‹ L'histoire romaine racontee aux enfantsChapitre 2 sur 33 · PREMIER ROI DE ROME · texte numérisé non relu

PREMIER ROI DE ROME

Depuis l’an 752 jusqu’à l’an 741 avant J.-C. ^

Romulus n’avait que dix-huit ans, lorsque, par le meurtre de son frère Rémus, il devint maître de donner un nom à la ville qu’il avait entrepris de bâtir, et qu’il appella Rome.

Dans ce temps là , comme nous l’avons vu pour les vautours dans l’histoire des deux frères , beaucoup de gens s’imaginaient que les animaux étaient destinés quelquefois à donner de bons conseils aux hommes.

C’était une vieille croyance répandue en Italie’ par d’anciens peuples nommés les Étrusques,

dont les restes habitaient encore les contrées voisines de la nouvelle Rome.

Ces Étrusques étaient tellement crédules et superstitieux , qu’il se transmettaient de père en üls une foule de pratiques non moins ridicules que celles de consulter les animaux sur les entreprises qu’ils voulaient former , et de reconnaître à de certains signes si le ciel était favorable ou contraire à leurs desseins. Ces idées absurdes, qu’aucune personne raisonnable ne pourrait conserver aujourd’hui, avaient été accréditées parmi eux par un grand nombre d’événements extraordinaires dont leur pays avait été le théâtre, et qu’ils ne manquaient pas de qualifier de prodiges.

L’Étrurie, c’est-à-dire la contrée qu’ils habitaient, avait été souvent dévastée par des tremblements de terre, des bruits souterrains, des déchirements subits du sol ; ou épouvantée par l’apparition d'hommes ou d’animaux monstrueux, et d’autres phénomènes non moins remarquables.

C’est aussi à cause de cela que, sur les vases antiques que l’on trouve encore fréquemment en fouillant la terre en Italie, et que l’on attribue généralment aux Étrusques, on remarque assez souvent des dessins bizarres, représentant des hommes de petite taille avec de grands bras ; une grosse tête, et un nez d’une longueur démesurée. Quelquefois aussi ce sont des figures de chevaux à tête dlaigle, des hommes à

lôte de loup, des nains grimaçants, et des bêtes hideuses qui n’ont jamais existé.

Quoi qu’il en soit, Romulus, qui avait sans doute adopté les erreurs répandues dans le pays où il était né, voulut encore que des animaux de leur propre mouvement, traçassent l’enceinte dans la quelle Rome devait être contenue ; à cet effet , il attela à une charrue un jeune taureau et une jeune génisse , et les laissant . marcher à l’aventure, il prit pour l’enceinte de sa ville le sillon que la charrue avait tracé, et marqua quatre portes par où l’on pût entrer dans Rome et en sortir.

Il ne faut pas, mes petits amis , vous figurer la ville de Rome dans ses commencements comme les villes que vous voyez aujourd’hui; ses maisons, bâties sans ordre et sans goût, étaient disposées pour renfermer les bestiaux , les récoltes et le butin que faisaient les compagnons de Romulus sur leurs voisins ; car ils n’avaient point encore renoncé à leur habitude de courir les champs et de batailler.

La ville était traversée par le cours du Tib e, fleuve facile à reconnaître à la couleur jaunâtre de ses eaux ; elle s’étendait sur sept petites collines, dont quelques-unes sont devenues célèbres par la suite et que vous apprendrez à connaître successivement ; mais il est bon que vous sachiez, dès à présent, que ce fut au pied du Mont Palatin que Romulus fit creuser les premières fondations de Rome.

An milieu de l’enceinte de la ville s’étendait une vaste place, que l’on nommait le Forum ; c’était là que le peuple se réunissait pour décider des affaires publiques. Lorsque celte multitude s’assemblait dans le Forum, on appelait cela tenir les Comices. Sur le Forum s’élevait la tribune aux harangues, où montaient ceux qui voulaient se faire entendre de la foule; c’était encore là que les magistrats, chargées de rendre la justice, tenaient leur tribunal en plein air, et prononçaient leurs jugements.

. Cependant , quoique Romulus fût roi d’un peuple déjà nombreux, parce qu’il avait ouvert dans sa nouvelle ville un asile où tous les malfaiteurs et les vagabonds des pays environnants trouvaient un refuge assuré, aucune femme ne voulait venir demeurer avec des hommes qui pour la plupart passaient pour des méchants et des voleurs. Or, voici ce que fit Romulus pour obliger les peuples voisins à donner leurs filles en mariage à ses compagnons.

Il fit annoncer à son de trompe dans tout le Latium, qu’il allait faire célébrer à Rome des jeux extraordinaires, auxquels il invita tous les peuples des environs à amener leurs femmes et leurs enfants, leur promettant de leur faire voir mille choses surprenantes. Les Albains ou habitants d’Albe, et les Sabins, autre nation dont la capitale se nommait Cures, accoururent en foule à Rome ainsi que d’autres peuplades du voisinage ; mais les uns et les autres ne tardèrent pas à se repentir de leur curiosité.

En efTet, pendant que ces étrangers étalent occupés à regarder les jeux qui se célébraient sur une grande place, les solda.ts de Romulus so présentant toul-à-coup 1’ épée à la main , enlevèrent toutes les filles qui se trouvaient là , malgré la colère et la résistance de leurs pères et de leurs frères, qui, n’étant point armés, ne pouvaient opposer que leurs menaces, tandis que les pauvres mères poussaient des cris lamentables , pensant que ces farouches soldats allaient égorger leurs enfants ; ce qui n’arriva pourtant pas, puisque les Romains les emportèrent seulement dans leurs maisons, où peu de jours après ils les épousèrent.

Vous croirez aisément que les pères et les parents des filles qui avaient été enlevées ne voulurent pas laisser impunie la trahison dont elles avaient été victimes ; les Sabins, qui s’étaient rendus à l’invitation de Romulus en plus grand nombre que ses autres voisins, déclarèrent la guerre aux Romains , et excitèrent contre ceux-ci tous les peuples des environs. Mais les Romains, qui avaient un grand courage, quoiqu’ils fussent certainement coupables d’une trèsmauvaise action, les repoussèrent après les avoir vaincus dans plusieurs combats.

Ce fut seulement après plusieurs années que le roi des Sabins, nommé Tatius pénétra enfin dans Rome avec ses soldats, par la perfidie d’une jeune fille appelée Tarpéia, qui, dans fespoir d’une récompense, leur ouvrit une des portes

de la ville. Mais celte jeune fille ayant demandé aux Sabins, pour prix de sa trahison, de lui donner ce que chacun d’eux portait à son bras gauche, désignant par là un bracelet d’or ou d’argent dont chaque soldat était pourvu, ceuxci, feignant de ne pas la comprendre, l’écrasèrent en lui jetant tous ensemble sur le corps de grands plateaux de fer qu’ils portaient aussi au bras gauche, et que l’on nommait des Bouchers ; ces boucliers étaient destinés à parer les flèches, les pierres et les coups de lance, dont on faisait alors usage dans les batailles, ïarpéia périt ainsi sur un rocher qui, depuis ce temps, reçut le nom de Roche ïarpéiexive, et dont vous ferez bien de vous souvenir.

Alors s’engagea dans Rome même un combat sanglant qui se serait peut-être terminé par la défaite de Romulus et de tous les siens, lorsque les Sabines enlevées , et qui étaient devenues les femmes des Romains, se jetèrent de toutes parts entre les combattants, en les suppliant avec de grands cris de ne plus s’entretuer.

On voyait par terre de pauvres petits enfants que leurs mères avaient apportés entre les deux armées pour attendrir leurs pères et leurs maris, au risque de les faire fouler aux pieds des chevaux ; et elles parvinrent ainsi à désarmer ces deux peuples, qui, d’ennemis qu’ils étaient, ne formèrent plus qu’une seule nation, une seule et même famiUe, que Romulus et Tatius résolurent de gouverner en commun.

Les Romains, en mémoire de l’enlèvement des Sabines, qui, par leur courage, avaient ramené la paix entre leurs pères et leurs maris, établirent la coutume de porter dans leurs bras les nouvelles mariées , lorsqu’elles passaient pour la première fois le seuil de la maison de leurs époux, et de leur séparer les cheveux le jour des noces avec la point d’une flèche. En outre il fut réglé que jamais une femme romaine serait assujettie â d’autre travail qu’à celui de filer la laine; que chacun leur céderait le pas dans la rue, et que tout homme qui aurait dit devant une femme quelque chose qui pût l’offenser, serait sévèrement puni : les juges même ne purent pas les citer devant leur tribunal.

Peu de temps après cet événement, les Sabins se bâtirent des maisons autour du mont Palatin où Romulus avait commencé à jeter les fondations de sa ville, et contribuèrent ainsi à l’agrandissement de Rome.

• La guerre des Sabins, si heureusement terminée, ne fut pas la seule que Romulus eut à soutenir: un roi voisin, nommé Acron, vint à la tête d’une armée pour renverser cette ville naissante, qui lui inspirait déjà de la jalousie; mais Romulus ayant tué de sa propre main cet ennemi redoutable, s’empara de son armure et la rapporta en grande cérémonie à Rome, où il la suspendit dans un petit temple élevé non loin de la roche Tarpéienne ; ces dépouilles , prises sur un chef ennemi tué à la guerre, re-

çiircnt le nom de Dépouilles Opimes , et elles formèrent pendant longtemps les richesses dont les Romains firent le plus de cas.

Vous n’avez point oublié sans doute que Romulus, dans sa jeunesse, avait un caractère violent et jaloux ; aussi ne partagea-t-il pas longtemps le trône avec Tatius , qui périt assassiné par des hommes que Ton ne connut jamais, mais que l’on soupçonna être des gardes de son collègue.

Romulus, devenu, par cet événement, le seul roi des Romains, fit choix d’un certain nombre de soldats et d’hommes armés auxquels il donna le nom de Licteurs, et qu’il chargea de porter devant lui, pour signe de sa toute-puissance, des faisceaux de verges, c’est-à-dire de petites baguettes fortement liées ensemble, au milieu desquelles se trouvait une hache: ces licteurs avaient pour fonctions de frapper ceux que le roi ordonnait de châtier, soit qu’il jugeât à propos qu’on les fouettât seulement, soit qu’Ü les fit mettre à mort sur-le-champ selon son caprice, car ce prince, dans le rang élevé où il était parvenu, avait conservé toute la rudesse des moeurs de ses premières années.

En mémo temps , ne voulant pas être seul chargé du gouvernement, Romulus choisit les plus vieux olficiers de son armée pour en former une assemblée qu’il appela le Séxat, d’un mot latin qui veut dire vieillard^ parce qu’elle clail ciitièrcmcnl composée d’hommes avaacés

en âge; ces officiers prirent le titre de Séjia- TEURS, et portèrent au doigt des anneaux d’or. Après ceux-ci on distinguait les Chevaliers ou Cavaliers, qui étaient les gardes ordinaires du roi. Romulus leur avait donné d’abord le nom de CÉLÈRES, c’est-à-dire agiles, parce qu’ils étaient toujours prêts à exécuter les ordres qu’il leur donnait.

, Tous les citoyens qui n’étaient ni sénateurs ni chevaliers furent divisés en un certain nombre de tribus, et rangés dans la classe du peuple: ces derniers reçurent le nom de Plbbéievs, tandis que les fils des sénateurs et des chevaliers furent distingués par celui de Patriciens: souvenez-vous, je vous prie, mes petits amis, de ces diverses dénominations que vous retrouverez bien des fois dans ce livre et dans d’autres, et dont vous comprendrez mieux alors la véritable signification.

Cependant les sénateurs, contre lesquels Romulus se livrait fréquemment à des emportements irréfléchis et qu’il traitait souvent avec autant de hauteur que ses autres sujets, quoiqu’il se fût interdit pourtant de les faire battre de verges, se lassèrent d’obéir à un pareil maître.

Un jour qu’il avait assemblé le sénat et le peuple dans le Forum pour délibérer sur quelque affaire, il survint tout-à-coup un orage accompagné d’une profonde obscurité ; et lorsque la clarté du jour reparut, on ne retrouva plus Romulus. Tout le monde s’écria que le tonnerre

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était sans douto tombé sur lui pour le punir de sa dureté et de ses injustices, et surtout du meurtre de son frère Rémus ; mais on croit qu’il avait été mis en pièces par les sénateurs, qui emportèrent chacun sous leur robe quelque partie de son corps.

Toul-à-coup un Romain nommé Proculus se présentant au milieu du peuple, raconta qu’il venait de voir Romulus monter au ciel, et que ce prince lui avait ordonné de dire aux sénateurs qu’ils eussent désormais à l’adorer comme un dieu, sous le nom de Qumixcs ; chacun feignit de croire à ce prodige, et personne no regretta Romulus , parce qu’on n’aiine jamais les méchants.

Quelque temps après, un temple fut élevé au nouveau dieu Quirinus, sur une petite montagne voisine , qui prit de là le nom de Mont Qüirinal , et qui par la suite se trouva comprise dans l’enceinte de Rome.

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