SCIPION L’AFRICAIN
Depuis l’an 211 jusqu’à l’an 187 avant |J.-C.
Vous n’avez point oublié, sans doute, mes petits amis, Hiéron, ce roi de Syracuse qui avait appelé les Romains à son secours contre les Carthaginois, et qui devint ainsi l’occasion de la première guerre punique: eh bien ! ce roi étant mort, il y eut des Syracusains qui tuèrent son petit-fils Hiéronyme , auquel devait appartenir la couronne, et qui se déclarèrent les ennemis de Rome. Comme Ànnibal et ses soldats ne pensaient plus qu’à goûter à Gapoue le repos que tant de fatigues leur avait rendu nécessaire , la terreur qu’ avait inspirée aux Romains la défaite de Cannes s’était entièrement dissipée ; et un général, nommé Mar- CELivs reput l’ordre de passer en Sicile pour
assiéger Syracuse, dont il se serait prompte-' ment emparé, s’il n’avait eu dans cette ville un habile mécanicien, nommé ârchimêde.
Archimède, un des hommes les plus savants qui aient jamais existé , avait inventé de terribles machines qui s’abassant sur la mer , comme un grand bras, enlevaient une galère, et la faisaient chavirer comme une coquille de noix. Il Rvait en outre fabriqué des miroirs ardents, avec lesquels il incendiait les vaisseaux romains, à peu près comme lorsqu’en vous amusant au soleil avec un miroir , vous faites voltiger la lueur qui se réfléchit dans cette glace sur les objets placés à quelque distance de vous.
Il avait également préparé des machines qui lançaient de grosses pierres et des poutres énorines sur les soldats qui osaient approcher des murailles. Enfin, Tune de ses plus étonnantes découvertes était celle d’une espèce de feu qui brûlait dans l’eau, et que rien ne pouvait éteindre.
Cependant les efforts d’Archimède n’empêchèrent pas que la ville fut prise après un siège long et opiniâtre , et que les Syracusains hissent traités avec la plus grande rigueur. Cet habile géomètre, qui, dans la moment même où la place était emportée, était profondément occupé d’un nouveau travail, dont le bruit des armes n’avait pu le distraire , fut tué par un soldat qui ne le connaissait pas ; et Marcellus
fut tres-affligé lorsqu’il, apprit sa mort , parce qu’il n’aurait point voulu qu’on fît le moindre mal à cet homme précieux, auquel il lit faire de magnifiques funérailles.
. De son côté , mes petits amis , Ânnibal ne tarda point à se repentir de n’ayoir pas marché sur Rome aussitôt après la bataille de Can-. nés ; et lorsqu’il jugea nécessaire de se remettre en campagne et de menacer de nouveau cette capitale, il s'aperçut, mais trop tard, que ses soldats, efféminés par l’exemple pernicieux des citoyens de Capoue et par une trop longue- oisiveté, avaient perdu l’habitude des travaux et des privations qui les rendaient auparavant si redoutables : tous les avantages quïl n’avait obtenus que par la discipline et la constance inébranlable de son armée, se trouvé-, rent ainsi perdus ; et il reconnut , à ses dépens, lorsqu’il n’était plus possible d’y remé- . dier, que ce n’est que par un travail continuel et assidu, que les hommes peuvent conserver leur 'force et leur courage.
. Pendant ce temps, d’autres combats avaient lieu en Ëspagne, entre les Romains, commandés par deux consuls, du nom de Scipion, et les Carthaginois qu’Annibal avait laissés dans cette contrée sous la conduite de son frère Asdrubal. D’abord, le sort des armes fut contraire aux Romains, et leurs deux généraux périrent dans une seule bataille. Mais un jeune homme, nommé Gorneluis Scipion, qui avait suc-
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cédé à son père, l’un des deux consuls qui venaient de succomber ballit à son tour Asdrubal , et le força d’abandonner l’Espagne pour se diriger sur l’Ilalie où l’appelait Annibal. C’en était peut-être fait de Rome pour celle fois, si Asdrubal eût rejoint son frère ; mais cet imprudent jeune homme tomba dans une embuscade, où il trouva la mort ; et sa tête, jetée dans le camp d’Annibal, apprit à la fois à ce grand guerrier son approche et sa défaite.
Depuis ce moment, la fortune parut avoir abandonné les Carthaginois. Sans cesse vaincu et harcelé par les armées de Rome, Annibal, rassemblant les débris de ces vieilles bandes qui avaient franchi les Alpes , 1ht rappelé en Afrique, où les Romains, sous les ordres du jeune Scipion, menaçaient a leur tour les murailles de Carthage. Ce nom de Scipion devait un jour devenir bien funeste à cette grande ville ; et Annibal avait enfin trouvé un adversaire digne de lui.
Il y avait dans ce temps-là, en Afrique, à peu de distance de Carthage une ville appelé Cm- THA, qui porte aujord’hui le nom de ConstantiivE, et sur laquelle régnait alors un prince barbare nommé Massinissa, qui s’était fait l’allié des Romains. Un jour que ce monarque était absent de son rayaume, Syphax, son proche parent et pourtant son ennemi, secrètement aidé par les Carthaginois, s’empara de sa capitale et prétendit régner à sa place; mais Massinissa
appela aussilôt les Romains à son aide, et secondé par eux, il vainquit Syphax et le fil.inel- Ire à mort.
Ce malheureux Syphax avait pour épouse une princesse carthaginoise nommée Sophoxisbe , dont la beauté était si remarquable, que dès que Massinissa l’eut aperçue, il résolut de l'épouser, pour quelle ne fût pas emmenée en esclavage par les Romains. Mais Scipion lui ayant reproché celte imprudence, qui eût été un crime aux yeux du sénat, le cruel Massinissa obligea lui-même cette princesse à prendre du poison, qui la fit expirer peu d’instants après dans d’horribles souffrances.
Annibal, à son arrivée en Afrique, trouva les Carthaginois plongés dans l’effroi , et Scipion qui , secondé par le farouche Massinissa à la tête de ses Numides, avait déjà brûlé dans leur camp deux armées africaines.
Ces Numides, montés sur des chevaux aussi légers que le vent, qu’ils conduisaient sans selles ni brides, étaient les ancêtres des Arabes ou Bédouins que nos soldats d’Alger combattent encore journellement sur ces mêmes rivages d'Afrique, et qui ne vivent le plus souvent que de brigandage et de rapines.
A l’approche de son ennemi, Annibal. impatient de se mesurer avec le seul capitaine qui eût pu jusqu’alors balancer sa fortune, avait déjà promis la victoire aux siens, en leur rappelant qu’ils avaient pour eux Annibal et l’armée d’I-
talie ; mais celle fois le sorl des armes trompa son espérance : il fui complètement vaincu auprès d’une ville nommée Zama, et ne trouva de retraite que sous les murs de Carthage.
Les habitants de cette opulente cité, réduits au désespoir, se décidèrent enfin à demander la paix au sénat de Rome, qui voulut bien la leur accorder, mais si dure et si humiliante, (lu’ils firent pitié au monde entier: telle fui la fin de la seconde guerre punique, qui n’avait pas duré moins de dix-sept ans.
Lejeune Publius Scipion, qui venait dé vaincre Annibal, reçut les honneurs du triomphe, et on ne l’appeia plus que Scipion l’Africain.