‹ L'histoire romaine racontee aux enfantsChapitre 28 sur 33 · JULES CÉSAR · texte numérisé non relu

JULES CÉSAR

Depuis Pan 61 jusqu'à Pan 45 avant J.-C.

Ce Jules César, dont je viens de vous parler tout à l’heure, mes petits amis, était le mari de la fille de Pompée, et le neveu de la veuve de Marius. C’était un homme au regard vif et pénétrant, au visage pâle, mais imposant, à la taille élevée et élégante ; on eût dit en le voyant qu’il était né pour commander aux autres hommes. Passionné pour la gloire, et n’appréciant les richesses que pour les prodiguer, il

souffrait avec impatience que qui que ce fût se crût son égal ou son maître , et on lui avait souvent entendu dire dès sa jeunesse, qu’il aimerait mieux être le premier dans un bourg, que le second dans Rome. En un mot, c’était ce que l’on appeUe dans le monde, un ambitieux, mais il ne faut pas croire qu’il soit donné à beaucoup d’honunes d’être ambitieux à la manière de César.

Doué d’un corps infatigable, d’un courage intrépide, d’une éloquence si naturelle et si persuasive, qu’il dominait à son gré, par la puissance de sa parole, les assei^lées les plus tumulteuses. César surpassait encore tous les personages de son temps par sa sobriété, par sa patience , et par sa modération. Parvenu au consulat il fut chargé de conduire des armées dans les Gaules, et ensuite en Espagne,' où il remporta d’éclatantes victoires; le premier de tous les Romains, il pénétra dans la Germanie, cette contrée sauvage d’où les Cimbres et les Teutons avaient envahi l’Italie, et passa même dans l’ile de Bretagne , que nous nommons aujourd’hui I’Angleterre. On assure que pendant ces diverses guerres auxquelles il n’employa pas moins de neuf années il prit plus de huit cent villes, vainquit trois cents peuples ou tribus différentes, et combattit contre trois millions dé guerriers, dont il réduisit le plus grand nombre en esclavage.

Pendant ce temps Pompée se reposait a Ro-

— nome de scs triomphes passés il faisait construire un magnifique théâtre en pierre, où quatre-vingt mille personnes assises pouvaient prendre place, et donnait à la populace de cette capitale le spectacle d’un combat de cinq cents lions; il prenait plaisir à se faire raconter les belles actions de César, auquel il portait un vif intérêt comme beau-père et comme ami.

César avait encore pour ami Crassus, le vainqueur de Spartacus, devenu célèbre depuis cette époque par ses richesses, et surtout par son incroyable avidité pour en acquérir. Celui-ci n’avait pas autant de popularité que Pompée, ni surtout autant de talents que César ; mais ces trois personnages unis par un intérêt commun, devinrent bientôt si puissants quils disposèrent à leur gré des trésors et des années de la république, et se placèrent ainsi au-dessus du sénat ; leur -société s’appela un Triumvirat, parce qu’elle se composait de trois hommes. Je vais vous dire à présent quel fut le sort de chacun des triumvirs.

Il y avait alors en Asie un nouveau royaume, formé, comme celui de Pont, des débris de l’empire des Séleucides : il appartenait aux Parthes, peuple Tormidable et guerrier, dont le nom signifiait « les fugitifs, « parce qu’ils descendaient, dit-on , de quelques Scythes , qui ayant été chassés de leur pays, avaient fondé, sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, un nouvel État, dont la capitale était Hécatompyle, ou

— isola ville aux cenl portes. Le triumvir Crassus, ayant conduit plusieurs légions contre cette nation belliqueuse, eut l’imprudence de suivre les ennemis au milieu des plaines de la Mésopotamie, où il se trouva tout à coup environné par leur innombrable cavalerie armée d’arcs et de flèches. Les Romains, malgré leur valeur, furent entièrement défaits, et Crassus lui-même, son fils, et la plus grande partie de son armée périrent dans le combat. Le corps du triumvir ayant été reconnu parmi les morts, le roi des Parthes , qui connaissait l’avidité de Crassus pour, les richesses, lui fit couper la tête après sa mort , et ordonna qu’on fît couler de l’or fondu dans sa bouche, en disant, par une cruelle dérision, qu’il fallait bien maintenant le rassasier de ce métal , dont il avait été insatiable pendant sa vie.

Cependant le bruit de la mort de Crassus s’ étant promptement répandu dans l’empire , César et Pompée ne tardèrent pas à se brouiller, parce que chacun d’eux voulut commander sans partage au peuple. César, qui se trouvait dans les Gaules au moment do cette rupture, se mit aussitôt en route avec son armée pour marcher sur Rome, où Pompée était resté. Impatient de décider par les armes à qui des deux appartiendrait l’empire, il passa précipilamment les Alpes , et parvint bientôt au bord d’un petit ruisseau nommé le Rubicon , qui séparait cette partie de Pltalie appelée la

Gaule Cisalpwe, des provinces voisines de Rome. On dit qu’en ce moment, où il allait renverser sans retour celte anlicpic république qui avait porté si haut la glorie du nom romain, ce grand capitaine crut voir devant scs yeux l’image de sa pairie éplorée, qui le suppliait de s’arrêter : un instant il hésita si , cédant l’empire à Pompée, il ne retournerait point sur ses pas ; mais celle pensée ralluma en lui toute son animosité contre son rival, et le Uubicon fut passé.

Mais Pompée, à l’approche de son redoutable adversaire , ne se sentit pas assez de résolution pour rallcndre et lui livrer bataille ; il quitta Rome précipitamment, suivi de la plupart des sénateurs, qui connaissant les talents de César, appréhendaient son ressentiment et son ambition. L’éloquent Cicéron, qui avait sauvé la république des mains de Catilina, fut do ce nombre, ainsi qu’un autre illustre Romain, ennemi déclaré de César, et que l’on nommait Caton, comme le fameux censeur dont je vous ai déjà parlé. Celui-ci est ordinairement appelé Caton d’ÜTiQUE, pour le distinguer de son aïeul ; et Ulique est le nom d’une ville d’Afrique où je vous dirai plus lard qu’il termina ses jours.

La rivalité de César et de Pompée divisa donc entièrement la rébublique, et fit éclater une guerre sanglante dont aucun des deux partis ne pouvait alors prévoir les résultats.

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Les armées ennemies se rencontrèrent dans une plaine de Macédoine, nomée Piiarsale où s’engagea une bataille sanglante à la suite de laquelle Pompée, vaincu par l’heureux César, n’eut que le temps de monter sur un vaisseau pour se sauver en Égypte', où il espérait trouver un refuge.

Dans ce tcmp-là, c’était un jeune roi, nommé Ptolémée et une jeune reine, appelée Cléopâtre , qui régnaient ensemble sur l’Égypte , parce qu’ils étaient frère et sœur, et les derniers descendants des Lagides, dont vous avez vu l’origine dans Vllisloire miciemie. Lorsque ces princes, après la défaite de Piiarsale, virent approcher la barque qui portait l'illustre fugitif, au lieu d’avoir pitié d’une si grande infortune et de lui sauver au moins la vie, ils ordonnèrent qu’on le mît, à mort avant mémo qu’il touchât le rivage d’Égypte, et envoyèrent sa tète au vainqueur, pensant que cet affreux présent lui serait agréable. Mais César, à ce triste spectacle, se prit à pleurer; car il ne pouvait oublier que Pompée avait été autrefois son beaupère et son ami.

Le méchant roi Ptolémée se repentit bientôt de la mauvaise action qu’il avait commise; César, au lieu de le récompenser, comme il s’cn était flatté, ordonna que sa sœur Cléopâtre occuperait seule désormais le trône d’Égypte : et quelque temps après, Ptolémée, au moment où il cherchait à se soustraire au joug des Ro-

mains, sc noya en traversant une rivière pour échapper aux soldais de César qui le poursuivaient.

Cependant le vainqueur, après s’étre arrêté peu de temps en Égypte, se hûta de retourner à Rome, où, dédaignant de tirer vengeance de ceux qui avaient embrassé le parti de son rival , il accueillit Cicéron et tous les amis de Pompée comme s’ils eussent toujours été les siens; Calon d'ülique, qui, en apprenant la défaite de Pharsale, s’était volontairement donné la mort, pour ne pas survivre, disait-il , à la république, fut le seul qui ne profila point de ce généreux pardon du vainqueur.

César, devenu maître de l’empire, fit distribuer du blé aux citoyens pauvres, et de l’argent ou des terres aux vétérans de son armée; il conféra la dignité de sénateur à la plupart de leurs capitaines, quoiqu’ils fussent presque tous Espagnols, ou Gaulois, et se fit d’abord nommer Dictateur pour dix ans, comme l’avait fait Sylla; mais, au lieu de se montrer aussi impitoyable que ce dernier, il ne persécuta personne, et se fit adorer du peuple par sa douceur, et surtout par les magnifiques spectacles de tout genre dont il ne cessait de le charmer. Tantôt c’étaient des combats de gladiateurs et d’animaux dans le Cirque; tantôt un combat naval dans le Champ de Mars, transformé en un lac immense. Chaque jour, de nouvelles fêtes et de nouveaux jeux faisaient oublier aux Romains qu’ils avaient un maître.

Cependant beaucoup de citoyens de toutes les classes ne pouvaient encore lui pardonner de s’être ainsi placé au-dessus des lois ; ils l’accusaient d’un orgueil démesuré, et racontaient avec indignation que le dictateur ne s’était pas même levé de son siège , lorsque le sénat en corps était venu le complimenter sur sa nouvelle dignité, mais ses plus dangereux ennemis étaient deux sénateurs, nommés Cassiüs et Brutus qui avaient autrefois suivi le parti de Pompée, et auxquels il avait accordé la vie après la bataille de Pharsale.

Brutus était de la même famille que celui qui avait chassé les Tarquins, et dont vous connaissez l’histoire ; de plus il avait épousé PorciA, fille de Caton d’Utique, et c’était, comme son aïeul et son beau-père, un citoyen généreux, intrépide et passioné de sa patrie. Celuici résolut, avec Cassius, de poignarder César lorsqu’il viendrait au sénat, persuadé qu’ils feraient une action louable, en délivrant la république du tyran qui l’opprimait, quelque douce que parût d’ailleurs au plus grand nombre la domination du dictateur.

On dit que quelques jours avant la mort de César, il parut au ciel une comète, c’est-à-dire une étoile suivie d’une longue traînée de lumière, que l’on nomme communément sa queue. Les peuples regardaient alors l’apparition de ces astres comme le signe précurseur d’im grand événement ; et lorsque le dictateur eut

péri assassiné, personne ne douta que la comète n’eùl été le pronostic de cette calasli’oplic.

Je dois vous dire, à ce propos, mes petits amis, que la présence de cet astre sur l’horizon n’avait cependant rien de prodigieux, et ne méritait pas qu’on en tirât un semblable présage. Je suis même certain que vous serez de mon avis, lorsque vous saurez que les comètes sont des astres mobiles trop éloignés de la terre pour que nous puissions les distinguer habiluclîcmcnt, comme les étoiles fixes et les planètes qui nous avoisinent ; mais elles existent également dans l’espace céleste , et ne deviennent visibles pour nous, que lorsqu’en décrivant leur cours ordinaire, elles se rapprochent assez de notre globe pour que nous puissions les apercevoir, soit avec notre simple vue, soit au moyen des istruments d’optique.

César n’ignoraitpas qu’un grand nombre d’anciens amis de Pompée nourrissaient contre lui un profond ressentiment de la défaite de leur parti; mais comme il n’avait cherché à se venger d’aucun d’eux, il s’était flatté que sa modération et sa clémence finiraient par désarmer les plus acharnés , et leur inspireraient de meilleurs sentiments. Aussi, quoiqu’il eût reçu do divers côtés l’avis secret, mais certain, qu’un complot avait été formé contre sa vie, il n’hésita point à se rendre au sénat, comme il en

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avait la coutume ; mais à peine ful-il entré dans cette -assemblée , que plusieurs sénateurs, tirant des poignards, se jetèrent sur lui et le per-, cèrent de coups. Ce grand homme essaya d’abord de se défendre; mais lorsqu’il vil Brulus, qu’il aimait, s’avancer aussi pour le frapper, il lui dit doucement « Et loi aussi, Brutus!... » En achevant ces paroles, il se couvrit la tête avec sa robe et tomba mort aux pieds de la statue de Pompée. Il n’était, alors âgé que de cinquantesix ans.

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