armée peut-être vingt fois plus considérable, mais c’était beaucoup pour Rome de
sacrifier tant de bons et utiles citoyens. Dès le lendemain ils se mirent en marche, accompagnés des vœux de tout le peuple, qui leur souhaitait un heureux retour, et ne laissant chez eux, d'une famille si considérable, qu’un seul petit garçon, à qui son jeune ège ne permettait pas encore de prendre les armes.
Ces vaillants guerriers remportèrent d’abord par leur courage, une victoire éclatante sur les Véiens, dont la nombreuse armée fut entièrement mise en déroule; mais comme l’intrépidité des Fabius ne connaissait plus de bornes, les ennemis n’eurent pas de peine à les attirer dans une embuscade, où ils périrent tous jusqu’au dernier, après avoir vendu si chèrement leur vie, que de longtemps les Véiens ne furent plus en état de faire aucune entreprise contre une ville qui pouvait trouver dans une seule famille tant d’intrépides défenseurs.
La désolation fut grande à Rome, lorsqu’on y apprit la perte des illustres Fabius; le jour où ils avaient péri fut marqué pour toujours comme un jour Néfaste {ce qui veut dire malheureux), et la porte par laquelle celle petite armée patricienne était sortie de la ville pour se niellre en marche , reçut le nom de porte ScELERATA, c’est-à-diro funeste, qu’elle conserva pendant plusieurs siècles.