‹ L'histoire romaine racontee aux enfantsChapitre 15 sur 33 · CAMILLE ET LES GAULOIS · texte numérisé non relu

CAMILLE ET LES GAULOIS

Depuis l’an 396 jusqu’à l’an 321 avant J.-C.

Déjà bien des années s’étaient écoulées depuis que le décemvirat avait été aboli, et les Romains étaient gouvernés, comme auparavant,

par des consuls, lorsqu’ils résolurent de créer un dictateur pour aller assiéger la ville de FalÈRES, qui appartenait à un peuple vaillant auquel ils avaient déclaré la guerre ; celle fois ce fut un ciloyen brave et vertueux, appelé Camille, qui revêtu de celle dignité, s illustra par plusieurs belles actions que je vais vous raconter.

Pendant le siège de Falères, un maître d’école, à qui étaient confiés les enfants des premières familles de cette ville, vint trouver le dictateur, accompagné de tous ses élèves, et lui offrit de les livrer entre ses mains, pour que les parents de ces jeunes gens, de pour qu’il ne leur arrivât malheur, se bâtassent de rendre leur ville. Celte traliison indigna Camille; et en effet , c’était une bien mauvaise action que commettait ce maître d’école, puisqu’il a- \ait promis d’avoir soin de ces enfants, et qu’en les livrant aux Romains il les exposait à être tués ou réduits à l’esclavage ; aussi , au lieu de la récompense qu’il attendait du général romain, il en reçut au contraire un iusle châtiment.

Camille ordonna qu’on le dépouillât de ses vêtements ; et lui ayant fait lier le mains derrière le dos, il donna des baguettes à tous ses écoliers, pour qu’ils le reconduisissent â Falères, en le frappant de toutes leurs forces; ce qu’ils firent probablement avec grand plaisir.

Lorsque les parents de ces enfants, qui at-

tendaient leur retour avec inquiétude , apprirent pourquoi cet homme était ainsi maltraité, ils furent si émus de la probité de Camille , qu’ils vinrent aussitôt lui offrir les clés de leur ville. La vertu obtint ainsi à l’instant mémo ce que la force aurait eu bien de la peine à arracher.

Cependant les soldats romains, qui s’étaient flattes que le pillage de Falères mettrait entre leurs mains toutes les choses précieuses que cette ville opulente devait renfermer , étaient peu touchés de la modération de Camille envers les ennemis ; et leur mécontentement éclata si vivement dès leur retour à Rome, que le peuple, oubliant les services éminents que ce général venait de rendre à la république, eut l’ingratitude d’ exiler ce grand homme , comme vous avez vu qu’il avait exilé Coriolan. Mais Camille s’en consola , en pensant qu’il n’avait rien à se reprocher, et qu’un jour ses ennemis mômes lui rendraient justice ; ce qui arriva bientôt après, comme vous allez voir.

A cette époque une nombreuse armée de Gaulois, ce peuple farouche et belliqueux dont je vous ai déjà parlé dans V Histoire ancierir ne, ayant tout à coup envahi l’Italie, avait mis le siège devant la ville de Clusium , qui était alors l’alliée des Romains. Ceux-ci en apprenant cette nouvelle, envoyèrent trois députés au chef de ces barbares qui se nommait Rreh- Rus, pour l’inviter à respecter les amis de Ro-

me ; mais un de ces députés ayant eu l’imprudence de tuer un Gaulois , Breiinus , qui ne cherchait qu’un prétexte, se hâta de marcher sur cette capitale avec son armée.

Ces Gaulois étaient des hommes d’une taille élevée et d’une force considérable, et ils avaient une extrême impatience de mettre au pillage les trésors qu’ils savaient être enfermés dans Rome. Ils marchèrent donc sur cette ville avec promptitude , et ayant dispersé, sur les bords d’une rivière appelée I’Allia , les troupes qui avaient été envoyées à leur rencontre, ils se présentèrent devant Rome, dont tous les habitants s’étaient enfuis à leur approche, à l’exception de ceux à qui leur "grand Age ou leurs inlirrnités n’avaient pas permis de s’éloigner.

Ces vieillards, parmi lesquels se trouvaient plusieurs sénateurs, se placèrent sur des sièges devant la porte de leurs maisons, vêtus de leurs habits de cérémonie, et attendirent ainsi les ennemis, qui ne tardèrent pas à se présenter. D’abord, les Gaulois furent saisis d’admiration en voyant ces hommes vénérables qui paraissaient n’éprouver aucune crainte; car ces peuples, malgré leur barbarie, professaient un grand respect pour la vieillesse.

Mais un soldat ayant porté la main sur la barbe blanche de l’un des plus vieux sénateurs comme pour la caresser, celui-ci, indigné de celle insolence, ayant leyé sur lui une baguette d’ivoire sur laquelle il s’appuyait, le Gaulois le tua sur-lc-cliainp.

Ce fut le prétexte d’un massacre général: les barbares égorgèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, et mettant le feu dans plusieurs quartiers à la fois, allumèrent ainsi un vaste incendie qui consuma bientôt tous les éditicies de celte ville , à l’exception du Capitole, où s’étaient réfugiés un petit nombre de courageux Romains, qui avaient mieux aimé s’exposer aux plus grands dangers que d’abandonner un lieu auquel l'oracle, consulté par ïarquin-le-Siiperbe , avait promis autrefois la souveraineté de ritalie. Les Gaulois, ayant vainement tenté de pénétrer dans cette citadelle , se bornèrent à l’environner de toutes paris, afin que personne ne pût y entrer ni en sortir.

A quelque temps de là , favorisés par une nuit obscure, des soldats de Brennus, soupçonnant que les sentinelles, se liant à l’épaisseur des -ténèbres, pourraient se livrer au sommeil, escaladèrent en silence le roc sur lequel la forteresse était bâtie ; cl ils étaient au moment de franchir la dernière enceinte, lorsque des oies sacrées, que Ton nourrissait dans le temple pour les augures, ayant entendu le cliquetis des armes des ennemis et le bruit de leurs pas, se mirent à crier et à battre des ailes avec tant de force, que les gardes furent éveillés. Un officier, nommé Maiviius, accouru le premier sur le rempart, ayant aperçu deux Gaulois qui avaienl déjà franchi la muraille, se jeta sur eux avec intrépidité, et fut assez heureux pour les

précipilcr du haut en bas du rocher. Au brut effroyable de leur chute , les autres ennemis s arr(Hèrenl frappés de terreur, et Manlius, qui, par celte action hardie, venait de sauver le Capitole, reçut le surnom de Gapitoliîvüs,

Cependant, mes petits amis, c’en était fait de Rome, si le généreux Camille, oubliant l’ingratitude de ses concitoyens, n’eùt consenti à reprendre le commandement du petit nombre de soldats qui restaient encore, pour combattre les Gaulois.

On le fit dictateur pour la seconde fois, et après avoir vaincu les ennemis à diverses reprises, il pénétra dans la ville au moment même où les Gaulois consentaient à se retirer pourvu qu’on leur donnât une grande quantité d'or. Déjà plusieurs balances étaient remplies de ce métal précieux, etBrennus, avec toute l’insolence d’un Barbare, s’était écrié pour insulter les Romains: Malheur aux vaincus ! lorsque Camille se présentant, lui déclara que ce n’ètait point avec de l’or, mais avec du fer que Rome devait être délivrée; et jetant, à ces mots, son épée dans la balance , il donna le signal d’un nouveau combat à la suite du quel les barbares, complètement défaits, se virent contraints do fuir en désordre, et bientôt après de chercher leur salut hors de rilnlie.

Rome commençait à peine â se relever de ses ruines, lorsque la peste se déclara de nouveau dans la ville : un grand nombre de Romains

succombèrent à celle maladie, et parmi eux le grand Camille, qui venait d’arracher, sa pairie au plus imminent de tous les périls.

Manlius-Gapitolinus, ce vaillant guerrier qui avait sauvé le Capitole, ne survécut pas longtemps à la gloire qu’il avait acquise : accusé par les tribuns, peut-être avec raison, d’aspirer à la tyrannie, c’est-à-dire de vouloir rétablir la royauté dans Rome, il fut condamné au supplice des traîtres, et précipité honteusement de la roche Tarpéienne. La maison même qu’il habitait auprès du Forum, fut démolie par ordre du sénat, afin qu’il ne restât plus sous les yeux des Romains rien qui leur rappelât sa gloire et l’infamie de son supplice.

Peu de temps après ces événements remarquables, un prodige effrayant vint jeter la terreur dans Rome. On vit tout à coup s’ouvrir au milieu du Forum un gouffre, dont il paraissait impossible de sonder la profondeur.

Le bruit s’étant répandu, parmi le peuple, que cet abîme ne se refermerait que lorsqu'un homme s’y serait jeté volontairement , Makcus CüRTius, jeune chevalier romain, s’y précipita tout armé avec son cheval , pour faire cesser l’épouvante. En effet, quelques jours après, on parvint à combler le gouffre, et la frayeur se dissipa.

Quoique je vous aie raconté bien des choses aujourd’hui, mes petits amis, je veux encore vous faire connaître raventure d’un Gaulois ,

dont la taille était tellement au-dessus de celle des hommes ordinaires , qu’il pouvait passer pour un géant. Cet homme ayant eu Tinsolenco de se présenter devant les rangs des Romains , en défiant l’un d’eux< de sortir pour le combattre, un soldat, nommé Valérius, s’avança sans crainte ; mais dans le même moment un corbeau vint se percher sur la tête du géant, et lui creva les yeux à coups de bec. Yous jugez bien qu après cela, Valérius n’eut pas grand’pcine à percer le Gaulois de son épée, et en mémoire de celle aventure surprenante , on lui donna le surnom de Gorvixcs.*

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