‹ L'histoire romaine racontee aux enfantsChapitre 3 sur 33 · SECOITD ROI DE BORE · texte numérisé non relu

SECOITD ROI DE BORE

Depuis l’an 714 jusqu’à l’an 670 avant J.-C.

lorsque Romulus eut disparu de la manière que je viens de vous raconter , mes petits amis, les sénateurs et le peuple se trouvèrent

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bien embarrassés de savoir qui l'on mettrai l à sa place ; car quoique l’on dise bien souvent pour vanter le bonheur de quelqu’un, qu’il est îieureux comme un roi , c’est cependant une lâche bien difficile à remplir que celle de gouverner un royaume ! Une année tout entière s'écoula donc, sans que personne, à Rome, osât prendre place sur le trône qu'avait occupé Romulus, et cette ville devint le théâtre de toutes sortes de désordres , parce que le sénat n’étant point assez puissant pour faire respecter seul l’autorité que Romulus lui avait confiée , chacun prétendait faire sa volonté aux dépens des autres. Cet espace de temps , où.

il n’y eut point de roi, reçut le nom d'iNiER-

KÈGiVE.

Dans le pays des Sabins, qui, comme vous savez , était très-voisin de Rome , vivait alors un homme dont on vantait de tous côtés la bonté, la justice et la bienfaisance. Il se nommait Nuüia PoMPiLirs , et n’avait pas moins dé quarante ans, lorsque les Sabins établis à Rome proposèrent aux Romains de lui offrir, d’un commun aci ord , la couronne qu’avait portée autrefois Talins, dont il était le parent.

Un jour que ?s'uma Pompilius était dans sa maison de campagne avec son vieux père qu’tl aimait de tout son coeur, comme doit le faire un bon fils , il vit , tout-à-coup , entrer chez lui deux hommes qu'il avait connus autrefois; c'était le romain Proculus, le meme qui avait

ônnoncô que Romulus était monté au ciel, et le sabin Volésius, l’un des plus honnêtes gens de son temps, qui lui annoncèrent que le peuple et le sénat de Rome l’avaient choisi pour régner sur cette ville, et le supplièrent de les suivre à l’instant même pour faire cesser les maleurs de l’interrègne, dont chacun était fatigué.

Vous allez croire peut-être, mes enfants, que Numa fut très-satisfait de recevoir cette proposition; eh bien! au contraire, il répondit aux ambassadeurs qui la lui avaient apportée ;

« Pourquoi voulez-vous que je quitte mon père et ma maison pour accepter une couronne qui offre tant de dangers ? Je n’aime point la guerre , parce qu’elle ne fait que mal aux hommes, et les Romains sont accoutumés à une vie qui ne s’accorderait pas avec mes goûts ; j’aime et je respecte le dieux, qu’ils ne connaissent même pas^ lorsq’ils devraient les honorer. Laissez-moi donc vivre tranquille dans ma demeure, et retournez à Rome sans moi. ))

Les ambassadeurs furent tout surpris de voir que Numa ne voulait pas absolument être roi, lorsque tant d’hommes ambitionnent cette place; et ce prince leur parut si sage et si vertueux, que se jetant à ses pieds ils le supplièrent de ne pas repousser le voeu d’un grand peuple.

Numa fût pourtant demeuré inflexible, si son vieux père ne lui eût ordonné, comme un devoir, d’accepter la couronne qui lui était offer-

le ; el la joie fui au comble à Rome lorsq’on apprit enfin que le nouveau roi allait ariiver.

Les Romains de ce tempsdà, vous le savez, étaient pour la plupart des hommes farouches, querelleurs, et toujours prêts à prendre de force ce qu’ils ne pouvaient pas obtenir de bonne volonté; mais Numa ne larda pas à changer entièrement leurs moeurs, et vous allez voir comment il en vint à bout.

Au lieu de les occuper continuellement de jeux et d'exercices militaires, comme l'avait fait Romulus , il distribua à tous ses sujets des champs à cultiver el des instruments pour travailler la terre ; car c’est avec raison que l’agriculture, c’est-à-dire le travail des champs , est le premier de tous les arts, non seulement parce quelle sert à nourrir les hommes, qui sans elle ne vhTaient que d’herbes et de racines , mais encore parce que les laboureurs sont presque toujours des hommes bons et honnêtes.

Numa était très-pieux, ainsi qu’il l'avait fait connailre aux ambassadeurs romains, lorsqu’il se défendait d’accepter la couronne , leur disant qu’il craignait et honorait les dieux de son pays. Or , il est impossible que des hommes qui n’aiment pas et ne respectent pas la Divinité soient bons et dociles ; aussi Numa fit-il tous ses efforts pour inspirer aux Romains des sentimepls religieux qui les rendissent meilleurs et plus pacifiques: à cet effet il fil bâtir à Ro-

me plusieurs temples, et les consacra ô diverses divinités,, dont la plupart furent empruntés aux anciens Étrusques : l’un de ces temples devint l’occasion d’une coutume singulière, dont le roi Numa fut l’auteur, et que mérite d’être remarquée-

C’étaitdans le Latium qu’avait régné autrefois, dit-on, le roi Jaxus, auquel Saturne avait ét(S demander un asile, ainsi que vous avoz pu le lire dans la Mytologie. Après b niorl de Janus ses sujets, qu’il avait toujours gouvernés avec autant de douceur que de justice, l’honorèrent comme un dieu. Numa fit élever dans Rome un temple à cette divinité, que l’on représentait ordinairement sous la figure d’un veillard à double visage, et ordonna que ce temple demeurerait constamment ouvert en temps de guerre, et ne pourrait éti*e fermé que lorsq’on ferait la paix.

Numa, après avoir bâti des temples, institua des prêtres pour servir le dieux que l’on y adorait. Le premier de ces prêtres reçut le titre de' SouvERAix PoxTiFE, et SOU dcvoir fut de présider aux cérémonies religieuses , et d’assister aux sacrifices solennels.

Il y avait encore d’autres prêtres, dont le ministère vous paraîtra, sans doute, fort singulier, on les nommait des Augures: leurs fonctions étaient d’interpréter les présages, que l’on prétendait alors tirer de tout ce qui se présentait dans les circonstances importantes (Rappelez-vous encore ici l’histoire des vautours qui causèrent la querelle de Rémus et de Roniu-'

lus). Les Romains nommaient cela prendre les AUSPICES, et ils n’entreprenaient jamais rien de. grave, sans avoir d’abord consulté les augures.-

Le vol des oiseaux, ou leur manière de manger et de chanter, fixait surtout l’attention de ces prêtres: si une corneille volait du côté gauche, c’était bon signe pour celui qui la voyait; si, au contraire, un corbeau paraissait en volant à droite, c’était un malheur prochain pour celui qui l’avait aperçu.

Les augures nourrissaient, en outre, dans les temples, des poulets sacrés pour les occasions imprévues. Si ces poulets becquetaient de bon appétit la graine qu’on leur jetait, ils annonçaient quelque heureux événement; mais s’ils refusaient obstinément de manger, on assurait que c’était le fâcheux présage d’un désastre certain.

Cette croyance était bien sotte, n’est-il pas vrai, pour des hommes raisonnables? Et en effet, rien n’était plus ridicule que d’attacher cette importance à de pareilles choses qui dépendent entièrement du hasard, et ne peuvent avoir aucun rapport avec l’avenir.

Une autre manière de prendre les auspicesconsistait à examiner attentivement les entrailles des victimes immolées dans les sacrifices; c’était encore d’autres prêtres nommé Aruspi- CES, qui chargés de ce ministère, qu’ils exerçaient avec un sang froid imperturbable; et vous croirez sans, peine, mes enfants,^^ qu’ils ne di- .

saicnt jamais à ceux qui les questionnaient que ce qu’ils jugeaient le plus convenable à leur intérêt du moment.

Tout ridicules que peuvent nous paraître ces usages, leur antiquité les avait rendus respectables aux yeux des hommes les plus éclairés de ce temps : Numa les avait empruntés aux Étrusques, chez lesquels ils étaient religieusement observés ; et en les transportant chez les Romains, il n’avait eu d’autre but que de rendre son peuple moins belliqueux et plus docile.

Numa introduisit encore dans Rome le culte d’un autre dieu , qui était représenté sous la forme d’une borne; une borne ! allez-vous dire, voilà une singulière divinité. Eh bien ! le dieu Terme, c’est ainsi qu’on le nommait, était fort honoré parmi les Romains. On le plaçait habituellement sur la limite des champs, et c’eût été un ^and crime que de le déplacer, parce qu'il était là pour garder les propriétés de chacun ; ce qui signifiait que personne ne doit s’approprier le bien de son voisin.

Cependant les Romains, qui étaient encore trop grossiers pour comprendre tout le bien que Numa voulait leur faire, murmuraient contre un prince qui ne leur permettait plus de se livrer à la violence et au brigandage. Le roi, qui n’ignorait rien de ce qu’ils disaient, éprouva un vif chagrin de leur ingratitude, et leur annonça que tout ce qu’il faisait pour les rendre meilleurs et plus heureux , c’était par l’ordre

d’une déesso nommée Ëgérie, qui habitait, disait-il , un bois voisin de Rome , où il allait souvent la visiter, quoique aucun autre que lui ne l’eùt jamais vue. En effet, toutes les fois qu’il se relirait dans ce bois, il en rapportait quelques sages lois , auxquelles les Romains ilnircnt par se soumettre, et dont ils furent trèsreconnaissants par la suite.

Ru temps de Numa Pompilius, et bien longtemps après, c’était l’usage à Rome de brûler les morts, au lieu de les enterrer comme on le ftiit aujourd’hui. On les revêtait de leurs plus beaux habits ; on leur mettait dans la bouche une pièce de monnaie, qui devait, disait-on, servir à payer leur passage dans la barque qui les conduirait aux enfers, selon la croyance répandue alors chez tous les peuples de l’antiquité. Le défunt était ensuite placé sur un bûcher, c’est-à-dire sur un monceau de bois, auquel son plus proche parent mettait le feu, en détournant la télé, tandis que des joueurs de flûte faisaient entendre des airs lugubres , et que des pleureurs, payez exprès, feignaient de sangloter; puis les cendres du mort étaient recueillies avec soin dans un vase de terre, que l’on nommait une urxe, et que chaque famille conservait religieusement.

Je dois vous faire observer , à ce propos , qu’un grand nombre de ces vases étrusques que l’on retrouve aujourd’hui, et dont je vous ai dépeint les dessins bizarres, on été employés à

recueillir les cendres des morts; leur couleur est ordinairement rougeâtre, et les figures dont il sont ornés sont peintes en noir ou en blanc avec beaucoup d'art et d’intelligence.

Lorsque Numa mourut, àTagc de quatre-vingtquatre ans, après avoir fait beaucoup de bien à son peuple, il fut sincèrement regretté, parce cfu’il avait été juste et bienfaisant. Ainsi qu’il l’avait ordonné à ses derniers moments, au lieu de brûler son corps , suivant l’usage du temps, on le renferma dans un cercueil de pierre, et tout à côté, dans un autre sépulcre, furent déposés vingt-quatre livres, qui contenaient l’histoire des cérémonies établies, sous son règne, en l’honneur des dieux auxquels il avait consacré des temples.

Longtemps après la mort de Numa Pompilius, un Romain , en labourant son champ , découvrit le tombeau de ce prince, et les livres sacrés qui avaient été placé dans le second sépulcre; mais le sénat ayant examiné le titre de ces livres, ordonna qu’ils fussent brûlés à l’instant même , de peur que l’on n’y trouvât dos choses contraires aux usages qui s’élaient successivement introduits à Rome dans les cérémonies religieuses.

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